Dans la petite ville d'Aster Cove, des choses étranges se passent...

 
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 Phantom Pain | ft. Roxanne

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MessageSujet: Phantom Pain | ft. Roxanne   Dim 30 Déc - 11:01

Roxanne
&

Kenny


Phantom Pain
Les branches craquent dans la pénombre. Elles se fendent au rythme des pas mous qui les rompent, imposant à la forêt la mélodie de leur trépas. Crac. Crac. Crac. Signal qu'un intrus s'est introduit dans le territoire sacré, dans les terres maudites. Une silhouette, dans l'obscurité, se mêle à celles des arbres. Sa démarche monotone lui confère une pesanteur mélancholique, chargée d'une essence presque fantomatique. Pour peu, on croirait à un mort arpentant tragiquement les lieux de son décès, y cherchant des réponses que personne ne lui accorderait jamais.

Ce n'est pourtant pas ce qu'il vient chercher. Non, une fois de plus, Kenny cherche à combattre le feu par le feu, la peur par la peur. Tirant sur sa cigarette dans un vain effort de s'apaiser, il avance dans le dédale forestier en ignorant la violence avec laquelle son cœur tambourine contre sa poitrine. Il fait comme si chacun de ses sens n'était pas en alerte, comme si le moindre son, le moindre mouvement dans les buissons n'était pas cause de sursaut ou d'inquiétude. Le déni est fermement installé, cadenassé sur place par la conviction que c'est en pénétrant dans les lieux de ses cauchemars – certains de ses cauchemars, du moins – qu'il parviendra à calmer l'angoisse qui le ronge. En se prouvant, peut-être, qu'il n'a rien à craindre. Peut-être. Les deux dernières fois qu'il a pénétré Lost Pine se sont soldées par une attaque, l'une d'elles l'ayant mené tout droit à l'hôpital. Sa jambe commence tout juste à se remettre pour de bon des séquelles de la morsure monstrueuse, événement qu'il n'a pas tout à fait envie de reproduire. La batte de baseball est donc dans son sac, prête à frapper, naïf espoir de lutte en cas de problème. Le jeune homme ne se fait pas d'illusion toutefois : s'il vient à être pris par une meute de créatures, il est mort.

L'idée lui arrache un frisson et il fume avec davantage d'ardeur, laissant son souffle tremblant lui insufler la vie sous forme de nicotine. Ses doigts frémissent.  Il ferme les yeux. Le mantra revient et se répète. Tout va bien. Tout va bien. Tout va bien. Il le reformule, le récite, comme une prière, jusqu'à y croire rien qu'un peu. Là seulement, son regard s'ouvre de nouveau au monde, et il prend une bouffée d'air pour remplacer celle de cigarette.

Tout va bien.

La forêt est belle de nuit. La vie sauvage s'éveille à la discrétion du soir, silhouettes timides arpentant les bois en quête de nourriture et de quiétude. Il entend plus qu'il ne voit, sa lampe torche laissée inusitée entre ses doigts libres. Les hululements, les cris, les craquements, les courses. Elle résonnent dans la musique silencieuse qui hante les lieux, entre le murmure des feuilles et le souffle des ruisseaux. Kenny est si fasciné qu'il regrette de n'avoir pas pris de matériel de dessin. Son inquiétude s'efface au profit de l'inspiration. Envol, légèreté, frénésie. Le jeune homme tente de capturer la scène, son essence, ses contours. Plus tard, dans l'intimité de la nuit, il s'offrira à cette passion silencieuse. Plus tard, il s'inventera artiste et se laissera happer par l'âme de cet endroit. Un sourire apaisé s'empare de ses lèvres, soulagé et doux. Il se sent bien.

Clac.

Sursaut. Rupture. La bulle de douceur éclate. Kenny se retourne avec violence, saisit sa batte par réflexe et se crispe tout entier. Prêt à frapper. Prêt à lutter. Sa poitrine se soulève et se cogne, il lutte contre la panique par réflexe. Son souffle est silencieux. Son corps a réactivé seul les mimiques d'un temps révolu où bruit et mort rimaient dangereusement. Il se plaque contre un arbre. Ses sens se démultiplient et il devient invisible. Sa prise sur l'arme se raffermit.

Il attend.
Il est prêt.  

