Dans la petite ville d'Aster Cove, des choses étranges se passent...

 
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 Phantom Pain | ft. Roxanne

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Kenny Holland
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MessageSujet: Phantom Pain | ft. Roxanne   Dim 30 Déc - 11:01

Roxanne
&

Kenny


Phantom Pain
Les branches craquent dans la pénombre. Elles se fendent au rythme des pas mous qui les rompent, imposant à la forêt la mélodie de leur trépas. Crac. Crac. Crac. Signal qu'un intrus s'est introduit dans le territoire sacré, dans les terres maudites. Une silhouette, dans l'obscurité, se mêle à celles des arbres. Sa démarche monotone lui confère une pesanteur mélancholique, chargée d'une essence presque fantomatique. Pour peu, on croirait à un mort arpentant tragiquement les lieux de son décès, y cherchant des réponses que personne ne lui accorderait jamais.

Ce n'est pourtant pas ce qu'il vient chercher. Non, une fois de plus, Kenny cherche à combattre le feu par le feu, la peur par la peur. Tirant sur sa cigarette dans un vain effort de s'apaiser, il avance dans le dédale forestier en ignorant la violence avec laquelle son cœur tambourine contre sa poitrine. Il fait comme si chacun de ses sens n'était pas en alerte, comme si le moindre son, le moindre mouvement dans les buissons n'était pas cause de sursaut ou d'inquiétude. Le déni est fermement installé, cadenassé sur place par la conviction que c'est en pénétrant dans les lieux de ses cauchemars – certains de ses cauchemars, du moins – qu'il parviendra à calmer l'angoisse qui le ronge. En se prouvant, peut-être, qu'il n'a rien à craindre. Peut-être. Les deux dernières fois qu'il a pénétré Lost Pine se sont soldées par une attaque, l'une d'elles l'ayant mené tout droit à l'hôpital. Sa jambe commence tout juste à se remettre pour de bon des séquelles de la morsure monstrueuse, événement qu'il n'a pas tout à fait envie de reproduire. La batte de baseball est donc dans son sac, prête à frapper, naïf espoir de lutte en cas de problème. Le jeune homme ne se fait pas d'illusion toutefois : s'il vient à être pris par une meute de créatures, il est mort.

L'idée lui arrache un frisson et il fume avec davantage d'ardeur, laissant son souffle tremblant lui insufler la vie sous forme de nicotine. Ses doigts frémissent.  Il ferme les yeux. Le mantra revient et se répète. Tout va bien. Tout va bien. Tout va bien. Il le reformule, le récite, comme une prière, jusqu'à y croire rien qu'un peu. Là seulement, son regard s'ouvre de nouveau au monde, et il prend une bouffée d'air pour remplacer celle de cigarette.

Tout va bien.

La forêt est belle de nuit. La vie sauvage s'éveille à la discrétion du soir, silhouettes timides arpentant les bois en quête de nourriture et de quiétude. Il entend plus qu'il ne voit, sa lampe torche laissée inusitée entre ses doigts libres. Les hululements, les cris, les craquements, les courses. Elle résonnent dans la musique silencieuse qui hante les lieux, entre le murmure des feuilles et le souffle des ruisseaux. Kenny est si fasciné qu'il regrette de n'avoir pas pris de matériel de dessin. Son inquiétude s'efface au profit de l'inspiration. Envol, légèreté, frénésie. Le jeune homme tente de capturer la scène, son essence, ses contours. Plus tard, dans l'intimité de la nuit, il s'offrira à cette passion silencieuse. Plus tard, il s'inventera artiste et se laissera happer par l'âme de cet endroit. Un sourire apaisé s'empare de ses lèvres, soulagé et doux. Il se sent bien.

Clac.

Sursaut. Rupture. La bulle de douceur éclate. Kenny se retourne avec violence, saisit sa batte par réflexe et se crispe tout entier. Prêt à frapper. Prêt à lutter. Sa poitrine se soulève et se cogne, il lutte contre la panique par réflexe. Son souffle est silencieux. Son corps a réactivé seul les mimiques d'un temps révolu où bruit et mort rimaient dangereusement. Il se plaque contre un arbre. Ses sens se démultiplient et il devient invisible. Sa prise sur l'arme se raffermit.

Il attend.
Il est prêt.  

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Roxanne Bishop
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MessageSujet: Re: Phantom Pain | ft. Roxanne   Lun 31 Déc - 18:50


Les danses géométriques de la ville lui manquaient, pas de carrés de lumières sur lesquels lever les yeux, tout juste assez de lampadaires pour éclairer les allées. Elle n’aimait pas se surprendre à rêver de Pittsburg et le poids du soir devait jouer. Mais ce qu’avait la grande cité-éclairée et qu’Aster Cove n’avait pas, c’était de faire accepter la vie au grand jour, ce sous toutes les coutures. Roxanne avait passé les dernières années dans l’ombre, à contempler un dieu sous forme de statuette, il lui semblait juste de retourner à son anonymat.

