Dans la petite ville d'Aster Cove, des choses étranges se passent...

 
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 If cats looked like frogs we'd realize what nasty, cruel little bastards they are • CAMDEN

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MessageSujet: If cats looked like frogs we'd realize what nasty, cruel little bastards they are • CAMDEN   Ven 24 Aoû - 15:43


Quand est-ce qu’il est arrivé déjà ? Il n’en est pas bien sûr - Andrea est mauvais avec les dates, il l’a toujours été, et il faut chaque année lui rappeler son anniversaire ou l’approche des grandes fêtes, Noël inclus. À la louche, il dirait six semaines à tout casser. Six semaines qu’il passe et repasse dans le quartier, six semaines qu’il attrape des notes à la volée sans arriver à déterminer d’où elles s’échappent. Il était persuadée qu’elle venait de la maison bleue, celle avec le grand porche un peu décati, mais il s’est trompé - il vient de la dépasser et les notes sont encore devant lui. Il lui faut un instant pour comprendre que le son provient d’une maison plus proche de la sienne, une qu’il n’avait pas vraiment remarqué avant. L’après-midi n’est pas encore très avancée et il n’est jamais rentré chez lui aussi tôt.

Il se dit que c’est pour ça, qu’il n’a pas résolu le mystère avant. Mais oui : le musicien (ou la musicienne) et lui n’ont pas les mêmes horaires, voilà tout ! L’idée l’amuse par sa simplicité, et son skate board dessine une courbe sur l’asphalte, aussi fluide que sa pensée. Parce qu’elles courent partout, ses idées, de temps en temps.
On doit avoir ouvert la fenêtre - la mélodie est claire, depuis la rue, et Andrea resterait bien là à l’écouter. Il tire sur sa cigarette, fermant un bref instant les yeux. La rue est vide face à lui, puis le noir, quelques instants. Peut-être un peu trop longtemps. Un chat traverse devant ses roues, quand il ouvre les paupières et, franchement, il n’a pas envie de se transformer en tueur de félins.

Le vacarme des poubelles renversées couvrent la mélodie. Il n’y a personne pour voir Andrea se redresse, endolori et la chemise légèrement déchiré - c’est le détail qui l’ennuie, il l’aime beaucoup, sa chemise fleurie. Son jean, déjà trouvé des mois auparavant, laisse apparaître un genou écorché et il n’a pas besoin de regarder pour sentir du sang sur son coude et quelque part sur son avant-bras. Quand enfin il lève la tête, c’est pour voir le chat, une bestiole rousse et svelte, sagement assis sur le trottoir à le regarder. « Et en plus t’es fier de toi ?  » Le chat laisse échapper un miaulement - Andrea est sûr d’y percevoir une note moqueuse - et repart en trottinant, comme si de rien n’était.

Il n’entend pas la porte s’ouvrir quand il se relève, trop occupé à récupérer son skate et à remettre les poubelles en bon ordre. « Tout va bien là-bas ?  » «  Oui, oui, c’est rien du tout, vous inquiétez pas ! » À peine a-t-il terminé sa phrase que le clac clac des talons résonnent sur l’asphalte. Une femme d’un âge indéterminé - il est nul, pour ce genre de chose également - se tient devant lui, des cheveux d’un brun très foncé, encore plus foncé que les siens. Les mains sur les hanches, le sourcil relevé, elle l’observe alors qu’il s’époussette et semble quand même un peu s’inquiéter. C’est une jolie dame, qu’il se dit, avec un profil assez altier et des traits bien dessinés. «  Désolé pour le dérangement, y avait un chat sur la chaussée et je l’ai vu au dernier moment», exlique-t-il en attrapant sa planche, un grand sourire contrit au visage. Le temps de préparer sa fuite et les yeux de la femme se pose sur ses genoux et sa chemise déchirée. Un bref instant, Andrea se demande si elle va l’attraper par l’oreille. « Suivez-moi à l’intérieur, on va vous nettoyer un peu, vous êtes écorchés de partout.  » Sans l’attendre, elle s’engage, très droite, sur le petit chemin de graviers qui remonte vers la maison. Andrea reste là, un bref instant, hésitant sur ce qu’il doit dire ou faire. Après tout, c’est de là que vient la musique, non ? « Ne restez donc pas planté là, vous allez vous faire renverser pour une voiture. » Il ne lui en faut pas plus pour se mettre à trottiner à sa suite.
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MessageSujet: Re: If cats looked like frogs we'd realize what nasty, cruel little bastards they are • CAMDEN   Mar 4 Sep - 16:59


Le fracas vient le chercher jusque dans le concerto de Brahms. Le ré retombe dans les airs et Camden, surpris autant par le boucan en lui-même que de l'avoir entendu à travers ses notes et sa concentration légendaire, se rend à la fenêtre ouverte, violon et archet encore en main. Il peut voir du premier étage sa mère trottiner avec l'élégance pleine d'énergie qui la caractérise en direction de leurs poubelles, qu'il avait cru voir vidées au petit matin : s'y trouve maintenant un grand amas de membres, semblerait-il humains, dans un ordre que Camden a du mal à retracer depuis sa tour. Finalement ils remuent, s'articulent, se rassemblent pour former un grand corps qui s'ébranle, s'affaire, use d'une voix basse qui porte jusqu'à l'étage.

Camden l'observe, un instant, immobile, comme s'il retenait son souffle, sa musique, les secondes, et reprend enfin vie quand il risque d'être vu depuis l'allée. Il se recule dans l'angle-mort de sa chambre, et guette un instant les bruits provenant du rez-de-chaussée. La porte s'ouvre, des voix résonnent (celle de sa mère surtout), on discute, une chaise est tirée, et bientôt des pas dans les escaliers. « Camden ! » Sa mère s'est arrêtée à mi-chemin vers l'étage, là où elle peut juger si son fils l'entend ou se perd dans des envolées musicales qui ne sont qu'à lui. « Descends deux minutes, et apporte la boîte à pharmacie avec toi ! Chop chop ! » Camden pousse un léger soupir ; il envisageait de reprendre là où il s'était arrêté -les invités, surprise ou non, ne le tiennent jamais loin de son violon. Mais sa mère comme à chaque visite, cherche à le sortir de son trou. « Je ne veux pas passer mes vieux jours aux crochets d'un ermite », dit-elle parfois avec un haussement de sourcils comique. « Camdeeen ! »

« J'arrive ! » Il repose avec précaution instrument et archet dans l'étui. Il sait bien qu'on ne le laissera pas tranquille avant qu'il descende ; et si souvent il fait la sourde-oreille, quelque chose aujourd'hui le fait abdiquer avant que sa mère ne vienne tambouriner à sa porte. De la curiosité, peut-être.

Il retrouve sa mère dans la cuisine ouverte, où elle a assis l'inconnu au comptoir. Camden a tout juste le temps de lui jeter un regard que sa mère vient se saisir de la boîte à pharmacie. « Andrea s'est cassé la figure dans notre allée, (elle le dépasse comme une tornade dont rien ne peut entraver la course, et entreprend d'ouvrir la boîte à côté d'Andrea sans s'arrêter de parler) tu veux bien lui sortir un jus d'orange ? » Camden obtempère, fiston idéal dans son T-shirt Iron Maiden, va chercher un verre alors qu'elle continue. « Mon fils, Camden. J'en ai un autre, mais il est parti s'installer ailleurs pour ses études, et ma fille a suivi le mouvement aussi. Il ne me reste que le plus réussi... » Difficile de dire si elle est ironique, son expression sérieuse au visage tout juste agrémentée d'un léger sourire ; Camden ne se retourne pas pour la regarder, il a l'habitude, et ouvre le frigo pour y dégoter le jus d'orange et une cannette de Pepsi. « Il n'est pas si discret que ça quand on le connaît, c'est juste pour se donner un genre, type petit génie mystérieux, avec un soupçon d'air rebelle et tout un tas de secrets... » Camden se retourne cette fois franchement, le jus dans les mains. L'inconnu est grand, très brun, mais moins que sa mère : et Camden distingue dans ses joues des grains de beauté et des fossettes discrètes.

