Dans la petite ville d'Aster Cove, des choses étranges se passent...

 
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 If cats looked like frogs we'd realize what nasty, cruel little bastards they are • CAMDEN

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MessageSujet: If cats looked like frogs we'd realize what nasty, cruel little bastards they are • CAMDEN   Ven 24 Aoû - 15:43


Quand est-ce qu’il est arrivé déjà ? Il n’en est pas bien sûr - Andrea est mauvais avec les dates, il l’a toujours été, et il faut chaque année lui rappeler son anniversaire ou l’approche des grandes fêtes, Noël inclus. À la louche, il dirait six semaines à tout casser. Six semaines qu’il passe et repasse dans le quartier, six semaines qu’il attrape des notes à la volée sans arriver à déterminer d’où elles s’échappent. Il était persuadée qu’elle venait de la maison bleue, celle avec le grand porche un peu décati, mais il s’est trompé - il vient de la dépasser et les notes sont encore devant lui. Il lui faut un instant pour comprendre que le son provient d’une maison plus proche de la sienne, une qu’il n’avait pas vraiment remarqué avant. L’après-midi n’est pas encore très avancée et il n’est jamais rentré chez lui aussi tôt.

Il se dit que c’est pour ça, qu’il n’a pas résolu le mystère avant. Mais oui : le musicien (ou la musicienne) et lui n’ont pas les mêmes horaires, voilà tout ! L’idée l’amuse par sa simplicité, et son skate board dessine une courbe sur l’asphalte, aussi fluide que sa pensée. Parce qu’elles courent partout, ses idées, de temps en temps.
On doit avoir ouvert la fenêtre - la mélodie est claire, depuis la rue, et Andrea resterait bien là à l’écouter. Il tire sur sa cigarette, fermant un bref instant les yeux. La rue est vide face à lui, puis le noir, quelques instants. Peut-être un peu trop longtemps. Un chat traverse devant ses roues, quand il ouvre les paupières et, franchement, il n’a pas envie de se transformer en tueur de félins.

Le vacarme des poubelles renversées couvrent la mélodie. Il n’y a personne pour voir Andrea se redresse, endolori et la chemise légèrement déchiré - c’est le détail qui l’ennuie, il l’aime beaucoup, sa chemise fleurie. Son jean, déjà trouvé des mois auparavant, laisse apparaître un genou écorché et il n’a pas besoin de regarder pour sentir du sang sur son coude et quelque part sur son avant-bras. Quand enfin il lève la tête, c’est pour voir le chat, une bestiole rousse et svelte, sagement assis sur le trottoir à le regarder. « Et en plus t’es fier de toi ?  » Le chat laisse échapper un miaulement - Andrea est sûr d’y percevoir une note moqueuse - et repart en trottinant, comme si de rien n’était.

Il n’entend pas la porte s’ouvrir quand il se relève, trop occupé à récupérer son skate et à remettre les poubelles en bon ordre. « Tout va bien là-bas ?  » «  Oui, oui, c’est rien du tout, vous inquiétez pas ! » À peine a-t-il terminé sa phrase que le clac clac des talons résonnent sur l’asphalte. Une femme d’un âge indéterminé - il est nul, pour ce genre de chose également - se tient devant lui, des cheveux d’un brun très foncé, encore plus foncé que les siens. Les mains sur les hanches, le sourcil relevé, elle l’observe alors qu’il s’époussette et semble quand même un peu s’inquiéter. C’est une jolie dame, qu’il se dit, avec un profil assez altier et des traits bien dessinés. «  Désolé pour le dérangement, y avait un chat sur la chaussée et je l’ai vu au dernier moment», exlique-t-il en attrapant sa planche, un grand sourire contrit au visage. Le temps de préparer sa fuite et les yeux de la femme se pose sur ses genoux et sa chemise déchirée. Un bref instant, Andrea se demande si elle va l’attraper par l’oreille. « Suivez-moi à l’intérieur, on va vous nettoyer un peu, vous êtes écorchés de partout.  » Sans l’attendre, elle s’engage, très droite, sur le petit chemin de graviers qui remonte vers la maison. Andrea reste là, un bref instant, hésitant sur ce qu’il doit dire ou faire. Après tout, c’est de là que vient la musique, non ? « Ne restez donc pas planté là, vous allez vous faire renverser pour une voiture. » Il ne lui en faut pas plus pour se mettre à trottiner à sa suite.
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MessageSujet: Re: If cats looked like frogs we'd realize what nasty, cruel little bastards they are • CAMDEN   Mar 4 Sep - 16:59


