Dans la petite ville d'Aster Cove, des choses étranges se passent...

 
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 2 broke girls. {River}

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MessageSujet: 2 broke girls. {River}   Lun 23 Oct - 1:29



2 Broke Girls.
River & Ange



Il faisait si froid, dehors. Et toi, t'avais qu'un débardeur. Puis ton mascara a coulé, coulé encore et encore. Et tes mouchoirs humides arrivaient pas à essuyer cette crasse qui te collait à la peau. Pourquoi tu nous fais subir ça, Ange ? C'est si difficile d'être seule ? Tu me diras, ça m'a pas réussit à moi.

Il a l'air différent, que tu t'étais dit. Un gentil garçon, il t'avait tenu la portière de sa bagnole avant d'aller au dinner, t'avait offert le milkshake que t'aimais tant. Comment t'aurais put deviner qu'il allait te demander la même chose que les autres ? "Aller, Ange, fais ça pour moi. J't'ai quand même invité à un date !". Puis toi, t'as dit ok, comme une conne. Parce que c'est la façon que t'as trouvé de retenir les mecs un peu plus longtemps. Un baiser ou deux, puis il t'a emmené au terrain de foot. Puis t'avais la lumière des gradins qui clignotait faiblement. Il a baissé son pantalon et t'as salit tes genoux. Puis ça a pas duré longtemps et il a remonté sa braguette avant de partir sans même t'aider à te relever. Puis toi, t'es restée là, et t'as chialé comme une gamine.

Après dix minutes, tu t'es relevée et t'es partie t'asseoir sur les gradins. L'après midi se terminait à peine et y'avait déjà personne. Et Ange, elle déchirait nerveusement les restes de mouchoirs entre ses ongles manucurés. Et ses joues étaient devenues grises mais elle s'en foutait pas mal, tant que personne la voyait dans cet état. Après tout, c'était Ange. Elle avait pas le droit de montrer qu'elle était blessée. C'est comme ça.

Depuis quand ça durait, tout ce cirque ? Ça avait commencé avec ce garçon qui t'avais dragué en première année puis à qui t'avais dut dire la vérité. Il semblait embêté mais il avait finit par revenir au bout de quelques semaines. Il avait commencé à te faire des avances, à dire qu'il était le seul qui s’intéressait à toi, que si t'y mettais pas du tien, personne ne t'apprécierais. Puis toi, tu voulais qu'on t'aime. Alors t'as fait ce qu'il voulait. Mais il est quand même partit. Avec le temps, t'en as eut deux ou trois qui ont fait pareil, et à chaque fois, tu finissais avec les genoux sales et les yeux plein de larmes.

La réputation, au lycée, c'était quelque chose avec laquelle t'avais beaucoup trop de mal. D'un côté, t'avais ces mecs qui te trouvaient dégoûtante. Puis t'en avais d'autres qui se gênaient pas pour mater ton cul quand tu passais dans les couloirs. Mais y'avait aucuns mecs qui t'approchaient pour sortir avec toi. Ou alors, ils se ravisaient quand ils apprenaient la vérité. Décidément, tu détestais les garçons.


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MessageSujet: Re: 2 broke girls. {River}   Lun 23 Oct - 13:50

Un autre jour au lycée d’Aster Cove. Un autre jour à déambuler dans ses couloirs et à me demander pourquoi je m’infligeais encore ça. A mon retour après le décès de mon père, j’avais pu sentir tous les regards braqués sur moi. J’étais l’orpheline ou presque. Et puis, j’avais changé du tout au tout. J’offrais donc un parfait sujet de conversation. Je n’en avais rien à faire. Je glissais parmi eux sans vraiment faire attention. Peut-être, d’ici quelque temps cela m’atteindrait. Pour le moment j’étais trop en colère contre le monde pour en faire cas. Et pourtant, ce que j’essayais tant d’ignorer me rattrapait parfois. Comme maintenant alors que j’essayais de prendre la poudre d’escampette et de quitter le lycée. Un type que j’avais déjà vu trainer dans l’entourage de mes cousins se présentait devant moi. Oh, bien sûr, il avait l’air charmant. C’était son truc apparemment. Braden, ma maman poule préférée, m’avait mise en garde contre lui. Tout le monde n’avait pas cette chance. A cet instant précis, il avait l’air d’un chat ayant mis la patte dans un pot de crème et cela ne m’inspirait rien qui vaille.

« Salut River ! Déjà prête à partir ? Tu veux que je te ramène ? » Objectivement, il n’y avait rien de déplacé dans sa question. Il était poli, limite charmant, mais je n’avais clairement pas envie de m’embêter avec lui. « Non merci. Je préfère marcher. » Et je continuais mon chemin sans plus lui prêter attention jusqu’à ce que sa main se referme sur mon bras. « Hey Princesse. Tu t’imagines qu’on n’a pas tous compris que tu n’étais plus la petite vierge des O’Leary ? C’est mon tour maintenant. » Mais qu’est-ce que quoi ? C’était quoi ce taré bipolaire ? Si j’avais encore des illusions sur ce qu’on racontait sur moi dans les vestiaires, j’étais à présent fixée. C’était ‘drôle’ sachant que je n’avais jamais eu qu’un seul amant. Soit sans doute moins que beaucoup des filles de mon âge. Mais bon, même ça ne collait pas à l’image de marque de l’oie blanche O’Leary que j’avais cultivé des années durant. Forcément, cela faisait jaser. « Désolée, mais j’ai quand même des goûts un peu plus recherchés. » J’arrachais mon bras à sa prise avant de le toiser. Il eut alors un ricanement dédaigneux avant de poursuivre. « D’autres sont moins chatouilleux que toi. Mais je sais que tu finiras par venir me trouver. » Il avait eu un signe de tête vers les gradins où j’apercevais une silhouette seule. Devinant entre les lignes, quelque chose qui ne me plaisait pas du tout, la colère que je ressentais depuis plusieurs mois venait de trouver un catalyseur. Je m’approchais alors de lui un sourire charmeur aux lèvres. Trop sûr de son effet (non mais franchement, ce qu’il fallait être idiot), il n’anticipa absolument pas le coup de genou que je lui assenais dans les parties sensibles. J’avais été élevée dans un environnement masculin et mes cousins avaient toujours veillé à ce que je sache me défendre (tout en espérant que je n’ai jamais à y avoir recours). Braden avait insisté pour que je connaisse ce point faible purement masculin (mon père n’avait bien sûr jamais été mis au courant). Mon cousin arrivait d’ailleurs au loin et n’avait rien raté de mon mouvement. Je tournais les talons, bien consciente qu’après mon départ, le pauvre se retrouverait en encore plus mauvaise posture.

Il n’était plus question de quitter le lycée maintenant. J’avais une nouvelle mission. Je parcourais la centaine de mètres qui me séparait encore des gradins. La silhouette dévoilait enfin son identité. Il s’agissait d’Ange. J’avais mis du temps à apprendre qu’Ange n’était pas totalement Ange. Cela faisait partie des choses qu’on taisait à mes blanches et chastes oreilles parce que bouh, religion, bouh les normes sociales. Tous ces concepts qui avaient tant jalonné ma vie. Et que j’avais jeté aux orties. De mon côté quand on avait fini par me mettre au courant, j’avais simplement haussé les épaules. J’avais toujours cru qu’Ange était une fille. Pour moi elle en était une. Point barre, à la ligne. Je n’avais pas envie de me faire des nœuds au cerveau. Et puis on pouvait difficilement être plus féminine qu’Ange. C’était une vraie poupée, magnifique jusqu’au bout des ongles. Même le visage noirci de larmes et de mascara c’était une beauté pure. Comme la flamme d’une bougie qui attirait malgré elle. Forte à t’en bruler les yeux mais à la fois si facile à éteindre.

Alors doucement, tout en gardant les yeux fixés sur l’horizon, je m’installais juste à côté d’elle. Puis mon regard basculait sur mes ongles pourpres. Il n’y a pas si longtemps j’aurais attendu une invitation en bonne et due forme pour m’installer. Mais je n’étais plus cette fille là. J’étais une fille qui frappait les idiots et qui ne s’étouffait plus en proférant une insulte.

« C’est un connard. Comme la plupart des hommes. »

Sur cette constatation déprimante, je balançais gracieusement mes jambes de haut en bas, l’une après l’autre. A vrai dire, seuls deux spécimens masculin trouvaient grâce à mes yeux. L’un était du même sang que moi et l’autre, et bien je ne savais pas vraiment sur quel pied danser avec lui. J’évitais d’y réfléchir.

Je ne savais pas exactement ce que l’abruti lui avait fait. Juste que ça l’avais fait pleurer. Et rien que pour ça il pouvait bien rôtir en Enfer (ou ailleurs pour ce que j’en savais). Laissant passer un petit temps de silence, je reprenais, doucement.

« Je ne sais pas ce qu’il a fait mais tu es bien trop jolie pour pleurer pour un type comme lui. » Je soupirais mi frustrée-mi énervée. « J’aurais du lui mettre deux coups de genoux. » Je n’avais jamais aimé voir d’autres personnes souffrir. Syndrome du Saint-Bernard que je partageais avec Braden. Sa détresse me mettait en colère contre celui qui l’avait causée. Vraiment en colère.
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MessageSujet: Re: 2 broke girls. {River}   Mar 24 Oct - 12:18




Les hommes. Les garçons. Depuis quand t'avais arrêté de les aimer ? Après tout, l'homme de ta vie, c'était notre père. Hugo Mathieu. Il était à peine plus jeune que toi quand Aoki m'a laissé dans ses bras avant de disparaître. Il m'a élevé et c'est grâce à lui que tu es là aujourd'hui. Et même si tu le trouve lâche, naïf et soumis, il ne t'a jamais renié. Il ne m'a jamais abandonné, moi.

Un homme qui t'a soutenu contre tant d'hommes qui t'ont déçu. Tous ceux qui t'ont tabassé. Tous ceux qui t'ont craché dessus. Tous ceux qui t'ont jugé. Tous ceux qui se sont moqués de toi. Tous ceux qui t'ont pris pour une pute. Ton coeur était sans cesse bousculer et piétiner par ce genre de gars. Et même si t'en avais marre, même si tout ce que tu voulais, c'était un gars pas trop méchant qui reste avec toi, t'arrivais pas à changer ta façon de faire les choses. Alors tu continuais à te salir les genoux et à mouiller tes joues en espérant qu'un jour, un garçon t'aide à te relever.

Le bout de papier déchiré vient essuyé les traces de ta déception alors qu'une silhouette s'approche. Tu arranges tes cheveux, fais disparaître la grisaille sur tes joues, te redresse légèrement. Mais tes yeux rouges trahissent ta peine. C'est une fille qui prends place à tes côtés. C'était étrange. Les autres filles ne t'aimaient pas. Quand t'es arrivée, beaucoup ont essayé d'être amie avec toi. Mais quand elles ont découvert que tu n'étais qu'un leurre, elles ont commencé à se moquer, à raconter tout un tas de chose derrière ton dos. Alors tu as laissé tombé tes ailes d'ange pour revêtir les cornes du démon. Tu ne te laissais pas marcher sur les pieds, tu montrais les crocs. Tu as éloigné les gentils comme les moins gentils. Tu ne faisais confiance à personne, après tout.

