Dans la petite ville d'Aster Cove, des choses étranges se passent...

 
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 Nobody Knows | ft. Sandra

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MessageSujet: Nobody Knows | ft. Sandra   Sam 7 Juil - 0:42




Nobody knows

Scarlett & Sandra

Nobody knows but me, That I sometimes cry, If I could pretend that I'm asleep, When my tears start to fall, I peek out from behind these walls, I think nobody knows

Un désastre, cette soirée avait été un pur désastre. Talons à la main et joues noircies de mascara dégoulinant, je traversais les quelques rues qui séparaient la fête que je venais de quitter de ma maison au style colonial. Je n’en pouvais plus de me sentir anormale. De tous ces moments ou, au lieu de m’amuser comme les autres jeunes gens de mon âge, j’étais assaillie par les rappels incessants d’un évènement que je donnerais tout pour enterrer à jamais. Ces derniers temps, c’était plus dure que jamais. J’avais passé plusieurs années dans un déni presque total mais, depuis quelques temps, cela devenait de plus en plus compliqué. Les flashs, les rêves et même parfois cette sensation horrible d’être aspirée dans un tourbillon de souvenirs et d’images hétéroclites par le simple rappel d’une odeur ou d’un geste. Comme si la moindre petite chose pouvait ouvrir la porte du désespoir.

C’est ce qui s’était passé ce soir. J’avais bu. Un verre, deux verres, trois verres. Je connaissais tous les invités et je ne me sentais pas menacée. Je discutais et riais comme n’importe quelle adolescente. C’était une bonne soirée. Une de celles qui aurait dû rester un bon souvenir dont on reparle quelques années plus tard, un sourire aux lèvres. Mais j’avais tout gâché, comme d’habitude. Il avait suffi que l’un des membres de l’équipe de foot me murmure quelque chose à l’oreille et que son haleine de gin et de tabac mêlé arrive à mes narines pour que mon visage perde toute couleur et moi toute contenance. Remarquant mon trouble, il avait posé sa main sur mon bras, sans doute pour me demander ce qui n’allait pas. Mais la débâcle des souvenirs avait commencé. J’étais perdue entre passé et présent. La terreur se mêlant à un sentiment de déchirement tout au fond de mon cœur. Et pourtant, une petite partie de mon esprit continuait une lente litanie. Pas ici, pas maintenant. Personne ne doit voir. Personne ne doit savoir. J’avais donc fui vers la salle de bain la plus proche. Malade à en mourir. Parce qu’une simple odeur avait réveillé les souvenirs de sa main sur ma bouche, de son souffle sur mon visage et de son corps pesant lourdement sur le mien. Je ne saurais dire combien de temps j’avais ensuite passé en position fœtale sur le carrelage. Des coups puissants contre la porte m’avaient finalement tirée de ma léthargie. C’était la voix de Braden que j’entendais de l’autre côté. Braden le chevalier blanc. Tellement parfait qu’il n’en paraissait même pas humain. Il voulait savoir si j’avais besoin d’aide. Je répondais par la négative avant de me relever tant bien que mal. Il fallait que je quitte les lieux au plus vite. Mais sans attirer l’attention. Je me regardais dans le miroir. C’était un cauchemar. D’habitude si soignée, mes cheveux partaient dans tous les sens et mon mascara avait répandu des trainées noires sous mes yeux. J’attrapais une brosse à cheveux pour minimiser les dégâts et, avec une moue de dégoût, une brosse à dent d’origine inconnue. Pour mon mascara, je tentais tant bien que mal d’en effacer les traces mais rien à faire, je n’avais fait qu’étaler un peu plus le noir sur mes joues.