« On va te nettoyer ça, ne bouge pas. » Il dépose le verre de jus d'orange sur le comptoir, sans un autre regard pour Andrea que sa mère entreprend de rafistoler gentiment, et se saisit de sa cannette. « Quel âge tu as, Andy ? Je peux t'appeler Andy ? » Camden ouvre sa cannette dans un « pscht ! » sonore, avec un air indifférent au visage, là où il écoute avec toute l'attention du monde.
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MessageSujet: Re: If cats looked like frogs we'd realize what nasty, cruel little bastards they are • CAMDEN   Sam 15 Sep - 17:13


C’est un peu gênant, tout ce vacarme et tout le remue-ménage qu’il provoque dans la jolie maison, mais il ne peut pas s’enfuir comme un sauvageon - ce qu’il aurait fait, quelques années plus tôt, pour ne pas se faire réprimander. La silhouette qui a accouru vers lui ne semble pas agacée et, toute prise à son inquiétude, la grande inconnue très brune - plus brune que lui, que sa mère, même - l’entraîne dans l’entrée. Andrea n’a pas le temps de réagir et se contente de bafouiller quelque chose comme « ne vous dérangez pas, surtout pas ». La curiosité le titille, pourtant : il a remarqué que sa chute avait interrompu la mélodie et que le violon, si son oreille ne l’a pas trompé, s’est tu tout à coup. Il avait eu raison et sa chute, bien que ridicule et quelque peu humiliante pour son âge, lui avait permis d’éclaircir ce mystère. Son égo s’en remettrait certainement.

Camden. C’est pas un quartier de Londres, ça ? Andrea a toujours voulu aller à Londres. C’est pas une université, aussi ? Quelque chose comme ça, certainement, il n’en sait rien, et il s’en fiche un peu, parce qu’il est gêné de se retrouver assis comme un enfant devant l’étrange spécimen qui vient d’entrer. Son visage est aussi joli que celui de sa mère, mais plus distant, moins animé, comme s’il retenait, soigneusement cachés, émotions et pensées. Mais Andrea ne pense pas à tout ça, pense juste qu’il a l’air timide, ou réservé, ou qu’il a été dérangé, et se contente d’un grand sourire en frottant ses cheveux décoiffés. «  Non, vraiment, faut pas vous embêter, ça va aller… » Ses protestations sont perdues dans un mouvement de semelles : Camden lui a déjà sorti le jus d’orange et Andrea remarque tout juste le t-shirt Iron Maiden - il était trop occupé à observer son visage et à rougir comme une jouvencelle.

Il le remercie d’un sourire et bois une gorgée qui manque de passer de travers. Andrea étouffe un rire derrière sa main, un rire ni moqueur ni vraiment discret, juste un souffle un peu rauque et amusé. Cette femme est une sorte de phénomène et il imagine, un instant, ce qu’elles donneraient, Julia et elle, dans une même pièce. « Tout le monde m’appelle Andy, vous inquiétez pas. Et j’ai vingt-un ans, donc je peux tout à fait légalement m’écraser dans vos poubelles et être tenu resonsable. » Un sourire, un peu de désinfectant, et Andrea doit retenir une grimace, vieille réaction d’enfant face aux bilans picotements. « Je ne crois pas t’avoir déjà croisé dans les environs, tu habites Aster Cove ? » «  Oui, on vient de s’installer, il y a quelques semaines en fait. Ma mère tient le Sweet Tea, dans la galerie marchande. » « C’est ce petit salon de thé très charmant, n’est-ce pas ? Quelle coincidence, je suis passée devant la dernière fois mais je n’ai pas encore eu le temps d’y entrer. On ira, hein, Camden ? »

Et le pire, c’est qu’il serait ravi de les revoir à nouveau, et ça se voit - tout se voit sur le visage d’Andrea, incapable qu’il est de cacher véritablement le fond de ses pensées ou ses émotions. Il aimerait beaucoup remercier cette dame dont il ne connaît pas encore le nom et entendre, au moins une fois, la voix de Camden. Il se tourne alors vers lui, ouvertement curieux et un peu impressionné : « J’imagine que c’est toi qui jouais, tout à l’heure ? » « Oh tu as entendu ça ? Camden est extrêmement doué pour la musique.  » C’est la fierté dans la voix de cette femme qui le fait sourire et hocher vigoureusement la tête. « En fait, j’habite vraiment tout près et ça fait quelques jours que je cherchais d’où venait la musique. Mais c’est la première fois que je l’entends en rentrant du travail et puis y a eu ce chat, au milieu de la route, et j’ai voulu l’évituer…  » Andrea fait un vague geste de la main, presque italien, et hausse les épaules avec un pauvre sourire amusé. La suite, vous la connaissez.
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MessageSujet: Re: If cats looked like frogs we'd realize what nasty, cruel little bastards they are • CAMDEN   Dim 16 Sep - 7:32


Camden se laisse aller contre le comptoir opposé au leur, un peu en retrait dans leur échange, et observe sa mère mater comme elle sait si bien le faire la nouvelle équation qui vient d'entrer dans son existence. C'est ce qui fait sa force, cette douceur et cet humour sous ses airs parfois sévères, et naît un sourire amusé à la plaisanterie d'Andy, tandis qu'elle adresse un regard à son fils. « C'est qu'il est drôle, en plus ! » lui dit-elle de ses yeux qui pétillent, et Camden se contente de détourner les yeux, un geste qui chez un autre pourrait équivaloir à une indifférence impartiale. Taylor revient pourtant à leur invité avec un sourire d'une teinte satisfaite : elle le connaît bien, son fils, et s'il n'avait pas été intrigué par cette arrivée inattendue, il serait déjà remonté dans sa tour imprenable après un haussement d'épaules démontrant toute l'étendue de son désintérêt.

Andrea. Le prénom le marque aussitôt qu'il résonne à ses oreilles, peut-être également parce qu'il lui rappelle l'Italie de ses musiques. Andrea et lui ont quasiment le même âge, apparemment la même propension aux maladresses (il s'est lui-même écrasé dans les buissons de leur voisine la semaine précédente, et tout pied posé sur un skateboard s'est immanquablement soldé en chute mémorable), et il aide sa mère dans un salon de thé. Camden sirote tranquillement son Pepsi, et quitte leur petit jardin des yeux pour les poser sur Andy. Il ne restera sûrement pas anonyme très longtemps, avec ses yeux d'or, ses larges épaules et sa voix cassée et grave ; Andy risque de devenir malgré lui l'une des coqueluches de la galerie marchande, du lycée et du collège, et de se faire inviter aux fêtes du haut du panier (celui qui en tout cas n'a pas mystérieusement disparu au détour d'un bois). Le Sweet Tea est déjà sur quelques lèvres, et Camden en passant y a vu la patronne, très brièvement, occupée à servir un peloton de lycéennes. Il ne se rappelle que de son sourire maintenant qu'il voit celui de son fils, et c'est la remarque de sa mère qui le tire hors des traits chaleureux d'Andy, où il s'est visiblement perdu un instant.