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MessageSujet: Re: Phantom Pain | ft. Roxanne   Lun 31 Déc - 18:50


Les danses géométriques de la ville lui manquaient, pas de carrés de lumières sur lesquels lever les yeux, tout juste assez de lampadaires pour éclairer les allées. Elle n’aimait pas se surprendre à rêver de Pittsburg et le poids du soir devait jouer. Mais ce qu’avait la grande cité-éclairée et qu’Aster Cove n’avait pas, c’était de faire accepter la vie au grand jour, ce sous toutes les coutures. Roxanne avait passé les dernières années dans l’ombre, à contempler un dieu sous forme de statuette, il lui semblait juste de retourner à son anonymat.

Dans la terre, les pas précipités de la jeune Bishop se multipliaient et laissaient consciemment ou inconsciemment une marque de son itinéraire hasardeux, elle portait deux gros sacs remplis de nourriture et un troisième était planté sur son dos. En bref, elle aurait pu s’enfoncer dans les sols austères de Lost Pine mais présentement, Roxanne Bishop était l’une des seules personnes dans cette ville à ne pas avoir conscience du danger constant pesant au dessus de toutes les têtes possibles, et ainsi seule filait la jolie hirondelle de la famille la plus respectable du lot dans les slaloms aléatoires de la grande forêt où elle était petite fille, ou bien loup. Ça dépendait des points de vue. 



Elle traversait si vite qu’il était difficile de déterminer son point d’accroche visuel, elle tendait très fermement le bras pour soutenir le poids de ses affaires et gardait militairement près d’elle la lampe-torche que Dexter avait laissé dans un des cartons de la cave. De temps à autre l’ampoule clignotait et Roxanne tapait dessus dans un petit grognement frustré. C’est en passant quelques mètres de plus que l’autre présence devient évidente et la fit stagner en longueur, Roxanne avait ralenti la cadence sans trop se rendre compte, elle allait en fait si lentement qu’elle pouvait imaginer le bruit que faisait son coeur en battant dans sa poitrine, elle fit craquer une brindille et sursauta, braquant immédiatement sa lampe.



Le palpitant manqua un battement, le film bleu clair s’échoua sur un spectacle improbable, le cri de Roxanne s’était coincé au fin fond de sa gorge, elle cherchait à inspirer mais à la place, elle gardait en lumière ce qu’elle était si frappée de voir. Sa main claqua contre la lampe, chaude, bouillante. Son visage aurait dû se fendre de douleur sous la brûlure vive mais elle le fixait, dans la pénombre. Sans l’artifice de la ville, tout était sans couleur, tout était immensément sombre. « Kenny? »
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MessageSujet: Re: Phantom Pain | ft. Roxanne   Jeu 3 Jan - 20:44

Roxanne
&

Kenny


Phantom Pain
Il attend.
Il est prêt.

Son corps tout entier est tendu, les muscles se contractant pour mieux se préparer. À l'attaque. À l'assaut. Ses poils sont hérissés et ses sens magnifiés. Il s'est fondu dans la nuit pour mieux la briser. Plus jamais, s'est-il juré. Plus jamais il ne se laissera surprendre par le chaos, plus jamais il ne laissera les ténèbres le mordre. Vivre. Il doit vivre et pour cela il doit lutter. Reprendre les réflexes est naturel, si simple que c'en est inquiétant. Son corps semble se souvenir mieux que lui des années passée au Tartare. Les images de son esprit sont décousues, les actes de son corps instinctifs. Physique et mental opposés en une dangereuse bataille couronnée de frustration. Il voudrait se rappeler, Kenny. Il voudrait tout savoir des maux qu'il affronte. Au lieu de cela, le voici à se cacher dans l'ombre, patientant derrière un arbre pour accueillir un monstre.

Les pas se font silencieux, s'espacent et se camoufflent. Les brindilles craquent à peine sous le poids de l'intrus. Il sait. Il sait qu'il est repéré, entendu, piégé peut-être. À cet instant, le jeune homme ignore encore qui des deux adversaires est la proie. Une seule envie subsiste, douloureuse et profonde, un seul besoin, primaire et radical. Vivre.

