Dans la petite ville d'Aster Cove, des choses étranges se passent...

 
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 Nobody Knows | ft. Sandra

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MessageSujet: Nobody Knows | ft. Sandra   Sam 7 Juil - 0:42




Nobody knows

Scarlett & Sandra

Nobody knows but me, That I sometimes cry, If I could pretend that I'm asleep, When my tears start to fall, I peek out from behind these walls, I think nobody knows

Un désastre, cette soirée avait été un pur désastre. Talons à la main et joues noircies de mascara dégoulinant, je traversais les quelques rues qui séparaient la fête que je venais de quitter de ma maison au style colonial. Je n’en pouvais plus de me sentir anormale. De tous ces moments ou, au lieu de m’amuser comme les autres jeunes gens de mon âge, j’étais assaillie par les rappels incessants d’un évènement que je donnerais tout pour enterrer à jamais. Ces derniers temps, c’était plus dure que jamais. J’avais passé plusieurs années dans un déni presque total mais, depuis quelques temps, cela devenait de plus en plus compliqué. Les flashs, les rêves et même parfois cette sensation horrible d’être aspirée dans un tourbillon de souvenirs et d’images hétéroclites par le simple rappel d’une odeur ou d’un geste. Comme si la moindre petite chose pouvait ouvrir la porte du désespoir.

C’est ce qui s’était passé ce soir. J’avais bu. Un verre, deux verres, trois verres. Je connaissais tous les invités et je ne me sentais pas menacée. Je discutais et riais comme n’importe quelle adolescente. C’était une bonne soirée. Une de celles qui aurait dû rester un bon souvenir dont on reparle quelques années plus tard, un sourire aux lèvres. Mais j’avais tout gâché, comme d’habitude. Il avait suffi que l’un des membres de l’équipe de foot me murmure quelque chose à l’oreille et que son haleine de gin et de tabac mêlé arrive à mes narines pour que mon visage perde toute couleur et moi toute contenance. Remarquant mon trouble, il avait posé sa main sur mon bras, sans doute pour me demander ce qui n’allait pas. Mais la débâcle des souvenirs avait commencé. J’étais perdue entre passé et présent. La terreur se mêlant à un sentiment de déchirement tout au fond de mon cœur. Et pourtant, une petite partie de mon esprit continuait une lente litanie. Pas ici, pas maintenant. Personne ne doit voir. Personne ne doit savoir. J’avais donc fui vers la salle de bain la plus proche. Malade à en mourir. Parce qu’une simple odeur avait réveillé les souvenirs de sa main sur ma bouche, de son souffle sur mon visage et de son corps pesant lourdement sur le mien. Je ne saurais dire combien de temps j’avais ensuite passé en position fœtale sur le carrelage. Des coups puissants contre la porte m’avaient finalement tirée de ma léthargie. C’était la voix de Braden que j’entendais de l’autre côté. Braden le chevalier blanc. Tellement parfait qu’il n’en paraissait même pas humain. Il voulait savoir si j’avais besoin d’aide. Je répondais par la négative avant de me relever tant bien que mal. Il fallait que je quitte les lieux au plus vite. Mais sans attirer l’attention. Je me regardais dans le miroir. C’était un cauchemar. D’habitude si soignée, mes cheveux partaient dans tous les sens et mon mascara avait répandu des trainées noires sous mes yeux. J’attrapais une brosse à cheveux pour minimiser les dégâts et, avec une moue de dégoût, une brosse à dent d’origine inconnue. Pour mon mascara, je tentais tant bien que mal d’en effacer les traces mais rien à faire, je n’avais fait qu’étaler un peu plus le noir sur mes joues.

A peine sortie de la salle de bain (une chance le rejeton O’Leary n’était plus là à faire le guet), j’évitais quelques couples se galochant allégrement dans le couloir et fonçait droit vers mon salut, la sortie. Ce n’est que sur le chemin que j’avais de nouveau laissé mes larmes couler, ruinant encore un peu plus mon maquillage. Mais maintenant plus personne ne verrait. Plus personne ne se douterait des tourments que la timide mais solaire Scarlett pouvait bien endurer. Je resterais celle qu’on apprécie sans vraiment la connaître, l’ombre de Mackenzie, la récente recrue de la Triade. Je préférais passer pour une naïve petite biche effarouchée que pour la névrosée de service qui éclatait en sanglots aux moments les plus impromptus. Mais jouer la comédie en permanence et faire comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes commençait à m’user petit à petit. Je le sentais au plus profond de moi. Je n’étais pour autant pas prête à faire face à tout ça.

C’est pourquoi j’étais là. A fixer le portail de ma maison et à hésiter sur la marche à suivre. Il n’était que minuit. Maman serait pourtant sans doute couchée. Elle prétendait que dix heures de sommeil, c’était le secret pour garder un teint de pêche. Mais il lui arrivait parfois de se lever exprès pour débriefer mes sorties. C’était ce que je craignais le plus. Qu’elle me pose des questions ce soir. Alors après être restée debout comme une idiote devant l’allée, j’avais choisi de me poser quelques instants sur le muret séparant notre propriété de celle, voisine, de Madame Karcy. Je tentais de faire disparaitre mes larmes qui continuaient de rouler sur mes joues d’un revers de main. Tremblante, éméchée et d’une infinie tristesse, j’étais bien contente d’être seule et de n’imposer à personne ce sinistre tableau.
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MessageSujet: Re: Nobody Knows | ft. Sandra   Lun 20 Aoû - 14:08

Assise sur une chaise dans la chambre de son fils, Sandra relisait pour la troisième fois l'histoire de Pinpin le lapin blanc et de son ami le serpent.

« Le serpent regarda Pinpin, qui tenait un ballon dans sa main.
- Tu veux jouer avec moi ? Dit-il à son ami. Celui-ci hocha la tête. Mais il y avait un problème... Saturnin le serpent n'avait pas de mains. Comment lancer le ballon, sans cela ? »

Depuis qu'elle était revenue le bras en sang un soir de juin, son petit dernier peinait à trouver le sommeil. C'était fou, ce que les enfants comprenaient sans un mot. Sandra en était toujours impressionnée, même après tout ce temps. Et alors qu'elle s'apprêtait à expliquer comment Pinpin et Saturnin allaient bien pouvoir faire, elle remarqua qu'Evan avait enfin trouvé les bras de Morphée. Un sourire attendri glissa sur les lèvres de la jeune mère tandis qu'elle déposait un baiser sur le front de son tout petit. Qu'il était beau, son fils, avec cet air angélique qui drapait ses traits lorsque le sommeil le prenait... Sandra ne s'en lassait pas et ne s'en lasserait sans doute jamais. Doucement, elle quitta la pièce à pas de loup, afin d'être certaine de ne pas éveiller son petit bonhomme.