A peine sortie de la salle de bain (une chance le rejeton O’Leary n’était plus là à faire le guet), j’évitais quelques couples se galochant allégrement dans le couloir et fonçait droit vers mon salut, la sortie. Ce n’est que sur le chemin que j’avais de nouveau laissé mes larmes couler, ruinant encore un peu plus mon maquillage. Mais maintenant plus personne ne verrait. Plus personne ne se douterait des tourments que la timide mais solaire Scarlett pouvait bien endurer. Je resterais celle qu’on apprécie sans vraiment la connaître, l’ombre de Mackenzie, la récente recrue de la Triade. Je préférais passer pour une naïve petite biche effarouchée que pour la névrosée de service qui éclatait en sanglots aux moments les plus impromptus. Mais jouer la comédie en permanence et faire comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes commençait à m’user petit à petit. Je le sentais au plus profond de moi. Je n’étais pour autant pas prête à faire face à tout ça.

C’est pourquoi j’étais là. A fixer le portail de ma maison et à hésiter sur la marche à suivre. Il n’était que minuit. Maman serait pourtant sans doute couchée. Elle prétendait que dix heures de sommeil, c’était le secret pour garder un teint de pêche. Mais il lui arrivait parfois de se lever exprès pour débriefer mes sorties. C’était ce que je craignais le plus. Qu’elle me pose des questions ce soir. Alors après être restée debout comme une idiote devant l’allée, j’avais choisi de me poser quelques instants sur le muret séparant notre propriété de celle, voisine, de Madame Karcy. Je tentais de faire disparaitre mes larmes qui continuaient de rouler sur mes joues d’un revers de main. Tremblante, éméchée et d’une infinie tristesse, j’étais bien contente d’être seule et de n’imposer à personne ce sinistre tableau.
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MessageSujet: Re: Nobody Knows | ft. Sandra   Lun 20 Aoû - 14:08

Assise sur une chaise dans la chambre de son fils, Sandra relisait pour la troisième fois l'histoire de Pinpin le lapin blanc et de son ami le serpent.

« Le serpent regarda Pinpin, qui tenait un ballon dans sa main.
- Tu veux jouer avec moi ? Dit-il à son ami. Celui-ci hocha la tête. Mais il y avait un problème... Saturnin le serpent n'avait pas de mains. Comment lancer le ballon, sans cela ? »

Depuis qu'elle était revenue le bras en sang un soir de juin, son petit dernier peinait à trouver le sommeil. C'était fou, ce que les enfants comprenaient sans un mot. Sandra en était toujours impressionnée, même après tout ce temps. Et alors qu'elle s'apprêtait à expliquer comment Pinpin et Saturnin allaient bien pouvoir faire, elle remarqua qu'Evan avait enfin trouvé les bras de Morphée. Un sourire attendri glissa sur les lèvres de la jeune mère tandis qu'elle déposait un baiser sur le front de son tout petit. Qu'il était beau, son fils, avec cet air angélique qui drapait ses traits lorsque le sommeil le prenait... Sandra ne s'en lassait pas et ne s'en lasserait sans doute jamais. Doucement, elle quitta la pièce à pas de loup, afin d'être certaine de ne pas éveiller son petit bonhomme.

Alors qu'elle refermait la porte, son regard tomba sur la pendule. 23H45. Il fallait vraiment qu'elle trouve le moyen d'apaiser Evan. Un garçon de cet âge ne devait pas se coucher aussi tard. Soucieuse, Sandra décida d'aller s'asseoir dans le jardin, accompagnée d'un bon livre et d'un verre d'eau rempli de glaçons. Ces derniers temps, le soleil léchait si fortement les façades en journée que les nuits représentaient le seul instant de frais dont on pouvait profiter. C'était aussi le seul moment qu'elle avait vraiment pour elle. Entre ses deux emplois et les activités des filles, il était rare que Sandra ait le temps de se reposer. Ce soir serait une exception.

Mais cette exception ne devait durer qu'un instant. Alors que tout était silencieux autour d'elle, un bruit de pas la fit sursauter. C'était fou ce qu'elle était devenue craintive, depuis l'épisode de la forêt. C'en était devenu anxiogène au point qu'elle changeait d'itinéraire pour ne pas passer à côté. De toute manière, celle-ci était toujours sous la surveillance des autorités, qui s'assuraient que personne n'y mettait plus les pieds. L'excuse officielle, c'était que des loups leur étaient tombés dessus. La vérité, c'était que Sandra ne savait pas comment définir les créatures qui avaient foncé sur eux. Des monstres, sans doute. Et peut-être même ceux qui peuplaient les cauchemars de Kenny.