Le fracas vient le chercher jusque dans le concerto de Brahms. Le ré retombe dans les airs et Camden, surpris autant par le boucan en lui-même que de l'avoir entendu à travers ses notes et sa concentration légendaire, se rend à la fenêtre ouverte, violon et archet encore en main. Il peut voir du premier étage sa mère trottiner avec l'élégance pleine d'énergie qui la caractérise en direction de leurs poubelles, qu'il avait cru voir vidées au petit matin : s'y trouve maintenant un grand amas de membres, semblerait-il humains, dans un ordre que Camden a du mal à retracer depuis sa tour. Finalement ils remuent, s'articulent, se rassemblent pour former un grand corps qui s'ébranle, s'affaire, use d'une voix basse qui porte jusqu'à l'étage.

Camden l'observe, un instant, immobile, comme s'il retenait son souffle, sa musique, les secondes, et reprend enfin vie quand il risque d'être vu depuis l'allée. Il se recule dans l'angle-mort de sa chambre, et guette un instant les bruits provenant du rez-de-chaussée. La porte s'ouvre, des voix résonnent (celle de sa mère surtout), on discute, une chaise est tirée, et bientôt des pas dans les escaliers. « Camden ! » Sa mère s'est arrêtée à mi-chemin vers l'étage, là où elle peut juger si son fils l'entend ou se perd dans des envolées musicales qui ne sont qu'à lui. « Descends deux minutes, et apporte la boîte à pharmacie avec toi ! Chop chop ! » Camden pousse un léger soupir ; il envisageait de reprendre là où il s'était arrêté -les invités, surprise ou non, ne le tiennent jamais loin de son violon. Mais sa mère comme à chaque visite, cherche à le sortir de son trou. « Je ne veux pas passer mes vieux jours aux crochets d'un ermite », dit-elle parfois avec un haussement de sourcils comique. « Camdeeen ! »

« J'arrive ! » Il repose avec précaution instrument et archet dans l'étui. Il sait bien qu'on ne le laissera pas tranquille avant qu'il descende ; et si souvent il fait la sourde-oreille, quelque chose aujourd'hui le fait abdiquer avant que sa mère ne vienne tambouriner à sa porte. De la curiosité, peut-être.

Il retrouve sa mère dans la cuisine ouverte, où elle a assis l'inconnu au comptoir. Camden a tout juste le temps de lui jeter un regard que sa mère vient se saisir de la boîte à pharmacie. « Andrea s'est cassé la figure dans notre allée, (elle le dépasse comme une tornade dont rien ne peut entraver la course, et entreprend d'ouvrir la boîte à côté d'Andrea sans s'arrêter de parler) tu veux bien lui sortir un jus d'orange ? » Camden obtempère, fiston idéal dans son T-shirt Iron Maiden, va chercher un verre alors qu'elle continue. « Mon fils, Camden. J'en ai un autre, mais il est parti s'installer ailleurs pour ses études, et ma fille a suivi le mouvement aussi. Il ne me reste que le plus réussi... » Difficile de dire si elle est ironique, son expression sérieuse au visage tout juste agrémentée d'un léger sourire ; Camden ne se retourne pas pour la regarder, il a l'habitude, et ouvre le frigo pour y dégoter le jus d'orange et une cannette de Pepsi. « Il n'est pas si discret que ça quand on le connaît, c'est juste pour se donner un genre, type petit génie mystérieux, avec un soupçon d'air rebelle et tout un tas de secrets... » Camden se retourne cette fois franchement, le jus dans les mains. L'inconnu est grand, très brun, mais moins que sa mère : et Camden distingue dans ses joues des grains de beauté et des fossettes discrètes.