« Euh, ouais », fait-il en jouant avec l'opercule de sa cannette, pris dans un embarras léger qui correspondrait chez un être humain lambda à une forme de gêne avancée. L'expression d'Andrea n'aide pas à y remédier, tant Camden peut y lire son impatience (c'est normal, il est nouveau, il se cherche des amis, il ne sait pas encore qui il est, quelle est la hiérarchie intrinsèque d'Aster Cove, se dit-il sur un ton qui ne lui ressemble pas, lui qui se croyait démolisseur de frontières et de préjugés). Cette fois, Andy se tourne vers lui, solaire, empêchant toute fuite ; Camden profite de la remarque de sa mère pour finir le reste de sa cannette d'une traite, comme pour se donner une contenance. « Eh bien ça tombe parfaitement bien : Camden va se faire pardonner de t'avoir distrait avec sa musique en te prêtant une nouvelle chemise, je ne vais certainement pas te laisser rentrer avec celle-ci ! » « M'man... » « Vous n'avez pas vraiment le même gabarit, mais on ne va pas ficher la frousse à ta mère avec tout ce sang... Si elle est aussi charmante que toi, je m'en voudrais sérieusement ! » achève-t-elle alors qu'elle appose un dernier pansement sur une grosse coupure, et fait claquer ses talons hors de la cuisine, les y abandonnant tous deux, Camden sans Pepsi de secours, face à ce grand type à la peau brune débarqué d'ailleurs.

« Désolé, ma mère peut sembler assez intrusive. » Il se surprend à rompre le silence le premier, mais le fait comme s'il était tout naturel qu'il se montre sociable et agréable avec le premier venu. D'ordinaire, les choses prennent plus de temps (ou plus de notes de musique, un des rares vecteurs à le sortir de sa torpeur latente). Et il continue : « C'est juste sa façon d'être, elle tripote tout le monde comme s'ils étaient de la famille... » Camden le regarde sans un sourire. On pourrait le méprendre pour de la froideur, là où il est simplement occupé à guetter sa réaction et surtout regarder, regarder simplement Andy.
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MessageSujet: Re: If cats looked like frogs we'd realize what nasty, cruel little bastards they are • CAMDEN   Dim 16 Sep - 20:46


Est-ce qu’il est gêné ? Non parce qu’il a l’air gêné, juste un tout petit peu, un air vaguement embarrassé quand Andrea lui parle de sa musique. Camden n’a pourtant pas l’air d’être de ce genre - ceux qui rougissent et qui détournent les yeux, et le jeune homme ne peut s’empêcher de sourire devant cette forme discrète de timidité. Peut-être que sa mère a raison, peut-être est-ce un genre qu’il se donne, comme son t-shirt Iron Maiden et le contracte éclatant face au bruit du violon - c’est bien un violon, hein, dont il jouait, il y a quelques instants ? Andrea se sent un peu confus, comme à chaque fois qu’il ne comprend pas ou qu’il sent quelque peu intrigué par un personnage particulier. Il suffit de regarder Camden pour savoir qu’il l’est, particulier : que ce soit ses cheveux soigneusement repoussés en arrière, son air parfaitement détaché, les grains de beauté qui courent le long de sa mâchoire, et les regards en coin, qui vont et viennent entre la cuisine et la fenêtre, la cuisine et le jardin.

« Une nouvelle chemise ? Mais non, c’est pas nécessaire vous savez… » Il n’ose pas ajoute que sa mère a l’habitude des écorchures en tout genre, tant il n’a cessé de se prendre des murs et des arbres - il est même rentré dans une voiture, à l’arrêt heureusement, quelques années plus tôt, en tentant une figure ridiculement compliquée. Sans parler de la fois où il s’était aventuré sur une piste de bosses avec son vieux VTT. La mère de Camden est déjà hors de la cuisine, remuant une main qui n’a rien à faire de ses excuses, une main légère et amusée. « Merci beaucoup ! », lance-t-il tout de même après elle avant de rabattre la manche de sa chemise, joliment déchirée entre le coude et l’avant-bras. Les oreilles d’Andrea rougissent un peu - a-t-elle vraiment dit qu’il était charmant ?

Un silence très court s’installe. Andrea ne se doute pas qu’il devrait détourner les yeux, par politesse. À la place, il les tient braqués sur Camden avec un léger sourire un peu gêné. Il était sur le point d’ouvrir la bouche, mais voilà qu’on le dépasse et il se masse la nuque, secouant la tête. « Oh t’inquiète, je la trouve vraiment très sympa. En général les gens me pourchassent en hurlant quand il m’arrive un truc du genre. » Il est débile ou quoi ? Pourquoi a-t-il besoin de sous-entendre qu’il s’écrase relativement fréquemment dans les poubelles des voisins ? Pour passer pour un crétin sans équilibre ? Non, parce que franchement, il s’en sort bien, sur son skate, et ça faisait longtemps qu’il ne s’était pas écrasé aussi bêtement dans des poubelles. Il devrait peut-être lui dire, non ? Juste pour éclaircir les choses. Juste pour ne pas passer pour un parfait imbécile. « Ma mère est un peu pareille, de toute façon, je commence à être habitué. Il faudrait vraiment que vous passiez au salon, ça me ferait plaisir de vous offrir un thé, ou un café, ou une part de gâteau si vous préférez. »

Il recommence. Sérieusement, il recommence à déblatérer des âneries dont tout le monde se fiche et il est incapable de s’arrêter. Andrea ouvre la bouche, une demi-seconde, pour ajouter quelque chose, avant de la refermer. D’une gorgée, il termine son jus d’orange, se lève et lave le verre avant de le déposer sur l’égouttoir. « Mais ne te dérange pas, pour la chemise, ça ira, je ne suis pas très loin. Ton t-shirt est cool, d'ailleurs », lance-t-il avec un signe de tête en direction du logo d’Iron Maiden. « Et tu devrais continuer à jouer avec la fenêtre ouverte. Je t’entends depuis ma chambre, c’est assez agréable. » Même très agréable, mais il ne devrait peut-être pas lui dire, être aussi honnête. Andrea s’essuie les mains sur le torchons soigneusement pliés sur la poignée du four et sourit, comme toujours, de la bouche et des yeux. Il devrait partir, être poli, remercier, et partir. Gêné, les mains dans les poches de son jean, il ne bouge pourtant pas d’un centimètre.
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MessageSujet: Re: If cats looked like frogs we'd realize what nasty, cruel little bastards they are • CAMDEN   Mer 3 Oct - 8:28


Camden regarde Andrea parler, se toucher la nuque, parler, agiter les mains, ouvrir la bouche, la refermer, sourire, finir son jus d'orange, rincer son verre, être gêné, respirer, se mouvoir avec des gestes un peu maladroits, irradier une énergie solaire, authentique, contagieuse. Il semble ne pas y avoir de filtre chez Andy, et sans qu'il cherche à les afficher, cet embarras léger, cette maladresse authentique, ces émotions sincères et lisibles au grand jour se succèdent sous les yeux de Camden qui observe Andy sans un mot, un peu fasciné, un peu envieux. Au fond, il a toujours été un peu désolé envers sa mère, ses proches, ceux qui ont dû apprendre à le décoder quand il aurait pu se contenter d'être bêtement authentique, bêtement honnête, comme semble l'être Andrea.