Un soupir échappa à Sandra tandis qu'elle cherchait à savoir qui pouvait bien rentrer à une heure si tardive. L'avantage, dans le quartier où elle vivait, c'était que les commères se couchaient toutes extrêmement tôt. Ça laissait le temps pour de vraies activités à la faveur de la nuit, comme des parties endiablées de jeux de société avec ses grandes.

Ce furent les sanglots qui suivirent qui l'alertèrent. Sandra, depuis qu'elle vivait ici, avait eu l'occasion de sympathiser avec la fille de sa voisine, et la voix qui portait tant de douleur n'était autre que la sienne. Scarlett était une chic fille, et la savoir dans cet état réveilla en Sandra la flamme d'un formidable instinct maternel qu'elle croyait pourtant ne pas avoir. Sans un bruit, elle gagna le muret qui séparait leur deux propriétés.

« Scarlett... ? »

Il ne s'agissait que d'un murmure, rempli d'une inquiétude absolue. Depuis qu'elle la connaissait, Sandra sentait que quelque chose n'allait pas, dans le cœur de cette gosse. Depuis qu'elle avait appris à l'apprécier, les doutes s'étaient transformés en certitudes. Scarlett était timide, s'effaçait volontiers et ne faisait jamais de vagues. Elle se faisait oublier, et les concours qu'elle faisait tenaient désormais davantage du faire-valoir maternel plutôt que de la véritable passion. Mais sans vraiment comprendre, Sandra sentait qu'il y avait quelque chose de plus fort, de plus profond dans les silences de Scarlett. Le spectacle qui l'accueillit lorsqu'elle put enfin apercevoir les traits de la jeune femme la convainquit définitivement. Scarlett était en larmes, et elle avait visiblement pleuré durant tout le trajet. Une main, tendre, calme, maternelle, se posa sur le bras de la demoiselle.

« Scarlett... Qu'est-ce qui ne va pas ? »

Doucement, Sandra caressa le bras de la jeune fille avec son pouce, sans la lâcher. La peine de sa petite voisine était immense. Vieille d'au moins plusieurs mois. Si ce n'était plusieurs années. Elle ne savait pas précisément de quoi il pouvait bien s'agir, mais elle était décidée à agir. À apprendre, peut-être, mais surtout à soulager.
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MessageSujet: Re: Nobody Knows | ft. Sandra   Lun 20 Aoû - 23:07




Nobody knows

Scarlett & Sandra

Nobody knows but me, That I sometimes cry, If I could pretend that I'm asleep, When my tears start to fall, I peek out from behind these walls, I think nobody knows

Mes larmes continuaient de dévaler mes joues. Mon esprit était toujours embrumé par l’alcool que j’avais ingurgité. Si seulement cela avait pu anesthésier la peine et les mauvais souvenirs. Ca fonctionnait pourtant en général. Mais non, pas ce soir. Ce soir, tout était sombre, tout n’était qu’horreur. C’était comme si, depuis les événements de Lost Pine, quelque chose c’était cassé en moi. Comme s’il n’y avait plus assez de place dans la petite boîte dans laquelle je cachais habituellement tout ce qui était sombre dans ma vie et qu’elle débordait. Oh, bien sûr, cela arrivait déjà régulièrement avant. Mais depuis, c’était comme si j’étais incapable de refermer la boîte. Elle restait là, béante, l’angoisse et la peur me réveillant en pleine nuit. Je me retrouvais à penser à cet homme qui avait gâché mon enfance. Je me demandais ce qu’il était devenu. Et, quand mes pensées prenait un tour plus dangereux et que je laissais la culpabilité m’envahir, je m’interrogeais sur ce qui avait pu le pousser à faire ce qu’il avait fait.