River O'Leary. Le profil type des filles qui t'avaient trahis. Belle, populaire, adulée des autres. Le genre de nanas qui passe devant toi et te bouscule sans même se retourner. Le genre de nanas qui va aux toilettes avec toutes ses amies pour se recoiffer. Le genre de nanas qu'on aide à se relever. Mais cette River n'existait plus. Elle avait laissé place à une Sadia de Starmania. Un corps mis en valeur plus qu'il n'en faut, une attitude bien moins parfaite, un regard plus perçant que jamais. Ange, elle trouvait la nouvelle River bien plus intéressante. Et ceux qui la traitent de Salope ne sont pas au courant que les vraies Putes sont les plus discrètes.

Elle parle, elle laisse aller ses pensées sur les hommes et son sens de la justice te surprend. On ne te défendait pas, toi. Alors pourquoi River le faisait ? Tu ne te posais pas vraiment la question, intérieurement, t'avais déjà la réponse. Ce changement d'attitude, ça allait avec la séparation douloureuse d'un pilier d'une vie. Et même si prétendre qu'elle comprenait sa souffrance serait prétentieux, Ange arrivait à se mettre à la place de River. Elle a un petit sourire éteins devant les paroles de la jeune fille.


- Il n'était pas le seul coupable dans l'histoire. Je suis trop bête. Je me dis à chaque fois que ce sera différent, qu'il m'invite parce qu'il me trouve jolie, qu'il m'apprécie. Et finalement, je fais ce qu'il veut et il déguerpit.


Elle essuie rapidement les larmes naissantes au coin de ses yeux. Elle regarde à peine River, avant de laisser échapper un rire jaune.


- Je sais pas pourquoi j'te dis ça. Les filles comme toi, elles ont pas ce problème. Toi, tu peux avoir qui tu veux. Moi, je peux pas me permettre de dire non à un garçon qui ne fait que semblant de vraiment s'intéresser à moi.


Il y avait cette pointe de jalousie, dans sa voix. Parfois, Ange enviait les autres filles. Elles qui étaient nées dans le bon corps. Alors qu'elle devait sans cesse arranger le papier cadeau pour que les gens continuent d'y croire. Elle pousse un soupire et fouille dans son sac pour sortir son poudrier et son rouge à lèvres, la couleur étant partie pendant son "rendez-vous" derrière les gradins. Elle s'arrange un peu avant d'ajouter après un silence.


- Hum. Merci. En général, les gens préfèrent passer leur chemins mais toi, t'es venue me réconforter. C'est ... gentil.


Depuis quand étais-tu aussi abordable, Ange ? D'ordinaire, tu l'aurais envoyé balader, sans un merci. Mais la détresse te rendait douce et vulnérable. Et River était, parmi ces hommes sans manières, ton chevalier servant en mini-jupe.  


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MessageSujet: Re: 2 broke girls. {River}   Dim 29 Oct - 22:17

Différentes et pourtant si semblables. L’Homme de ma vie aussi, ça avait toujours été mon père. Dougal O’Leary. Celui qui avait promis de toujours être là pour moi quand, l’année de mes cinq ans, ma mère avait décidé que la vie de mère au foyer n’était pas assez palpitante pour elle et qu’elle avait quitté Aster Cove pour tenter sa chance à Broadway alors que je n’avais que sept ans. A ma connaissance, pas une fois elle n’avait regardé en arrière. Je me souviens encore de façon très vive de l’avoir observée par la fenêtre monter dans cette voiture qui l’entrainait au loin. Papa n’était pas encore rentré à la maison. Elle avait tout prévu bien sûr. Du moment ou il s’est rendu compte de son abandon, mon père n’a eu de cesse d’effacer toute trace de son existence de la maison. La seule chose qu’il ne pouvait faire disparaitre, c’était moi. Jusque là, il avait peu fait cas de moi. Je n’étais pas le garçon qu’il attendait. Il ne savait pas s’y prendre avec une petite fille. Pourtant, quand il est redescendue le lendemain matin, c’était avec une mission. Me rendre en tout point parfaite. Et j’y ai mi toute l’application que je mettais en toute chose. Je ne voulais pas décevoir le seul parent qui me restait. Il était mon monde, mon univers entier. Je ne devais pas lui donner de raison de m’abandonner à son tour. J’ai tout fait comme il fallait. Ou, en tout cas, j’ai fait du mieux que je pouvais.

Tout le monde sait où cela m’a menée. Abandonnée à nouveau. Par celui qui avait juré de toujours être à mes côtés. Menteur. Il était en Enfer à présent. Dieu n’était pas miséricordieux. Là aussi on m’avait menti. Mon oncle y avait veillé en lui refusant un enterrement religieux. Lâche, hypocrite et menteur lui aussi. Personne n’avait rien dit et j’étais trop anéantie pour me battre. Donc oui, la plupart des hommes ne valaient rien. Et si je ne disais pas tous, c’est parce que je réservais mon jugement pour deux d’entre eux. Braden ne m’avait encore jamais déçue. Et Aaron… j’avais confiance en Aaron l’ami. Pour ce qui était de Aaron l’amant, c’était encore trop nouveau. Je ne voulais pas lui laisser prendre trop de place et qu’il déguerpisse en m’abandonne seule. Les paroles d’Ange trouvaient un écho en moi. Plus que ce qu’elle pouvait imaginer. Elle était vulnérable et je la laissais parler sans chercher à l’interrompre jusqu’à ce que le silence m’indique qu’elle n’ajouterait plus rien. Je lâchais un petit soupir, les yeux perdus dans le vague, je parlais sans forcément m’adresser réellement à Ange. Les mots sortaient tout simplement.

« Moi aussi j’avais fait tout ce qu’il voulait. J’étais devenue parfaite pour que lui reste et ne m’abandonne pas. Parce que c’était ce qu’il attendait de moi et que j’aurais tout fait pour le satisfaire. Il a quand même préféré l’Enfer plutôt que d’affronter la vie à mes côtés. »

Rageusement, je faisais disparaitre à mon tour une larme du coin de mon œil gauche. Je détestais ces marques de faiblesses.

« Les hommes, les gens. Ils finissent toujours par nous laisser et il n’y a plus que les larmes. Alors oui, peut être que je pourrais avoir l’un ou l’autre des garçons d’ici mais pour quoi faire ? Ils ne me connaissent pas. Ils m’imaginaient parfaite et maintenant comme une fille facile. Ce n'est pas moi qui les intéresse. Juste une image. Ils n’ont aucune idée de qui je suis. Et moi non plus, alors à quoi bon ? »

Puis le silence et le bruit du vent glissant sur les gradins. Jusqu’à ce qu’Ange me remercie. J’étais plutôt étonnée. Elle ne m’avait jamais paru aussi douce et abordable. Mais il faut aussi dire qu’elle avait eu une rude journée et que parfois, un peu de chaleur humaine était tout ce dont nous avions besoin.

« Personne ne devrait jamais rester seul avec ses larmes. Et puis, si j’avais simplement passé mon chemin, je n’aurai pas valu mieux que lui. »

C’était une leçon que j’avais appris récemment. J’avais toujours cru qu’en ne m’impliquant pas, je restais neutre et que personne n’en souffrait. Mais à vrai dire, le silence était parfois aussi douloureux que les actes eux-mêmes. Et j’avais aussi compris qu’il existait une différence entre faire ce que l’on attendait de moi et faire ce qui était juste.
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MessageSujet: Re: 2 broke girls. {River}   Sam 4 Nov - 15:13




Je n'aurais jamais crut que tu puisses être aussi proche de River O'Leary. Après tout, vous n'étiez pas taillées dans le même bois, elle et toi. La petite River était le genre de majestueuse table en bois noble qu'on avait lâchement laisser dans un coin du grenier, à prendre la poussière. Toi, t'étais un vulgaire tabouret qu'on avait peint en rose pour donner l'illusion du neuf mais qui servait à accéder à la fameuse corde qu'on enroule autour du cou. Un fossé qui vous sépare mais que tous les cadavres de vos débauches a fini par remplir. Une mère absente, un père trop lâche, une réputation qui vous colle à la peau. Tu ne le savais pas mais la père de River avait quitté la demeure familiale alors qu'elle avait sept ans. Elle ne le savait pas mais toi, à sept ans, tu as rencontré ta mère pour la première fois. Tu ne le savais mais elle avait enchaîné les efforts pour plaire à son père sans que cela ne change rien à la finalité de sa vie. Elle ne le savait pas mais ta mère s'était pliée en quatre pour te plaire par soucis de conscience sans que cela ne change rien à ta déception. Et la liste de parallélismes entre River et Toi ne cessait de s'allonger à mesure que le soleil tire sa révérence.

Mon père me manquait, parfois. Hugo, le jeune homme de dix-sept ans avec son bébé dans les bras. Hugo, le barman de ce pub gays du marais, à Paris. Hugo, ce père qui laissait son fils jouer avec des poupées. Hugo, cet inconscient qui dépensait son argent pour acheter de jolies robes à son garçon de cinq ans parce que ce dernier les trouvait jolies. Hugo, ce romantique qui a par tous les moyens chercher à retrouver le seul et unique amour de sa vie, la mère de son enfant. Hugo, ce protecteur qui a éloigné sa raison d'être de tous les problèmes du mieux qu'il le pouvait. Hugo, ce fantôme qui ne donne pour seule preuve de sa survie d'une enveloppe pleine de cash. Hugo, notre père, à toi et moi. Aujourd'hui, il ne te restait plus que Théodore comme compagnie. Et bien qu'il t'ait accordé quelques attentions, tu restais intimement persuadé que si l'argent ne suivait pas, il serait bien plus désintéressé. C'est comme ça que ça fonctionne pour toi, maintenant ? Payer pour qu'on fasse attention à toi ? C'était peut être la seule solution qu'il te restait, après tout.

Ange prends une grande inspiration, histoire de chasser ses mauvaises pensées. Maintenant que sa peine était passée, elle se rendait compte qu'elle avait l'air presque ridicule à pleurer pour un gars comme ça. Alors elle se redresse, elle reprends son assurance tout en croisant les jambes un instant. Elle se racle la gorge, le silence commence à se faire pesant. Elle a dit Merci, elle ne le fera probablement plus. Son aplomb ayant fait son grand retour, elle balance une de ses mèches par dessus son épaule.


- Ne va pas t'imaginer que parce que tu m'as rendu justice, je vais commencer à t'apprécier ou quoi. On est pas amies, toi et moi.


L'ange des couloirs a reprit ses cornes de démon. Tu as le chic pour gâcher ce genre de situation, tu le sais ? Tu fais la fière, tu sors ta langue de vipère mais au fond, t'es soulagée que River ait pris ta défense. Alors tu serres les dents, tu détournes le regard un moment, parce que c'est pas facile ce que tu t'apprêtes à faire puis tu te racles une fois de plus la gorge.