L'instinct parle plus fort que le reste et, lorsque la présence est suffisamment proche, c'est tout son corps qui se ramasse. Ses muscles se bandent, la batte se rétracte, prend de l'élan pour mieux frapper. La lumière atteint sa rétine.

L'arme s'arrête à quelques centimètres tout juste du visage. Et tombe, sous le choc, des doigts tremblants qui la tenaient. Choc, de voir les traits qui lui font face. Choc, de deviner l'identité sous les cheveux blonds, sous le regard éberlué mais toujours innocent. Choc, de faire face à un fantôme au lieu d'un monstre.

Choc d'avoir pu la tuer d'un coup de batte de baseball.

Les genoux de Kenny tremblent et menacent. Il manque de tomber, élan stoppé presque trop tard. Et les mots circulent dans sa tête comme le coup qu'il a manqué. Trop tard, trop tard, trop tard. Il voit presque le crâne de... son crâne, fendu contre le sol froid, le sang se répandant dans les feuilles mortes. Il entend presque le CRAC de sa tête qui se brise. Ses poumons se rétractent. Il perçoit à peine son prénom, murmuré, tandis qu'il se laisse glisser au sol, yeux écarquillés et visage hagard.

Est-il heureux ? Est-il désespéré ? Tout cela est-il réel ? L'envie soudaine lui prend de la serrer dans ses bras, elle, fantôme d'un passé qu'il n'osait plus regarder – trop douloureux, trop vorace – juste pour vérifier qu'elle est réelle, qu'elle existe, qu'elle vit et qu'il n'est pas prisonnier d'une énième illusion, d'un sempétunième cauchemar.

Il tend vers elle une main tremblante. Ses pensées ne parviennent à faire pousser ni rage ni rancoeur, ni joie ni terreur. Il ne lui en veut même pas d'être partie, ne réussit pas à formuler sa rage lorsqu'on lui a appris qu'elle avait déserté. Et il avait compris à l'époque, d'une certaine manière, l'avait presque enviée. Maintenant ? Maintenant il l'a retrouvée, et il a manqué de la tuer. L'idée lui retourne l'estomac. Il lance une oeillade désespérée à la batte, gisant pitoyablement sur des rocailles isolées. Plus loin. Loin de lui. Loin d'elle surtout. Soupir de soulagement. Littanie de jurons. Finalement, les yeux se redressent et fondent sur le visage, différent et pourtant inchangé.

Alors seulement, entre les barrières des lèvres scellées se dessine un nom. Simple. Court. Incertain.

« … Rox' ? »

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MessageSujet: Re: Phantom Pain | ft. Roxanne   Dim 6 Jan - 19:47

La batte s’éclate au sol entre le terreau et la rocaille, ils la regardent, de concert.

L’ombre en forme de loup au dessus du pupitre chez les Bishop: Une hantise. La vilaine créature, là, avec ses grandes oreilles, ses plus grandes dents encore. Roxanne se sentait comme aspergée d’eau glacée, elle grelottait au fond de son lit, elle n’y pouvait rien. Ce coin de chambre particulièrement, avait un goût de déjà vu et il l’était en fait, il était le jeu bien coordonné de ses neurones, le fabricant du fantôme sur le papier-peint, la main fraîche de Maman sur sa joue lui racontant que ce sont des sottises: Si elle devait avoir peur de quelque chose, qu’elle ait peur de l’enfer, des descentes impardonnables à la rencontre d’ancêtres, mais pas du foutu loup.



Kenny devait être un loup quelque part: Seul, combattant, survivant. Mais qu’était-ce à l’époque, une fugue adolescente non? Comme ce qui avait suivi avec Roxanne? Les bulles de soda étaient montés à la tête le mythe de la petite ville parfaite dans le petit trou du cul du monde s’était dégonflé comme un ballon de baudruche voilà tout? Pour Kenny il faut dire qu’il y avait des circonstances atténuantes, ça, Roxanne le savait, elle n’aurait pas levé son verre à sa santé, autrement.