Mes bras s’enroulèrent autour de moi en une étreinte protectrice, comme si je cherchais à me rassurer moi-même. J’avais presque envie de me rouler en boule, là, sur ce muret. C’était dur, si dur de faire semblant. J’étais tellement fatiguée. Prématurément usée. Parfois j’avais juste envie que ça s’arrête. Mais je ne pouvais pas. Ce n’était même pas une possibilité. Il fallait que je reste forte, pour T.J., pour mes parents. Si je me laissais allez, eux aussi seraient dévastés. Je ne pourrais jamais accepter cela. Je ne voulais pas qu’ils sachent. Je savais que le choc serait trop rude.

C’est mon nom, murmuré, qui m’arracha à mes pensées. Prise sur le fait, j’essuyais rapidement mes larmes de mes points fermés avant de me tourner vers ma voisine. Je restais quelques secondes à la fixer sans rien dire avec mes yeux rougis et mes trainées de mascara. J’avais l’impression d’être près d’exploser. Et voir une telle inquiétude dans ses yeux, alors que je tentais si bien de rester en équilibre au bord du gouffre m’y fit tomber tête la première alors que j’éclatais en sanglot, révélant un désespoir tellement profond qu’on ne pouvait plus le rater. La sensation de la main de Sandra sur mon bras, si douce, si maternelle rompit quelque chose en moi. Mes sanglots redoublèrent encore alors que je n’aurais même pas cru cela possible. C’était la première fois que je pleurais devant quelqu’un d’autre. Je me décidais enfin à parler, d’une voix hachée, entrecoupée par mes pleurs, à peine cohérente.

« Je voudrais juste… Juste être normale. Ne plus les voir, les images. J’ai jamais. Jamais voulu ça. Je n’avais pas compris. Je voulais pas. Je veux juste. Juste oublier. Ca fait si longtemps. Je veux – il faut - que ça s’arrête. Mais… Mais c’est… Même s’il n’est plus là. Il est quand même là. »

J’avais fini par attraper ma tête entre mes mains. Parce qu’en cette soirée, les souvenirs étaient particulièrement vivaces. Au visage souriant de Monsieur Sandman se mêlait le regard fou des chiens infernaux. Aux draps de la chambre d’hôtel, les crocs lacérant les chairs. Et dans les deux cas, l’odeur métallique du sang et un malaise profonds. Traumatismes emmêlés, nuits de cauchemars. C’était trop. Bien trop. Et je continuais, sans même me rendre compte que je parlais à voix haute, faible et à peine murmurée, mais à voix haute tout de même, cette litanie qui tournait en boucle dans ma tête depuis ce fameux jour.

« Personne. Personne ne doit savoir. Jamais. »

J’étais fatiguée, si fatiguée.
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MessageSujet: Re: Nobody Knows | ft. Sandra   Mer 22 Aoû - 19:29

Ne plus voir les images. Sandra lança un regard effaré à Scarlett alors qu'elle comprenait que tout ce qu'elle avait pu imaginer était bien plus doux que ce qui avait dû lui arriver. Les larmes ravageaient le visage de la jeune fille, qui sanglotait à s'en secouer le corps et déversait des milliers d'occasions manquées de s'exprimer. Scarlett portait un secret bien plus gros qu'elle, qui la dévorait et la torturait à chaque instant. Sandra sentit son cœur se fissurer en analysant les paroles incohérentes de la jeune femme qui lui faisait face. Au début, ses caresses s'étaient stoppées net, bloquées par la révélation à demi-mot que lui offrait sa petite voisine. Dans un formidable élan maternel, elle transforma le mouvement de ses doigts en une étreinte absolue de tendresse. Scarlett en avait besoin, et Sandra était décidée à aider cette pauvre gosse.

« Eh, minette... Chhht... Tu as le droit de me le dire, à moi... »

L'une de ses mains reprit ses caresses, glissant dans les cheveux d'un blond presque blanc avec toute la douceur du monde. Sa voix aussi l'était. Rien ne devait stresser la jeune femme qu'elle tenait dans les bras. Sa douleur était trop grande. Sandra aurait donné n'importe quoi pour pouvoir l'apaiser.