Alors qu'elle refermait la porte, son regard tomba sur la pendule. 23H45. Il fallait vraiment qu'elle trouve le moyen d'apaiser Evan. Un garçon de cet âge ne devait pas se coucher aussi tard. Soucieuse, Sandra décida d'aller s'asseoir dans le jardin, accompagnée d'un bon livre et d'un verre d'eau rempli de glaçons. Ces derniers temps, le soleil léchait si fortement les façades en journée que les nuits représentaient le seul instant de frais dont on pouvait profiter. C'était aussi le seul moment qu'elle avait vraiment pour elle. Entre ses deux emplois et les activités des filles, il était rare que Sandra ait le temps de se reposer. Ce soir serait une exception.

Mais cette exception ne devait durer qu'un instant. Alors que tout était silencieux autour d'elle, un bruit de pas la fit sursauter. C'était fou ce qu'elle était devenue craintive, depuis l'épisode de la forêt. C'en était devenu anxiogène au point qu'elle changeait d'itinéraire pour ne pas passer à côté. De toute manière, celle-ci était toujours sous la surveillance des autorités, qui s'assuraient que personne n'y mettait plus les pieds. L'excuse officielle, c'était que des loups leur étaient tombés dessus. La vérité, c'était que Sandra ne savait pas comment définir les créatures qui avaient foncé sur eux. Des monstres, sans doute. Et peut-être même ceux qui peuplaient les cauchemars de Kenny.

Un soupir échappa à Sandra tandis qu'elle cherchait à savoir qui pouvait bien rentrer à une heure si tardive. L'avantage, dans le quartier où elle vivait, c'était que les commères se couchaient toutes extrêmement tôt. Ça laissait le temps pour de vraies activités à la faveur de la nuit, comme des parties endiablées de jeux de société avec ses grandes.

Ce furent les sanglots qui suivirent qui l'alertèrent. Sandra, depuis qu'elle vivait ici, avait eu l'occasion de sympathiser avec la fille de sa voisine, et la voix qui portait tant de douleur n'était autre que la sienne. Scarlett était une chic fille, et la savoir dans cet état réveilla en Sandra la flamme d'un formidable instinct maternel qu'elle croyait pourtant ne pas avoir. Sans un bruit, elle gagna le muret qui séparait leur deux propriétés.

« Scarlett... ? »

Il ne s'agissait que d'un murmure, rempli d'une inquiétude absolue. Depuis qu'elle la connaissait, Sandra sentait que quelque chose n'allait pas, dans le cœur de cette gosse. Depuis qu'elle avait appris à l'apprécier, les doutes s'étaient transformés en certitudes. Scarlett était timide, s'effaçait volontiers et ne faisait jamais de vagues. Elle se faisait oublier, et les concours qu'elle faisait tenaient désormais davantage du faire-valoir maternel plutôt que de la véritable passion. Mais sans vraiment comprendre, Sandra sentait qu'il y avait quelque chose de plus fort, de plus profond dans les silences de Scarlett. Le spectacle qui l'accueillit lorsqu'elle put enfin apercevoir les traits de la jeune femme la convainquit définitivement. Scarlett était en larmes, et elle avait visiblement pleuré durant tout le trajet. Une main, tendre, calme, maternelle, se posa sur le bras de la demoiselle.

« Scarlett... Qu'est-ce qui ne va pas ? »

Doucement, Sandra caressa le bras de la jeune fille avec son pouce, sans la lâcher. La peine de sa petite voisine était immense. Vieille d'au moins plusieurs mois. Si ce n'était plusieurs années. Elle ne savait pas précisément de quoi il pouvait bien s'agir, mais elle était décidée à agir. À apprendre, peut-être, mais surtout à soulager.
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MessageSujet: Re: Nobody Knows | ft. Sandra   Lun 20 Aoû - 23:07




Nobody knows

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Mes larmes continuaient de dévaler mes joues. Mon esprit était toujours embrumé par l’alcool que j’avais ingurgité. Si seulement cela avait pu anesthésier la peine et les mauvais souvenirs. Ca fonctionnait pourtant en général. Mais non, pas ce soir. Ce soir, tout était sombre, tout n’était qu’horreur. C’était comme si, depuis les événements de Lost Pine, quelque chose c’était cassé en moi. Comme s’il n’y avait plus assez de place dans la petite boîte dans laquelle je cachais habituellement tout ce qui était sombre dans ma vie et qu’elle débordait. Oh, bien sûr, cela arrivait déjà régulièrement avant. Mais depuis, c’était comme si j’étais incapable de refermer la boîte. Elle restait là, béante, l’angoisse et la peur me réveillant en pleine nuit. Je me retrouvais à penser à cet homme qui avait gâché mon enfance. Je me demandais ce qu’il était devenu. Et, quand mes pensées prenait un tour plus dangereux et que je laissais la culpabilité m’envahir, je m’interrogeais sur ce qui avait pu le pousser à faire ce qu’il avait fait.

Mes bras s’enroulèrent autour de moi en une étreinte protectrice, comme si je cherchais à me rassurer moi-même. J’avais presque envie de me rouler en boule, là, sur ce muret. C’était dur, si dur de faire semblant. J’étais tellement fatiguée. Prématurément usée. Parfois j’avais juste envie que ça s’arrête. Mais je ne pouvais pas. Ce n’était même pas une possibilité. Il fallait que je reste forte, pour T.J., pour mes parents. Si je me laissais allez, eux aussi seraient dévastés. Je ne pourrais jamais accepter cela. Je ne voulais pas qu’ils sachent. Je savais que le choc serait trop rude.