Il y a sans doute des blessures, des secrets, des silences (son grand-père dit toujours, on ne vient pas à Aster Cove sans racine ou sans raison), mais Andrea brille comme une étoile, remplit de sa chaleur pataude la modeste cuisine des McKinnon. Camden a du mal à imaginer les gens poursuivre en hurlant, comme il le dit, la grande carcasse d'Andy, et il a un léger sourire en coin en l'imaginant renverser des poubelles partout où il passe. « Évite les poubelles des Burgman en face, ils ont la gâchette facile » fait-il sans trop que l'on sache, comme à chaque fois, s'il s'agit d'un conseil sérieux ou d'une plaisanterie. « Ma mère est un peu pareille, de toute façon, je commence à être habitué. Il faudrait vraiment que vous passiez au salon, ça me ferait plaisir de vous offrir un thé, ou un café, ou une part de gâteau si vous préférez. » Camden le regarde un bref instant, et Andrea le regarde en retour. « O.K. » répond-il avec sa concision légendaire, à contre-temps, flottant sur un bref silence. C'est sans aucun doute que Taylor va le traîner au salon de thé, il a vu la lueur d'intérêt qui s'est levée dans les yeux sombres de sa mère un peu plus tôt alors qu'Andy parlait du Sweet Tea. Elle lui en avait déjà parlé à l'ouverture, sur le ton que l'on emploie quand une nouveauté arrive en ville, et lui s'était contenté de hocher la tête, impassible. Il s'y serait sûrement rendu avec indifférence, sans grand entrain ni traîner vraiment des pieds. Mais maintenant, c'est différent. Maintenant, le Sweet Tea se pare lentement de couleurs chaleureuses, couronnées d'un grand sourire et d'une douceur sincère, et Camden sent une pointe de curiosité remuer, rouillée par des années d'un manque d'intérêt général, latent, chronique, qu'il croyait devenu permanent avec l'âge adulte. De la curiosité... Il en est le premier surpris.

Il baisse le nez sur son T-shirt (il a déjà oublié ce qu'il a enfilé le matin), et dépose la cannette sur le comptoir. « Merci, c'est celui de mon grand-père. » Avec qui il échange régulièrement ses habits. Il répond après tout le reste, comme avec un temps de latence, et après un bref silence où il l'observe (il garde sur lui les yeux rivés, sans insistance, guidé probablement par cette curiosité au fond du torse) reprend : « Ma mère risquerait de te poursuivre avec une chemise propre et de te la faire enfiler dans la rue. C'est arrivé un jour où j'avais déchiré mon t-shirt, elle m'a fait me changer devant le lycée. » Il ne précise pas qu'il avait déjà une réputation un peu loufoque, que l’événement a tout juste épaulée d'une étiquette déjà sous-jacente de fils-à-maman. A le regarder et l'écouter, Camden se sent plein de questions sur les lèvres. Où est-ce qu'il habite ? Est-ce qu'il aime aussi la musique ? Finalement, c'est celle là qui prime : « Tu veux monter en attendant ? Si t'es pas pressé, on a des vinyles d'Iron Maiden et de classique. » Camden regarde, regarde encore, guette le changement fluide, naturel, des expressions d'Andrea sur ses joues, sa bouche, ses yeux. Ce n'est pas de cette façon-là que la curiosité va s'arrêter, semble-t-il.
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MessageSujet: Re: If cats looked like frogs we'd realize what nasty, cruel little bastards they are • CAMDEN   Mer 3 Oct - 23:03

C’est étrange d’être observé ainsi - sans insistance, sans vraiment être observé en fait. D’être regardé. Voilà, d’être simplement regardé. Andréa ne saurait dire pourquoi Camden le regarde ainsi, s’il y a quelque chose derrière ce regard, si ses yeux trahissent un certain intérêt, s’il est curieux, agacé, s’il attend simplement de le voir partir. Il se doute tout de fois qu’il le verrait, s’il s’agissait d’une irritation quelconque, que même ce masque d’indifférence lui laisserait voir, par micro-expressions, par simples mimiques furtives, son sentiment. Enfin, il n’en est pas bien sûr. Il n’est sûr de rien, avec Camden, parce qu’il ne le connaît pas mais que, déjà, il l’aime bien. Oui, il l’aime bien, c’est ça, et ça ne le perturbe pas vraiment - Andrea a l’habitude d’apprécier les gens rapidement, mais peut-être pas si vite que ça. Et lui qui est si à l’aise, qui n’est ni timide ni malhabile, se retrouve comme un imbécile, les bras ballants, le verre lavé. Il ne sait pas vraiment quoi dire - c’est une première - ni quoi faire - une autre première -, et il se tord les mains, un instant, frottant de son pouce la peau un peu sèche, un peu râpée.

Et en plus, il n’est même pas capable de dire si oui, ou non, Camden est en train de blaguer. Il imagine bien que les voisins ne vont pas lui tirer dessus s’il se plante dans leurs poubelles, mais avec cet air là, cet air un peu fermé, un peu lointain, Andrea n’est plus sûr de rien. Il sourit, d’abord, puis hausse un sourcil interrogateur sans oser dire un mot. Il avait de lui demander, pour tant, si sa réponse tient lieu de promesse ou si ce n’est qu’une option, jetée dans l’air, entre eux, une possibilité, oui, un simple peut-être. Andrea imagine alors Camden entrer dans le salon de thé, avec son t-shirt Iron Maiden, détonant complètement, indifférent, un peu glacé, l’air parfaitement composé - l’idée lui plaît, alors Andy sourit à nouveau. « Il a bon goût, dis donc. J’aurais toujours pu rêver pour voir le mien dans un t-shirt pareil. » C’est d’ailleurs complètement incongru, quand on imagine le grand-père Ferretti vêtu d’autre chose que d’une chemise à carreaux parfaitement repassée - les jours de fête, il optait pour les rayures, sa seule excentricité.

Imaginer la mère de Camden lui courir après le fait sourire, puis rire, derrière son poing serré. Il aimerait lui demander ce qu’on en a dit, au lycée, de cette petite intervention spontanée, mais il préfère une autre question, quelque chose de plus neutre : «  Ta mère parlait de ton frère et de ta soeur tout à l’heure… Tu ne vas pas à l’université ?  » Pas vraiment neutre, non, parce qu’il se demande ce qu’il fait là, lui, au beau milieu de l’année, si peut-être, il est comme Andrea, s’il a laissé tomber, s’il n’y est jamais allé, ou s’il y met parfois les pieds. Ses suppositions sont chassées par la proposition, qui le fait battre des cils, et il n’hésite pas un instant avant d’hocher la tête et de suivre Camden dans l’escalier. Ce n’est qu’arrivé sur le palier qu’il se rend compte que ce qu’i la pris, au premier abord, pour des photos n’est qu’un alignement, rangé, soigneusement accroché, de pochettes. De pochettes variées, colorées, de vinyles. Andrea s’arrête un instant, subjugué : « Tu te fiches de moi. » Et son sourire le trahi une nouvelle fois. « C’est génial ! Vous avez tellement de trucs… Non, vraiment, c’est génial. J'aurais jamais pensé à les mettre au mur comme ça... Ils sont tous à toi ? » Et, d'un air de touriste en vacances, le nez levé vers quelque monument fascinant, Andrea avance d'un pas, puis d'un autre, observant les vinyles qui l'interpellent, ceux qu'il aurait aimé acheter, ceux qu'il a écouté, furtivement, chez le disquaire quand la platine s'était enfin libérée. Instinctivement, il s'arrête près de Camden, pointant du doigt Sheer heart attack de Queen et sa pochette toute de noire, rouge et visages bien connus. « C'est avec celui-là que j'ai connu le groupe... Mes potes se foutaient de moi parce que j'arrêtais pas de fredonner Killer Queen, et même à l'époque j'aurais pas été capable de chanter juste pour sauver ma peau... »