Dans la terre, les pas précipités de la jeune Bishop se multipliaient et laissaient consciemment ou inconsciemment une marque de son itinéraire hasardeux, elle portait deux gros sacs remplis de nourriture et un troisième était planté sur son dos. En bref, elle aurait pu s’enfoncer dans les sols austères de Lost Pine mais présentement, Roxanne Bishop était l’une des seules personnes dans cette ville à ne pas avoir conscience du danger constant pesant au dessus de toutes les têtes possibles, et ainsi seule filait la jolie hirondelle de la famille la plus respectable du lot dans les slaloms aléatoires de la grande forêt où elle était petite fille, ou bien loup. Ça dépendait des points de vue. 



Elle traversait si vite qu’il était difficile de déterminer son point d’accroche visuel, elle tendait très fermement le bras pour soutenir le poids de ses affaires et gardait militairement près d’elle la lampe-torche que Dexter avait laissé dans un des cartons de la cave. De temps à autre l’ampoule clignotait et Roxanne tapait dessus dans un petit grognement frustré. C’est en passant quelques mètres de plus que l’autre présence devient évidente et la fit stagner en longueur, Roxanne avait ralenti la cadence sans trop se rendre compte, elle allait en fait si lentement qu’elle pouvait imaginer le bruit que faisait son coeur en battant dans sa poitrine, elle fit craquer une brindille et sursauta, braquant immédiatement sa lampe.



Le palpitant manqua un battement, le film bleu clair s’échoua sur un spectacle improbable, le cri de Roxanne s’était coincé au fin fond de sa gorge, elle cherchait à inspirer mais à la place, elle gardait en lumière ce qu’elle était si frappée de voir. Sa main claqua contre la lampe, chaude, bouillante. Son visage aurait dû se fendre de douleur sous la brûlure vive mais elle le fixait, dans la pénombre. Sans l’artifice de la ville, tout était sans couleur, tout était immensément sombre. « Kenny? »
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Kenny Holland
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MessageSujet: Re: Phantom Pain | ft. Roxanne   Jeu 3 Jan - 20:44

Roxanne
&

Kenny


Phantom Pain
Il attend.
Il est prêt.

Son corps tout entier est tendu, les muscles se contractant pour mieux se préparer. À l'attaque. À l'assaut. Ses poils sont hérissés et ses sens magnifiés. Il s'est fondu dans la nuit pour mieux la briser. Plus jamais, s'est-il juré. Plus jamais il ne se laissera surprendre par le chaos, plus jamais il ne laissera les ténèbres le mordre. Vivre. Il doit vivre et pour cela il doit lutter. Reprendre les réflexes est naturel, si simple que c'en est inquiétant. Son corps semble se souvenir mieux que lui des années passée au Tartare. Les images de son esprit sont décousues, les actes de son corps instinctifs. Physique et mental opposés en une dangereuse bataille couronnée de frustration. Il voudrait se rappeler, Kenny. Il voudrait tout savoir des maux qu'il affronte. Au lieu de cela, le voici à se cacher dans l'ombre, patientant derrière un arbre pour accueillir un monstre.

Les pas se font silencieux, s'espacent et se camoufflent. Les brindilles craquent à peine sous le poids de l'intrus. Il sait. Il sait qu'il est repéré, entendu, piégé peut-être. À cet instant, le jeune homme ignore encore qui des deux adversaires est la proie. Une seule envie subsiste, douloureuse et profonde, un seul besoin, primaire et radical. Vivre.

L'instinct parle plus fort que le reste et, lorsque la présence est suffisamment proche, c'est tout son corps qui se ramasse. Ses muscles se bandent, la batte se rétracte, prend de l'élan pour mieux frapper. La lumière atteint sa rétine.

L'arme s'arrête à quelques centimètres tout juste du visage. Et tombe, sous le choc, des doigts tremblants qui la tenaient. Choc, de voir les traits qui lui font face. Choc, de deviner l'identité sous les cheveux blonds, sous le regard éberlué mais toujours innocent. Choc, de faire face à un fantôme au lieu d'un monstre.

Choc d'avoir pu la tuer d'un coup de batte de baseball.