C’est mon nom, murmuré, qui m’arracha à mes pensées. Prise sur le fait, j’essuyais rapidement mes larmes de mes points fermés avant de me tourner vers ma voisine. Je restais quelques secondes à la fixer sans rien dire avec mes yeux rougis et mes trainées de mascara. J’avais l’impression d’être près d’exploser. Et voir une telle inquiétude dans ses yeux, alors que je tentais si bien de rester en équilibre au bord du gouffre m’y fit tomber tête la première alors que j’éclatais en sanglot, révélant un désespoir tellement profond qu’on ne pouvait plus le rater. La sensation de la main de Sandra sur mon bras, si douce, si maternelle rompit quelque chose en moi. Mes sanglots redoublèrent encore alors que je n’aurais même pas cru cela possible. C’était la première fois que je pleurais devant quelqu’un d’autre. Je me décidais enfin à parler, d’une voix hachée, entrecoupée par mes pleurs, à peine cohérente.

« Je voudrais juste… Juste être normale. Ne plus les voir, les images. J’ai jamais. Jamais voulu ça. Je n’avais pas compris. Je voulais pas. Je veux juste. Juste oublier. Ca fait si longtemps. Je veux – il faut - que ça s’arrête. Mais… Mais c’est… Même s’il n’est plus là. Il est quand même là. »

J’avais fini par attraper ma tête entre mes mains. Parce qu’en cette soirée, les souvenirs étaient particulièrement vivaces. Au visage souriant de Monsieur Sandman se mêlait le regard fou des chiens infernaux. Aux draps de la chambre d’hôtel, les crocs lacérant les chairs. Et dans les deux cas, l’odeur métallique du sang et un malaise profonds. Traumatismes emmêlés, nuits de cauchemars. C’était trop. Bien trop. Et je continuais, sans même me rendre compte que je parlais à voix haute, faible et à peine murmurée, mais à voix haute tout de même, cette litanie qui tournait en boucle dans ma tête depuis ce fameux jour.

« Personne. Personne ne doit savoir. Jamais. »

J’étais fatiguée, si fatiguée.
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MessageSujet: Re: Nobody Knows | ft. Sandra   Mer 22 Aoû - 19:29

Ne plus voir les images. Sandra lança un regard effaré à Scarlett alors qu'elle comprenait que tout ce qu'elle avait pu imaginer était bien plus doux que ce qui avait dû lui arriver. Les larmes ravageaient le visage de la jeune fille, qui sanglotait à s'en secouer le corps et déversait des milliers d'occasions manquées de s'exprimer. Scarlett portait un secret bien plus gros qu'elle, qui la dévorait et la torturait à chaque instant. Sandra sentit son cœur se fissurer en analysant les paroles incohérentes de la jeune femme qui lui faisait face. Au début, ses caresses s'étaient stoppées net, bloquées par la révélation à demi-mot que lui offrait sa petite voisine. Dans un formidable élan maternel, elle transforma le mouvement de ses doigts en une étreinte absolue de tendresse. Scarlett en avait besoin, et Sandra était décidée à aider cette pauvre gosse.

« Eh, minette... Chhht... Tu as le droit de me le dire, à moi... »

L'une de ses mains reprit ses caresses, glissant dans les cheveux d'un blond presque blanc avec toute la douceur du monde. Sa voix aussi l'était. Rien ne devait stresser la jeune femme qu'elle tenait dans les bras. Sa douleur était trop grande. Sandra aurait donné n'importe quoi pour pouvoir l'apaiser.

« Je te promets de ne le répéter à personne, Scarlett... »

Oublier. Scarlett voulait oublier. L'horreur de sa vie, ce secret trop bien gardé que personne ne savait, Sandra en sentait les effluves au travers de ses larmes. Scarlett souffrait. Elle souffrait depuis longtemps. Et le mot qui glissait entre les pensées de la jeune mère n'était pas des plus heureux. C'était même tout l'inverse. Sandra priait pour se tromper. Elle priait de toute son âme. Mais quelque chose, au fond d'elle, lui hurlait qu'elle avait raison. Tendrement, Sandra poursuivit les caresses.

« Tu n'as pas à porter ça toute seule... »


Il. Un homme. Un souvenir datant de plusieurs années. Une blessure infectée depuis trop longtemps. Une douleur sourde qui influait sur tous ses actes, toutes ses pensées. Un visage gravé sur la rétine, dans le nez et au creux de son oreille. Sandra comprenait, et à mesure qu'elle comprenait, son étreinte se gorgeait d'un peu plus de tendresse, d'un peu plus d'amour maternel, avec l'absolue volonté de faire en sorte que Scarlett se sente en sécurité. Alors, Sandra laissa couler les mots qui la condamnaient aux yeux du monde. Elle laissa glisser ces phrases qui faisaient d'elle une femme étrange, mal vue dans les rues d'Aster Cove. Elle murmura des paroles qui rendraient folles les commères du quartier, si elles avaient pu les entendre. Et Sandra n'en regretta pas la moindre syllabe.

« Ce n'est pas ta faute, mon cœur... Ce ne sera jamais ta faute, je te le dis, et je le pense. Je te le jure sur la vie de mes enfants, Scarlett. Ce type n'était qu'un monstre, et ce qu'il t'a fait ce jour-là est impardonnable. Ce n'était pas toi, le problème, Scarlett. Le problème, c'était lui, c'est encore lui à l'heure actuelle et ce sera toujours lui. Tu n'es responsable de rien, et ceux qui t'ont dit ça n'y comprenaient rien. Je te le jure, Scarlett. Tu entends ? Je te le jure sur la tête d'April, d'Aurelianne et d'Evan. Je mets leur vie dans cette promesse, et je suis prête à le répéter autant de fois qu'il le faudra. Tu n'as pas à t'en vouloir. Jamais. »


L'étreinte se fit plus protectrice qu'elle ne l'était déjà. Scarlett sentait l'alcool. Sandra, au fil des années, était devenue experte en l'art de le repérer. Scarlett avait peur. Scarlett était désespérée. Alors, Sandra se promit qu'il ne lui arriverait plus jamais rien de similaire. Cette pauvre gosse avait vécu trop d'horreurs. Et si demain, elle devait la suivre à tous ses concours pour s'assurer qu'elle allait bien, si elle devait lui ouvrir sa porte chaque soir pour lui offrir un semblant de havre de paix, elle le ferait. Scarlett guérirait. Dans un, cinq, dix ou vingt ans, peu importe le temps que ça prendrait. Et si un jour, elle décidait de traîner ce porc au tribunal, Sandra serait à ses côtés. C'était juré.
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MessageSujet: Re: Nobody Knows | ft. Sandra   Jeu 30 Aoû - 23:56