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MessageSujet: Re: If cats looked like frogs we'd realize what nasty, cruel little bastards they are • CAMDEN   Jeu 4 Oct - 11:12


Andrea a un rire que Camden absorbe malgré le poing serré où on le cache et, comme contagieux, fleurit en un très léger sourire au coin des lèvres du violoniste. Il n'est pas vexé pour un sou, au contraire, il est même un peu, bêtement, fier d'avoir fait rire Andy avec ses déboires. C'est un peu idiot, sûrement : le pâtissier n'a pas l'air d'être avare en manifestations de joie pétillantes. « Tu vas pas à l'université ? » Camden reprend la commissure étirée de ses lèvres, retrouve son expression habituelle : le rien, ou presque. Sans le savoir Andrea mine un terrain sensible et, devant ses grands yeux or, son air sincèrement curieux, Camden se contente d'un bref haussement d'épaules et d'une réponse aussi brève que la précédente : « Non. » Si Camden mentionne facilement son entourage, ceux qui peuplent son univers, s'il aime illustrer sa mère et lui donner les couleurs pétulantes qui lui sont dues, dépeindre un portrait loufoque de son grand-père plus jeune que lui sous ses cheveux blancs, il ne parle finalement que de lui avec réticence. Il dirait que ça n'est pas le plus intéressant, qu'il y a des histoires plus passionnantes que les siennes, vraiment ; c'est surtout et il le sait que de parler de lui impliquerait qu'il s'ouvre, se montre, sorte de sa grotte, dévoile sans pouvoir le contrôler les coins de lui qu'il garde secrets dans ses silences. Il préfère communiquer par la musique, qu'il joue du violon ou des vinyles. C'est un acte tout aussi personnel, si ce n'est plus, mais si différent du langage des humains que peu de monde parvient à saisir le sens de ses attentions musicales.

Camden l'entraîne de son pas tranquille au premier étage. Andrea peut découvrir sur et contre les murs les vinyles fétiches de la maisonnée, mis là non pas comme des trophées mais comme de vraies photos souvenirs. Chaque vinyle a une histoire, qu'elle soit dramatique ou seulement anecdotique. « Tu te fiches de moi. » Légèrement surpris, Camden s'arrête et tourne la tête vers Andrea : son exclamation se révèle seulement être l'expression de son enthousiasme, et de nouveau il le regarde alors qu'il dévore de ses yeux pétillants d'intérêt leur bibliothèque musicale. Charmant ; l'expression de sa mère lui revient en tête, et le mot lui flotte sur les cœur un très bref instant, un très vif instant, avant que le regard d'Andy ne le prenne à l'observer une fois encore. « Non. A moi non non... » Il bafouille un peu. Il devrait ménager ses regards, particulièrement aux premières rencontres, « ça pourrait être mal interprété, ou même dangereux » a dit sa mère sur un soupir consterné, consternée sûrement de devoir lui dire des choses pareilles pour le mettre en garde contre un monde hostile. « Allons allons Tee, a fait alors son grand-père avec chaleur, laisse-le donc : le vrai danger c'est de taire ce qui lui trame dans le cœur... Il vaut mieux que ça sorte, même si c'est par les yeux ! »

Camden reprend, retrouvant un peu de son équilibre sur les vinyles qu'il connaît par cœur -justement, qu'est-ce qui lui trame dans le cœur, en cet instant ? « C'est à moi, à ma mère, mon grand-père, il y a aussi des vinyles de ma grand-mère et de mon père... Tout est rangé ici, même si les goûts diffèrent, on se sert quand on a envie. Le problème c'est qu'on a qu'une seule platine... » Il hausse à nouveau les épaules : « Et c'est moi qui la prend tout le temps », avoue-t-il sans honte, sans embarras. C'est un fait après tout : il l'accapare la majorité du temps dans sa chambre, le jour, quand sa mère est absente et son grand-père en balade.

Andy se rapproche, et lui montre l'album de Queen. Camden écoute, et regarde encore alors qu'Andrea n'est plus très loin : il peut voir un peu plus en détail la carte des grains de beauté qui constellent son visage brun. « Les potes sont faits pour être idiots », fait-il simplement. Il l'imagine, à fredonner Killer Queen en continu, à l'école, à la maison, aux oreilles de ses potes, de sa mère, de toute le monde -et faux, en plus. « Très bon choix », fait finalement Camden, en sortant le vinyle de sa pochette. Ce vinyle-là, c'est le sien : acheté sur le tard à Boston avec sa mère, lors de son essai manqué. Il se dirige vers sa chambre, et y pénètre sans s'arrêter sur son état éventuel : en ordre, comme toujours, c'est le prix pour qu'il sorte de ses mains une musique nette -une habitude rituelle transmise par sa grand-mère. Le décor est sobre, minimaliste : les murs sont d'un bleu profond, la fenêtre plus grande que la moyenne des chambres qu'on réserve habituellement aux enfants. On lui a donné la meilleure place, dans la maison. Quelques posters (de musique, et une reproduction de Monet), quelques livres, quelques carnets, des partitions moins ordonnées que le reste, fraîchement remuées sur son lit. Il se dirige vers la platine, posée sur le bureau, où trône également, royal sur son trépied en bois, son violon. « Fais comme chez toi », fait-il à Andy en plaçant le vinyle sur la platine, poli, et surtout sincère, avec un regard (encore) pour voir comment se débrouille son invité : ça ne le dérange pas vraiment qu'Andrea pénètre dans son antre, et se l'approprie comme il le souhaite. Une première.
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MessageSujet: Re: If cats looked like frogs we'd realize what nasty, cruel little bastards they are • CAMDEN   Mer 10 Oct - 16:50

Mince mince mince mince. Le mot tourne dans la tête d’Andrea quand il voit le visage de Camden se fermer à nouveau. Le haussement d’épaules, la réponse monosyllabique, tout hurle, à l’instant même, la mauvaise question, le mauvais terrain, le mauvais moment. Il pourrait s’en rendre compte - et, quelque part, il s’en rend compte, lui aussi - mais quelque chose lui dit, malgré la panique légère, insidieuse, que ce n’est pas grave. Andrea s’en sort bien, en général, quand il met les pieds dans le plat : il suffit d’être honnête, un peu plus sincère que la moyenne, et de s’excuser quand nécessaire. « Désolé, tu veux peut-être pas en parler. J’y suis pas allé non plus, si ça peut te rassurer. Enfin, si j’y suis allé, mais comme tu vois, je suis revenu. » Et à son tour, il hausse les épaules et enfonce les mains dans les poches de son jeans - le genre de jean qui, miraculeusement, ne se troue pas quand on s’étale sur le bitume après avoir évité une saleté de chat arrogant.

« C’est vraiment très cool. Ça donne un côté hyper chaleureux, je sais pas trop comment expliquer. Non pas que j’aime pas les photos de famille, on en a partout chez moi, ma mère passe son temps à en encadrer des nouvelles…  » Et si Camden, un jour, entre dans leur salon, il y verra des photos de Julia et de ses enfants, d’Andrea et de sa soeur, de sa soeur sur un poney, de sa soeur à la danse, d’Andrea sur son skate, d’Andrea en pyjama ourson… Il n’est pas encore certainement d’être prêt à affronter une telle révélation - lui sous le nez de Camden, en pyjama ourson - mais, d’une certaine manière, les vinyles lui paraissent tout aussi intimes et familiers. Il suffit de voir comme les mots s’accrochent à ses lèvres. « Toute la famille est branchée musique alors… On a une platine aussi à la maison mais elle reste dans le salon, en général. Ma mère écoute toujours de la musique quand elle cuisine.  » L’imagine - ou plutôt les images - lui tirent un sourire : sa mère qui chante dans la cuisine, la pâte à sucre dans les mains, les cookies au four ; Camden, la platine dans les bras, traversant le couloir, avant que la musique ne retentisse ; les mélodies qui se mélangent, de la ritournelle italienne aux grands airs classiques.

