Dans la petite ville d'Aster Cove, des choses étranges se passent...

 
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 Forgive and forget | Arleen

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MessageSujet: Forgive and forget | Arleen   Lun 31 Déc - 10:40

Xander + Arleen

 Alexander Bloomingdale ⊹ PRÉNOM NOM PERSO2  


Tight like a rope, try to not reach for memories. Lover, lover, what have we done ? We made our heart leap, then it gave up. Lover, lover, let me in. You came in the door like thunder, then hit the floor like thunder. Laying me down you wonder. You came towards like thunder.
Putain mais qu'est-ce qui m'avait pris ? Normalement, je détestais les cimetières. Je ne m'en approchait pas à moins de 20 mètres. La religion et toutes ces conneries de biens pensants me mettaient les nerfs. C'était juste une façon de justifier toutes les conneries qu'on pouvait faire aux yeux d'un Dieu soit disant rédempteur qui nous mettrait une tape sur les doigts avant de nous dire de tracer notre route parce que ce n'était pas si grave. Je n'avais pas besoin d'une pseudo entité toute puissante pour ça. J'étais assez grand pour m'absoudre de mes péchés tout seul. De toute façon, le confessionnal aurait sans doute pris feu si j'y avais raconté la moitié de mes dépravations. J'enfreignais sur une base quasi quotidienne tous les commandements de l'Eglise. Mon seul Dieu, c'était moi même, je blasphémais et je jurais comme si c'était ma seconde langue. J'avais convoité et plus si affinités les femmes d'autres types et parfois même aussi leurs filles sans la moindre espèce de remord. J'aurai sans doute craché à la gueule de mon géniteur si j'avais eu le bonheur de le rencontrer un jour et je ne pouvais regarder l'épave qu'était devenue ma mère sans plisser le nez de dégoût. J'avais trompé mes copines de lycée avec leurs propres copines, j'avais volé et escroqué de l'argent à des familles qui voulaient juste donner un coup de main à un ado aux abois. Et, si je n'avais jamais tué personne, j'avais regarder sans rien faire des gens courir vers la mort. Sans réagir, sans chercher à aider juste pour sauver ma misérable petite peau.

J'avais toujours été un connard. Un mec de l'ombre sans espoir de rédemption. Elle avait apporté un peu de soleil à mon obscurité mais maintenant qu'elle n'était plus là je ne savais, je le sentais. Les ténèbres étaient de retour et je les laissais m'engloutir avec plus de joie que jamais. J'apprécierais qu'elles anesthésient de nouveau mon cœur. Qu'elles assassinent la peine et la culpabilité que je ressentais quand je revoyais en rêve le corps déchiqueté de Diana ou les véhicules tous cabossés qui me hantaient. Je ne voulais pas de remords, je voulais l'indifférence. Je ne voulais pas de peine de cœur mais retrouver le frisson du plaisir facile, les soupirs lancinants au milieu de draps froissés. Je voulais l'insouciance et les derniers adieux.

C'est pour ça que j'étais là, tâche sombre au milieu du gris de ce cimetière à observer sa tombe. Diana. La femme que j'avais laissé se faire bouffer parce que c'était elle ou moi. Je n'avais pas foutu les pieds à son enterrement. Je n'étais même jamais venu jusqu'ici avant. Ca m'avait paru un moins moyen de clôre ce chapitre, de dire merde aux cauchemars. Sauf que maintenant je me retrouvais comme un con et la seule chose à laquelle je pouvais penser c'était que c'était quand même bien barré de créer un lieu où tu te retrouves à marcher au dessus de centaines de cadavres en décomposition.

Je restais là, statufier, à repasser dans ma tête des excuses qui ne franchirait sans doute jamais mes lèvres. Parce qu'en général j'exigeais, je ne demandais pas. J'agissais, je n'attendais pas. Le pardon, pourtant, c'est quelque chose qui doit être donné et non pas ravis. Et plus personne n'était là pour m'absoudre.
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Arleen Wright
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MessageSujet: Re: Forgive and forget | Arleen   Mar 1 Jan - 21:56