- Hors de question que je garde une dette envers toi, donc ... Je t'offre un milkshake. Tu n'as pas le choix.


Si on te regarde bien, on peut voir tes joues prendre une couleur rosée, un embarras caché par la poudre blanche du fard à joues. T'as beau jouer les méchantes, au fond, l'idée de partager un milkshake avec une autre fille qui ne parle pas derrière ton dos, ça te donne l'impression d'être comme les autres.

Alors tu te lèves, tu arranges ta jupe et tes cheveux, le mouchoir que tu viens frotter sur tes genoux pour les nettoyer fait disparaître ta honte. Tu attrape ton sac et commence à descendre doucement les escaliers métalliques. Elle se retourne vers River, faisant une sorte de petite moue impatiente pour cacher son excitation.


- Tu t'dépêches, O'Leary ?



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MessageSujet: Re: 2 broke girls. {River}   Dim 5 Nov - 0:42

Ca faisait un moment que je n’avais pas réellement discuté avec une autre fille sans que ne règne un malaise où planait l’ombre de mon père. Je me suis vite rendue compte que quand un drame de ce type te frappe, le comportement des gens envers toi change. C’était déjà le cas avant que moi-même je ne me mette à changer. Mes ‘amies’ ne savaient plus comment me parler. J’étais tellement mal les premières semaines que je n’étais pas en mesure de faire l’effort de les recevoir. Ensuite, comme soulagées, elles ont arrêté d’essayer. A l’heure actuelle je vois bien qu’elles continuent de me saluer dans les couloirs, d’échanger des politesses mais aussi de jacasser sur mon dos dès que je tourne les talons. C’est comme ça, elles n’oseraient pas me repousser complètement. Ca ferait mauvais genre. Mais nous n’avons plus rien à nous dire. Je ne parle plus qu’avec mes cousins et avec Aaron. Bref beaucoup de testostérone. Braden parce que c’est mon confident – même si je lui cache de plus en plus de choses ces derniers temps - , les jumeaux en grande partie pour les envoyer sur les roses et Aaron… Aaron et bien on pouvait discuter de tout et de rien comme ne pas parler du tout et laisser nos corps s’exprimer. En définitive, je ne savais même plus quand était la dernière fois que j’avais autant parlé de moi avec une autre fille. Etonnant. Mais après tout, nous étions bien plus semblables que les apparences pouvaient bien le laisser croire. Et c’est peut être pour ça que j’avais laissé tomber tous mes projets de la journée pour la rejoindre sur ces gradins.

Et puis je l’entends respirer un peu plus fortement. Je connais ce réflexe. J’ai exactement le même quand je refoule tout à l’intérieur pour me préparer à montrer au monde entier à quel point je me fiche de tout. Quand bien même mon cœur se serre à s’en briser en un million de petits éclats acérés. Je ne suis pas étonnée de sa répartie. Elle a besoin de reprendre le contrôle. Je comprends ça. Je me contente d’un sourire entendu. Je préfère la voir comme ça. Elle a retrouvé son mordant et ç aveut dire que même si l’autre idiot l’a un peu abimée, il ne la brisera pas. Au final, la seule chose qui aura été brisée, c’est peut être sa capacité à avoir des enfants un jour. Il faut dire que j’avais frappé fort. Puis je la vois détourner le regard, ne sachant pas vraiment à quoi m’attendre pour la suite. Allait-elle me congédier ? Peut-être pas, elle n’aurait pas cet attitude un brin gênée. Alors j’attends, me demandant ce qui allait bien pouvoir suivre. Je ne m’attendais pas à ça… Et pourtant ca lui va tellement bien en fait, de m’ordonner de la suivre pour ne pas être débitrice de quoi que ce soit. J’aurais pu lui dire qu’elle ne me devait rien. Que la tête de l’autre abruti quand je lui avais éclaté les parties compensait largement mais… en fait, je pense que moi aussi j’en avais envie, de cette petite sortie au Diner. Et puis, qui de sain d’esprit refuserait un milkshake ? Non seulement ceux du Diner sont délicieux mais en plus la vue n’est pas mal non plus – et, oui, je faisais clairement référence à un certain serveur. Sourire aux lèvres, j’accepte donc la proposition avec un haussement d’épaules faussement détaché.

« Si je n’ai pas le choix… »

Je laisse ensuite Ange remettre sa tenue en place avant de me relever à mon tour. J’efface du plat de la main un mauvais pli que ma juge avait pris du fait que j’étais restée assise un peu trop longtemps. Etonnant que plus la jupe soit courte et plus cela se remarque facilement. J’attrapais ensuite mon sac dans sur le côté du gradin alors qu’Ange m’apostrophait, impatiente.

« Les milkshakes ne vont pas s’envoler tu sais ? »

Et moi non plus. Mais, j’ai beau avoir dit ça, je presse quand même le pas pour ne pas la faire attendre. C’est dingue comme on perd vite l’habitude de ce genre de choses qui, il y a quelques mois, étaient mes activités normales. Alors que nous quittions les gradins, je pu apercevoir au loin la silhouette de Braden. J’aurais sans doute dû lui annoncer que je partais mais, tant pis, il s’en rendrait vite compte. Sans compter qu’à la mine étonnée des quelques personnes que nous croisions sur notre route, il ne s’inquiéterait pas longtemps de mon sort. Et plutôt que d’éviter leurs regards pas toujours bienveillants, je me contentais de sourire insolemment en leur adressant un petit salut de la main. Rien de tel pour faire détourner le regard aux importuns. Cette petite ville et ses gens bien-pensant m’est de plus en plus insupportable. Je ne les comprenais décidément plus.
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MessageSujet: Re: 2 broke girls. {River}   Mer 8 Nov - 10:44



Plus t'y réfléchissais, plus tu te rendais compte que cette situation ne t'était jamais arrivée. Discuter, te faire consoler par une fille, aller boire un verre avec elle après les cours, sortir avec une amie. Une amie. Une amie ? River était-elle vraiment ton amie ? Après tout, il n'y a pas si longtemps que ça, elle n'aurait même pas baissé les yeux sur toi. Mais Ange, t'as beau être fière, tu craches pas sur l'attention des autres. T'as perdu ce droit depuis longtemps, même s'il t'arrive de le faire encore, malgré toi.

Alors que River et Ange quittent le terrain pour rejoindre la sortie du lycée, certains regards se retournent vers elles. Bien vite, des sourires moqueurs, des sourcils froncés, des chuchotements désagréables. Même si Ange avait sa mauvaise réputation qui la précédait, River n'était pas toute blanche non plus. Et voir ces deux jeunes filles ensembles semblaient en faire jaser plus d'un. Ange reste silencieuse jusqu'à ce qu'elles quittent définitivement l'établissement avant de pouffer de rire.


- T'as vu la tête qu'ils ont fait en me voyant avec toi ? J'espère que tu vas pas gâcher ma réputation, O'Leary.


Dit-elle, sarcastique. Ange était bien consciente des racontars et après un chagrin, elle préférait toujours en rire qu'en pleurer. Après tout, elle considérait qu'elle n'avait rien à se reprocher. Elle se fichait bien que les gens l'aiment ou pas. Tout ce qu'elle voulait, c'est qu'ils parlent d'elle. Tout le temps. Qu'ils la regardent, bien ou mal, mais qu'ils la regardent. Elle se nourrissait de cette attention qu'on lui accordait, craignait l'ignorance et se moquait des rumeurs, plus elles étaient improbables, plus ça la faisait rire.

Ange - qui avait prit le temps de mettre ses lunettes de soleil pour éviter que l'on voit ses yeux rouges en quittant le terrain - les retira une fois sur le chemin du dinner. C'était dans ce genre de moment qu'elle maudissait Théodore de ne pas lui prêter son pick-up pour aller au lycée ou au moins de venir la chercher. Le vieil ours se contentait de la déposer en vitesse le matin parce que Mademoiselle n'aimait pas le bus scolaire - à raisons car elle finissait toujours par se faire emmerder.

Après quelques minutes de marche, Ange et River finissent par arriver au repère des adolescents. Un coup d'oeil sur sa montre, peut être que son serveur attitré serait là, aujourd'hui ? Bien entendu, la nièce de Théodore n'avait aucune idée de la relation qu'entretenaient Aaron et River. Elle tire donc l'autre jeune fille jusqu'à sa banquette préférée, une assez en retrait, pas très loin des cuisine, à côté de la fenêtre. Elle pose sa paire de lunettes sur la table et, en attendant qu'un serveur vienne prendre leur commande, croise les bras, le regard rivé sur River.


- Alors comme ça, on dit que t'es une pute ?


Si ses manières étaient toujours d'une élégance irréprochable, sa franchise vulgaire avait tendance à déchirer l'image du petit ange que renvoyait son apparence. Elle esquisse un sourire, amusée. Pour elle, River n'avait probablement rien fait de bien plus trépidant que de rouler une pelle à un beau garçon à l'arrière d'une voiture pendant une séance au Drive-In. Si elle était  encore plus ou moins loin de la vérité, elle était sans doute plus proche que la plupart des rumeurs qui couraient sur elle.


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MessageSujet: Re: 2 broke girls. {River}   Jeu 9 Nov - 0:32

J’avais beau jouer les bravaches et faire comme si je me foutais du monde entier, je n’en étais malheureusement pas encore tout à fait arrivé là. Le mélange écœurant de consternation et de pitié que je lisais dans les yeux de mes anciens amis me serait parfois le cœur. De même que l’inquiétude et cette étincelle de protection farouche dans les yeux de mes cousins. Ils ne savaient pas quoi faire de moi, je ne savais pas quoi faire de moi. Rares étaient en définitive mes moments de sérénité. Encore plus rares les gens qui, ces derniers temps, ne me donnaient pas l’impression d’être une moins que rien. Que ce soit intentionnel ou pas d’ailleurs. Et comme d’habitude, Ange et moi nous n’y échapperons pas. La haie d’honneur du jugement, à chaque pas nous menant à l’extérieur du lycée. Comme si notre association était une incongruité. Comme s’ils avaient le droit d’avoir le moindre pouvoir de décision sur ce que nous devrions ou ne devrions pas faire. Ridicule. Enfin, bien entendu je n’avais pas toujours pensé ça. Il n’y a pas si longtemps, moi aussi je faisais partie de ces ‘biens pensants’ aseptisés. Très tôt, mon père avait posé des étiquettes sur les choses. Il y avait le bien et le noir. L’acceptable et l’inacceptable. Ce qui était correct et ce qui ne l’était pas. Et, surtout ce qu’une jeune fille avait le droit de faire (peu de choses en vérité) et ce qui la longue liste de ce qui lui était interdit. J’avais mis ses indications en application sans forcément les questionner ou même les comprendre. Et voilà que mon père, en un geste final, avait cumulé à la fois le noir, l’inacceptable, l’incorrect et l’interdit. Alors à quoi bon suivre ses préceptes si lui-même n’y croyait plus ? Les étiquettes et les classifications, n’existait que tant qu’on leur donnait un sens. Ce sens-là, je l’avais totalement perdu.