« On va te nettoyer ça, ne bouge pas. » Il dépose le verre de jus d'orange sur le comptoir, sans un autre regard pour Andrea que sa mère entreprend de rafistoler gentiment, et se saisit de sa cannette. « Quel âge tu as, Andy ? Je peux t'appeler Andy ? » Camden ouvre sa cannette dans un « pscht ! » sonore, avec un air indifférent au visage, là où il écoute avec toute l'attention du monde.
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MessageSujet: Re: If cats looked like frogs we'd realize what nasty, cruel little bastards they are • CAMDEN   Sam 15 Sep - 17:13


C’est un peu gênant, tout ce vacarme et tout le remue-ménage qu’il provoque dans la jolie maison, mais il ne peut pas s’enfuir comme un sauvageon - ce qu’il aurait fait, quelques années plus tôt, pour ne pas se faire réprimander. La silhouette qui a accouru vers lui ne semble pas agacée et, toute prise à son inquiétude, la grande inconnue très brune - plus brune que lui, que sa mère, même - l’entraîne dans l’entrée. Andrea n’a pas le temps de réagir et se contente de bafouiller quelque chose comme « ne vous dérangez pas, surtout pas ». La curiosité le titille, pourtant : il a remarqué que sa chute avait interrompu la mélodie et que le violon, si son oreille ne l’a pas trompé, s’est tu tout à coup. Il avait eu raison et sa chute, bien que ridicule et quelque peu humiliante pour son âge, lui avait permis d’éclaircir ce mystère. Son égo s’en remettrait certainement.

Camden. C’est pas un quartier de Londres, ça ? Andrea a toujours voulu aller à Londres. C’est pas une université, aussi ? Quelque chose comme ça, certainement, il n’en sait rien, et il s’en fiche un peu, parce qu’il est gêné de se retrouver assis comme un enfant devant l’étrange spécimen qui vient d’entrer. Son visage est aussi joli que celui de sa mère, mais plus distant, moins animé, comme s’il retenait, soigneusement cachés, émotions et pensées. Mais Andrea ne pense pas à tout ça, pense juste qu’il a l’air timide, ou réservé, ou qu’il a été dérangé, et se contente d’un grand sourire en frottant ses cheveux décoiffés. «  Non, vraiment, faut pas vous embêter, ça va aller… » Ses protestations sont perdues dans un mouvement de semelles : Camden lui a déjà sorti le jus d’orange et Andrea remarque tout juste le t-shirt Iron Maiden - il était trop occupé à observer son visage et à rougir comme une jouvencelle.

Il le remercie d’un sourire et bois une gorgée qui manque de passer de travers. Andrea étouffe un rire derrière sa main, un rire ni moqueur ni vraiment discret, juste un souffle un peu rauque et amusé. Cette femme est une sorte de phénomène et il imagine, un instant, ce qu’elles donneraient, Julia et elle, dans une même pièce. « Tout le monde m’appelle Andy, vous inquiétez pas. Et j’ai vingt-un ans, donc je peux tout à fait légalement m’écraser dans vos poubelles et être tenu resonsable. » Un sourire, un peu de désinfectant, et Andrea doit retenir une grimace, vieille réaction d’enfant face aux bilans picotements. « Je ne crois pas t’avoir déjà croisé dans les environs, tu habites Aster Cove ? » «  Oui, on vient de s’installer, il y a quelques semaines en fait. Ma mère tient le Sweet Tea, dans la galerie marchande. » « C’est ce petit salon de thé très charmant, n’est-ce pas ? Quelle coincidence, je suis passée devant la dernière fois mais je n’ai pas encore eu le temps d’y entrer. On ira, hein, Camden ? »

Et le pire, c’est qu’il serait ravi de les revoir à nouveau, et ça se voit - tout se voit sur le visage d’Andrea, incapable qu’il est de cacher véritablement le fond de ses pensées ou ses émotions. Il aimerait beaucoup remercier cette dame dont il ne connaît pas encore le nom et entendre, au moins une fois, la voix de Camden. Il se tourne alors vers lui, ouvertement curieux et un peu impressionné : « J’imagine que c’est toi qui jouais, tout à l’heure ? » « Oh tu as entendu ça ? Camden est extrêmement doué pour la musique.  » C’est la fierté dans la voix de cette femme qui le fait sourire et hocher vigoureusement la tête. « En fait, j’habite vraiment tout près et ça fait quelques jours que je cherchais d’où venait la musique. Mais c’est la première fois que je l’entends en rentrant du travail et puis y a eu ce chat, au milieu de la route, et j’ai voulu l’évituer…  » Andrea fait un vague geste de la main, presque italien, et hausse les épaules avec un pauvre sourire amusé. La suite, vous la connaissez.
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MessageSujet: Re: If cats looked like frogs we'd realize what nasty, cruel little bastards they are • CAMDEN   Dim 16 Sep - 7:32