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C'était seulement la deuxième fois que je mettais des mots sur ce qui m'était arrivé. Les deux fois n'avaient été qu'un amas de paroles incohérentes qui avaient néanmoins pris sens pour les adultes à qui je m'étais confiée. Madame Karcy et le père Patrick avaient tout deux eu la même expression. Ce masque de réalisation et d'horreur absolue. J'avais tellement peur de revoir cette expression sur les visages de mes parents ou, pire encore, la lire sur celui de T.J. Je ne pensais pas  être capable de m'en relever. Maintenant que j'avais parlé, j'avais tout simplement envie de disparaître. De me désintégrer, là, tout de suite sur ce muret. Je ne m'étais plus jamais sentie entière depuis ce jour. Mais, l'étreinte de Sandra me faisait du bien, m'apportant un réconfort que je ne me serais jamais autorisé si je n'avais pas été aussi épuisée. Oh ma fatigue était physique bien sur mais plus que tout, elle était psychologique. Je me sentais de plus en plus incapable de continuer à faire semblant que tout allait bien dans le meilleur des mondes. Et j'avais peur, oh mon dieu, que j'avais peur. Parce que  cela faisait si longtemps que je me tenais au bord du précipice que me laisser aller pouvait tout aussi bien mener à la sécurité qu'à la chute. Et je misais plutôt sur la chute.

La tension de mon corps se relacha un petit peu tandis que Sandra me promettait de ne rien dire à personne. Je relevais ma tête, le visage toujours humide pour regarder dans ses yeux si elle était sincère. La nuit et le faible éclaraige ne m'aidait pas vraiment mais la douceur de sa voix m'incitait à la confiance. Mon moment d'hystérie était passée et seules quelques larmes orphelines et silencieuses faisaient encore quelques percées. Je continuais néanmoins à trembler, ayant soudain très froid. J'avais porté ce lourd fardeau si longtemps que l'idée de le partager me semblait injuste.

« Je voulais pas... imposer ça à qui que ce soit. Maman. Elle ne se le pardonnerait jamais. Papa le tuerait. »

Les larmes roulèrent de nouveau sur mes joues en perles fines de tristesse. Je voulais tellement les protéger mais... Qui m'avait protégé, moi, pendant toutes ces années ?

«  J'ai trop peur. D'affronter leur regard. S'ils savaient. »

J'avais tellement honte. Tellement honte de m'être trouvée dans cette situation. Tellement honte de ce qui, chez moi, avait pu transformer un homme que chacun jugeait adorable en monstre. Qu'est-ce qui pouvait bien clocher chez moi ?

Et comme si elle avait deviné mes plus sombres pensées, Sandra eu exactement les mots dont j'avais besoin. Oh bien sûr, ma mère aurait été la première à pousser des hauts cris en l'entendant mettre la vie de ses enfants dans la balance mais, au fond, il fallait bien ça pour me convaincre. J'avais longtemps espéré entendre ses mots. J'avais toujours recherché une forme d'absolution même après ma confession au Père O'Leary. Fidèle à sa fonction, il m'avait accompagné et incité au pardon. Pourtant, même à mes oreilles d'enfant ce discours avait sonné faux. Comme s'il récitait sans conviction quelque chose d'appris par cœur.

Je me jetais encore un peu plus dans les bras de la mère de famille, comme si elle était ma bouée de sauvetage. J'avais encore assez de présence d'esprit pour ne pas forcer sur ses blessures. Je sentais que mon anesthésie due à l'alcool se dissipait et par la même revenait l'envie de ravaler mes paroles et de faire machine arrière. L'envie de protéger les murs que j'avais érigé autour de ma douleur et mon petit monde parfait. Pourtant, ce soir, je n'y arrivais plus.

« Je ne sais pas comment faire. »

C'était tellement dur de parler et pourtant, j'avais du mal à endigué mon flux de paroles. Comme si ma bouche était directement liée à mes pensées.

« J'ai peur. J'ai tellement peur d'être cassée. De ne jamais pouvoir avoir de relations normales. »

Je n'avais jamais pu garder un petit copain plus de quelques semaines. Des stades que je n'avais jamais pu dépasser. Des réactions disproportionnées. Des terreurs injustifiées. Et je ne parlais là que des relations amoureuses. Mes amitiés étaient tout aussi chaotiques. Mais après tout, méritais-je vraiment d'être entourée alors que personne ne me connaissait vraiment ? Et s'ils me découvraient, me tourneraient-ils le dos ? Alors je ne cherchais jamais à les retenir, les uns comme les autres. Parce que de toute façon ils finiraient par me fuir.
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MessageSujet: Re: Nobody Knows | ft. Sandra   Dim 28 Oct - 16:47

L'horreur frappe et dévore. L'horreur claque et jamais ne s'évapore. Scarlett est dans mes bras, je sens son cœur battre à toute allure, j'entends sa voix hurler sa peine et dans ces cris qui scient les airs, j'entends la douleur, la souffrance, absolue, terrible et éternelle. Scarlett a souffert. Scarlett se déteste et je ne vois que les contours de ce qui se dessine, elle ne me laisse qu'entrevoir à demi, pudeur craintive qui me tient éloignée de tout, toujours. Ma main s'égare dans ses cheveux, énième caresse à l'infinie douceur. Ses lèvres déversent, déversent encore et encore les mots qui s'affrontent, entre douleur et raison, et la raison est laide, et la raison est affolée, à mesure qu'éclate une vérité qu'elle voudrait conserver pour elle seule.

« Je voulais pas... imposer ça à qui que ce soit. Maman. Elle ne se le pardonnerait jamais. Papa le tuerait. »


Étreinte salvatrice. Les mots suivent et ne se ressemblent pas. Maman. Papa. Et peut être que si je la laisse poursuivre, le nom de son frère émergera à son tour. Scarlett, aux yeux de biche. Scarlett, à l'innocence terrible. Scarlett, à la souffrance innommable.

« Et toi, dans tout ça, Scarlett... ? Tu n'as pas à porter ça toute seule, mon cœur... »

Phrase qui s'éveille au vent, ma main dans ses cheveux se fait plus douce encore. Mon étreinte se raffermit de tendresse. Je veux l'absoudre de ses doutes, lui offrir un repos qu'elle attend depuis longtemps. Trop longtemps. Combien de temps... ?