Évidemment, Camden ne se moque pas - ce ne doit pas être son genre, pas pour ça, pas pour ce qui concerne la musique. Andrea est ravi quand il sort l’album de sa pochette - il l’aime toujours, et Killer Queen reste une de ses chansons favorites malgré les années. Le groupe est en réalité un de ses préférés mais il n’en parle pas encore. Il ne pense pas que Camden jugera son goût pour les groupes pop, alternatifs, rock étranges, mais il préfère, pour le moment, le garder encore pour lui. Quand il pénètre dans la chambre, un sifflement léger lui échappe : « Ma mère rêverait que je range ma chambre comme ça. » Et Andrea se rend compte que c’est appréciable, quelque part, cet ordre, cette netteté. Rien, chez lui, n’est en ordre, ni sa chambre, ni leur salon, ni les pièces réservées à sa soeur et à sa mère. Rien n’est jamais à sa place, jamais parfaitement rangé - les Ferretti ne semblent pas savoir faire. C’est rafraîchissant, quelque part. 

Andrea laisse Camden s’occuper de la musique et se dirige vers le lit, où il écarte soigneusement quelques partitions pour ne pas les abimer avant de s’asseoir. Il est à l’aise, même chez les autres, il semblerait - il l’est presque toujours, mais quelque chose l’intrigue subitement. Il se redresse, plisse les yeux, et se lève à nouveau. Il en oublie presque l’album qui commence - il chantonnerait, en temps normal, mais l’éclat du vernis l’appelle et Andrea s’approche du violon sans pour autant y toucher. Évidemment qu’il n’y touchera pas, mais il ne peut s’empêcher, de s’approcher et de se pencher légèrement pour l’observer, les mains toujours dans les poches de son jean. « Je crois que c’est la première fois que je vois un violon d’aussi près. »

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MessageSujet: Re: If cats looked like frogs we'd realize what nasty, cruel little bastards they are • CAMDEN   Lun 15 Oct - 11:11


Les questions se pressent paresseusement contre les lèvres de Camden sans pour autant tout de suite les franchir. Les informations que lui déballe Andrea en continu, celles exposées dans ses mots d’abord, celles dissimulées entre ces derniers, dans ses gestes, ses expressions, s’accrochent à sa curiosité avec un naturel désarmant, et s’empilent, une à une, dans un coin de sa cervelle. Il ne voudrait pas tirer de jugements trop hâtifs sur Andy, qui s’offre avec une honnêteté tout aussi stupéfiante, mais il ne peut s’empêcher de se demander, les points se liant entre eux, s’il n’est pas revenu de l’université pour aider sa mère ? S’il a simplement connu les désillusions de la fac, comme tant d’autres ? Peu de raisons, vraiment, justifient un emménagement à Aster Cove lorsqu’on n’en est pas natif. Si Andrea, ou sa mère, avait été des environs, Camden en aurait certainement déjà entendu parler au travers des rumeurs. Personne n’échappe aux commérages restreints de leur petite communauté du Maine. Ils voyagent vite, et loin, jusqu’aux oreilles isolées de Camden.

Camden écoute, avec un intérêt sincère. Cette dynamique qui s’esquisse lui plaît, le sort un peu de sa coquille : Andy parle, sourit, diffuse une énergie communicative et lui écoute, comprend, absorbe ses sourires, qui lui donnent envie de les rendre, à plusieurs reprises. Quand il parle des photos de famille, quand il apprécie l’originalité de leur tradition familiale. Dans la tête créative de Camden se dessine avec netteté, haut en couleurs, le tableau des Ferretti : sa mère qui cuisine, les photos de famille en cascade, des moments bêtement simples aux photos de remises de diplôme, et, la musique.

Ils entrent dans sa chambre, et le violoniste redresse la tête à sa remarque. Est-ce que c’est le sifflement ? Est-ce que c’est l’air à la fois surpris et sincèrement admiratif d’Andy ? Quoiqu’il en soit, Camden a en l’entendant un léger rire, qui court à peine une seconde avant de disparaître, laissant derrière lui un sourire. Andrea est à la fois comme tout le monde, et parfaitement atypique. Il a les airs des jeunes de leur âge, ressemble aux connaissances de Camden, et pourtant se distingue par des nuances, un quelque chose d’indescriptible. C’est ce qui le fait s’ouvrir, bêtement, avant qu’il ne puisse s’enfermer dans ses grands silences et sa maturité d’être supérieur (une des expression favorites de sa soeur, qui malgré ses exagérations n’a jamais vraiment tort). « C’était un des premiers enseignements de ma grand-mère. “Aucun foutoir ne conduit à de la grande musique”. » Il prend un ton légèrement hautain, impérieux, une imitation saisissante de feu sa grand-mère, sans quitter des yeux Andy. « S'il suffisait de ranger sa chambre pour composer du Bach, ça se saurait aussi. » Il hausse les épaules, balayant et le regard, et le trait d’humour vif, surprenant sur ses traits jugés souvent immobiles.  Il n’a maintenant plus l’ambition de faire de la grande musique, comme avant, mais l’habitude lui est restée, et permet d’aérer son esprit lorsqu’il s’agite.

Les premières notes de Queen retentissent. Camden voit Andy se redresser, froncer les sourcils, se lever à nouveau et se diriger, comme aimanté, vers son violon. C’est plaisant, de voir Andrea faire véritablement comme chez lui, sans cette aisance feinte, sans ces sourires teintés d’embarras. C’est ce qui pousse Camden à s’approcher, à quitter un instant l’Italien du regard pour le poser sur son violon, qu’il saisit dans un même geste, avant de le tendre dans un même geste à Andy. « Tiens », fait-il simplement pour abattre ses éventuelles réticences. Il sait qu’il peut impressionner, avec son vernis impeccable, sa réputation luxueuse, ses airs impérieux autant que fragiles. Mais quelque chose lui donne envie de le confier à Andy. Ses pâtisseries, pensent-ils, doivent être au moins aussi délicates que Freddy. « Tu joues d’un instrument ? » demande-t-il en lui abandonnant la bête, et glisse ses mains dans ses poches avec sa tranquillité de toujours, observant la réaction de Ferretti avec une lueur, légère, dans ses yeux verts.
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MessageSujet: Re: If cats looked like frogs we'd realize what nasty, cruel little bastards they are • CAMDEN   Dim 21 Oct - 20:23

Est-ce qu’il vient de rire ? Andy se demande, un instant, s’il ne l’a pas imaginé, mais la trace de l’éclat est encore accroché là, au coin des lèvres. C’est un drôle de son, étonnamment bas, assez joli, d’une certaine façon - très personnel, très Camden. Andrea ne se rend pas compte qu’il range le moment-déjà-souvenir dans un coin de sa mémoire, comme ça, instinctivement. Il baisse les yeux, presque gêné, étonnamment remué - il sent un truc, là, dans son estomac, un truc à mi chemin entre l’agréable et le dérangeant, qu’il n’identifie pas bien mais contre lequel il ne tente pas de lutter. Quand il relève la tête, la rougeur légère enfin passée, il surprend les traits de Camden qui s’animent. Sa voix change et c’est à son tour de sourire devant l’imitation - dont il ne peut juger de la qualité mais qui l’amuse, tant elle semble inattendue. Ce n’est pas un cliché, cette situation bizarre, ou pas vraiment : il n’a pas l’impression de connaître l’autre depuis des années, depuis toujours, de tout savoir de ses mimiques ou de ses airs fermés ; non, Andrea découvre, il découvre tout, les regards et les micro-expressions, toutes petites, si petites qu’elles semblent toujours lui échapper. Andrea découvre et il aime ça. Il n’en a pas conscience, il ne s’en rend pas encore compte, mais c’est ce qui lui plaît, avec les gens, avec Camden, ne pas savoir et, d’un coup, savoir quelque chose, une bribe d’information, une intimité.