Une fois que nous fumes à distance de nos charmants camarades, Ange pouffa de rire et je ne pu m’empêcher de la suivre dans son éclat. Suivant Ange dans sa lancée, je lui lançais un regard de conspiratrice.

« Promis, je vais faire en sorte de te faire honneur. »

J’appréciais vraiment le mordant et l’humour sarcastique d’Ange. Etonnamment, j’avais bien plus besoin de ça que de la surveillance constante et les regards plein de commisération des membres de ma famille. Sa force et la façon qu’elle avait de retrouver rapidement tout son mordant, c’était quelque chose que j’admirais. Vraiment. Le reste du trajet se fait plutôt silencieusement. Mais un silence qui n’a rien de gênant. S’il pouvait m’arriver d’être une vraie pipelette, je n’étais pas de ces gens qui ressentaient le besoin permanent de meubler les silences.

Nous étions arrivées à destination. Cela faisait quelques temps que je n’étais pas venue. Je n’avais plus vraiment d’amies avec qui partager un milkshake ou une assiette de frites. Auparavant, il m’arrivait de venir avec l’un ou l’autre de mes cousins. Voir même avec toute la tribu. Mais j’évitais délibérément de le faire depuis quelques semaines. Instinct de préservation. Alors que nous passions la porte, je jetais un regard circulaire, à la recherche d’Aaron. C’était devenu un automatisme un brin effrayant. Le chercher. Il n’était nulle part en vue. Peut-être en cuisine ? Après tout, on était en plein dans ses horaires de service. Je me laisse attirer vers un coin du Diner. Ange n’a pas la moindre hésitation quant au choix de sa place ce qui me laisse penser qu’elle est une habituée. Je jette négligemment mon sac sur le coin opposé de la banquette avant de m’installer, replaçant par automatisme une mèche de cheveux derrière mon oreille d’un geste gracieux. Alors que, nonchalamment la demoiselle me posait la question la plus impertinente qui soit, je restais plantée quelques secondes avant d’éclater de rire. Cela faisait bien longtemps que cela ne m’était pas arrivé mais il faut dire qu’Ange m’avait prise de court.

« C’est ce qui se raconte oui. Il y a quelques mois j’étais la coincée de service et maintenant à en croire les gens je suis passée sous toute l’équipe de foot. »

Je pianotais distraitement sur la table. C’était surtout cette partie là qui me dérangeait avec la nouvelle attention que les gens me portaient.

« Ce qui est complètement ridicule. Non seulement ils ne m’intéressent pas mais en plus Braden ne les laisserai jamais m’approcher. Je ne dis pas que je suis une sainte non plus, mais quand même. Ils y vont fort. »

Je haussais les épaules, indiquant par la que cette attitude me laissait complètement perplexe. J’allais à mon tour lui poser une question mais c’est le moment que choisi mon serveur préféré pour venir prendre notre commande. Son regard surpris passa un moment d’Ange à moi. C’était toujours un peu délicat de savoir comment nous comporter l’un face à l’autre en présence de tiers. Lorsque nous étions seuls, pas de problèmes. Vu les phénomènes que comptait ma famille j’avais un peu peur de leur réaction s’ils apprenaient ma relation avec Aaron. Cela restait pourtant difficile à cacher. Après avoir salué Aaron, j’essayais au maximum de masquer la tension palpable qu’il y avait entre nous tandis que je commandais mais c’était peine perdue. Il fallait vraiment que j’évite que mes cousins nous voient ensemble. Ils comprendraient tout de suite.

Tandis que je commandais un milkshake vanille avec un supplément chantilly et une cerise confite, je sentais le regard de chat d’Ange fixé sur moi.
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MessageSujet: Re: 2 broke girls. {River}   Jeu 9 Nov - 19:26



Les rumeurs de lycéen étaient probablement le meilleur exemple de l'inventivité adolescente. Toutes les bêtises qu'on pouvait entendre en surprendrait plus d'un, et Ange était à chaque fois un peu plus admirative de l'originalité dont ils faisaient preuve. Elle esquisse un petit sourire amusé devant les commérages de River. Elle se penche un peu vers elle, le regard pétillant d'une lueur moqueuse.


- Alors toi, c'est l'équipe de foot, hein ? De gros frustrés du cul, ces gars-là. En ce moment, ce qui se dit sur moi, c'est que je serais en réalité une espèce de cannibale qui attirerait les garçons pour leur bouffer la bite. Ça fait deux semaines que des gars se tiennent l'entrejambe quand je passe, c'est hilarant !


Ange ricane, ayant toujours en tête l'expression apeurée de certains garçons qui la croisaient dans les couleurs. Elle arrange légèrement ses cheveux d'un simple geste de la main, ajoutant en haussant les épaules.


- Personnellement, je trouverais ça presque impressionnant tellement ils mettent d'efforts pour raconter un tas de conneries.


C'est pendant leur petite discussion sympathique qu'Aaron décide de venir prendre la commande River, ayant directement apporté le milkshake à la fraise d'Ange avant de le poser sur la table. Bien qu'il offre un sourire à cette dernière, toute son attention est absorbée par le joli minois d'O'Leary. La poupée hausse un sourcil et laisse son regard jongler entre les deux adolescents. Tu as remarqué, n'est-ce pas ? Un sourire intéressé vient étirer ses lèvres, alors que la demoiselle en face bredouille sa commande. Aaron finit par s’éclipser, Ange ajouta avant qu'il ne soit hors de sa portée "Et une grosse assiette de la déprime, please !". Assiette de pancakes qu'elle ne prenait que les jours de grosses peines. Bien que pour le coup, elle pourrait les partager avec quelqu'un d'autre. Une fois le silence revenu, Ange pose ses coudes sur la table, avant de battre ses cils.


- T'es peut être pas passé sous toute l'équipe de football mais quelque chose me dit que t'as pas but que des milkshakes avec le petit Aaron. C'est drôle, non ?


Plutôt que d'être jalouse du manque d'attention de la part de son serveur attitré, Ange semble plutôt curieuse de la nature de la relation entre ces deux jeunes gens. Les histoires d'amour, elle trouvait ça passionnant. Alors les histoires d'amour secrètes, c'était encore mieux. Puis, ce genre de conversations, elle avait beau ne pas l'avouer, c'était un de ces précieux rêves que de partager un moment de complicité avec une autre fille.


- Puis toute cette tension sexuelle entre vous, j'en suis toute émoustillée !


Elle laisse échapper un ricanement, ayant l'air totalement détendue avec l'idée d'une potentielle romance entre le serveur du dinner et la fille des O'Leary. C'était un peu comme les Roméo et Juliette d'Aster Cove. Ou plutôt comme Johnny et Cristal de Starmania, sauf qu'Aaron était beaucoup moins intimidant. En espérant qu'il n'y ait pas de Sadia dans l'histoire pour venir tout foutre en l'air.

 


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MessageSujet: Re: 2 broke girls. {River}   Jeu 9 Nov - 23:48

Echanger sur les rumeurs adolescentes, même quand c’était nous qui en faisions les frais était en vérité plutôt amusant. Je ne l’avais jamais fait avant. Bien sur, mes anciennes amies s’en donnait à cœur joie mais je me contentais d’écouter sans rien dire. Cela entrait dans la case des choses qui ne se faisaient pas pour une bonne catholique. D’après mon père en tout cas. Mais il faut dire que même parmi notre famille, il était celui qui avait les idées les plus rigoristes. Mon oncle Patrick mit à part mais après tout, c’était son métier. Une chose était sure, les rumeurs entourant Ange étaient encore plus fantaisistes que les miennes. Je la suivais dans son ricanement en imaginant la scène. C’est dingue ce que les gens pouvaient être stupide parfois.

« Cannibale, vraiment ? J’espère pour toi que non. Tu ne dois pas avoir grand-chose à te mettre sous la dent. »

Je mimais ensuite un espace de quelques centimètres entre mon pouce et mon index tout en affichant une moue dubitative pour bien montrer tout le bien que je pensais des potentiels organes reproducteurs de nos camarades de classe. Et si me voir faire ça en aurait sans doute choqué plus d’un il y a quelques mois, je devais une nouvelle fois rappeler que j’avais été élevée au milieu d’un grand nombre de cousins qui oubliaient parfois la présence de mes chastes oreilles.

Discuter comme ça, de façon un peu plus légère me faisait du bien. Et puis surtout, Ange ne me donnait pas l’impression de n’être que la fille dont le père s’est suicidé ou encore la salope du coin. C’était une drôle d’impression de normalité. Et puis Aaron est arrivé, le milkshake d’Ange à la main. J’avais bien dit que ce devait être une habituée ! Mais sans aucune préméditation, Aaron absorbe quelques instants mon attention tandis que je fais de mon mieux pour commander le plus normalement possible… et échouer lamentablement à le faire. Alors qu’Aaron s’éloigne avec ma commande, Ange rajoute une assiette de la déprime au menu. Je ne sais pas de quoi il est question, mais tant que ça se mange… Je suis un instant des yeux Aaron alors qu’il s’éloigne vers les cuisines – non, non, je ne matte pas. Du tout. Avant de reporter toute mon attention sur Ange que je découvre les coudes sur la table à papilloner des yeux avec un air intéressé. Oh, oh.

Je reste la bouche légèrement entrouverte à la sortie d’Ange. Bon, et bien il faudrait sincèrement que je revois ma discrétion en public. Je n’ai pas vraiment envie qu’Aaron se retrouve face à tout un clan irlandais en colère parce que nos hormones envoient des signaux de fumée dès que l’on se retrouve dans la même pièce. Tentant de conserver ma dignité, je me contente d’un : « Vraiment ? » énigmatique. Enfin, c’était jusqu’à ce qu’elle parle de tension sexuelle. Si j’avais eu mon milkshake à ce moment-là, j’en aurais sans doute recracher la moitié mais je me contentais de lâcher bien malgré moi un petit couinement et de passer par cinquante nuances de rose et de rouge que mon maquillage ne cacherait sans aucun doute pas assez. Pour la discrétion on repassera. J’avais beau avoir une réputation de salope et ne pas m’émouvoir de tout ce qu’on me reprochait, parler de ma relation avec Aaron, c’était différent. Déjà parce que je n’en avais jamais parlé avec personne de crainte des représailles. Aussi parce que nos rencontres, c’était un peu mes bulles de confort à moi et que je tentais de les préserver. Mais au fonds, j’avais bien envie que quelqu’un d’autre soit au courant. Ne serait-ce que pour donner un aspect plus concret à tout ça. J’appréciais beaucoup Ange et puis, ce n’est pas comme si elle allait le répéter à ma famille. En tout cas, elle n’avait pas l’air horrifiée à l’idée qu’il puisse y avoir quelque chose entre nous. Noyer le poisson ne servait à rien. J’étais bien trop mauvaise à ce jeu-là. Sous son regard insistant, je décidais donc de jouer la carte de l’honnêteté.