«  J'ai trop peur. D'affronter leur regard. S'ils savaient. »

Les mots me font mal à mesure qu'ils résonnent dans les airs. Je regarde Scarlett d'un œil nouveau, mais contrairement à ce qu'elle imagine, il n'y a pas de jugement dans ces yeux-là. Pas pour elle, en tout cas. Ô Scarlett, tu protèges tout le monde de l'horreur de tes cauchemars, mais qui t'a protégée, toi... ?

« Scarlett... Ils t'aiment. On t'aime. Rien ne changera jamais ça. Je te le jure. »

Mon étreinte est plus douce encore. Je veux qu'elle s'y perde, dans cette tendresse qu'elle aurait dû recevoir il y a longtemps déjà. Je veux qu'elle s'en abreuve, de cet amour que je lui donne de toutes mes forces. Je hurle cette affection que je ressens pour elle. Je jure sur ce que j'ai de plus précieux qu'elle ne craindra plus rien. Pas maintenant. Pas ici. Plus jamais. Mes mots font mouche et elle se jette dans mes bras comme si j'étais la seule à lui donner de l'air. Je voudrais qu'elle le respire, cet air, et qu'il lui donne la force de se relever. Je voudrais qu'elle se l'approprie, cet air. Mais les mots qui suivent me hurlent les doutes qui la dévorent. Depuis combien de temps, encore... ?

« Je ne sais pas comment faire. »

Ma main caresse la chevelure pâle. Je la laisse s'exprimer, crier les mots qui la dévorent, hurler le flot qui la libère. Maintenant que je vois les chaînes, je voudrais les briser. Je voudrais qu'elle se sente entière, heureuse et absolue. Je voudrais qu'elle se voit comme je peux la voir.

« J'ai peur. J'ai tellement peur d'être cassée. De ne jamais pouvoir avoir de relations normales. »

Dans ses mots je lis ses peurs, dans ses peurs je ressens sa douleur. L'une de mes mains, doucement, vient cueillir son visage. J'en essuie tendrement les larmes, mais surtout, je plonge ses yeux dans les miens.

« Regarde-moi, Scarlett... »


Mon ton est doux, rempli de toutes ces attentions qu'elle aurait dû recevoir il y a longtemps déjà.

« Tu es belle. Tu es intelligente. Tu as mal, et c'est ça qui te brise. Mais tu n'es plus seule. On va recoller les morceaux, ensemble. On va prendre le temps qu'il faudra, et toutes les deux, tout doucement, on avancera. Tu as le temps pour les relations, Scarlett. Tu as le temps de guérir, et tu verras, je te promets que tout ira mieux. Ensemble. Je ne te laisserai pas tomber, je te le promets. »


Mes doigts, sur sa joue, ne cessent de caresser ses larmes. Je veux les effacer. Je veux les remplacer par des sourires. D'innombrables sourires. Je veux qu'elle réapprenne à vivre. Je veux qu'elle soit heureuse. Ce soir, Scarlett, je te le jure. Tu retrouveras tes rêves et ceux-ci s'embraseront dans les flammes de ton bonheur.

« Tu es belle, Scarlett. Tout en toi est beau. Et ce que tu détestes, moi je l'aime. Je t'aime toute entière et je suis fière d'être ton amie. Tu entends ? Je suis fière de toi, Scarlett. Je t'aime. »
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MessageSujet: Re: Nobody Knows | ft. Sandra   Mer 31 Oct - 0:03




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Nobody knows but me, That I sometimes cry, If I could pretend that I'm asleep, When my tears start to fall, I peek out from behind these walls, I think nobody knows

Au cœur de la nuit, la bête tapie dans l'ombre s'est réveillée. Celle que je rejette depuis tellement d'année, contre qui je lutte avec acharnement. Elle est là et elle se déverse en un flot de paroles entrecoupé de sanglots. Elle noirci tout ce qu'elle touche, détruit les espérances, détruit cette image à la finesse de porcelaine que je me suis construite. C'est un raz de marée qui détruit tout, qui fait tomber les murs et me met à nu. J'aurais voulu être le roc indestructible sur lequel ma famille pourrait se reposer. Remplacer mon père, épauler ma mère, consoler mon frère. Je n'ai rien pu faire de tout cela. Et, à force d'être battu par les vagues et par le vent, je me fissure, je m'érode. Pas de secret de la confession cette fois. Ce n'est pas au jugement de Dieu que je me soumet mais à celui des hommes. Ou plus exactement de cette femme, ma voisine que j'ai appris à aimer. Au delà du qu'en dira-t-on, au delà des préjugés familiaux. Et son absolution à peut être plus de valeur encore que celle de l'Eglise.

Ô, elle ne sait pas tout. Je ne lui ai pas révélé l'intégralité de ma honte. Tous ces moments où j'aurais du repousser ses mains, toutes ces confidences, tous ces moments volés. Ces choses qui, selon Lui, l'ont induit en erreur. Mes plus grandes hontes, ma plus grande détresse. Ces repas, ces sourires, ces regards. Les mots se bloquent dans ma gorge, m'empêchant de poursuivre. Mon corps entier les refuse. Mes lèvres ne peuvent les former et ma langue se soude à mon palais. Non, impossible. Je ne peux pas. Elles ne se libèrent que pour révéler une autre angoisse, intimement liée à l'autre. La main de Sandra, d'une infinie douceur est une véritable oasis dans le désert. Comme apercevoir enfin de la lumière après des années d'obscurité. C'est beau et douloureux à la fois et pourtant, je ne veux surtout pas que ça s'arrête. Ça me fait mal et j'en ai besoin. Plus rien n'a de sens et pourtant, je me sens respirer. Enfin.

Sandra essuie mes larmes et me demande de la regarder. Je serais bien incapable de refuser, comme hypnotisée par ses paroles. Comme si, d'une façon ou d'une autre, elle était dépositaire d'une vérité que je cherchais depuis longtemps. D'un savoir que je voudrais qu'elle possède.