« Je te promets de ne le répéter à personne, Scarlett... »

Oublier. Scarlett voulait oublier. L'horreur de sa vie, ce secret trop bien gardé que personne ne savait, Sandra en sentait les effluves au travers de ses larmes. Scarlett souffrait. Elle souffrait depuis longtemps. Et le mot qui glissait entre les pensées de la jeune mère n'était pas des plus heureux. C'était même tout l'inverse. Sandra priait pour se tromper. Elle priait de toute son âme. Mais quelque chose, au fond d'elle, lui hurlait qu'elle avait raison. Tendrement, Sandra poursuivit les caresses.

« Tu n'as pas à porter ça toute seule... »


Il. Un homme. Un souvenir datant de plusieurs années. Une blessure infectée depuis trop longtemps. Une douleur sourde qui influait sur tous ses actes, toutes ses pensées. Un visage gravé sur la rétine, dans le nez et au creux de son oreille. Sandra comprenait, et à mesure qu'elle comprenait, son étreinte se gorgeait d'un peu plus de tendresse, d'un peu plus d'amour maternel, avec l'absolue volonté de faire en sorte que Scarlett se sente en sécurité. Alors, Sandra laissa couler les mots qui la condamnaient aux yeux du monde. Elle laissa glisser ces phrases qui faisaient d'elle une femme étrange, mal vue dans les rues d'Aster Cove. Elle murmura des paroles qui rendraient folles les commères du quartier, si elles avaient pu les entendre. Et Sandra n'en regretta pas la moindre syllabe.

« Ce n'est pas ta faute, mon cœur... Ce ne sera jamais ta faute, je te le dis, et je le pense. Je te le jure sur la vie de mes enfants, Scarlett. Ce type n'était qu'un monstre, et ce qu'il t'a fait ce jour-là est impardonnable. Ce n'était pas toi, le problème, Scarlett. Le problème, c'était lui, c'est encore lui à l'heure actuelle et ce sera toujours lui. Tu n'es responsable de rien, et ceux qui t'ont dit ça n'y comprenaient rien. Je te le jure, Scarlett. Tu entends ? Je te le jure sur la tête d'April, d'Aurelianne et d'Evan. Je mets leur vie dans cette promesse, et je suis prête à le répéter autant de fois qu'il le faudra. Tu n'as pas à t'en vouloir. Jamais. »


L'étreinte se fit plus protectrice qu'elle ne l'était déjà. Scarlett sentait l'alcool. Sandra, au fil des années, était devenue experte en l'art de le repérer. Scarlett avait peur. Scarlett était désespérée. Alors, Sandra se promit qu'il ne lui arriverait plus jamais rien de similaire. Cette pauvre gosse avait vécu trop d'horreurs. Et si demain, elle devait la suivre à tous ses concours pour s'assurer qu'elle allait bien, si elle devait lui ouvrir sa porte chaque soir pour lui offrir un semblant de havre de paix, elle le ferait. Scarlett guérirait. Dans un, cinq, dix ou vingt ans, peu importe le temps que ça prendrait. Et si un jour, elle décidait de traîner ce porc au tribunal, Sandra serait à ses côtés. C'était juré.
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MessageSujet: Re: Nobody Knows | ft. Sandra   Jeu 30 Aoû - 23:56