« On est voisins. Tu connais ma famille donc t’imagines bien que j’ai eu interdiction de fréquenter le petit voisin non baptisé. On est devenus amis au lycée même si une fois rentrés on faisait comme si on ne se connaissait pas. Par rapport à mon père, tout ça. Et puis quand il est… mort. J’étais perdue. Je le suis toujours. Aaron a été là pour moi et on s’est ‘rapprochés’. »

J’avais encore bien du mal à parler de la mort de mon père. Ce n’était pas le sujet principal de la discussion. Le réel sujet était bien moins douloureux mais toujours aussi sensible. Aaron. J’avais volontairement abrégé, prise d’une timidité soudaine et qui ne me ressemblait plus. Je savais très bien pourquoi. Le tournant de notre relation était tout récent. On n’en avait jamais vraiment parlé tous les deux. Les étiquettes ce n’était pas vraiment notre truc à l’heure actuelle et, honnêtement, on avait en général d’autres priorités quand on arrivait à se retrouver.

Je tournais à nouveau la tête vers l’endroit ou se trouvait Aaron, prêt à réceptionner mon milkshake et l’assiette mystère de la demoiselle. Nos regards se croisèrent une demie seconde et pouf, électricité. Tension sexuelle, comme dirait Ange. Je me reconcentrais sur elle, prête à ignorer l’air goguenard que j’anticipais presque de la voir afficher. Ce qui était étonnant, c’était que je ne me rappelais pas m’être jamais autant confié à quelqu’un sur ma vie sentimentale. Surement parce qu’avant je n’en avais pas et que les personnes dont j’étais la plus proche faisaient partie de ma famille. Et je ne me voyais pas parler rapprochement et serveur sexy avec Braden ou Liam. Vraiment pas.
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MessageSujet: Re: 2 broke girls. {River}   Mar 14 Nov - 18:21



S'il y avait bien une chose qu'Ange aimait faire, c'était tout savoir sur la vie des gens. Leurs petits secrets, les rumeurs qui couraient sur eux, leurs fréquentations. C'était une véritable mine d'information. Si elle n'était pas autant centrée sur sa personne, elle aurait put mettre à profit sa curiosité vicieuse et son sens de l'observation pour élucider les mystères de la ville. Dommage qu'elle ne voit en Aster Cove qu'une espèce d'aura malsaine s'émanant principalement de ses habitants. Des aliens ? Ça n'existe pas. Des monstres ? C'est pour faire peur aux enfants. Les disparus ? Qu'est-ce qu'elle en avait à faire ? Seules les présents méritent le peu de considération qu'elle peut accorder aux autres. Au delà de ça, seuls leurs secrets l'intéressent. Qui a couché avec qui, qui a trompé qui, qui a raconté ceci ou cela sur qui. Ange pourrait faire courir elle aussi des mots sur les gens, dévoiler les secrets qu'elle avait découvert mais à qui ? Personne. Et quand bien même elle aurait une armée de petits sbires à son écoute, elle n'en dirait pas à un mot. Après tout, c'était son petit plaisir personnel.

Des rumeurs sur toi, y'en avait eut un sacré paquet. "Tu connais pas la dernière ? Tu sais, Monsieur Mathieu, le mec flippant qui vit pas loin de la forêt, le taulard, là ! Ouais, bah il parait que c'est son neveu et qu'il lui fait certaines choses, tu sais ? Dégueuuuux". "Ange ? Tu veux dire le mec qui écarte les fesses devant les quaterback ?". "Mais Vanessa, fais attention, t'as faillit toucher le casier du mec qui mets des jupes. On dit qu'il a le gay cancer, t'imagines ? Haha, bien fait pour lui !". "Bryan m'a dit que la petite amie de son cousin qui est la nièce du beau-frère d'un fonctionnaire de la CIA lui avait dit qu'il avait des soupçons comme quoi Ange serait en fait un espion des soviets !". Conneries sur conneries, Ange ne pouvait s'empêcher de noter toutes celles qu'elle entendait dans un petit carnet pour les relire avant de dormir. C'était un peu comme son petit plaisir de fin de journée.

Ce genre de chaleur entre deux personnes, Ange, elle connaissait pas. Quand elle craquait pour un garçon, ce n'était jamais réciproque, ou en tous cas, ça ne l'était jamais très longtemps. Ils se rendaient compte de la "supercherie", la laissaient tomber et elle devait ramasser les morceaux de son coeur brisé. Comme aujourd'hui, finalement. Mais à force, Ange avait l'habitude, elle ne se donnait plus la peine de le réparer et laisser les débris de ses amours à sens unique dans un coin, en les cachant sous un tapis de fierté. Et voir River et Aaron, cette amourette aux allures de drame shakespearien, ça l'aidait à oublier ses propres déboires amoureux. Alors elle lui parle de leur relation, brièvement de son père, du soutien de Mister Milkshake. Ange ne semble pas particulièrement atteinte par le sujet sensible de la conversation, soit le père de River. Elle avait assez de gens autour d'elle pour la couver et selon elle, c'était pas ça qui aller la faire avancer. Elle hausse alors un sourcil, le sourire aux lèvres.


- Vous vous êtes "rapprochés", hum ? Et je peux savoir à quel point vous vous êtes rapprochés, au juste ? Pas que ça me regarde mais je ne veux pas que mon serveur attitré soit moins efficace parce qu'il préfère batifoler à l'arrière de sa bagnole d'occasion.


Alors que tu esquisse un sourire amusé, le principal intéressé finit par revenir avec une grosse assiette de pancakes accompagnée d'un petit pot de sirop d'érable. Tu lèves les yeux vers lui et te redresse en voyant ta commande posée sur la table. Rien de mieux qu'une montagne de douceur pour soigner ton petit coeur. Et comme tu étais ce genre de personnes qui mangeait rarement gras et qui de toutes façons prenait difficilement du muscle, tu ne t'en faisais jamais pour ce genre de choses. Alors que tu saisies la bouteille pour verser le liquide sucré sur la pile de crêpes, tu poursuis la conversation en ricanant.


- N'empêche, le pauvre. Si jamais la bande du grand Braden O'Leary le soupçonne, il est définitivement mort. C'est dommage, il est mignon.

Pas très rassurante, la petite Ange. Mais en même temps, elle n'avait jamais été connue pour sa subtilité et son optimisme.

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MessageSujet: Re: 2 broke girls. {River}   Jeu 16 Nov - 22:57

Pourquoi ? Cette question jalonnait ma vie. Que ce soit mes propres pourquoi ou les pourquoi des autres. Mes pourquoi me pourchassaient tard le soir. La journée, j’arrivais à les rejeter dans un coin de ma tête. Même si les regards scrutateurs de ma famille ne m’aidaient pas. Mes pourquoi tournaient et retournaient toujours à la lisière de mon esprit. Pourquoi mon père avait-il jugé sa vie si insupportable qu’il avait préféré mettre fin à ses jours. Pourquoi m’avait-il abandonné ? Pourquoi n’avais-je rien vu venir ? Pourquoi est-ce que je ne lui suffisait pas ? Pourquoi ? Pourquoi ? Et quand je n’étais pas obnubilé par ça, je devais faire face aux pourquoi des autres. Pourquoi est-ce que je ne venais plus à l’église ? Pourquoi ce changement de look ? Pourquoi est-ce que j’étais subitement devenue une trainée. En fait, la cause était la même. L’ancienne River était morte en même temps que mon père. Je ne voulais plus croire en un Dieu qui m’avait pris mon père pour le laisser affronter ensuite les flammes de l’Enfer. J’avais eu besoin de changement. Je ne voulais plus, en me regardant dans le miroir, voir l’inutile petite River qu’on tenait éloignée de tout. La parfaite princesse O’Leary. Alors j’avais pris le contrepied de tout ca. J’avais détaché mes cheveux que je gardais en général sagement disciplinés et j’étais parti en ville. J’avais trouvé cette boutique aux vêtements modernes et le vendeur présent ce jour-là avait décidé de faire de moi son projet personnel. C’est comme ça que mon style avait changé du jour au lendemain. Quand à être une trainée, apparemment, un changement aussi brutal ne pouvait, d’après les bonnes âmes de la ville, n’être que la résultante d’une soudaine dépravation.

Et bien sur, je ne réponds pas à leurs pourquoi alors, forcément, l’imagination lycéenne étant fertile, les bruits courent. Et si je n’en tiens pas le compte, ça ne m’empêche pas de les entendre. Et d’en rire. Jaune, certes, mais d’en rire. Entre les messes basses concernant une possible relation clandestine avec mon oncle prêtre (yeurk !). Mes prétendues aventures avec la moitié des sportifs du lycée… En fait ce qui était plutôt drôle c’est que les gens m’imaginaient toujours avec des sportifs. Les copains de Braden. Alors qu’à force d’être entourée d’hommes ne jurant que par le sport, j’étais franchement vaccinée. L’objet de mes pensées inavouables était à l’heure actuelle en train d’attendre notre commande à l’autre bout du Diner. Ca me faisait tout drôle de parler de lui avec quelqu’un d’autre. Ca me sortait de ma petite bulle et lui donnait une réalité plus concrète. Et puis, ce que j’appréciais chez Ange, c’était qu’elle ne s’apitoyait pas sur mon compte. Elle n’avait pas cette pitié lancinante dans le regard quand j’évoquais mon père et semblait bien plus intéressée par l’histoire que j’étais en train de lui raconter. J’écoutais ses questions et me demandais comment y répondre jusqu’à sa remarque sur le batifolage à l’arrière d’une voiture. Je manquais de m’étouffer alors qu’une chaleur traitresse se répandait sur mes joues jusqu’à la pointe de mes oreilles, signe plus que clair de mon embarras. Je tentais tant bien que mal de sauver les meubles en bafouillant un charabia incompréhensible mais c’était inutile. River O’Leary ou la discrétion incarnée. Il fallait vraiment que j’apprenne à mieux masquer mes émotions. Seulement voilà, on ne m’avait pas appris à dissimuler. Et le sourire amusé d’Ange ne m’aidait pas à retrouver le contrôle de mes joues rouges de gêne. Le retour d’Aaron avec pancakes (c’était donc ça la fameuse assiette de la déprime) et de mon milkshake ne mit même pas fin à mon embarras. Le contact visuel entre nous reste réduit afin que je ne me transforme pas en écrevisse. Et tandis qu’Aaron s’éloigne, Ange en remet une couche alors que je me prends la tête dans les mains de désespoir. Elle a mis le doigt sur le nœud du problème.

« Braden… Je l’adore mais il ferait mieux de s’occuper de sa propre vie. Mais avec lui on peut discuter. C’est plutôt Liam qui m’inquiète. Et mon Oncle Patrick. Le Père O’Leary. Tous mes oncles en fait. Dans tous les cas, ils vont tous risquer l’infarctus. Dans leur tête je dois rester la pure, parfaite et innocente petite River. Ce serait un vrai bordel. »

J’avais plus juré ces derniers mois qu’en 18 ans d’existence. Et la plupart des gens ne s’y étaient pas encore habitués. J’avais fini par retrouver ma maîtrise de moi et faire disparaitre toute rougeur équivoque de mes joues.