Arleen a toujours détesté les cimetières : avant même d’ouvrir son propre salon aux désespérés, elle ne pouvait mettre un pied dans l’un d’entre eux sans se mettre à pleurer. Peu à peu, les larmes se sont changés en cris, puis en terreurs et tremblements, avant de devenir silences. On a cessé de la mener aux enterrements, de l’habiller en noir, de la tenir par la main au milieu des grands - parce qu’il y en a eu, des morts, dans son entourage, beaucoup, trop peut-être, un taux anormal de maladies et d’accidents dont elle ne s’est vraiment rendue compte qu’à l’âge adulte, certainement trop tard. C’est difficile d’expliquer comment elle est venue à se promener dans les cimetières de Los Angeles, les mains dans les poches, la clope au bec. elle avait vingt-cinq ans, la première fois, et n’est pas encore sûre de ne pas avoir rêvé. Il ne lui reste aucune souvenir de cette première visite, encore moins de comment elle est arrivée là, sur la tombe d’un sinistre inconnu, parfaitement absent, parfaitement silencieux. Personne ne lui parla, ce jour-là. Pas une ombre, pas un murmure.

C’est pareil, dans le cimetière d’Aster Cove. Les morts sont absents de ces endroits : il n’y a rien pour les retenir, pas même leurs carcasses déjà pourries, décomposées, rendues à la poussière. Le silence la pousse à revenir, à chaque fois. Et, si Arleen a bu avant de partir, elle a encore l’esprit clair, beaucoup trop clair : elle a entendu, en passant ,des choses qu’elle ne voulait pas entendre et elle a vu ce qu’elle ne voulait pas voir. Ses pieds ont mené la danse, ont accéléré d’eux-mêmes, ont choisi le chemin avant même qu’elle n’y pense, mais elle n’est pas surprise. L’heure lui échappe et, un instant, Arleen se demande s’il s’agit du jour, de la nuit, ou de l’entre-deux. Il lui faut sortir la flasque qu’elle garde dans son sac, en tirer une longue gorgée, sentir la brûlure au fond de la gorge avant de se remettre en marche. Le froid du cimetière lui fait du bien, chasse la brume de son esprit et lui tire un soupire. Elle croit être seule et ne remarque pas tout de suite celui qui se tient un peu plus loin, grand, presque dégingandé, aux cheveux aussi blancs qu’un fantôme.

Arleen est venue pour être seule. Pour être seule et pour laisser filer quelques minutes, quelques heures, avant de se replonger dans sa réalité. Son échappatoire vient de lui être volée, dérobée, par un gamin arrivé plus tôt, par un type qui se recueille, peut-être, sur un tas d’os vides de sens et d’identité. Le voir là l’énerve, alors qu’elle ne le connaît pas, qu’il a peut-être besoin du silence, lui aussi, ou tout simplement de l’endroit, de son symbole, de quelque chose qu’elle est trop égoïste pour lui céder. Elle tire une cigarette de sa poche, la glisse entre ses lèvres et l’allume d’un geste agacé. Elle n’est qu’à quelques mètres et le claquement du vieux briquet brise le silence. « Il n’y a rien ici. » Sa voix est plus rauque qu’elle ne le voudrait, presque cassée, identique à celle qu’elle avait, enfant, après avoir pleuré ou crié. C’est ridicule et Arleen fronce les sourcils, fait quelques pas, approchant sans réellement s’approcher. Elle s’arrête entre les tombes et s’assoit sur la pierre tombale la plus solide, de peur de finir assise dans la terre. « Y a plus personne, ici. C’est pas pour les morts, les cimetières. C’est pour les vivants qui n’arrivent pas à tourner la page et ceux qui ont besoin de se donner bonne conscience. » C’est infect, comme elle peut l’être, souvent, trop souvent. Elle ne le regrette pas, pourtant. Peut-être cherche-t-elle la bagarre, à sa manière. Peut-être regrette-t-elle de ne pas être seule, de ne pas avoir le silence pour elle. Peut-être veut-elle blesser en disant la vérité - sa vérité. « Vous perdez votre temps. »

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MessageSujet: Re: Forgive and forget | Arleen   Mer 2 Jan - 21:51