Elle me dit que je suis belle. Ce n'est pas la première fois que je l'entends et pourtant... Cette beauté n'avait jamais apporté que le malheur. Plus d'une fois, je m'étais imaginé détruire ce visage à coup de griffes ou de ciseaux jusqu'à le rendre méconnaissable. Arracher mes cheveux et hurler à la mort. Que l'extérieur rencontre l'intérieur. Mais j'avais fait l'inverse. Me cachant derrière le maquillage pour comme je masquais mes blessures. Devenant une poupée lisse comme je voulais que mon cœur le devienne, me perdant en même temps. Rejetant ceux qui auraient pu voir. Ceux qui voulaient voir. Ma famille n'avait jamais fait partie de ceux là. Ainsi, personne n'avait cherché à soulever le voile. Même aujourd'hui, c'était une force extérieure, le destin, qui avait voulu que ma voisine soit éveillée. Si elle ne s'était pas trouvé là, seul mon oreiller aurait rencontré mes larmes et étouffé mes sanglots. La nuit aurait été ma confidente comme elle en avait pris l'habitude et je me serais peut être laissée une nouvelle fois glisser au sol pour que sa froideur rencontre celle de mon cœur.

J'aimerai tellement croire Sandra. Me dire qu'il y avait un espoir pour moi. Mais je n'avais pas l'impression d'avoir évolué en sept ans. Au fond de mon cœur, il y avait cette même petite fille qui appelait à l'aide sans qu'aucun son ne sorte de sa bouche. Dont le cœur se fendait en silence et qui imaginait comment devenir parfaite. Comment ne jamais laisser transparaitre la douleur. Elle me regardait ce soir, les yeux pleins de rage face à ma trahison. Ce soir le secret était mort et il n'y avait plus de retour en arrière possible. Ce n'est plus elle et moi désormais. Une nouvelle inconnue a été ajoutée à l'équation. Sandra est là et je la crois quand elle me dit qu'elle sera là.

« J'ai peur de ne pas en avoir assez... de temps. Que cel... que ceux que j'aime disparaissent encore sans que j'ai pu dire ou faire quoi que ce soit. Je veux juste être normale. Ça fait bientôt sept ans que je fais tout pour en avoir l'air mais ça ne marche pas. Pas du tout. »

Je pense à Kenny en cet instant. Lui que je n'ai approché qu'en de rares occasions et avec qui je n'ai échangé que quelques phrases éparses. Lui dont la disparition m'avait broyé le cœur et pour qui j'avais eu si peur après la désastreuse recherche à Lost Pine. Je pensais également à Billy qui avait disparu de ma vie après avoir compris qu'il n'obtiendrait pas de moi ce qu'il espérait. Je le voulais pourtant sur le moment. Mais, maintenant que le temps avait passé, j'avais réalisé que c'était pour le mieux. J'avais depuis décidé que, lorsque je me sentirais de nouveau prête, avant toute chose il – se il indéfini – saurait. Il faudrait que j'ai suffisamment confiance pour mettre mon âme à nu avant mon corps. Ma mésaventure m'avait au moins fait comprendre cela. Je n'étais tout simplement pas sûre d'être capable d'une telle confiance envers un homme.

Il est pourtant des êtres si purs qu'il ne leur faut que quelques paroles pour marquer à jamais votre vie. Sandra Karcy était de ces anges. Je n'avais jamais vu autant d'amour concentré dans une même personne qui en faisait don de manière si altruiste. Ses paroles d'amour m’apaisèrent tandis que la fatigue commençait à s'imposer à mes muscles trop tendus. Et quand elle me dit qu'elle est fière de moi, un nouveau sanglot m'échappe. J'aimerai tant que cela puisse être vrai mais se n'était pas possible. J'étais lâche. Je faisais du mal aux gens autour de moi. Il n'y avait aucune raison d'être fier. Aucune.

« J'ai de bonnes raisons de me détester. Je... je ne suis pas une.. bonne personne. J'aimerais l'être. Je suis trop lâche. »

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MessageSujet: Re: Nobody Knows | ft. Sandra   Jeu 1 Nov - 16:52

Les yeux dans les yeux, je vois Scarlett à nu, je devine les contours de son âme effondrée et je la frôle du bout des doigts, sans vraiment oser la toucher de peur de la briser. Scarlett a mal, Scarlett a peur, elle a entendu mille fois qu'elle était belle et ne semble pas saisir la beauté que je décris. Elle a goûté cent fois aux promesses brisées et a pleuré un nombre innombrables de soirs, au fond de son lit, sans que personne, jamais, ne la voit faire.

Je ne sais pas qui lui a parlé avant moi, je ne sais pas à qui elle a pu se confier, mais une partie des portes de son cœur est verrouillée. Il y a quelque chose d'inaccessible en elle, des doutes par centaines, des craintes par millier, elle est un papillon blessé dont les ailes auraient été déchirées.

Souffrance. C'est l'un des maître-mots de la vie de Scarlett et ça me coûte de m'en rendre compte. Je voudrais tellement, tellement qu'elle n'ait pas souffert ainsi...

Ma main regagne ses cheveux, y dépose une énième caresse, mais ce n'est pas suffisant. Ça ne sera jamais suffisant pour refermer la plaie, ça ne peut que tenter de la désinfecter, rien qu'un peu. Il nous faudra des années pour qu'elle apprenne à vivre avec, car ça ne disparaîtra jamais. Les cauchemars resteront, la sensation honnie s'habituera à sa chair et certaines fois, sans qu'elle ne se l'explique, des frissons d'horreur continueront de secouer tout son corps.

« J'ai peur de ne pas en avoir assez... de temps. Que cel... que ceux que j'aime disparaissent encore sans que j'ai pu dire ou faire quoi que ce soit. Je veux juste être normale. Ça fait bientôt sept ans que je fais tout pour en avoir l'air mais ça ne marche pas. Pas du tout. »

Je m'égare dans son regard où je lis la fin de tous ses espoirs, la peur du lendemain et celle de ne pas, ne jamais être assez bien. Ô Scarlett, j'aurais voulu te rencontrer plus tôt et déjà tout savoir...

« Et si tu laissais tomber ? Si tu arrêtais de vouloir être ce que les autres attendent de toi ? »


Dans ma bouche, les mots sont sincères et je sais qu'elle le sait. Je ne suis rien de ce qu'on voudrait que je sois.

« Si tu te laissais du temps ? Si tu abandonnais les croyances des autres ? Scarlett, on en a déjà discuté, tu sais ce que je pense de l'avis des autres, mais là, ça dépasse ça, ça dépasse tout ce que j'ai pu te dire précédemment. »

Mon ton est doux, je ne veux pas la brusquer, jamais.