« Mais le but, c’est qu’ils ne se rendent pas compte de tout ça dans l’immédiat. »

Par ça j’entendais la relation non définie que j’entretenais avec Aaron. A mi-chemin entre passion et amitié, amour et désir. Corps et cœur. Je n’avais aucune idée d’où placer les curseurs. Je ne demandais pas à Ange de garder le secret. Elle ne me devait rien et de toute façon, c’était à elle de décider ce qu’elle ferait de cette information. Mais, pour le bien être d’Aaron, j’espérai vraiment que rien ne remonterait aux oreilles de ma famille. Ce n’était qu’une question de temps bien sûr. Aster Cove n’était pas une grande ville et, nous n’étions pas très doués pour nous tenir à carreaux. Tandis que je sirotais mon milk-shake, je me rendais compte que mes péripéties avaient du bon, Ange ne semblait plus trop penser à l'abruti de tout à l'heure.
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MessageSujet: Re: 2 broke girls. {River}   Dim 19 Nov - 18:56





Quand elle cherchait bien dans ses sombres souvenirs amoureux, il t'arrivait de penser à Jonah. Cet amour de vacances, le premier jeune à qui tu as parlé en arrivant ici. Un visage doux, sans doute le garçon le plus attentionné à qui tu avais eut affaire jusqu'ici. Un garçon simple, sans histoires, gentil. Et finalement, ce fut le premier à briser ton coeur. Une fissure profonde que tu ne fais reboucher maladroitement avec des garçons ne lui ressemblent même pas. Elle s'en souvient encore de cette phrase. "Je sors pas avec les garçons, moi". "M'imaginer avec toi, te toucher, t'embrasser, ça me dégoutte maintenant que je sais qui tu es vraiment.". "Je suis désolé, Ange. Mais je suis incapable de passer au-dessus de tout ça.". Ange serre les poings alors que River commence à parler de Braden. L'espace d'un instant, elle semble juste en colère. Elle coupe alors nerveusement les pancakes - ou plutôt, les déchiquette - avant d'en engloutir plusieurs grosses bouchées. Elle avale rapidement pour répondre à River, tout en massacrant son plat.


- Tu sais quoi ? C'est ça qui me fait chier, chez les mecs. T'as pas le droit d'être toi même. T'as pas le droit de faire ce que tu veux, t'as pas le droit d'avoir un avis, une envie, un rêve. T'es obligé de suivre ce qu'on te dit, t'es obligé d'être comme tout le monde. Si t'as envie de fréquenter ce garçon, fais le, O'Leary ! Ils ont pas le droit de t'enfermer dans leurs idéaux à la con de fille parfaite ! Et si jamais quelqu'un te fait une remarque, bah tu lui craches à la gueule ! Merde, alors !


La pauvre assiette de crêpes ne ressemble plus à grand chose maintenant qu'Ange a passé ses nerfs dessus. Les serveurs du dinner ne semble par plus surpris que ça par la soudaine fougue destructrice dont faisait preuve la petite poupée. Après tout, à chaque fois qu'Ange avait une peine de coeur, elle finissait toujours par se venger sur une assiette de pancakes, l'assiette de la déprime. Elle n'était absolument pas du genre à pleurer pendant trois jours. A la limite, elle versait quelques larmes mais sa fureur la rattrapait bien vite. Elle n'avait de fragile que le physique et préférait frapper plutôt que de se laisser abattre. Les mauvaises langues disent que c'est son côté "mec". Elle préfère se dire qu'elle est juste une Femme Forte.

Ange pose les couverts sur l'assiette, ayant laissé une partie du plat à River. Elle balance ses cheveux vers l'arrière, comme à son habitude avant de pousser un simple soupire, comme soulagée. Elle avait relâché la pression, ça allait mieux. Et maintenant qu'elle s'était bien lâchée, elle peut de nouveau se recentrer sur le sujet Aaron. Maintenant qu'elle habitait à Aster Cove avec Théodore, elle n'avait pas vraiment de restriction. Après tout, son oncle semblait bien se moquer de ce qu'elle pouvait faire et avec qui. Quand elle habitait au Japon, sa mère, trop occupée à essayer de tuer sa culpabilité, ne faisait aucunement attention à ses fréquentations, se contentant de la couvrir de cadeaux sans intérêt. Son père, quant à lui, faisait souvent part de ses inquiétudes à sa fille. Mais il suffisait d'un regard d'Ange pour qu'il se laisse simplement amadouer. Pour ce qui était du reste de sa famille, elle n'avait vu son oncle Alexendre, aîné de Théodore et de son père, qu'une fois, alors qu'elle devait avoir cinq ou six ans. Ses grands parents, paternels ou maternels, refusaient de la voir et ce n'était peut être pas plus mal. Ange, elle arrivait pas à comprendre comme une personne qui partageait le même sang qu'une autre puisse être aussi peu tolérante envers sa propre famille.


- Quoi qu'il en soit, Aaron et toi faites un très joli couple. Alors, si garder votre relation secrète peut la préserver, faites donc. Je te proposerais bien de te couvrir, mais je doute que Papa Patrick soit ravi de te savoir avec moi plutôt qu'avec le mignon petit serveur du dinner, haha !


Elle ricane en imaginant la tête du prêtre en voyant la petit O'Leary en compagnie de la bête curieuse de la ville. Rien qu'à voir les têtes des gens du lycée quand elles sont sorties toutes les deux, Ange s'attendait à voir les jumeaux devant la porte de sa cabane en rentrant chez elle, avec des battes de base-ball et tout un gang avec eux. Avoir des beaux garçons qui t'attendent quand tu rentres à la maison, pourquoi pas. Avoir un gang qui t'attends pour te casser la gueule parce que tu as une mauvaise influence sur la petite princesse de la famille, c'était moins cool. Et encore, Ange ne faisait que prendre un milkshake avec River. Elle n'osait même pas imaginer ce qu'ils feraient à celui qui se la tape à l'arrière de sa caisse. Alors qu'elle reprends son verre, elle repose ses yeux sur O'Leary.


- Sinon, ça dure depuis combien de temps cette petite amourette secrète ? Je veux des détails. Oh, et si tu t'inquiètes que je le raconte à quelqu'un, je te rappelle que je n'ai pas d'amis et que les gens préfères graver "GAY" en grand sur mon casier. Soies sans craintes, O'Leary.


La légèreté avec laquelle elle prends sa situation à Aster Cove High en est presque touchante. Au delà de ça, elle lui permets surtout d'effacer entièrement la frustration accumulée au fil du temps. Comme une sorte de petite pause, pour rire de tout et de rien. Ça lui faisait du bien, en quelques sortes. Puis, Ange préférait largement se moquer de la bêtise des autres plutôt que de pleurer sur ses problèmes.



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MessageSujet: Re: 2 broke girls. {River}   Lun 27 Nov - 13:52

Ange en colère, c’était assez impressionnant. Cela donnait une toute nouvelle dimension à son visage de poupée. S’il est vrai que j’avais assez peu fait attention à elle jusqu’à ce jour, j’avais pu observer de nombreuses facettes de sa personnalité ces dernières heures. Je l’avais vu triste, fragile, forte et maintenant en colère. Et ce qui était le plus étrange, c’est qu’elle était en colère pour moi. C’était assez nouveau. Bien sur, mes cousins passaient par toute une palette d’émotions lorsqu’il était question de moi mais, parmi mes anciens amis, personnes ne s’était jamais vraiment intéressé à moi. Nos discussions restaient scolaires, stériles. Enfermée dans ma bulle de perfection, cela créait une distance entre moi et les autres. Maintenant que cette bulle avait éclatée, j’étais enfin à même de m’ouvrir. Mais à qui ? En vérité, Aaron et Ange étaient les seules que j’avais laissé m’approcher. Il y avait Evie aussi, bien sûr, mais elle était déjà là avant tout ça.

N’empêche voir la petite poupée assassiner son assiette de pancakes et l’engloutir en quelques coups de fourchette, c’est un brin effrayant. Je hoche la tête à ses propos. Bien consciente qu’elle a raison.

« C’est ce que ma mère a fait. Elle ne supportait plus tout ça et elle a juste décidé de partir. Pour suivre ses rêves. Ce qui est assez drôle c’est que même si mon père a tout fait pour masquer toutes les traces de son existence, nos rêves sont au final très semblable. Et j’en ai ras le bol d’essayer d’être parfaite. C’est bien trop fatiguant. Je préfère mettre mon énergie ailleurs. Même si ça a l’air de les terrifier pour je ne sais quelle raison. Ils sont bien capables de tout gâcher en pensant bien faire. »

Picorant dans l’assiette de pancakes, je renonçais ensuite à faire remarquer à Ange qu’Aaron et moi n’étions pas un couple à proprement parler. Des amis oui. Qui se retrouvaient très souvent pour de petits apartés torrides, certes. Mais aucun de nous ne s’était réellement attardé à qualifier ce qui se passait entre nous. Alors qu’elle évoquait mon oncle, je ne pu retenir l’étincelle de fureur qui s’allumait dans mon regard dès qu’il était question de lui. Depuis qu’il avait refusé à mon père une cérémonie digne de ce nom, je lui en voulais énormément. Je ne m’étais plus approchée de l’Eglise et je refusais catégoriquement de le voir.

« Mon Oncle peut bien aller se faire voir avec ses principes rigoristes du Moyen-Âge. Je ne lui ai pas adressé la parole depuis deux mois et je compte bien m’y tenir. »

Les pauvres pancakes venaient de souffrir un peu plus. La fureur des femmes était une véritable force de la nature et personne au Dinner ne fit mine de trop vouloir s’approcher de notre tablée de peur de finir dans le même état que les malheureux pancakes. C’est vrai, après tout, que mon Oncle va piquer la colère du siècle en apprenant qu’on m’avait vu me balader en ville avec Ange. Pour lui de toute façon, tous ceux qui ne rentrent pas dans son moule sont des erreurs de la nature. Les personnes ne partageant pas sa religion des païens impies et les communistes la lie de l’humanité. Tomber dans ses bonnes grâces si l’on n’était pas catholique, pratiquant et coincé au possible s’avérait dès lors très difficile. A côté du jugement du Père Patrick O’Leary, les regards de tous nos compagnons lycéens étaient on ne peut plus sympathiques. Pensive, je reportais mon attention sur mon milkshake qui s’était vidé à une vitesse sidérante. Alors comme ça, Ange voulait des détails ? Ca ne m’étonnait pas vraiment.