Les genoux de Kenny tremblent et menacent. Il manque de tomber, élan stoppé presque trop tard. Et les mots circulent dans sa tête comme le coup qu'il a manqué. Trop tard, trop tard, trop tard. Il voit presque le crâne de... son crâne, fendu contre le sol froid, le sang se répandant dans les feuilles mortes. Il entend presque le CRAC de sa tête qui se brise. Ses poumons se rétractent. Il perçoit à peine son prénom, murmuré, tandis qu'il se laisse glisser au sol, yeux écarquillés et visage hagard.

Est-il heureux ? Est-il désespéré ? Tout cela est-il réel ? L'envie soudaine lui prend de la serrer dans ses bras, elle, fantôme d'un passé qu'il n'osait plus regarder – trop douloureux, trop vorace – juste pour vérifier qu'elle est réelle, qu'elle existe, qu'elle vit et qu'il n'est pas prisonnier d'une énième illusion, d'un sempétunième cauchemar.

Il tend vers elle une main tremblante. Ses pensées ne parviennent à faire pousser ni rage ni rancoeur, ni joie ni terreur. Il ne lui en veut même pas d'être partie, ne réussit pas à formuler sa rage lorsqu'on lui a appris qu'elle avait déserté. Et il avait compris à l'époque, d'une certaine manière, l'avait presque enviée. Maintenant ? Maintenant il l'a retrouvée, et il a manqué de la tuer. L'idée lui retourne l'estomac. Il lance une oeillade désespérée à la batte, gisant pitoyablement sur des rocailles isolées. Plus loin. Loin de lui. Loin d'elle surtout. Soupir de soulagement. Littanie de jurons. Finalement, les yeux se redressent et fondent sur le visage, différent et pourtant inchangé.

Alors seulement, entre les barrières des lèvres scellées se dessine un nom. Simple. Court. Incertain.

« … Rox' ? »

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Roxanne Bishop
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MessageSujet: Re: Phantom Pain | ft. Roxanne   Dim 6 Jan - 19:47

La batte s’éclate au sol entre le terreau et la rocaille, ils la regardent, de concert.

L’ombre en forme de loup au dessus du pupitre chez les Bishop: Une hantise. La vilaine créature, là, avec ses grandes oreilles, ses plus grandes dents encore. Roxanne se sentait comme aspergée d’eau glacée, elle grelottait au fond de son lit, elle n’y pouvait rien. Ce coin de chambre particulièrement, avait un goût de déjà vu et il l’était en fait, il était le jeu bien coordonné de ses neurones, le fabricant du fantôme sur le papier-peint, la main fraîche de Maman sur sa joue lui racontant que ce sont des sottises: Si elle devait avoir peur de quelque chose, qu’elle ait peur de l’enfer, des descentes impardonnables à la rencontre d’ancêtres, mais pas du foutu loup.



Kenny devait être un loup quelque part: Seul, combattant, survivant. Mais qu’était-ce à l’époque, une fugue adolescente non? Comme ce qui avait suivi avec Roxanne? Les bulles de soda étaient montés à la tête le mythe de la petite ville parfaite dans le petit trou du cul du monde s’était dégonflé comme un ballon de baudruche voilà tout? Pour Kenny il faut dire qu’il y avait des circonstances atténuantes, ça, Roxanne le savait, elle n’aurait pas levé son verre à sa santé, autrement.



Elle était très droite Roxanne d’habitude, mais ce soir elle avait simplement honte, ils se fixaient sans le souffle, ils étaient effrayés. Si elle lui avait laissé quoique ce soit c’était la petite illumination brève de ses deux yeux et la sienne, le rouge monté sur les joues, il lui avait manqué. La face se découpant dans le prisme obscur, le faisceau de la lampe, sa petite danse maladroite pour se garder les pieds sur terre. Kenny, qu’était-il sinon le bateau troué ramené au port? Elle se disait maintenant qu’il avait de la chance, qu’elle s’attendait à voir ses paupières foncées, le dessous de ses yeux creusés de perte, mais, il avait toujours l’air très envie, comme lorsqu’il s’emportait en tapant du bout de l’index quelqu’un qu’il interpellait d’un brusque « Toi, là! Toi. »

C’est ce qu’elle méritait qu’il lui fasse mais, il avait lâché une syllabe et c’était sans doute plus tendre que tout le reste, les sacs de la blonde s’étaient échoués, elle avait catapulté ses bras à son cou, jetée à lui comme on vous tendrait une bouée. Pour ce qui était du reste elle aurait aimé savoir quoi dire mais, la pression sur le corps du présumé disparu disait énormément. Et Roxanne se retenait de sangloter lourdement.