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Non mais c'était qui cette fille ? Enfin cette femme. Une femme agaçante qui se mêlait de ce qui ne la regardait pas avec une assurance qui aurait sans doute déstabilisé quelqu'un d'autre que moi. Je la fixe froidement de mon regard bleu glacier, la laissant poursuivre avec toute l'arrogance de ceux qui pensent que leur point de vue primera toujours. Elle est étrange cette femme, elle a le regard lourd de ceux qui en ont trop vu et je suis persuadée qu'en l'approchant, je pourrais détecter sur elle l'odeur du tabac et dans son haleine des relents d'alcool. Avec une mère alcoolique, on apprend vite à repérer ceux qui trouve refuge dans la boisson. Même si c'est fugitif. Et puis bon, en oubliant tout sixième sens de pauvre petit gamin à la vie mouvementée, la flasque et la cigarette étaient un assez bon indicateur. Cette nana était désabusée, cynique et en plus elle avait une grande gueule. Trois défauts qui m'aurait en temps normal incité à tourner les talons et à la laisser en plan, elle et ses jugements. Seulement voilà, au delà de tout cela, c'était aussi une belle femme. Des yeux perçants, une tignasse brune qu'on ne demandait qu'à toucher - et je m'étais depuis ma rupture découvert une forte envie de me tourner vers des brunes -, son corps est masqué par sa veste mais je ne peux m’empêcher de laisser mon regard s'égarer et tâcher de le deviner.

« J'en ai rien à foutre qu'il y ai quelqu'un là dessous ou pas. »

Me rapprochant de la femme, je m'adosse à une pierre tombale, repliant une jambe pour mieux appuyer mon pied contre cette dernière en un geste frôlant l'irrespect. A mon tour, je sortis une cigarette que j'allumais avec un briquet, regrettant mon zippo qui servait à présent de pièce à conviction pour l'assureur de l'Eglise. Expirant la fumée blanche, je me tourne vers la mystérieuse inconnue.

« Et toi alors, t'es là pour tourner une page ou la bonne conscience ? »

Je tire une nouvelle bouffée avant de souffler vers le ciel et de reprendre, réellement curieux. Vouvoyer les autres n'a jamais été dans mes habitudes. Pas quand je n'ai rien à gagner à faire semblant d'être poli en tout cas. Je vouvoies mes clientes, je vouvoyais les gens à qui je quémandais de l'argent quand j'étais enfant .

« Je me rappelle pas t'avoir déjà vue. Une telle bonne humeur ça ne s'oublie pas. Qu'est-ce qui peut bien t'avoir convaincue de t'enterrer ici... »

C'est plus une affirmation qu'une question. Moi aussi, j'étais versé dans le cynisme et l'humour au vitriol. Mais ce soir, l'aura vaguement sombre de cette femme m'intrigue et je veux en savoir plus. Cela a au moins le mérite de me tirer de mes remises en questions et de mes sombres pensées. C'est toujours une échappatoire bien plus simple, l'énigme d'un femme attirante.
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Arleen Wright
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MessageSujet: Re: Forgive and forget | Arleen   Lun 14 Jan - 12:57


C’est qu’un gamin. Un sale gosse, d’ailleurs, vu le regard qu’il lui lance. Il a un petit côté rebelle, certainement - non pas qu’elle le sente, ni qu’elle le devine, c’est toute son allure qui lui fait dire ça. La façon dont il se tient, la couleur de ses cheveux, l’air désagréable qu’il porte au visage et qui est si similaire au sien. Oui, un sale gosse, assez vieux pour tenter de voir ce qui se cache sous son manteau - Arleen le voit, son regard inquisiteur franchement pas discret.  Il ne semble pas plus respectueux qu’elle, confirmant la première impression d’Arleen : le type bouge, léger, fluide, mais sec, grand et sec, et s’adosse à une pierre tombale, pose son pied contre. Elle reste assise sur la signe, ne bouge pas d’un poil même quand le type approche, désinvolte au possible - désagréable au possible. Peut-être vont-ils bien s’entendre ? L’idée la fait sourire derrière la fumée de sa cigarette. « Je vois pas ce que tu peux en avoir à foutre. » Le ton est sec, la phrase claque, mais il manque le mordant, l’agressivité qui voudrait dire « allez, casse-toi connard, je m’en fous de ta vie. » Non, bien que désagréablement surprise par la présence d’un autre être humain, Arleen n’est pas contre une discussion légèrement pimentée, voire ouvertement hostile. L’altercation ne l’effraie pas, jamais - au contraire, elle aime s’en prendre aux humains, sentir leur haine, leur agacement. C’est si différent de ce qu’elle sent, parfois, autour des gens, autour des lieux, dans cette ville pourrie et maudite.