« De toute façon, tu en sais déjà assez pour que je finisse enfermée à vie au presbytère de Tonton Patrick. En fait… ce n’est pas si vieux. Un peu plus d’un mois. Il était en train de m’apprendre à jouer aux Arcades et pouf, on s’est retrouvés dans sa voiture en pleine forêt. »

Je soupirais, des flashs de ce moment torride – et des suivants – me revenant en mémoire. Enfin bon, je n’allais pas entrer sans ses détails .

« Mon cerveau a tendance à griller quand il est dans les parages. C’est un peu effrayant. »

Reprenant mes esprits, je revenais sur une phrase qu’elle avait dit un peu plus tôt.

« Et au fait, après tout ce que je viens de te raconter, tu en as une d’amie. Que tu le veuilles ou non, d’ailleurs. Et si quelqu'un s'amuse encore avec ton casier, je commence à devenir plutôt douée pour les coups de genoux. »

J’avais dit cela d’un ton on ne peut plus sérieux. Ange avait passé bien trop de temps en solitaire. Et puis franchement, je l’aimais bien cette petite poupée à la langue bien pendue. Son mordant et ses remarques sarcastiques m’amusaient beaucoup.
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MessageSujet: Re: 2 broke girls. {River}   Mer 29 Nov - 11:29




Cette colère, on sait tous les deux qu'elle n'est pas pour River. Ou pas directement, tout du moins. Tu ne pouvais t'empêcher de voir des blessures du passé à travers les propos de la petite princesse. Ta plus grosse honte. Les morceaux de ton coeur recollés grossièrement avec un peu de colle à paillettes. Les cicatrices cachées sous un drap de velours. Et les paroles de River qui écartaient ces pensées de ton esprit. S'intéresser à quelqu'un d'autre que toi faisait bizarre. Après tout, si la solitude avait bien un point positif, c'était qu'elle te permettait de te concentrer sur toi et uniquement toi. Des amis, tu avais essayé d'en avoir. Mais à chaque fois, c'était la même chose. Ils se rapprochaient de toi pour vérifier si les rumeurs étaient vraies ou fausses puis allaient casser du sucre derrière ton dos une fois l'information obtenue. Avec le temps, t'avais apprit à les faire fuir avec une franchise mauvaise, une attitude arrogante, condescendante, une vraie langue de vipère. Les hypocrites préservaient leurs fiertés et se retiraient, la queue entre les jambes. Les timides se sentaient blessés et repartaient, déçus. Mais Ange s'en fichait. Elle voulait qu'on l'aime et qu'on l'accepte en entier, et pas juste les morceaux qui arrangeaient les autres. Pas juste son visage de poupée. Pas juste ce qu'elle cachait son sa jupe. Mais les deux.

River se mets à parler de ses parents. Elle évoque sa mère, qui a suivit ses envies. Puis son père, qui s'est voilé la face jusqu'au bout. C'est étrange mais mes parents ressemblaient un peu à cette description. Aoki avait suivit cette vie parfaite de mère de famille japonaise sans se soucier de l'enfant qu'elle avait conçu avec son jeune amant. Hugo s'était enfoncé dans l'idéalisation de son premier amour, espérant tous les jours qu'elle revienne pour lui, pour nous. Mais contrairement au père de River, notre père n'a pas cédé à la facilité du suicide. Peut être que s'il avait été dans le même milieu que les O'Leary, il se serait donné la mort ? Ange y pense, parfois, et ça la rends toute mélancolique. Au final, Hugo est heureux avec Aoki et le vilain petit canard est exilé parce qu'il a été trop gourmand.  

Tu restes silencieuse, River se venge à son tour sur les pancakes. Elle ne portait pas Patrick dans son coeur (Toi, il te faisait surtout rire avec cet énorme balais coincé dans le cul). Alors qu'elle exprime ouvertement son mécontentement envers son oncle, tu l'interrompt pour ajouter, la tête haute.


- Se faire foutre, O'Leary. Se faire foutre. N'aies pas peur des mots, surtout lorsque tu es en colère.


Dit-elle, le plus sérieusement du monde. Tu faisais la maligne mais si Camille t'entendait déblatérer tout ce tas de grossièretés, tu passerais un sale quart d'heur. Ah, Camille ! Celle que tu avais longtemps prise comme exemple maternelle, celle que tu associais le plus à une mère. Car si Aoki était ma génitrice, c'est Camille qui t'avais donné naissance. Cette élégance, cette grâce, ce regard, cette douceur. Une grande dame qui avait elle-aussi eut beaucoup de problèmes avec son corps, plus jeune. Il y avait Camille, l'ami d'enfance de ton père, le garçon fragile, à la silhouette menue et bégaiement bien appuyé. Puis il y avait Camille, la charismatique propriétaire du Crystal Boy, ce pub décomplexé, cet empire qu'elle avait fondé elle-même, de ses mains gantées. Il faudrait que tu penses à lui écrire une lettre, pour lui donner des nouvelles. Lui parler de Jonah. D'Isha. De Mackenzie. De Victoria. Mais aussi de Jessica. De Dave, peut être. De Walter et Evie. Du professeur Caldwell. D'Aaron. De River.    

Elle fait le récit du début de leur relation devant les yeux attentifs du petit ange. Décidément, ce genre d'histoire avait toujours cet aspect un peu interdit, voire érotique. Et même s'ils ne semblaient pas être un couple à proprement dit, Ange ressentait bien cette connexion entre eux. Ce n'était pas que du désir brute et simple, sans fond. Il y avait quelque chose de bien plus fort sous toute cette couche de tensions. Mais ce n'était pas à elle d'intervenir. Les principaux concernés s'en rendraient bien compte un jour ou l'autre. Et la remarque de River ne fit que confirmer ses doutes. Elle affiche donc un sourire satisfait, presque fière de son analyse. C'était mignon, la jeunesse des sentiments, après tout.

Mais alors qu'elle gardait se rictus vainqueur, elle déchanta bien vite lorsque River la qualifia d'amie. Une amie. Une amie ? L'était-elle vraiment ? Méritait-elle ce titre ? Avait-elle le droit d'être l'amie de River O'Leary ? La popularité de River avait beau avoir subit beaucoup de coups, elle restait membre d'une classe supérieur, d'une race qui n'était pas la notre. Tu rougis, maintenant ? Ton regard ne veut plus l'affronter et tu attrapes ton milkshake pour le terminer en quelques gorgées. Que t'arrive-t-il, Ange ? Depuis quand es-tu embarrassée par de si petites choses ? La vérité est que tu as bien envie que River soit ton amie. Mais que tu as juste peur. Peur de tout ce qu'implique l'amitié. Y'a-t-il un jour dans ta vie où tu arrêteras d'être pessimiste, Ange ?


- Une amie, hein ? Ouais, j'imagine. Dit-elle, faussement fière. Elle laisse planer un silence avant de poser une question qui lui brûlait les lèvres. Dis-moi, River. Si ... Si tu devais revoir ta mère, un jour. Comment tu réagirais ?



Tu poses cette question de manière très innocente. Plus que de la curiosité, tu veux voir comme les autres enfants dans ton cas auraient réagit s'ils avaient la même chance que toi. Celle de revoir ce parent disparu. Une mère, qui plus est. Les gens disent qu'elles sont importantes. Toi, tu n'es pas vraiment de cet avis mais peut être que River en aura un autre ?

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MessageSujet: Re: 2 broke girls. {River}   Mar 12 Déc - 22:29

Beaucoup de choses avaient changé depuis le décès de mon père. C’était comme si je m’étais réveillée d’un long sommeil. J’avais décidé de me réinventer. En grande partie pour oublier. Ange avait raison sur ce point, une fallait une perte tragique pour pousser quelqu’un à changer ainsi du tout au tout. J’avais laissé tombé les chemisiers de petite fille de bonne famille et les blazers et serres têtes dignes d’un uniforme scolaire anglais pour mes jupes courtes et des tee-shirts échancrés. C’était une façon de me sentir plus libre. Une rébellion contre tout ce qui avait été mon moi d’avant. Ce moi qui n’était pas assez bien pour que mes parents restent à mes côtés. J’avais arrêté de refoulé mes envies et je les avais carrément embrassées. Surtout en ce qui concernait mon attirance pour Aaron. On pouvait même dire que dans ce cas, j’étais allée jusqu’au bout et bien au-delà.

Et pourtant, les jurons et les blasphèmes n’arrivaient pas encore à passer mes lèvres. Je les pensais je les tournais et retournais comme on savoure un bon vin et pourtant, j’étais incapable de les dire à voix haute. Comme si un filtre invisible m’en empêchait. C’était complètement ridicule mais pour l’heure je n’y arrivais pas.

« Je sais bien que c’est ridicule mais je n’arrive pas encore vraiment à jurer. Enfin, depuis peu le mot ‘connard’ ça passe mais je n’arrive pas à aller plus loin. Je suppose que ça viendra avec l’entrainement. »

Qui sait peut être qu’un jour les ‘putain’, ‘foutre’ et autres ‘nom de Dieu’ me viendraient naturellement et que je jurerais comme un marin albanais mais pour le moment ce n’était pas encore le cas.

C’est drôle tout de même, de voir à quel point mon histoire avec Aaron semble intéresser Ange. Et mettre des mots sur tout ça me force à faire face à des questions que j’avais soigneusement négligé jusqu’ici parce qu’il était plus confortable de se laisser porter. Qu’est ce qu’on était exactement ? Comment est-ce qu’on allait réussir à garder notre relation secrète alors que tous ceux qui nous voyaient ensemble risquaient de parvenir aux mêmes conclusions qu’Ange ? Qu’est ce qu’on allait faire quand il faudrait ajouter le monde à l’équation déjà complexe de notre duo ?

Mais mieux vaut ne pas s’attarder dans les eaux troubles et tumultueuse de mes sentiments, il y avait de quoi s’y perdre et, si je devais un jour m’y noyer, autant que ce ne soit pas alors que je faisais la connaissance d’une nouvelle amie. Amie. Apparemment ce qualificatif semblait grandement perturber Ange. C’était un concept si simple et pourtant si complexe. Avais-je seulement eu de véritables amies jusque-là ? La vie m’avait montré que non. Des connaissances tout au plus. Mais là, en quelques heures, je m’étais plus ouverte à Ange qu’en des années à côtoyer mes anciennes ‘amies’. Donc oui, elle méritait bien mieux ce qualificatif que n’importe qui d’autre. Aaron et Evie ne comptaient pas car l’un comme l’autre avaient transcendé cette catégorie pour devenir des piliers fondamentaux de ma vie. Puis viens LA question. Celle que je me pose depuis si longtemps. Comment est-ce que je réagirais si je me retrouvais face à ma mère ? Je n’étais pas sure. Se bousculais ce que je voulais faire, ce que je pourrais faire. En fait je ne savais pas vraiment comment je réagirais. Mais Ange attendait une réponse alors c’est le regard un peu perdu que je répondais, d’une voix toute hésitante.