Ensuite la chaleur des corps s’estompe, elle reste contre Kenny mais elle sait, le geste noble serait de se défaire et d’expliquer, d’eux deux, qui était le véritable fantôme.
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Kenny Holland
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MessageSujet: Re: Phantom Pain | ft. Roxanne   Lun 14 Jan - 18:06

Roxanne
&

Kenny


Phantom Pain


Elle le fixe de ses yeux clairs, noircis par l'obscurité, noircis par la nuit. Elle le fixe, elle le regarde, elle comprend. Son murmure a éclaté le silence. Il tend une main vouée au désordre. C'est presque une conviction, qu'elle va la traverser, qu'elle ne va rencontrer que de la brume. Kenny vient de rencontrer un fantôme. Ses genoux tremblent toujours, choc et douleur affaiblissant ses défenses, et il lutte pour demeurer statique, debout, droit, fier. Face au spectre. Une énième hallucination ? Il sait que non. Il vient de manquer de la tuer.

Il n'en est certain toutefois que lorsque les bras s'élancent autour de sa nuque, lorsque le corps de Roxanne percute le sien et qu'elle s'impose, là, présence tangible et chaude. La main reste quelques instants en suspens avant de rejoindre sa sœur dans le dos de son amie. Il a reculé de plusieurs pas, a manqué de les faire tomber tous les deux. Trop d'élan, pas assez de préparation. Un petit rire lourd d'émotion lui échappe et il serre plus fort, fermant ses paupières pour mieux inspirer l'odeur qui imprègne la chevelure blonde. Ça fait longtemps. Dans une formidable synesthésie, Kenny se rappelle, ses souvenirs comme un film vivant sur ses yeux clos. Regards, rires, lèvres qui s'ouvrent et ne se referment jamais, paroles jetées au vent. Jeu. Amitié vouée à rien en particulier, juste à l'instant présent, juste à ce qu'ils avaient. L'étreinte se comprime, se crispe. Il a une peur idiote de la lâcher. Elle est un vestige, une nouvelle pièce d'un puzzle étrange. Sa vie ''avant'' lui semble parfois si lointaine qu'il ne sait plus vraiment de quoi elle était constituée.

Ils restent ainsi, longtemps, ni l'un ni l'autre ne paraissant prêt à se lâcher, à rompre le contact si précieux qui les réunit enfin. Un soupir doux lui échappe. Il refuse de bouger mais glisse, presque silencieusement :

« Pourquoi t'es revenue ? »

C'est con. De toutes les questions qui fourmillent et poussent, c'est celle-ci qui est ressortie. Partir, oui, c'était une évidence. Roxanne avait tout perdu d'un coup, s'était retrouvée endeuillée dans une ville paumée. Aster Cove ne donne pas envie de rester. Kenny n'a eu aucun problème à comprendre son départ, même s'il a fait mal, même s'il l'a laissé avec un goût d'inachevé. Revenir, en revanche ? Oui, peut-être est-ce là le bon point de départ, pour eux deux. Pourquoi ce retour, comment. Dans quelles circonstances.

Lentement, il desserre l'emprise de ses bras pour la regarder dans les yeux. Ses mains ne quittent pas les avant-bras, ses pupilles brillantes d'une émotion nouvelle. Il rit.

« T'as pas changé, Rox'. On dirait toujours une putain de bigote. »


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Roxanne Bishop
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MessageSujet: Re: Phantom Pain | ft. Roxanne   Mer 16 Jan - 17:41

« Qui d’autre nettoierait après toi sinon? »

Roxanne ramassait la batte, plus lourde qu’elle ne l’avait imaginée. « Tu chassais quoi? Un homme des cavernes? » Le poids était conséquent, il disait pas mal de choses sur l’état d’esprit de Kenny Holland, mais Roxanne avait choisi d’ignorer ces variables, elle sentait le bois usé du manche sous ses mains aux contours impeccables, blanc neige. Elle portait l’étiquette, encore, elle pensait ne plus pouvoir la retirer maintenant, celle de la fille des Bishop. Pour Holland elle l’avait rarement été cela dit, mais le lien qui les tenait sur un fil à peine retenu des deux côtés n’était pas négligeable non plus. L’instrument de mort à bout de bras, elle songeait à lui dire à peu près toutes les versions possibles de l’histoire.



Personne ne veut entendre que la ville est comme un aimant, l’attraction, automatique avec ses habitants en dépit du reste. Hors de la conscience fatale, Roxanne n’y voyait qu’un juste retour des choses; un départ égoïste exigeait un retour désintéressé. Quand elle s’était détachée de Kenny la coupure physique l’avait heurtée, une fine brûlure de ses sentiments, des restes d’affection vifs selon elle. Le souvenir du jeune était plus flou qu’elle voulait bien l’avouer. Elle espérait alors que trois ans ne suffisent pas à rendre le passé trouble mais c’était se leurrer, sa mémoire n’était plus la même, les restes s’en voyaient altérés. 