Elle était très droite Roxanne d’habitude, mais ce soir elle avait simplement honte, ils se fixaient sans le souffle, ils étaient effrayés. Si elle lui avait laissé quoique ce soit c’était la petite illumination brève de ses deux yeux et la sienne, le rouge monté sur les joues, il lui avait manqué. La face se découpant dans le prisme obscur, le faisceau de la lampe, sa petite danse maladroite pour se garder les pieds sur terre. Kenny, qu’était-il sinon le bateau troué ramené au port? Elle se disait maintenant qu’il avait de la chance, qu’elle s’attendait à voir ses paupières foncées, le dessous de ses yeux creusés de perte, mais, il avait toujours l’air très envie, comme lorsqu’il s’emportait en tapant du bout de l’index quelqu’un qu’il interpellait d’un brusque « Toi, là! Toi. »

C’est ce qu’elle méritait qu’il lui fasse mais, il avait lâché une syllabe et c’était sans doute plus tendre que tout le reste, les sacs de la blonde s’étaient échoués, elle avait catapulté ses bras à son cou, jetée à lui comme on vous tendrait une bouée. Pour ce qui était du reste elle aurait aimé savoir quoi dire mais, la pression sur le corps du présumé disparu disait énormément. Et Roxanne se retenait de sangloter lourdement.

Ensuite la chaleur des corps s’estompe, elle reste contre Kenny mais elle sait, le geste noble serait de se défaire et d’expliquer, d’eux deux, qui était le véritable fantôme.
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MessageSujet: Re: Phantom Pain | ft. Roxanne   Lun 14 Jan - 18:06

Roxanne
&

Kenny


Phantom Pain


Elle le fixe de ses yeux clairs, noircis par l'obscurité, noircis par la nuit. Elle le fixe, elle le regarde, elle comprend. Son murmure a éclaté le silence. Il tend une main vouée au désordre. C'est presque une conviction, qu'elle va la traverser, qu'elle ne va rencontrer que de la brume. Kenny vient de rencontrer un fantôme. Ses genoux tremblent toujours, choc et douleur affaiblissant ses défenses, et il lutte pour demeurer statique, debout, droit, fier. Face au spectre. Une énième hallucination ? Il sait que non. Il vient de manquer de la tuer.

Il n'en est certain toutefois que lorsque les bras s'élancent autour de sa nuque, lorsque le corps de Roxanne percute le sien et qu'elle s'impose, là, présence tangible et chaude. La main reste quelques instants en suspens avant de rejoindre sa sœur dans le dos de son amie. Il a reculé de plusieurs pas, a manqué de les faire tomber tous les deux. Trop d'élan, pas assez de préparation. Un petit rire lourd d'émotion lui échappe et il serre plus fort, fermant ses paupières pour mieux inspirer l'odeur qui imprègne la chevelure blonde. Ça fait longtemps. Dans une formidable synesthésie, Kenny se rappelle, ses souvenirs comme un film vivant sur ses yeux clos. Regards, rires, lèvres qui s'ouvrent et ne se referment jamais, paroles jetées au vent. Jeu. Amitié vouée à rien en particulier, juste à l'instant présent, juste à ce qu'ils avaient. L'étreinte se comprime, se crispe. Il a une peur idiote de la lâcher. Elle est un vestige, une nouvelle pièce d'un puzzle étrange. Sa vie ''avant'' lui semble parfois si lointaine qu'il ne sait plus vraiment de quoi elle était constituée.

Ils restent ainsi, longtemps, ni l'un ni l'autre ne paraissant prêt à se lâcher, à rompre le contact si précieux qui les réunit enfin. Un soupir doux lui échappe. Il refuse de bouger mais glisse, presque silencieusement :

« Pourquoi t'es revenue ? »

C'est con. De toutes les questions qui fourmillent et poussent, c'est celle-ci qui est ressortie. Partir, oui, c'était une évidence. Roxanne avait tout perdu d'un coup, s'était retrouvée endeuillée dans une ville paumée. Aster Cove ne donne pas envie de rester. Kenny n'a eu aucun problème à comprendre son départ, même s'il a fait mal, même s'il l'a laissé avec un goût d'inachevé. Revenir, en revanche ? Oui, peut-être est-ce là le bon point de départ, pour eux deux. Pourquoi ce retour, comment. Dans quelles circonstances.

Lentement, il desserre l'emprise de ses bras pour la regarder dans les yeux. Ses mains ne quittent pas les avant-bras, ses pupilles brillantes d'une émotion nouvelle. Il rit.

« T'as pas changé, Rox'. On dirait toujours une putain de bigote. »


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