« J’y ai beaucoup réfléchi. Une partie de moi se raccroche aux souvenirs de celle qui venait me border le soir et qui me chantait les grands classiques de Broadway pour m’aider à m’endormir. Quand je repense à ses souvenirs là, parfois, j’ai presque envie de lui pardonner. C’est ça qui me donnait parfois envie de la chercher. Mais il y a l’autre partie, beaucoup plus présente, pleine de colère. Elle a choisi de partir, elle m’a abandonné. Sans un regard en arrière. Pas de coup de fil. Pas de carte. Pas un vœu d’anniversaire. Rien. Elle a tiré un trait sur mon existence alors pourquoi est-ce que je ne pourrais pas faire pareil ? Du coup je ne sais pas trop si je me retrouverais à pleurer dans ses bras, si je la giflerais ou si je lui tournerais tout simplement le dos. Peut-être un mélange hideux des trois. Mais avant tout ça, je crois que je lui demanderais simplement pourquoi, pourquoi je n’étais pas suffisante. »

Je braquais mon regard sur une des salières posées sur la table dans le simple but d’essayer de détourner l’attention des larmes qui risquaient de perler à mes yeux. Je clignais une fois, deux fois, trois fois, le temps de reprendre une contenance. Et j’y arrivais au prix d’un gros effort. J’essayais ensuite de détourner l’attention de moi tout en en profitant pour résoudre une nouvelle interrogation.

« Mais dis moi, pourquoi ça t’intéresses autant ? »

Aucun reproche dans ma voix, simplement un vrai questionnement. C’était tellement rare qu’on m’interroge sur ma mère ici, à Aster Cove. Comme si elle était devenue un sujet tabou dont on ne devait parler qu’avec une extrême précaution et de préférence quand je n’étais pas dans les parages.
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MessageSujet: Re: 2 broke girls. {River}   Mer 13 Déc - 12:14




Aoki Delacourt. Mahieu. Ex-Ito. Aoki et ses cheveux courts, ce noir intense typiquement asiatique. Ses yeux en amande. Ses prunelles clairs, ce mélange du gris de sa mère et du bleu océan de son père. Son sourire tendre, son rire enfantin, sa silhouette menue et légère. Sa démarche. Ses caresses. Ses regards. Tous ces détails qu'Ange n'avait connu qu'à travers les rêveries de son père. "Tu lui ressembles tellement, Ange". Ces rares moments où son père m'appelait par son prénom féminin. Parfois, j'en venais même à me demander si tu n'étais pas qu'une pâle copie d'Aoki. Et si toute ma vie n'était basée que sur l'idéalisation de ma génitrice par mon père ? Si son soutien, ses compliments, ses encouragements n'avaient pour seul but que de cloner son premier et unique amour ? Ou plutôt, le souvenir qu'il en avait. Car, après l'avoir rencontré, je n'ai pas du tout eut l'impression de rencontrer la femme décrite par Hugo.

La Aoki que j'ai connu était fade. Une jeune divorcée. Un enfant arrogant. Des yeux éteints. Des sourires faux. Des attentions vaines. Et, le pire de tous, ce comportement, cette manière qu'elle avait de faire croire à tout le monde que tout allait bien. Moi, je sais. Je sais qu'elle n'aime pas mon père. Elle a peut être beaucoup d'affection pour lui, comme une sorte d'envie de le protéger. Mais ce n'était pas de l'amour. Son amour, c'était son ex-mari, celui qu'elle avait trompé dans un moment de faiblesse et de solitude. Mais elle restait avec lui parce qu'elle avait peur d'être de nouveau abandonnée.

Le souvenir de la mère de River te fit réfléchir. A l'époque, tu étais trop jeune pour te rendre compte de la situation. Te rendre compte des ampleurs de l'abandon. River voulait savoir pourquoi sa mère était partit. De ton côté, tu connaissais déjà ta réponse. Pour sa vie. Parce qu'elle considérait que tu n'étais pas assez importante pour en faire partie. Tu n'étais pas assez importante. Je n'étais pas assez important pour elle. Mais ce n'était pas grave. Parce qu'elle n'était rien pour moi. Juste un conte pour enfant que l'on me racontait avant de dormir. Rien qu'un mythe.

Finalement, les mères n'étaient pas toutes aimantes et impliquées. La mère de River avait cette égoïsme semblable à celui d'Aoki. Deux femmes qui avaient abandonné leurs enfants pour vivre la vie dont elles rêvaient. Est-ce que le fait que tu soies là, à Aster Cove, était la preuve que tu ne méritais toujours pas de faire partie de sa vie ? Tu t'interrogeais. Et bien souvent, la réponse sonnait comme une évidence. Les yeux de River s'égarent, chassent la pluie et forcent le beau temps. Mais les nuages planent encore et l'ange se perd dans la brume de ses prunelles. Tu pourrais lui dire de pleurer, de se laisser aller. Mais ce n'était pas ton genre. Alors tu te contentes de te redresser en arrangeant tes cheveux, fermant les yeux devant ce moment de flottement. Mais la princesse O'Leary s'interroge, tu hausse un sourcil.


- Simple curiosité, j'imagine.


Tu avais beau t'être rapidement entendue avec River, il était encore trop tôt pour que tu puisses déballer toutes tes inquiétudes. Tu avais trop souffert des fausses amitiés, tu t'étais habituée à cette solitude, tu y avais même trouvé un certain réconfort. Toutes les choses que tu pouvais dire pourraient, un jour, se retourner contre toi, d'une manière ou d'une autre. Alors tu cachais, tu te taisais et tu racontais parfois des mensonges pour satisfaire la curiosité malsaine de certains. Tes plus grosses hontes, personne ne les connaissaient, et tant mieux. Il y avait bien Aaron qui était au courant pour Jonah. Mais tu n'avais pas honte de cette histoire. Ça te rendait juste triste. Il y avait bien moi qui te rendait honteuse, mais je n'étais plus un secret pour personne. Tu finis par pousser un soupire en répliquant, l'air de rien.


- En tous cas, cette petite sortie n'était pas trop mal. Puis, manger les pancakes de la déprime avec quelqu'un autre que moi-même, ça fait moins pathétique. Dit-elle en détournant le regard, un sourire naissance au coin des lèvres.


Un jour peut être, tu lui raconterais l'histoire de ta naissance, des raisons pour lesquelles tu es à Aster Cove et peut être même qu'elle aura la chance de me voir. Moi. Isaac.



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MessageSujet: Re: 2 broke girls. {River}   Dim 1 Avr - 13:54

La question d’Ange avait ouvert la vanne à tout un tas de souvenirs que j’avais bien enfouis. Les rires de mes parents, leurs échanges de regards débordants d’amour. Oh oui, ils s’étaient aimés, je le savais, je m’en souvenais. Les albums photo que mon père conservait dans sa chambre en témoignaient. Ils s’étaient rencontrés au lycée. Un amour digne de cinéma entre la tête d’affiche de la comédie musicale et le joueur de foot. Ils s’étaient mariés à peine le lycée fini et j’étais né dans la foulée. Je me demandais à présent si ce mariage précipité n’avait pas eu pour but de masquer le fait qu’ils avaient bien anticipé leur nuit de noce. Ils avaient été heureux mais avaient aussi dû abandonner leurs rêves. Et parfois, l’amour se fane et n’est plus suffisant. L’appel de la scène avait été plus puissant que l’amour d’un mari et celui d’un enfant. La douleur de l’abandon était encore cuisante. Peut-être plus encore parce que la scène m’appelait moi aussi. J’avais hérité du même mal lancinant que ma mère. Je lui ressemblais bien trop, à cette femme qui avait irrémédiablement brisé mon père. C’était peut-être pour ça que mes oncles me gardaient sous cloche, qu’ils étaient d’une vigilance constante à mon égard. Des sentiments qu’ils avaient transmis à leurs enfants et qui rendaient mes cousins si protecteurs. Grandir entouré de tant de murs protecteurs n’avait pas été facile, mais… Grandir seul avec un père au cœur brisé aurait sans doute été bien pire. J’avais grandi entourée d’amour. Parfois suffocant, parfois intrusif mais toujours sincère. Je savais que malgré tout, peu importe mes choix, ils seraient là.

Peut être étais-je un peu naïve car jusqu’il y a peu, j’avais toujours cru que mon père resterait la pour moi. Enfin… si j’étais parfaitement honnête, j’admettrais que le jour du départ de maman, une part de son âme était déjà morte.

Ange dit n’avoir posé la question que par curiosité mais je sens qu’il y a plus. Je ne la brusquerais pas. Ce n’est pas mon rôle et notre relation bien trop fraîche. Mais je sens que derrière l’attitude et le maquillage, se cache un être bien plus complexe qu’on ne pourrait le croire au premier abord et cela titille ma curiosité. Je n’avais qu’un seul secret et Ange le connaissait à présent. Ma nouvelle amie embraya très vite sur un sujet moins glissant et je lui en fut infiniment reconnaissante. Je lui adressais un sourire sincère, un de ceux qui se faisait si rares ces derniers mois.

« Il faudra qu’on se refasse ça un de ces jours. J’ai Physique en dernière heure demain matin, on pourrait manger ensemble. Enfin, si tu veux ! Je ne te force pas. »

J’allais continuer ma tirade, lorsque les portes du Diner s’ouvrirent sur une silhouette bien trop connue portant l’uniforme de notre équipe de foot. A voir sa tête, Braden n’était pas content. En quelques enjambées il se planta devant moi avec sa tête de papa poule contrarié.

« Sérieux Riv, tu sais depuis combien de temps je te cherche ? J’ai promis à mon père de te ramener directement après l’entrainement. Il va m’assassiner. »

Comme s’il retrouvait brusquement ses manières, Braden se tourna ensuite vers Ange, se massant d’une main l’arrière de la nuque, l’air un peu gêné. J’avais presque envie de me moquer de lui.

« Oh. Heu. Salut ! »

Wahou. Si j’avais su qu’Ange avait un tel pouvoir pour réduire Braden au silence, j’aurais cherché à faire sa connaissance depuis bien longtemps. Bien que poli, il semblait mal à l’aise, comme s’il ne savait plus trop quoi faire de son corps ou de ses bras. Il restait donc là, sans trop savoir que faire ou que dire. Comme je n’étais décidément pas décidée à le sortir de son embarras, il fini par prendre un des derniers morceaux de pancake (qui avait subi le courroux d’Ange un peu plus tôt) et de l’engloutir avant de me voler la fin de mon milkshake pour le faire passer.

« Mais surtout fait comme chez toi ! »

J’échangeais un regard consterné avec Ange avant de hausser les yeux au ciel.

« Bon, comme je ne veux pas avoir sa mort sur la conscience, je vais y aller. Penses-y pour demain ! »

J’adressai un clin d’œil à Ange avant de me diriger vers le comptoir pour régler l’intégralité de nos additions. J’en profitais pour capter le regard d’Aaron dans le dos de Braden. La clandestinité avait un petit côté excitant. Mon cousin n'avait pas réagi tout de suite et fidèle à ses bonnes manières, disait au revoir à Ange alors que je me retournais.

Un dernier signe de la main à ma camarade de Pancakes plus tard et nous étions en route pour la maison de Braden. Quelle journée !
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