Ce n’était pas des restes dans le sens où Kenny était un cadavre, car il était en vie et elle se disait en le voyant que l’ironie était terrible et que, si elle remontait assez loin en arrière, elle avait été celle persuadée de son envol précipité d’un battement d’ailes phénoménal. Roxanne se souvenait de l’avoir décrit comme débrouillard et futé, sûrement en train de voyager à bord de vieux trains de marchandises, pas de quoi en faire un drame, en somme. 



Pourtant, année 1985, la voilà, le coeur au bord, sur le point de sombrer, quelques secondes pour reprendre son souffle elle a très envie de lui dire la vérité. Ne pas être sûre de savoir pourquoi être revenue, simplement pour sentir à nouveau les odeurs de la boulangerie du coin? Entendre les oiseaux passer au dessus des terrains? Passer les doigts sur la poussière des vieux trophées au lycée? S’éprendre de la nostalgie? Visiter une tombe qui a été abattue il y a déjà un moment?

« Est-ce-que ça va? »

La seule question traînant sur ses lèvres. « Kenny... » Quelques larmes dévalaient la pente de ses joues intactes, jusqu’ici guérie des chagrins. Pourvu que la nuit couvre tout.
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Kenny Holland
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MessageSujet: Re: Phantom Pain | ft. Roxanne   Mer 23 Jan - 11:52

L'éclat de rire cède au désarroi, violent et inextricable. Kenny s'arrête en plein élan et regarde sa compagne, sourire envolé, regard hanté. Son regard traîne du côté de la batte de baseball et une goutte de sueur dévale sa nuque, perle d'angoisse contre sa peau moite. Il déglutit.

Ouais, qu'est-ce qu'il chassait au juste ? Ses peurs, a-t-il envie de répondre. Il chassait l'impression permanente d'être emporté ailleurs, dans un autre monde où seule la mort l'attend, frustrée de n'avoir pu festoyer sur ses entrailles malgré toutes les fois où ils se sont frôlés tous deux, où il a senti l'empreinte glaciale contre son corps frissonnant. Il s'en souvient à peine, pourtant l'impression paraît avoir pénétré jusqu'à son âme. Que son esprit lui fasse défaut ou non, son instinct lui n'a rien oublié et il ne peut contenir la terreur qui le hante en quasi permanence. Le psy lui dit que c'est le traumatisme ; il n'a pas le cœur de lui dire le contraire.

Le silence s'installe, perfide, et Kenny ne prend conscience de sa présence que lorsque les paroles de Rox' retentissent et le brisent. Il relève brusquement la tête.

"Oui."

C'est sorti un peu trop vite, un peu trop fort, il joue avec ses pieds pour chasser l'inconfort. Sa main caresse sa nuque, distraite, cueillant les gouttes moites sans sourciller. Il souffle un peu.

"Toi ?"

La réponse lui vient sans les mots. Il regarde les larmes qui dévalent la joue, sent son cœur se pincer, sent la question brûler ses lèvres. Les mots n'éclosent jamais cependant. Kenny n'est pas doué pour ces choses là, il ne sait pas dire ou prononcer les paroles qui sonneraient juste. Sa main prend le relai. Il cherche les perles salées et les ramasse du bout des doigts, doucement, avec une tendresse dont il ne se croit d'ordinaire pas capable. Les regards se rencontrent. Il hausse les épaules.

"Quoi ?"

Pourquoi tu chiales ?, a-t-il envie de demander. Mais les mots sont agressifs et il ne saura pas les rendre plus réconfortants. Il se tait donc, et il observe, et il se demande comment on en est arrivé à pleurer dans les bois, se demande comment elle en est venue à rentrer et ce par quoi elle est passée pour le faire. A-t-elle été victime du même poison que lui ? Il espère que non.

"Je crois que c'est vraiment à toi qu'il faut demander, hein, tu sais.", il bougonne, presque boudeur, parce qu'il ne sait jamais communiquer son inquiétude.

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Roxanne Bishop
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MessageSujet: Re: Phantom Pain | ft. Roxanne   Sam 26 Jan - 18:22

Des sacs très lourds et un corps, davantage. Combien de corps laissaient-ils derrière eux, comme elle disait, qui viendrait nettoyer? Probablement personne, et pourtant la promesse macabre veut que plus de gens seront prêts à tuer pour vous, plus vous serez aimé. Elle voulait lui montrer cette nouvelle Roxanne avec ses vieux habits déchirés autant que son passé, fracturé comme il pouvait se douter, lui même sorti d’une pseudo-tombe. Elle ne sera jamais allée se recueillir sur la sienne, à Kenny.