« Ni l’un ni l’autre. Déjà, j’ai pas de conscience. Je viens parce que c’est calme. Du moins, en temps normal. » De son perchoir, elle adresse au gamin un regard pointu, le désignant clairement comme source de son agacement actuel. Tirant sur sa cigarette, elle observe le type et se demande un instant pourquoi il est encore là. Il n’a pas l’air plus sociable qu’elle - peut-être se trompe-t-elle, peut-peut-être est-ce un amour, en temps normal, et ce n’est qu’elle, sa faute à elle. Elle qui agace son monde, qui instille cette animosité que l’on peut sentir là, crépiter dans l’air. D’un geste lent, Arleen tire la flasque qu’elle a dissimulé dans sa poche, en dévisse le bouchon et en avale une longue gorgée. Avant de la fermer et de la fair eà nouveau disparaître, elle la tend malgré tout à l’inconnu, indiquant d’une petite secousse qu’il peut se servir. « Whisky. » En temps normal, elle aurait opté pour de la vodka, mais le ciel est lourd et les nuages si gris qu’elle a trouvé le whisky plus adapté. C’est un alcool des mauvais jours, un alcool pour les heures trop longues et les esprits occupés.

« C’est parce que tu m’as jamais vue. C’est pas compliqué, hein. » Que doit-elle lui dire ? Que doit-elle avouer ? Rien du tout, lui souffle la petite voix habituelle, celle de l’instinct de protection, celle du bouclier. Elle en a déjà trop dit au jeune Holland, la dernière fois, et ne compte pas réitérer l’expérience. Et puis, d’une certaine manière, Arleen lui faisait - et lui fait - confiance, sans pouvoir vraiment s’expliquer pourquoi. Peut-être est-ce le caractère franc, brutalement honnête du gamin, qui lui ont fait cet effet. Elle ne veut pas trop y penser, de peur de se souvenir de ce qui a été dit, de ce qu’elle a appris - de ce qui a été révélé, confirmé. « Je pense que c’est le charme et l’amabilité des habitants de cette magnifique ville qui m’a poussée à rester. Vous êtes tous tellement accueillants, je ne me voyais pas repartir et retrouver la chaleur de la côte Ouest. » Le ton est celui de la comédie, de la presque blague, du cynisme rarement dissimulé. Pourquoi lui dire la vérité ? Elle est toujours moins drôle, n’est-ce pas ? « Arleen. » Sur une impulsion, elle lui tend la main comme elle lui a tendu la flasque. Un geste presque formel, surtout étrange, dans un lieu comme celui-ci. « Et tu peux dire ce que tu veux, t’es là pour elle. Plus ou moins. » Elle indique, d’un geste vague de la tête, la tombe devant laquelle il était planté un instant plus tôt. Elle ne voit que les trois premières lettres - D, i, a - et se doute qu’il s’agit d’un Diane, ou d’un Diana. Comme pour le reste, Arleen sait sans savoir et n’a pas besoin de confirmation ou de dénégation. Écrasant sa clope sous son talon, elle n’attend pas pour en rallumer une autre, calmement.

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MessageSujet: Re: Forgive and forget | Arleen   Jeu 17 Jan - 0:31

Xander + Arleen

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Elle était cassante, mordante même et d'un cynisme à toute épreuve. En général, j'évitais ce genre de femmes, bien trop compliquées à gérer. Ou peut être était ce simplement parce qu'elles me ressemblaient trop. Pourtant, aujourd'hui, je me surprenais à vouloir rester. A vouloir jouer en fait. Voir ou cette rencontre allait bien pouvoir me mener. Peut être que cela finirait mal. Peut être que c'était exactement ce dont j'avais besoin. Je préférais ne pas m'appesantir sur la question. Je n'étais pas venu ici pour me prendre la tête, j'étais venu pour prouver mon point de vue. Je pensais que j'aurais eu plus de remords en voyant le nom de Diana sur la pierre tombale. Je me sentais un peu coupable oui. Intellectuellement, je savais que j'aurais pu faire quelque chose. Mais je savais aussi que je referais exactement pareil si on me donnait la possibilité de rejouer la scène. Je ne méritais aucun pardon. Et rester là me confortait dans l'idée que la lumière que Claire avait cru voir en moi n'était qu'une chimère d'adolescente en mal de sensations fortes. J'étais un passage, une transition après l'ordure qui lui avait servi de petit copain et, maintenant que ses plaies étaient pansées, elle allait retourner à la vie qui était faite pour elle. Et moi, j'avais retrouvé mes bonnes vieilles habitudes.