« Ce devait être une sacrée femme. Est-ce qu’elle était musicienne, elle aussi ?  » Andrea imagine que le talent coule dans les veines des McKinnon et il se demande, en s’asseyant, à quoi ressemblent ses frères, soeurs, grands-parents. C’est aisé d’imaginer les Ferretti, avec leurs cheveux bruns rarement coiffés, leurs tâches de rousseur, leurs yeux plus ou moins clairs. Les McKinnon, eux, lui apparaissent plus gracieux, presque plus distingués - plus délicats, dans leurs airs et dans leurs traits, mais peut-être est-il en train d’extrapoler en regardant le visage de Camden qui le regarde en retour. Quand il se lève, quand il observe le violon, il se demande si c’est normal que l’objet lui paraisse si fragile alors que l’objet, dans les mains du jeune homme, est étrangement à sa place. Andrea est mal à l’aise - c’est trop beau, trop cher pour qu’on le lui confie - mais il le tient, les doigts fermes mais pas trop, de peur de l’abîmer ou de le faire tomber.

Une seconde, puis deux, s’écoulent, en silence ou presque - Freddie Mercury chante dans le fond et, s’il n’y avait pas eu le violon, Andrea aurait certainement fredonné en rythme. « Absolument pas. J’ai aucun talent pour la musique. J’ai bien essayé la guitare mais j’ai pas la patience nécessaire pour tout apprendre. Je suis pas très artistique, comme type. » Il lâche ça comme ça, sans vraiment lâcher le violon des yeux, bien qu’il jette un coup d’oeil à Camden, un sourire en fin éclairant son visage. Il aimerait bien lui dire que son truc, c’est le manuel, le bricolage, la construction, la pâtisserie, tout ce qui colle et ce qui salit, mais il se tait et indique l’instrument du menton. « J’ai franchement peur de le faire tomber. Tiens. » Il le lui tend, comme s’il craignait même de le déposer. « C’est marrant, ça paraît normal, quand il est dans tes mains. » Les mots lui échappent avant qu’il ne se rende pleinement compte de ce qu’il vient de dire et, quand le sens le frappe - quand il se rend compte qu’il a dit au lieu de penser -, Andrea secoue la tête avec un sourire, encore. «  Je m’y connais pas vraiment, mais j’aime bien t’entendre jouer, quand je rentre chez moi. » Il ne va pas admettre immédiatement qu’il cherchait l’origine de la mélodie depuis plusieurs jours, comme une quête curieuse enfin aboutie.

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MessageSujet: Re: If cats looked like frogs we'd realize what nasty, cruel little bastards they are • CAMDEN   Dim 28 Oct - 14:56


Le tableau est pittoresque : ils discutent naturellement, Andy et ses grandes mains sur son violon, Killer Queen comme musique de fond. Camden s'il le remarque n'en fait pas cas cependant. Il suit le fil qui se déroule sans accroc devant eux, son rire discret s'étant mué en sourire au coin de sa bouche. « Violoniste de concert. » Les trois mots sonnent comme un hommage : de tous les titres écopés dans sa vie de femme, Frances tirait sa plus grande fierté de cette dernière. Elle avait joué dans de grands orchestres, connu de grands instants de gloire, s'enorgueillait des dates prestigieuses qu'elle avait faites avec son Stradivarius. Mais Camden aurait pu dire simplement violoniste : derrière l'orgueil et les noms de l'élite, il y avait simplement Frances et son violon.

Andrea tient le sien gauchement, comme s'il avait à la fois peur de le prendre et de le faire tomber. Camden laisse ses mains du regard pour en revenir à ses yeux, rivés sur l'instrument d'un air nerveux. Dans le coup d'oeil qu'il lui lance, le violoniste peut lire qu'il y a quelque chose d'autre, sous ses mots. Il ne dit rien cependant, imitant Ferretti qui lui rend rapidement Fred. Il ne dit rien non plus à son compliment. Il ne dit rien avec les mots, d'abord, se contentant du regard, Fred se lovant contre ses mains. Il dit ne pas s'y connaître, et pourtant Andrea lui semble nettement plus sensible à la musique, plus éclairé que certains connaisseurs auto-proclamés. « Merci », fait-il d'abord, sincèrement ; le compliment le touche, car Camden n'a pas l'impression, lui non plus, de vraiment s'y connaître en dépit des années de pratique. Qu'est-ce qu'il connaît de la musique, finalement ? Il remet Freddie à sa place, avec un naturel trahissant le lien étroit qui les unit. Il le regarde comme un vieux frère, et l'instrument semble lui rendre toute son affection. Camden est persuadé qu'il vit, animé par un souffle d'ailleurs, là déjà quand Camden l'a vu pour la première fois, un souffle bêtement entretenu par le contact de ses mains. « Savoir écouter la musique, c'est aussi être artistique. » Il a vu aussi, brièvement, les pâtisseries de sa mère ; il y a vu les mêmes ondes, la même beauté que dans ses partitions. « Tu fais les gâteaux, avec ta mère ? » demande-t-il en gardant son attention sur Andrea. Il s'approche, tout doucement, du pas feutré de ses questions ; marque le rythme, du bout des doigts, imperceptible, de Killer Queen sur son vieux bureau.

Killer Queen cède la place à Flick of the Wrist, Camden se laisse aller contre le bureau, Andy s'assoit, ils discutent, et à la fin du vinyle dont ils ont usé les deux faces, ils redescendent au rez-de-chaussée. Taylor étudie un épais livre de comptabilité, au comptoir de la cuisine. Immédiatement elle se lève, s'active, met la chemise dans les bras d'Andrea. « Enfile ça sur le dos, et pas de chichis, Andy ! » Elle lui donne une tape sur le bras, comme pour le mettre à l'aise. Camden a un léger sourire, derrière Andy (sa mère abuse de son surnom avec un délice apparent), et sans un mot, sans expliquer le changement, il se retourne et remonte à l'étage.