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C'était seulement la deuxième fois que je mettais des mots sur ce qui m'était arrivé. Les deux fois n'avaient été qu'un amas de paroles incohérentes qui avaient néanmoins pris sens pour les adultes à qui je m'étais confiée. Madame Karcy et le père Patrick avaient tout deux eu la même expression. Ce masque de réalisation et d'horreur absolue. J'avais tellement peur de revoir cette expression sur les visages de mes parents ou, pire encore, la lire sur celui de T.J. Je ne pensais pas  être capable de m'en relever. Maintenant que j'avais parlé, j'avais tout simplement envie de disparaître. De me désintégrer, là, tout de suite sur ce muret. Je ne m'étais plus jamais sentie entière depuis ce jour. Mais, l'étreinte de Sandra me faisait du bien, m'apportant un réconfort que je ne me serais jamais autorisé si je n'avais pas été aussi épuisée. Oh ma fatigue était physique bien sur mais plus que tout, elle était psychologique. Je me sentais de plus en plus incapable de continuer à faire semblant que tout allait bien dans le meilleur des mondes. Et j'avais peur, oh mon dieu, que j'avais peur. Parce que  cela faisait si longtemps que je me tenais au bord du précipice que me laisser aller pouvait tout aussi bien mener à la sécurité qu'à la chute. Et je misais plutôt sur la chute.

La tension de mon corps se relacha un petit peu tandis que Sandra me promettait de ne rien dire à personne. Je relevais ma tête, le visage toujours humide pour regarder dans ses yeux si elle était sincère. La nuit et le faible éclaraige ne m'aidait pas vraiment mais la douceur de sa voix m'incitait à la confiance. Mon moment d'hystérie était passée et seules quelques larmes orphelines et silencieuses faisaient encore quelques percées. Je continuais néanmoins à trembler, ayant soudain très froid. J'avais porté ce lourd fardeau si longtemps que l'idée de le partager me semblait injuste.

« Je voulais pas... imposer ça à qui que ce soit. Maman. Elle ne se le pardonnerait jamais. Papa le tuerait. »

Les larmes roulèrent de nouveau sur mes joues en perles fines de tristesse. Je voulais tellement les protéger mais... Qui m'avait protégé, moi, pendant toutes ces années ?

«  J'ai trop peur. D'affronter leur regard. S'ils savaient. »

J'avais tellement honte. Tellement honte de m'être trouvée dans cette situation. Tellement honte de ce qui, chez moi, avait pu transformer un homme que chacun jugeait adorable en monstre. Qu'est-ce qui pouvait bien clocher chez moi ?

Et comme si elle avait deviné mes plus sombres pensées, Sandra eu exactement les mots dont j'avais besoin. Oh bien sûr, ma mère aurait été la première à pousser des hauts cris en l'entendant mettre la vie de ses enfants dans la balance mais, au fond, il fallait bien ça pour me convaincre. J'avais longtemps espéré entendre ses mots. J'avais toujours recherché une forme d'absolution même après ma confession au Père O'Leary. Fidèle à sa fonction, il m'avait accompagné et incité au pardon. Pourtant, même à mes oreilles d'enfant ce discours avait sonné faux. Comme s'il récitait sans conviction quelque chose d'appris par cœur.

Je me jetais encore un peu plus dans les bras de la mère de famille, comme si elle était ma bouée de sauvetage. J'avais encore assez de présence d'esprit pour ne pas forcer sur ses blessures. Je sentais que mon anesthésie due à l'alcool se dissipait et par la même revenait l'envie de ravaler mes paroles et de faire machine arrière. L'envie de protéger les murs que j'avais érigé autour de ma douleur et mon petit monde parfait. Pourtant, ce soir, je n'y arrivais plus.

« Je ne sais pas comment faire. »

C'était tellement dur de parler et pourtant, j'avais du mal à endigué mon flux de paroles. Comme si ma bouche était directement liée à mes pensées.

« J'ai peur. J'ai tellement peur d'être cassée. De ne jamais pouvoir avoir de relations normales. »

Je n'avais jamais pu garder un petit copain plus de quelques semaines. Des stades que je n'avais jamais pu dépasser. Des réactions disproportionnées. Des terreurs injustifiées. Et je ne parlais là que des relations amoureuses. Mes amitiés étaient tout aussi chaotiques. Mais après tout, méritais-je vraiment d'être entourée alors que personne ne me connaissait vraiment ? Et s'ils me découvraient, me tourneraient-ils le dos ? Alors je ne cherchais jamais à les retenir, les uns comme les autres. Parce que de toute façon ils finiraient par me fuir.
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