« Tu n'as pas besoin d'être normale, Scarlett. Tu as besoin d'être toi. »

Une énième caresse, infinie tendresse au cœur de sa détresse.

« Tu es belle, Scarlett. Et quand je dis que tu es belle, je parle aussi de tout ce que tu es, à l'intérieur de toi. »

Et les mots ruissellent, quittent mes lèvres pour provoquer des sanglots, mais ceux-ci sont nécessaires et je sais qu'elle le sait aussi. Scarlett est loin d'être une idiote. C'est une fille intelligente qui cherche à s'enfermer dans le qu'en dira-t-on pour justement ne pas savoir ce qu'on dira d'elle si la vérité finit par exploser. Les craintes se cristallisent, les paroles s'envolent, portées par le vent du désespoir, le vent de trop d'années passées à tenir en laisse un monstre aux crocs empoisonnés. La créature a mordu, son venin s'est répandu, a circulé dans ses veines et est devenu maître à bord du vaisseau de son âme.

« J'ai de bonnes raisons de me détester. Je... je ne suis pas une.. bonne personne. J'aimerais l'être. Je suis trop lâche. »

Je ne sais pas à quoi elle fait référence. Je me doute que tout est déformé, tout est abîmé, tout s'est disloqué sous les assauts de la douleur, à commencer par sa confiance en elle. Doucement, je reprends mes caresses, tendrement, je reprends mes paroles.

« Scarlett, on fait tous des erreurs, moi la première. J'ai choisi d'abandonner mon mari à son alcoolisme. »

Ces choses, je n'en ai jamais parlé avec elle, et ce n'est pas l'important. L'important, c'est qu'elle sente que je lui ouvre mon cœur, que je lui présente mon âme toute entière, défauts compris. J'ai besoin qu'elle connaisse mes doutes, mes peurs, qu'elle sache que je n'ai rien d'idéal et qu'ici, au moins, elle a le droit de ne pas l'être non plus.

« Si tu es lâche, qu'est-ce que je suis ? »

Je laisse un temps de silence s'écouler entre nous, puis je reprends. Je ne lâcherai rien.

« Je ne sais pas ce que tu crois, Scarlett. Je ne sais pas ce que tu imagines, mais moi je vais te dire ce que je vois en toi. Je vois une fille au grand cœur qui se méprend sur elle-même, qui a souffert entre les mains d'un être abject, qui a dû la convaincre que c'était de sa faute. Mais ce n'est pas de ta faute, Scarlett. Je ne sais pas ce qu'il t'a dit, s'il a prétendu que tes tenues étaient tentatrices ou tes sourires provocateurs. Mais moi je vais te le dire, ce n'étaient que des mensonges. Je ne sais pas s'il t'a prétendu qu'une étreinte un jour offerte était une invitation, mais là aussi, il te mentait. Tu n'as pas cherché, on ne cherche jamais l'horreur, elle nous tombe dessus un jour, sans crier gare, et on n'en est jamais responsable. Tu pourrais me dire que tu l'as croisé au détour de la salle de bain, un soir, alors que tu ne portais qu'une serviette. Je te répondrai la même chose. Ça n'est pas de ta faute, ça ne fait pas de toi une mauvaise personne et ceux qui pensent le contraire et te le disent sont les véritables monstres. Tu as pu faire des erreurs, te disputer avec des gens que tu aimais, casser le vase préféré de ta grand-mère, déchirer une robe offerte par ta mère, briser un verre en cristal par maladresse, mais je te le jure, Scarlett, encore une fois sur la tête de chacun de mes enfants, tu n'as pas à te sentir monstrueuse. Tu peux m'avouer toutes les choses qui te hantent, si elles sont semblables à ce que je viens d'envisager, alors je suis désolée, mais je te répèterai encore une fois ce que je viens de te dire. Tu es belle, tu es intelligente, tu es une bonne personne, je t'aime. Et je suis fière de toi, Scarlett. Fière de tout ce que tu es. Ne l'oublie jamais. »

Mon étreinte se resserre sur les épaules comprimées d'effroi. Je voudrais qu'elle aille mieux, je voudrais qu'elle comprenne. Et si cela doit me prendre dix années, alors tant pis. Ça prendra le temps qu'il faudra.
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MessageSujet: Re: Nobody Knows | ft. Sandra   Lun 5 Nov - 11:14




Nobody knows

Scarlett & Sandra

Nobody knows but me, That I sometimes cry, If I could pretend that I'm asleep, When my tears start to fall, I peek out from behind these walls, I think nobody knows

Je m'accroche à Sandra comme un naufragé à sa dernière planche de salut. Elle est ma dernière lueur d'espoir en cette soirée où l'horreur est si présente. Ce n'est pas la première fois que je me retrouve dans un état pareil. Mais c'est peut être la seule fois où j'ai vraiment envie d'être sauvée. Je suis fatiguée de tour ça. Fatiguée des cauchemars incessants, fatiguée de sentir ma nuque se raidir à cause d'un regard trop insistant, fatiguée de sursauter face à un contact non anticipé, fatiguée de la peur, fatiguée de me forcer à faire comme si tout allait bien. Ce soir, juste ce soir, je voudrais laisser mes blessures à l'air libre, pour leur donner l'occasion de sécher, au moins un peu. Et en même temps ça me terrorise. J'ai entrouvert la porte de l'horreur et je crains qu'elle ne me dévore. Je crains aussi qu'elle ne terrorise Sandra. Elle m'a dit qu'elle ne me quitterait pas mais comment en être sûre ? Les promesses étaient bien trop faciles à briser... Pourtant, mon instinct me dit que je peux lui faire confiance. De toute façon, il est trop tard pour reculer maintenant et, j'en ai peut être besoin aussi, de parler de tout cela avec une femme. Le Père O'Leary avait recueilli ma confession sans un mot, m'offrant un soutien moral et psychologique mais porter un jugement n'était pas son rôle. C'est en tout cas ce qu'il m'avait dit. Que je devais porter plainte et affronter tout ça.

Sandra voulait que je laisse tomber, que j'oublie le regard des autres. Je n'avais aucune idée de comment faire ça. Ma vie entière n'était régie que par les apparences. Avais-je seulement pris moi même une seule décision depuis ce jour ?