Je dévisageais mon interlocutrice, la fixant sans même chercher à le masquer par des coups d’œils furtifs. Ce n'était pas mon genre. Elle était intrigante. Ses cheveux noirs corbeaux s'accordait bien au lieux dans lequel nous nous trouvions, de même que son attitude général. C'était le genre de femme avec qui il ne fallait pas déconner et du coup, j'avais monstrueusement envie de le faire. Sans cela, je me serais sans doute déjà barré d'ici. Elle avait du répondant et ça me plaisait bien. Et surtout, dans cette ville où la plupart des gens se connaissaient au moins de réputation, elle avait l'attrait de la nouveauté.

Un petit rire sec m'échappais tandis qu'elle affirmait ne pas avoir de conscience. Si seulement elle savait à qui elle s'adressait. Et puis bien sur, j'avais bien saisi la petite pique à mon encontre à laquelle je me contentais de répliquer en haussant un sourcil moqueur. C'est tout ce qu'elle avait en stock ? Je m'attendais à mieux. Tout dans son attitude criait qu'elle emmerdait le monde ou alors que le monde l'avait bien emmerdée et qu'elle lui rendait la pareille ce qui revenait plus ou moins au même. La voir sortir sa flasque me rappelait à ma première impression et aussi pourquoi je n'approchais pas les femmes torturées. J'en avais une à demeure. J'avais beau avoir quitté son mobilhome minable, ça ne m'empêchait pas de veiller sur ma mère. Elle avait toujours été incapable de le faire seule de toute façon. Je savais bien qu'un jour je la retrouverais morte d'un coma éthylique ou noyée dans son propre vomi. Ça avait déjà manqué d'arriver tellement de fois depuis que j'étais gamin que j'avais intégré cet état de fait. J'aurais peut être du détester l'alcool parce qu'il m'avait volé ma mère mais, en fait, je m'en foutais totalement. J'attrapais donc la flasque. Du whisky apparemment et laissait le breuvage réchauffer ma gorge. Le whisky, c'était fait pour se repencher sur sa vie. C'était un alcool qui faisait réfléchir. Ou bien c'était peut être simplement des élucubrations de tarée défoncée, allez savoir. Je lui rendis son bien pour qu'elle puisse à nouveau le faire disparaître dans sa veste.

« Mouais, en général, les nouveaux finissent toujours par passer au magasin. C'est pas comme Aster Cove était le haut lieu du style. »

Je ne voyais pas l'intérêt de donner plus de précisions. Je n'avais rien à cacher mais je n'avais pas non plus d'intérêt particulier à lui donner des informations à mon sujet. Rien n'était gratuit dans ce monde. Son cynisme était charmant. Ca sentait les conneries à plein nez, et putain, j'étais doué pour les repérer. J'en avais raconté tellement dans ma vie. Mais je n'étais pas de la police, les interrogatoires de roi des casse-couilles, je laissais ça à Bishop et ses habitudes de fouineur. A la place, je testais ma partenaire avec une nouvelle forme de jeu, laissant un sourire charmeur et presque prédateur effleurer mes  lèvres.

« Oui, on peut se montrer charmants et accueillants quand on s'en donne la peine. Mais, ce que ce petit coin de paradis a à offrir ne se trouve pas vraiment dans les magazines de tourisme. »

Je faisais autant allusions à la triste réputation de notre charmante ville qu'à des activités d'un tout autre genre. Mais laisser plusieurs pistes de réponses possibles à mes interlocuteurs me plaisait bien. C'était assez utile pour mieux les cerner. Et puis ce n'est pas comme si ma phrase ne puait pas le cynisme à dix kilomètres.

A un moment ou à un autre de la conversation j'avais sans doute réussi un test quelconque concocté par son cerveau féminin si tordu parce que je pu enfin mettre un nom sur son visage. Arleen. Charmant. Je la dévisageais quelques instants tandis qu'elle me tendait la main. C'était quoi ça ? Un entretien d'embauche ? Non parce que le seul travail que je m'imaginais faire pour elle nécessitait bien moins de formalités.