Camden se laisse aller contre le comptoir opposé au leur, un peu en retrait dans leur échange, et observe sa mère mater comme elle sait si bien le faire la nouvelle équation qui vient d'entrer dans son existence. C'est ce qui fait sa force, cette douceur et cet humour sous ses airs parfois sévères, et naît un sourire amusé à la plaisanterie d'Andy, tandis qu'elle adresse un regard à son fils. « C'est qu'il est drôle, en plus ! » lui dit-elle de ses yeux qui pétillent, et Camden se contente de détourner les yeux, un geste qui chez un autre pourrait équivaloir à une indifférence impartiale. Taylor revient pourtant à leur invité avec un sourire d'une teinte satisfaite : elle le connaît bien, son fils, et s'il n'avait pas été intrigué par cette arrivée inattendue, il serait déjà remonté dans sa tour imprenable après un haussement d'épaules démontrant toute l'étendue de son désintérêt.

Andrea. Le prénom le marque aussitôt qu'il résonne à ses oreilles, peut-être également parce qu'il lui rappelle l'Italie de ses musiques. Andrea et lui ont quasiment le même âge, apparemment la même propension aux maladresses (il s'est lui-même écrasé dans les buissons de leur voisine la semaine précédente, et tout pied posé sur un skateboard s'est immanquablement soldé en chute mémorable), et il aide sa mère dans un salon de thé. Camden sirote tranquillement son Pepsi, et quitte leur petit jardin des yeux pour les poser sur Andy. Il ne restera sûrement pas anonyme très longtemps, avec ses yeux d'or, ses larges épaules et sa voix cassée et grave ; Andy risque de devenir malgré lui l'une des coqueluches de la galerie marchande, du lycée et du collège, et de se faire inviter aux fêtes du haut du panier (celui qui en tout cas n'a pas mystérieusement disparu au détour d'un bois). Le Sweet Tea est déjà sur quelques lèvres, et Camden en passant y a vu la patronne, très brièvement, occupée à servir un peloton de lycéennes. Il ne se rappelle que de son sourire maintenant qu'il voit celui de son fils, et c'est la remarque de sa mère qui le tire hors des traits chaleureux d'Andy, où il s'est visiblement perdu un instant.

« Euh, ouais », fait-il en jouant avec l'opercule de sa cannette, pris dans un embarras léger qui correspondrait chez un être humain lambda à une forme de gêne avancée. L'expression d'Andrea n'aide pas à y remédier, tant Camden peut y lire son impatience (c'est normal, il est nouveau, il se cherche des amis, il ne sait pas encore qui il est, quelle est la hiérarchie intrinsèque d'Aster Cove, se dit-il sur un ton qui ne lui ressemble pas, lui qui se croyait démolisseur de frontières et de préjugés). Cette fois, Andy se tourne vers lui, solaire, empêchant toute fuite ; Camden profite de la remarque de sa mère pour finir le reste de sa cannette d'une traite, comme pour se donner une contenance. « Eh bien ça tombe parfaitement bien : Camden va se faire pardonner de t'avoir distrait avec sa musique en te prêtant une nouvelle chemise, je ne vais certainement pas te laisser rentrer avec celle-ci ! » « M'man... » « Vous n'avez pas vraiment le même gabarit, mais on ne va pas ficher la frousse à ta mère avec tout ce sang... Si elle est aussi charmante que toi, je m'en voudrais sérieusement ! » achève-t-elle alors qu'elle appose un dernier pansement sur une grosse coupure, et fait claquer ses talons hors de la cuisine, les y abandonnant tous deux, Camden sans Pepsi de secours, face à ce grand type à la peau brune débarqué d'ailleurs.