Etait-ce étrange de s’en vouloir, l’absence d’un enterrement, d’un discours doucereux où l’on admet que le gamin n’était pas qu’un amas de colères. Encore aujourd’hui en écoutant la radio locale sur la vieille console de Dexter elle s’en veut de suivre l’émission, elle sait qu’elle n’appartient plus vraiment à quoi que ce soit ici. A quoi est-ce-qu’elle s’attendait? A ce qu’ils tournent tous autour d’un feu de camp en buvant de la bière dans des bouteilles minuscules pendant que l’un jouerait de la guitare, l’autre rirait trop fort pour appeler ça de la délinquance? Elle n’avait plus l’âge de toute façon, c’est ce qu’elle se disait surtout, pour beaucoup ça se comptait sur les doigts, pour Roxanne c’était beaucoup plus.

Alors le contact l’agresse, elle se sent coupable, elle ne s’attend pas à un jugement parce que pour une raison qu’elle ignorait même la bestiole décharnée qu’était Kenny ne comptait pas lui taper dessus. Elle s’était laissée amadouer par l’amitié morte-vivante qu’elle lui portait, prise de l’envie de lui expliquer ce qui était arrivé en omettant pas les détails bizarres et dérangés, Roxanne inspirait mais rien à faire, les larmes faisaient une course de vitesse sur son visage, elle avait l’air calme, cela dit.

« Oh ça, c'est des larmes parce que, t'es tellement moche, je, je supporte pas trop ta vision. »

Sourire craquelé, un petit pas en arrière joueur, elle essaye de détourner la conversation.
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MessageSujet: Re: Phantom Pain | ft. Roxanne   Sam 9 Fév - 11:52

Roxanne
&

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Phantom Pain
Rox' lui échappe en une phrase, laissant l'humour traîner dans les airs tandis qu'elle recule. Elle fuit, accuse son esprit. Elle fuit la réalité de ce que tu lui demandes. Et Kenny voudrait la forcer, l'aculer, saisir le poignet fuyard pour le ramener à bon port, à lui, pour la contraindre à le regarder et lui souffler un "parle" plein de sévérité. Il voudrait lui dire que ce n'est pas grave de pleurer, que lui-même s'est laissé aller aux larmes trop souvent cette année, qu'il a compris que ce n'était pas toujours mauvais, pas toujours faible, et qu'elle en a le droit parce qu'elle n'a pas vécu de choses faciles depuis trop longtemps. Il le sait. Il le sent. Mais il se tait.

Au lieu de tout ça, c'est un éclat de rire qui force la barrière de ses lèvres, secouant brièvement ses épaules tandis qu'il secoue la tête. Il laisse la pique joueuse pénétrer son esprit angoissé, laisse l'hilarité le détendre un instant, puis il la regarde. Il l'observe. Il la détaille; l'hésitation brûlante sur son visage, la douleur de dire faisant trembler sa bouche rosée, ses mèches brunes frémissantes dans l'air nocturne, les iris clairs gorgés de perles transparentes, elles-mêmes faites de non-dits, de honte, de secrets. Il soupire.

"En vrai, Rox, tu te crois discrète ? Tu crois vraiment que ta blague de merde suffira à ce que je fuis ?"

T'es naïve, a-t-il envie d'ajouter. T'es naïve si tu penses que j'ai peur de tes mots, et si tu penses qu'il suffiront à me faire fuir. Un agacement s'immisce soudain dans son cœur et il croise les bras, la toise.

"Si tu veux pas en parler, dis-moi. Si tu veux, parle. Je te demande. C'est que je suis prêt à écouter."

Et ouais, il la sent s'éloigner, cette part de lui qui aurait choisi la facilité. Ce lui d'avant, qui se serait contenté de la suivre dans l'humour, pour se protéger autant qu'elle. Kenny a besoin de vérité, de réalité, pas de mensonges bien ficelés. Le message qu'il souhaite lui envoyer est simple : je suis là, si tu es honnête.

Il n'y aura pas de jugement ici, pas de rire moqueur, pas de regard en coin. Il les a trop subis, ceux-là, pour les imposer à d'autres. Il sait ce que ça fait. Il sait à quel point ça bouffe les entrailles, à quel point ça noue la langue, à quel point il devient difficile après de parler, de raconter, de juste dire la réalité.

Le regard s'étend un instant, puis se rompt, Kenny fouillant ses poches en quête d'une nicotine qui soudain lui manque. Le paquet s'offre à lui, dizaine de bâtons blancs et bruns qui trouvent ses doigts. Il glisse une clope dans sa bouche, en sort une seconde.