« Je ne suis même plus sûre de le savoir. Qui je suis. C'était plus facile de juste être celle qu'on voulait que je sois. De m'oublier. »

Belle à l'intérieur ? Je n'arrivais vraiment pas à voir ce qu'elle pouvait bien avoir trouvé de beau dans mon âme ravagée. J'avais l'impression d'avoir été piétinée et déchirée en un millier de petits morceaux qui s'étaient envolés aux quatre vents. Certains avaient réussi à se sauver en s'accrochant à des personnes aimées. D'autres s'étaient irrémédiablement perdus. Je ne comprenais pas bien ce qu'elle entendait par là.

Je l'écoute me parler de ses erreurs et de ses regrets. Je ne connais pas grand chose à l'addiction, n'y ayant jamais été confrontée, mais j'imagine à quel point ça a du être difficile à vivre. J'oublie pour quelques temps mon propre mal être pour prendre la main de Sandra dans la mienne en un geste de réconfort. Je ne sais pas trop quoi lui dire et les mots se bloquent dans ma gorge encore enrouée. Elle avait fait ce qu'il fallait. Pour elle et pour ses enfants, j'en étais persuadée. Sandra était ce genre de personne. Qu'est-ce qu'elle était ? La réponse était facile.

« Une mère. Qui protège ses enfants même si c'est dur et que ça lui fait du mal. »

Tout le monde ne pouvait pas s'en vanter. Je ne savais pas si ma mère n'avait vraiment rien vu ou si elle s'était convaincue de ne rien voir. C'était un sujet que je ne souhaitais pas aborder avec elle. Jamais. Je l'aimais, je savais qu'elle avait fait de son mieux pour nous élever quasiment seule mais je savais aussi qu'elle pouvait se montrer égoïste en faisant passer ses besoins avant nos souhaits. Je me souvenais d'une séance de Star Wars à laquelle elle avait promis d'amener T.J.et qu'elle avait oublié au profit d'une réunion d'urgence d'un de ses comités, des formulaires de demande de bourse qu'elle avait mis des jours à signer, jugeant que la fac c'était inutile et que je ferais mieux de trouver un bon parti du genre du fils Spencer-Kane ou de Braden.

Sandra laissa s'écouler un silence mais ne lâcha pas l'affaire pour autant. Mes yeux s'écarquillèrent et mes lèvres tremblèrent à mesure qu'elle parlait, frappant bien trop près de la réalité. J'hésitais quelques instants avant de prendre une grande inspiration et de libérer un nouveau fragment de l'horreur.

« Il a dit... Il a dit que je l'avais encouragé. Que c'était moi qui l'avait séduit. C'était le père de ma meilleure amie. J'étais contente, de l'attention qu'il nous donnait à Eva et moi. Les encouragement, les étreintes... Je n'avais pas vu le mal. Je n'ai pas compris. Et... Et puis il y a eu le concours à l'autre bout du Maine. Ma robe de concours était rouge et plus courte que d'habitude. »

Je m'arrêtais une minute, j'allais devoir sortir l'horreur. Laisser s'écouler une nouvelle fois cette soirée. Essayer vaguement de la purger tout en sachant que c'était impossible. Je relâchais l'étreinte de Sandra pour mettre en place une petite distance de sécurité. J'encerclais ma propre taille de mes bras avant de me perdre dans mon plus noir souvenir. Je n'étais plus tout à fait là mais perdue au creux du cauchemar.

« On partageait une chambre avec Eva il y avait une salle de bain commune et elle communiquait avec la chambre de son père. Maman n'avait pas pu venir. C'était l'été, un peu avant mes onze ans. Après le concours, on s'était mises en pyjama et on avait regardé une cassette en mangeant du pop-corn, on avait écouté de la musique aussi. On s'est endormies en se disant qu'on avait passé un super week-end. »

Je laissais échapper un raclement de gorge blessée face à l'ironie de la situation. Si j'avais su.

« Je me suis réveillée au milieu de la nuit. J'avais soif alors je suis allée chercher un verre d'eau. Il y avait des bruits qui venaient de l'autre chambre. J'ai cru qu'il était en train de faire un malaise alors je suis rentrée. Il... Il... Il était nu avec un de mes tee-shirt contre le visage et il... »

Je m'arrêtais une seconde, reprenant ma respiration et réprimant un haut le cœur.

« J'ai voulu refermer la porte tout de suite et fuir mais il m'avait vu et il était plus rapide. Il m'a attrapé par les cheveux en me demandant ce que j'avais fait. Que j'étais une mauvaise fille, que je l'avais aguiché et que j'allais devoir assumer maintenant. Et quelle déception je serais pour ma famille. Il a répété ça. En boucle. Pendant tout. »

Cette fois mon estomac n'avait pas supporté et je m'étais retournée, honteuse, vidant le contenu d'un estomac rempli exclusivement d'alcool. Je tremblais de tout mon corps, blême et je n'étais même pas sure de pouvoir continuer sans m'évanouir. Je me surpris à dire la première chose qui me passait par la tête. Relevant vers Sandra des yeux éteints et brillants de larmes.

« Il sentait la sueur et le gin. Et il a promit qu'il ne raconterait jamais ce que j'avais fait. Que j'étais une traînée et que ma famille en souffrirait s'il parlait. »

Je ne racontais pas comment j'avais ensuite essayé de laver ma honte, d'exfolier ma peau et mon corps entier de l'horreur en le griffant jusqu'au sang. Mes pleurs sur le carrelage de la salle de bain ni comment une partie de moi était morte cette nuit là avec mon innocence. Comment j'avais été si malade qu'il avait fallu m'envoyer à l'hôpital. Ils avaient vu les marques. Mais au fond, ils n'avaient rien vu du tout. Une crise de panique liée à la compétition. Ils n'étaient pas aller chercher plus loin et j'avais donc découvert à quel point c'était facile de faire comme si tout cela ne s'était pas produit. Jusqu'à ce qu'il essaie à nouveau. Et les concours devinrent un calvaire.

« Eva aussi a dit que j'étais une traînée quand elle l'a découvert. »

Je me sentais mal. Faible et vidée de toute substance. En parler, c'était revivre tout ça. Revivre l'horreur. Un an. Ça avait duré un an.
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