« Xander. »

Je finis donc par lui serrer la main, la gardant sans doute plus longtemps dans la mienne que ne le requérait la bienséance. Tout était bon pour perturber l'autre non ? Cette discussion était autant une bataille qu'un étrange prélude. A quoi, je ne savais pas, mais il y avait quelque chose chez cette Arleen qui titillait mon instinct, m'insufflant la méfiance. Méfiance qui fut exacerbée par la phrase lourde de sens qu'elle prononça pourtant d'un ton détaché. Et c'est d'un ton tout aussi morne et froid que je répondis, terriblement dépourvu d'émotion. « Ouais, je l'ai plus ou moins laissée mourir. Je pensais que ça me ferait quelque chose de venir. » Je haussais vaguement les épaules pour compléter ce que je n'avais pas dit. A savoir que le résultat n'était pas à la hauteur de mes espérances. Au fond, j'espérais sans doute la choquer et qu'elle se tire de cette ville de malade qui ne lui apporterait rien de bon. Et puis je nierais que cette conversation avait eu lieu si on venait m'en reparler.

« Un verre. Ou dix. Ça te dirait ? » C'était sorti tout seul, sans que je l'ai vraiment prémédité pour une fois. Cette invitation n'avait rien à faire dans cette conversation. Il faut croire que réaliser que j'étais sans doute un monstre avait plus d'impact sur moi que je n'aurais cru. Et puis il y avait un bar pas loin. A croire qu'il en fallait un à côté de chaque Eglise. Même si au fond, que le royaume de l'alcool soit à côté de celui de Dieu n'était pas si déconnant. Ça expliquait les visions divines, non?
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Arleen Wright
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MessageSujet: Re: Forgive and forget | Arleen   Lun 4 Fév - 20:53

Il accepte la flasque sans sourciller et en tire une longue rasade qui n’a pas l’air de le déranger. D’autres auraient certainement tourné le nez, refusant l’alcool - sans savoir ce que contenait, exactement, la flasque d’Arleen. Certains lui auraient fait un sermon, et elle imagine la petite Reese, à l’opposé de ce gamin-là, elle l’imagine qui la regarde alors qu’elle sort la bouteille de vodka, l’autre soir, de son sac. Peut-être a-t-elle un peu honte, en pensant à la petite Wallis. Oui, c’est ça, c’est une forme de honte qu’elle sent grossir dans son estomac, mais elle a tôt fait de l’étouffer. Elle n’est pas là pour ça - pour s’appesantir sur son sort, se plaindre, pour revenir sur des années et des années de mauvaise conduite qu’elle ne peut plus effacer. Qu’elle ne veut pas effacer, d’ailleurs. C’est ce caractère qui a fait d’Arles ce qu’elle est aujourd’hui. Cette mauvaise humeur, ce cynisme, ces sarcasmes sont sa force et c’est dans la noirceur qu’elle entretient, dans cette vision du monde tordue, obscure, qu’elle trouve une forme de réconfort. Quelque chose, dans un coin de son esprit, lui souffle pourtant qu’elle ment, qu’elle connaît d’autres choses, des choses qui lui font peur, comme la confiance du jeune Holland, la gentillesse de Wyatt, le regard brillant de Reese Wallis, celui, étrangement lointain, de Jessica. Toutes ces choses-là la terrifient et Arleen a tôt fait de tirer sur sa cigarette et de chasser ces pensées avec la fumée.

« Aster Cove n’est pas le haut lieu de quoi que ce soit. Des bizarreries, peut-êtres, mais ça s’arrête là. » Il n’y avait pas de lien particulier entre Arleen et cette fichue ville : pas d’amour, pas de tendresse, pas de souvenirs agréables à entretenir le soir auprès du feu - inexistant, dans son appartement. Pas de fascination, non plus. Juste un fil, noué autour du nombril, sur lequel quelqu’un - quelque chose - tire de temps en temps. Je suis là, est-ce que tu me vois ? Et Arleen croit voir, parfois, de quoi il s’agit. Il y a les disparitions, il y a les révélations de Kenny, il y a les recherches, les rumeurs, les impressions, furtives, au coin de la rue. Il y a tous les murmures, également, ceux que les autres ne peuvent pas entendre et qu’elle est venue fuir, ce jour-là, fuir dans le cimetière étrangement calme. « Charmant et accueillant, hein ? Est-ce que tu es censé être l’exemple parfait de l’habitant chaleureux et serviable ? » Un sourire étire les lèvres d’Arleen, un sourire qui n’est pas aimable, qui n’est pas gentil, qui n’a rien de sympathique, vraiment. Un sourire qui mord, qui pique, qui n’annonce rien de bon. « Eh ben, on est pas mal barré avec ça. »