« Désolé, ma mère peut sembler assez intrusive. » Il se surprend à rompre le silence le premier, mais le fait comme s'il était tout naturel qu'il se montre sociable et agréable avec le premier venu. D'ordinaire, les choses prennent plus de temps (ou plus de notes de musique, un des rares vecteurs à le sortir de sa torpeur latente). Et il continue : « C'est juste sa façon d'être, elle tripote tout le monde comme s'ils étaient de la famille... » Camden le regarde sans un sourire. On pourrait le méprendre pour de la froideur, là où il est simplement occupé à guetter sa réaction et surtout regarder, regarder simplement Andy.
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MessageSujet: Re: If cats looked like frogs we'd realize what nasty, cruel little bastards they are • CAMDEN   Dim 16 Sep - 20:46


Est-ce qu’il est gêné ? Non parce qu’il a l’air gêné, juste un tout petit peu, un air vaguement embarrassé quand Andrea lui parle de sa musique. Camden n’a pourtant pas l’air d’être de ce genre - ceux qui rougissent et qui détournent les yeux, et le jeune homme ne peut s’empêcher de sourire devant cette forme discrète de timidité. Peut-être que sa mère a raison, peut-être est-ce un genre qu’il se donne, comme son t-shirt Iron Maiden et le contracte éclatant face au bruit du violon - c’est bien un violon, hein, dont il jouait, il y a quelques instants ? Andrea se sent un peu confus, comme à chaque fois qu’il ne comprend pas ou qu’il sent quelque peu intrigué par un personnage particulier. Il suffit de regarder Camden pour savoir qu’il l’est, particulier : que ce soit ses cheveux soigneusement repoussés en arrière, son air parfaitement détaché, les grains de beauté qui courent le long de sa mâchoire, et les regards en coin, qui vont et viennent entre la cuisine et la fenêtre, la cuisine et le jardin.

« Une nouvelle chemise ? Mais non, c’est pas nécessaire vous savez… » Il n’ose pas ajoute que sa mère a l’habitude des écorchures en tout genre, tant il n’a cessé de se prendre des murs et des arbres - il est même rentré dans une voiture, à l’arrêt heureusement, quelques années plus tôt, en tentant une figure ridiculement compliquée. Sans parler de la fois où il s’était aventuré sur une piste de bosses avec son vieux VTT. La mère de Camden est déjà hors de la cuisine, remuant une main qui n’a rien à faire de ses excuses, une main légère et amusée. « Merci beaucoup ! », lance-t-il tout de même après elle avant de rabattre la manche de sa chemise, joliment déchirée entre le coude et l’avant-bras. Les oreilles d’Andrea rougissent un peu - a-t-elle vraiment dit qu’il était charmant ?

Un silence très court s’installe. Andrea ne se doute pas qu’il devrait détourner les yeux, par politesse. À la place, il les tient braqués sur Camden avec un léger sourire un peu gêné. Il était sur le point d’ouvrir la bouche, mais voilà qu’on le dépasse et il se masse la nuque, secouant la tête. « Oh t’inquiète, je la trouve vraiment très sympa. En général les gens me pourchassent en hurlant quand il m’arrive un truc du genre. » Il est débile ou quoi ? Pourquoi a-t-il besoin de sous-entendre qu’il s’écrase relativement fréquemment dans les poubelles des voisins ? Pour passer pour un crétin sans équilibre ? Non, parce que franchement, il s’en sort bien, sur son skate, et ça faisait longtemps qu’il ne s’était pas écrasé aussi bêtement dans des poubelles. Il devrait peut-être lui dire, non ? Juste pour éclaircir les choses. Juste pour ne pas passer pour un parfait imbécile. « Ma mère est un peu pareille, de toute façon, je commence à être habitué. Il faudrait vraiment que vous passiez au salon, ça me ferait plaisir de vous offrir un thé, ou un café, ou une part de gâteau si vous préférez. »

Il recommence. Sérieusement, il recommence à déblatérer des âneries dont tout le monde se fiche et il est incapable de s’arrêter. Andrea ouvre la bouche, une demi-seconde, pour ajouter quelque chose, avant de la refermer. D’une gorgée, il termine son jus d’orange, se lève et lave le verre avant de le déposer sur l’égouttoir. « Mais ne te dérange pas, pour la chemise, ça ira, je ne suis pas très loin. Ton t-shirt est cool, d'ailleurs », lance-t-il avec un signe de tête en direction du logo d’Iron Maiden. « Et tu devrais continuer à jouer avec la fenêtre ouverte. Je t’entends depuis ma chambre, c’est assez agréable. » Même très agréable, mais il ne devrait peut-être pas lui dire, être aussi honnête. Andrea s’essuie les mains sur le torchons soigneusement pliés sur la poignée du four et sourit, comme toujours, de la bouche et des yeux. Il devrait partir, être poli, remercier, et partir. Gêné, les mains dans les poches de son jean, il ne bouge pourtant pas d’un centimètre.
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