"T'en veux une ?"

Besoin de changer de sujet. Besoin de détourner l'attention, de détendre un peu la boule de nerfs qui lui fait face, de lui montrer que c'est pas grave. Que tout va bien.
Qu'ils sont toujours amis même dans les limbes.

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MessageSujet: Re: Phantom Pain | ft. Roxanne   Lun 11 Fév - 23:35

« Rien n’a changé. »

L’orange de la flamme éclaire leurs visages en un rond énorme pendant qu’elle se penche pour allumer la cigarette qu’il lui a proposé. Un mince sourire se découpe sur sa peau de lait. Avant-hier, quelques gamins se réunissaient entre les arbres et se mettaient à ricaner à propos d’histoires improbables, ils prenaient de grosses voix, des voix absurdes rebondissant dans les bois jusqu’aux routes désertes. Dans la nuit les silhouettes de Kenny et Roxanne se distinguaient à peine. Elle lançait un regard vers les sacs étalés par terre, tirant une trop longue taffe.

« J’me disais que je reverrais plus jamais la maison mais j’ai fini par passer dire bonjour, Maman s’est effondrée, je l’avais vue comme ça qu’une fois et c’était après Walter. »

Roxanne jauge le cylindre en papier incendiaire, elle ne se souvient pas avoir beaucoup fumé au lycée, elle se souvenait maintenant que c’était surtout à cause des garçons. Il y avait quelque chose de triste à n’être que tous les deux, froissés par les années, de vieux draps sur les meubles, blancs et couverts des chutes du toit, attendant d’être soulevés malgré leur poids.

« Kenny je savais pas, je te le jure. Tu sais je venais… sur un coup de tête je me disais que j’irais rendre visite histoire de faire acte de présence et puis après ça me revenait, j’pensais, Walter est mort et ça sert à rien, je vais prendre racine et m’arroser d'chagrin… »

Un rire bref lui coupe le souffle elle met la main contre sa joue à revers pour ne pas se brûler avec la clope.

« Je sais pas quel genre d’histoire tu veux entendre mais y avait rien de glorieux. » confesse Roxanne dans la fumée. « Si tu veux savoir, c’est un peu comme toi, je trimballe une batte de baseball à mon image. »

Elle grimpe jusque les rideaux noirs du ciel pendant que la gamine s’appuie sur un pied puis sur l’autre, nerveusement. Les premiers jours elle espérait porter le masque de la môme disparue en une affiche à l’encre effacée, elle reprenait de ses couleurs naturelles. Kenny plantait une épingle douloureuse et familière sur le tableau d’affichage des naufragés d’Aster Cove, Roxanne tentait de le lire même si elle avait été tout sauf attentive, par le passé. « J’ai laissé Evie en plan, si y avait qu’elle… j’ai essayé de faire comme ça. Je voyais pas d’autre moyen moi je voulais enterrer personne tu comprends donc. »
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Kenny Holland
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MessageSujet: Re: Phantom Pain | ft. Roxanne   Jeu 21 Fév - 14:06

Roxanne
&

Kenny


Phantom Pain
Voir la cigarette pendre des lèvres de Rox' a quelque chose d'étrange. Kenny est saisi une seconde par l'impression de la souiller, une tâche sombre sur la neige blanche et pure, mais il ravale ses préjugés et laisse la nicotine l'imbiber. Les flammes sont des fantômes sur leurs visages blêmes, un peu humides. L'analogie le ferait rire, n'eut-elle été si pathétique. Ce sont eux, les spectres, perdus dans les limbes de Lost Pine, en quête de quelque chose qu'ils ne savent pas nommer. Ce sont eux, les presque-morts, les errants qui s'éloigne des vivants. Et quand Roxanne parle, lui a peur. Il sent le désespoir, il sent la peur, il sent la culpabilité qui suinte et remue, pullule, grouille des plaies ouvertes de la jeune femme.

« J'm'en fous, de savoir ou non que tu savais, Rox'. Même si t'avais su, t'avais l'droit d'être heureuse. T'avais l'droit de pas vouloir traîner dans ce foutu trou pourri. »

Il désigne les alentours du bout fumant de sa clope, exhale un rire mauvais.

« Genre sérieux, pour être à peu près tranquille on doit se paumer dans les bois, ça veut tout dire nan ? »

Le bâton retrouve ses lèvres, empoisonne ses poumons d'une tranquilité bienvenue. Kenny se donne une contenance. Ouais, elle a fui. Elle s'est cassée, elle n'a pas voulu affronter. C'est ce qu'il retient. Et lui en vouloir, se serait aussi se détester lui-même, pour toutes les fois où il a fermé les yeux, pour toutes les fois où il n'a pas cherché à voir, où il s'est détourné, pour toutes les fois aujourd'hui encore où la violence lui vient plus facilement que la compréhension. Lui aussi se cache. Il se cache, derrière un masque plutôt que dans une vieille voiture sur les éternelles lignes droites de béton, mais le résultat est le même et engueuler Roxanne serait s'enterrer avec.