Arleen sait où il veut en venir, ou elle croit savoir, croit percevoir le sous-entendu sexuel, la proposition non formulée. Peut-être qu’elle se trompe, qu’elle imagine des choses. Que ferait-elle, si le gamin face à elle lui faisait des avances ? Est-ce qu’elle se mettrait à rire avant de le planter, ou opterait-elle pour une toute autre réponse ? Pour un oui franc et déterminé ? Arleen a envie d’en rire et secoue la tête sans rien dire, se fichant bien de passer pour folle - en plus de se faire une réputation d’alcoolique à demi méritée.

Le gamin a les yeux perçants. Bleus, à la fois très clairs et très vifs. « Hm. » C’est tout ce qu’elle trouve à dire. Arleen n’est pas du genre à juger - elle se contente d’observer la tombe et est rassurée de ne rien voir, de ne rien entendre. « J’imagine que t’avais tes raisons. Mais il n’y a pas grand chose dans les cimetières. Juste des pierres et des vivants qui trainent des regrets. » Elle hausse les épaules et écrase son mégot qui n’est pas tout à fait terminé : la braise brûle dans l’herbe avant qu’elle ne l’écrase de son talon. Arleen se redresse avant même d’avoir répondu, hochant la tête en resserrant les pans de son manteau. Il fait étrangement froid, aujourd’hui, ou elle est fatiguée, elle ne sait pas, elle s’en fout. « Je vais éviter de me bourrer la gueule au milieu de la journée. Mais je prendrais bien une bière. » D’un mouvement du menton, elle lui propose d’ouvrir le chemin et ses pas se cale sur les siens. Ses doigts la démange : elle a envie de fumer, tout le temps, en ce moment. Les cigarettes disparaissent plus vite que son argent et, plutôt que d’allumer un autre bâton de nicotine, elle préfère faire la conversation alors que la porte du bar approche dangeureusement. « Quel âge as-tu, exactement ? Histoire que je sache si je vais me retrouver avec le shérif sur le dos dans l’heure qui arrive. »

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MessageSujet: Re: Forgive and forget | Arleen   Mar 12 Fév - 23:53

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 Alexander Bloomingdale ⊹ PRÉNOM NOM PERSO2  


Tight like a rope, try to not reach for memories. Lover, lover, what have we done ? We made our heart leap, then it gave up. Lover, lover, let me in. You came in the door like thunder, then hit the floor like thunder. Laying me down you wonder. You came towards like thunder.
Je n'étais pas un de ces gamins propre sur eux qui plissait le nez devant une flasque inconnue, ceux là qui suivaient le chemin bien parfait que Papa et Maman leur avait tracé dès leur naissance, ne bifurquant que de quelques mètres pour avoir l'impression qu'ils étaient maîtres de leurs destins. Je ne réchauffais pas les bancs de l'Eglise, plein d'une fausse dévotion et de principes à la con que j'enfreignais à la moindre occasion. Oh non, je n'avais jamais rien connu de toute ça et putain, j'en étais bien heureux. J'avais toujours fait ce que j'avais envie de faire, sans contrainte, sans remord. J'avais commencé à fumer à onze ans, à boire à douze et à baiser à quatorze. J'étais un modèle de mauvaise conduite avec une chance insolente. Le nombre de mes passages au poste sans qu'aucune charge ne puisse être retenue en témoignait. Physique d'Ange, sourire de démon, en grandissant j'étais devenu un fruit défendu et je me laissais facilement croquer. En particulier par les mères des enfants que je décrivais un peu plus tôt. C'était peut être une façon détourner d'écorcher leurs photos de famille parfaites, ces choses que je ne connaîtrais jamais. Enfin, c'est ce que dirait sans doute un connard de psy. Je ne pensais pas aussi loin, je me contentais de saisir l'instant et les plaisirs qu'on m'offrait. Penser au delà, j'avais essayé et je m'y étais brûlé les ailes. On ne m'y reprendrait plus.