Quand il revient, il tend à Andrea le vinyle de Killer Queen. « J'espère que tu n'es pas le seul à aimer, dans la famille. » Il jette un oeil à Andy, fraîchement paré d'une de ses chemises, n'en dit rien ; ses épaules larges donnent une toute autre allure au vêtement. Il en oublie de dire s'il s'agit d'un prêt ou d'un cadeau, ou peut-être le fait-il volontairement ; pour le vinyle, la chemise, pour les deux.
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MessageSujet: Re: If cats looked like frogs we'd realize what nasty, cruel little bastards they are • CAMDEN   Jeu 1 Nov - 10:38

Il n’y a pas de gêne, dans la chambre. Pas entre eux, du moins. Toute l’hésitation d’Andrea se concentre dans ses mains. Le violon est d’une telle beauté qu’il n’ose pas effleurer les cordes et garde les doigts - fermes mais pas trop - posés sur son corps rond. La chanson s’étire et le compliment touche la bonne corde. C’est agréable, de voir Camden sourire, ou ne pas sourire mais se concentrer, accepter les mots sans chercher un échappatoire - mais ce n’est pas son genre, n’est-ce pas ? Il prend son temps, pour répondre, il prend toujours son temps, a remarqué Andrea, comme s’il y avait quelque chose à mettre en place, des mots à organiser, les bonnes pensées à trouver, choisir, agencer. Andy esquisse, à son tour, encore une fois, un sourire avant d’hausser doucement les épaules. « Tu as certainement raison. Je suis quand même plus à l’aise avec un marteau et des clous. » Il ne nie pas qu’à une époque il a cherché, lui aussi, à être doué dans quelque chose, quelque chose en particulier ; il ne nie pas non plus ne pas être Camden, ne pas être comme lui et comme ces gens dotés d’un talent particulier. C’est un fait qu’il a parfois du mal à digérer, qu’il appris durement à force d’échecs ; mais il n’est plus aussi déçu qu’avant, quand il y repense, malgré la petite pointe de regret qui lui perce encore le coeur à chaque fois.

« Oui. J’étais pas censé travailler à temps pleine au salon mais finalement ça me plaît, alors… J’aurais pu tomber sur quelque chose de moins sympa, comme boulot : c’est plus agréable de faire des cookies que de sentir l’essence toute la journée.  » Il sait pertinemment que tout le monde ne serait pas d’accord avec cette idée - après tout, faire des cookies, des gâteaux et servir du thé, ça n’a rien de très masculin, il paraît. Andy a tendance à leur répondre que son père était très masculin, et qu’il s’est tout de même tiré avec la classe de la boutique sans même leur dire au-revoir. Mais il n’est pas encore prêt à en parler à Camden - il se connaisse à peine et l’idée ne lui traverse même pas l’esprit, ou un instant à peine, une demi-seconde. Il finit par se rasseoir, après avoir rendu le précieux violon à son propriétaire. Appuyé sur ses mains, puis sur ses coudes, Andrea parle sans gêne, raconte le déménagement, pose des questions, parle du salon, de sa soeur, de sa mère, d’un tas de choses dont il n’a pas beaucoup l’occasion de parler depuis qu’il est arrivé - il n’a pas encore beaucoup d’amis en ville - et c’est agréable.

Il ne se rend pas bien compte du temps qui passe - il ne porte jamais de montre - et est surpris de trouver Taylor dans la cuisine quand ils finissent par descendre. En un claquement de doigts, il se retrouve avec une chemise sur les bras, hésite un instant - il ne va pas se déshabiller dans la cuisine, non ? - et Camden disparaît. Taylor a tôt fait de lui indiquer un endroit pour se changer et il revient, sa chemise abîmée fourrée la poche arrière de son jean et celle du jeune McKinnon sur le dos. Il n’est pas habité à porter les affaires des autres, et une odeur de lessive, d’autre chose non-identifié, lui effleure les narines. Quand Camden déboule à nouveau dans la cuisine - le verbe débouler ne lui convient pas, il est trop gracieux pour ça -, Andrea se rend compte que c’est son odeur qui imprègne le vêtement et il en rougit presque. En fait, il en rougit pour de bon, légèrement, les joues roses et le sourire aux lèvres. Il prend le vinyle et se retient de dire qu’il n’aurait pas dû : Freddie Mercury lui donne l’excuse de repasser, de l’inviter à la maison ou au salon… « Merci. Je pense que tout le monde va l’adorer. » Il en est à peu près certain mais ce n’est pas grave : le vinyle va tourner en boucle sur la platine pendant un bon moment. Andrea se tourne vers Taylor : « Merci beaucoup pour la chemise, Madame McKinnon, et encore désolé pour vos poubelles. Je vous revaudrai ça. » Le sourire malicieux qu’il leur adresse annonce qu’il a déjà une idée et, quand Taylor le reconduit dans l’entrée, son regard s’attarde sur le fils, comme pour confirmer ce qu’il sait, ce qu’il attend déjà : une occasion de le revoir.

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I wanted movement and not a calm course of existence. I wanted excitement and danger and the chance to sacrifice myself for my love. — •• LEO TOLSTOY

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MessageSujet: Re: If cats looked like frogs we'd realize what nasty, cruel little bastards they are • CAMDEN   Dim 11 Nov - 8:16


Andy a légèrement rougi, prend le vinyle sans résistance : sa candeur contamine le violoniste qui l'observe, le dialogue à demi-mots s'ouvrant sur le visage gêné du fils Ferretti, dans le sourire qui a fleuri légèrement à un coin des lèvres de Camden. Andy ne proteste pas, plus même pour la chemise qu'il a sur le dos ; il accepte l'offre silencieuse de Camden, une promesse de se lier faite spontanément. Il voulait lui faire plaisir, en lui prêtant un morceau qui lui tient à cœur, mais il se rend compte en voyant l'apprenti-pâtissier lui dire simplement merci qu'il voulait également concrétiser leur lien, marquer leur première rencontre -qu'Andy lui rende ou non, ce vinyle, qu'il le sache avec lui les accroche l'un et l'autre, même si le fil est imperceptible, et s'étiole à l'avenir. « Je t'en prie Andy ! Mais la prochaine fois pas besoin de venir t'écraser dans nos poubelles, sonner à la porte suffira », fait Taylor en le reconduisant dans l'entrée avec un sourire, en coin comme son fils : c'est là qu'ils se ressemblent le plus, quand les lèvres s'étirent d'un seul côté, juste avant le sourire franc, retenu par la malice pour l'une, la gêne pour l'autre -quand ce ne sont pas les deux pour le violoniste. « Tu risques de nous voir au salon assez vite, j'ai hâte de rencontrer ta mère. Si j'arrive à sortir Cam de sa chambre en journée... » Taylor jette un regard à son fils qui se tient légèrement derrière eux, et ce dernier hausse légèrement les épaules comme pour se défaire de sa prétendue suspicion. Sa mère le taquine régulièrement sur le sujet, depuis qu'elle a abandonné l'idée de l'en sortir. « Je viendrai », répond-il simplement, et son regard dévie vers Andy qui l'observe.

Le fil qui les relie brille un instant aux yeux d'or d'Andy, et Camden croit voir un nylon solide ; qu'il s'étiole lui paraît soudain peu probable. Camden a un nouveau sourire, la même fleur que l'instant précédent, parée cette fois de sa réserve sociale quotidienne. « C'était un plaisir Andy, à bientôt ! » conclut Taylor en lui ouvrant la porte, après avoir donné un coup affectueux sur sa grande épaule du concerné. Et avant qu'il y disparaisse, le violoniste sans s'approcher, les bras croisés sur son t-shirt Iron Maiden, lui adresse un signe de la main parfaitement sobre. « A la prochaine. » Ce ne sont pas dans ses mots qu'on peut y voir la promesse : dans ses yeux clairs y flotte une certitude tranquille, un souffle peut-être plus rapide. Le grand corps d'Andy disparaît finalement derrière la porte, et Taylor se tourne vers lui avec un regard -avec le regard. Camden se contente de le lui rendre, un bref instant, avant de se détourner pour regagner, apparemment impassible, le confort de sa chambre.
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If cats looked like frogs we'd realize what nasty, cruel little bastards they are • CAMDEN
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