« T'as merdé. », conclut-il.

Les regards se rencontrent encore. Il laisse un sourire courber ses lèvres et hausse les épaules, nonchalant, un peu blasé aussi.

« Tout le monde merde. »

C'est vrai, c'est ce qu'il pense. Personne n'est un ange, surtout pas dans cette ville, et personne n'a le droit de lui en vouloir pour ça. Parce que Rox' a l'air d'une ange, souvent, presque tout le temps en fait, avec son sourire de soleil et sa gentillesse perpétuelle, mais elle est comme tout le monde et c'est bien. Ce n'est pas grave. Ce n'est pas mal. Kenny le pense, fort, mais il ne saura pas le dire alors il se tait, une fois de plus, espère que ses quelques mots auront suffi à réconforter un peu la demoiselle.

« Puis les battes de baseball ça sert à se défendre. C'est mieux. C'est ce qu'il faut. »

Mais c'est inutile, pense-t-il, au fond. C'est inutile face aux cauchemars qui le poursuivent, désormais tangibles et violents, purulents. Ce n'est qu'un doudou pour adulte, quelque chose qui rassure et apaise. La réalité n'a rien à voir là-dedans. Il le pense. Il se tait. Roxanne a besoin de cette douceur, de cette candeur, elle n'a pas besoin de voir ses espoirs souillés par son cynisme. Elle n'a pas besoin d'un connard pour écraser ce qui reste de son âme.

« T'as l'droit d'vivre, Rox. »

Il ne la regarde pas, il fume, il laisse les vapeurs grises se mêler à la noirceurs des bois et soupire, doucement, la tension qui l'anime.

Pando

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Roxanne Bishop
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MessageSujet: Re: Phantom Pain | ft. Roxanne   Ven 22 Fév - 21:02

En passant dans les couloirs d’Aster High il y a souvent un tas de gosses dévalant les couloirs comme des pistes de course. Ils sont encore là, ils peuvent prendre le lycée pour le centre du monde et totalement ignorer la photo de Roxanne laissée dans la vitrine des élèves modèles à côté des trophées miniatures. Quand ils iront manger ils ne penseront pas à « que sont-ils devenus? » parce qu’ils comptent les années sans trop les compter, Freshman, Junior, au fond quelle différence? Ils se tiennent sur chaque photo de classe en espérant être moins moche que l’année précédente et ça s’arrête là. D’ailleurs les gamins ont probablement quelqu’un pour tirer sur leurs fringues repassées et leur dire de faire leur plus beau sourire et si ça se trouve, comme Roxanne Lily Bishop ils pourront finir derrière la vitrine et même s’en contenter.

Mais Roxanne n’en était plus là, elle ne voulait pas abandonner la fille derrière la glace et la décevoir surtout avec ses dents toutes droites et étincelantes franchement c’était limite honteux d’être jolie comme ça sur un tirage de photographe scolaire et miteux mais elle l’était. Et Roxanne ne retrouverait sans doute jamais celle qui avait fait le discours de fin d’année ou passé trop de temps à construire des globes en papier crépon pour le bal de fin d’année. Elle se tenait devant Kenny et c’était vrai il pouvait voir énormément de choses chez cette fille mais pas celle qui l’avait accompagné en classe.

Malgré l’absence de la fille en question, elle retrouve son ami, elle ignore si elle idéalise mais ce qui semble lointain, détaché, froid et entrecoupé est tout à fait ce qui ferait de Kenny, Kenny. Il raisonne à la manière des adultes qui en ont trop vu, qui ont mal digéré, c’est étrange c’est comme si petit à petit les couches d’émotions s’étaient accumulées, qu’il en était à un certain volume, différent sans être différent. Ils voulaient se dire des choses derrière les fumées. Il articulait ses phrases entre deux bouffées. Roxanne s’était approchée, avait attrapé la main d’Holland, pourtant il était parti, au moins avec ses yeux autre part.

« Mais t’es toujours là toi non? —»

C’est une question et un constat aussi, Kenny a pris sous les yeux, il a pris cher, c’est vrai, c’est comme s’il ne dormait plus depuis dix ans quand elle regarde bien, parfois. Roxanne a la cigarette hors de la bouche, elle regarde seulement l’extrémité prendre la flamme très lentement.  « T’as bien une raison de rester. »
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