J'étais un amant de passage et je ne cherchais pas plus. Plus en tout cas. Je savais ce qui se chuchotait derrière mon dos et je m'en foutais royalement.

Elle était divertissante cette Arleen. Elle n'avait pas peur de dire tout haut ce qu'elle pensait et ses piques sur notre charmante ville m'arrachèrent un sourire en coin. Je me contentais néanmoins d'un « Peut être bien. » Elle n'était pas d'ici aussi ne comprenait-elle peut être pas à quel point les racines de cette ville s'enroulaient autour de vos chevilles jusqu'à vous enraciner dans ce trou paumé du Maine.

Et la voilà qui surenchéri, qui mord même avec ses mots. Décidément non, il n'y a rien de sympathique chez cette femme et c'est sûrement ça qui me donne encore plus envie de poursuivre la conversation, de gratter sous la surface pour voir s'il se cache un peu de passion sous toute cette froideur. Pour la déstabiliser surtout. Moi non plus je ne suis pas gentil. Certainement pas aujourd'hui. Prédateur plutôt même si le terme n'est pas des plus justes. Je me contentais d'un sourire en coin, vague invitation. C'était encore la phase de jeu et non celle des propositions directes. Je ne savais même pas si celle ci viendrait. Non. Tout dépendrais de la suite de cette étrange rencontre.

Cette nana était définitivement bizarre. Barrée même. Elle n'avait absolument pas flanché face à ma semie-confession. C'était une dure à cuire. Ou alors elle n'en avait absolument rien à foutre. Dans les deux cas, ça me plaisait bien. Ça me changeait de tous les biens pensants de cette ville. Je ne relançais pas le sujet Diana, le laissant mourir après sa remarque. Je savais bien qu'elle avait raison. Et c'était sûrement la dernière fois que je venais ici.

Je me levais à la suite d'Arleen, époussetant ma veste et mon jean de façon à ne pas paraître négligé.

« Va pour une bière dans ce cas. »

Répondant à la demande muette de la jeune femme, j'ouvrais le chemin jusqu'au bar sans plus chercher à faire la conversation. Ce n'est qu'arrivée devant la porte que la jeune femme repris la parole, m'arrachant un rire rauque.

« Ouais j'ai l'âge légal t'en fais pas pour ça. Ça fait quelques temps que je n'ai pas eu sa Sainteté l'Adjoint du shérif sur le dos et j'aimerais autant que ça reste comme ça. »

M'engouffrant dans le bar, je lui tint la porte jusqu'à ce qu'elle pénètre à son tour dans l'établissement. Il ne payait pas de mine, rien à voire avec l'Aster and Clover que ce soit au niveau de la décoration ou du service. Le barman tenait plus de l'aubergiste du Moyen-Âge que de la poupée tirée d'un magazine de moto. Je le saluais néanmoins, c'était un fervent parieur et j'avais eu plusieurs fois affaire à lui. Invitant ma compagne de l'après midi à s'asseoir, je grimpais ensuite sur un tabouret de bar et commandait deux bières.

« Alors, c'est quoi ton histoire ? La vraie ou celle que tu voudras bien me raconter. Je suis pas difficile. »

Je n'étais pas totalement idiot. Les étrangers ne débarquaient pas à Aster Cove sans raison. Surtout vu la publicité que les disparitions avaient fait à notre petite ville. Rares étaient les personnes qui, en découvrant les nouvelles locales se disaient 'Chouette un potentiel tueur en série ! Ça c'est le genre de ville ou je veux habiter !'. Elle avait beau ne pas vraiment avoir l'air nette, elle ne me paraissait pas non plus psychotique ou suicidaire. Une femme à problèmes, par contre, sans aucun doute. Et j'étais du genre à les chercher.

Nos bières arrivèrent sur ces entrefaites et je levais la mienne en direction d'Arleen, mon éternel sourire en coin aux lèvres.

« Aux rencontres inattendues et à l'absence de conscience. »

Je tendis ensuite ma bouteille dans sa direction, l'invitant ainsi à trinquer avec moi, m'attendant plus ou moins à ne recevoir qu'un ricanement en retour. Mais bon, un homme à bien le droit d'espérer.
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