Dans la petite ville d'Aster Cove, des choses étranges se passent...

 
AccueilAccueil  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 [ FLASHBACK] Falling appart | Jessica Banner

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Admin
Kenny Holland
Messages : 405
Emploi : En quête de lui-même. Branleur, sinon.
Sur ton walkman : Billy Idol - Hot In The City
MessageSujet: [ FLASHBACK] Falling appart | Jessica Banner   Ven 2 Nov - 23:19


Kenny & Jess
Falling appart
Ils étaient rentrés dans une routine, en deux jours passés ensemble. Chacun de son côté, le silence comme seul lien et quelques regards pour perturber leur tranquillité mutuelle, une dispute lorsque l’ennui devenait trop fort, rien d’inconfortable. Se mêler de ses affaires. Ne pas fouiner celles de l’autre. Ça fonctionnait bien. Ça lui allait bien. Kenny n’était toujours pas spécialement content de partager sa chambre avec Banner, mais il ne s’en accommodait pas si mal depuis que les drogues dures avaient quitté le système de la jeune femme. Il fallait dire qu’en contraste avec l’insupportable chouineuse à laquelle il avait eu affaire lors de leur première matinée, Jessica faisait désormais presque figure d’ange. Non pas qu’il allait lui dire.

Poussant un soupir, Kenny releva le nez de son comics pour lancer un regard au dehors. Il commençait à connaître le paysage par cœur, à force, mais il ne parvenait pas à s’en lasser. Des collines paresseuses que caressait parfois la brume, les arbres verdoyants de la fin du printemps, baignés d’un soleil si brillant qu’il brodait parfois le vert de leurs feuilles d’un peu d’or, les silhouettes lointaines d’animaux sauvages affrontant l’extérieur de la forêt pour étirer leurs pattes à la faveur du crépuscule. Les scènes semblaient intemporelles, prisonnières d’une boucle éternelle dans laquelle il ne serait jamais plus qu’une goutte, un grain dans le sablier géant de l’existence. C’était rassurant, d’une certaine manière, de n’être rien comme ça, de songer que ses malheurs n’étaient pas si grands à l’échelle de la vie.

Une biche était en train de sautiller dans le champ qui bordait les bois. Son pelage semblait noir dans la lueur mourante du soir, mais elle était reconnaissable par sa démarche gracile. Ses doigts le démangèrent soudain de la dessiner, de se saisir de n’importe quoi et d’inscrire ce tout petit instant dans l’éternité. Au lieu de cela, la porte s’ouvrit. Deux hommes pénétrèrent l’enceinte de la pièce, leurs regards fixés sur le sien. Ce n’était pas pour Banner qu’ils étaient là. La pensée comprima instinctivement ses entrailles, et il lança sans y songer une œillade alarmée à la jeune femme avant de reporter son attention sur le personnel médical. Une angoisse viscérale s’était emparée de ses chairs. Il la sentait, grouillante, remonter le long de son œsophage pour mieux l’étouffer. L’apaisement de l’instant précédent était mort, écrasé sous le talon d’un destin qui n’avait pas fini de le tourmenter. Sa mâchoire se crispa.

« Monsieur Holland, je suis Mr Kennedy. Je suis votre kinésithérapeute. Je vous présente le Dr Hudson, qui vous suivra également. »


Hudson hocha la tête à son intention, geste qu’il lui rendit avec crispation. Son esprit tournait à cent  à l’heure tandis qu’il tentait de se raisonner. Il n’y avait pas de raison d’avoir peur. Evidemment que les médecins allaient lui parler de son traitement. Il s’était fait bouffer une partie du mollet, bon sang !

« Je suis navré que nous fassions ça devant une autre patiente,  malheureusement aucun d’entre vous n’est en état d’être déplacé, j’espère que vous comprendrez. »

Il fit oui de la tête. Il s’en foutait, que Banner soit là. Il voulait que tout ça se termine vite, il voulait être rassuré et reprendre la lecture de son comics, tranquillement, en se traitant d’idiot pour avoir flippé à ce point.

Kennedy laissa son regard d’acier traîner sur son visage quelques secondes avant d’ouvrir son dossier. Son visage, grave, ne montrait rien de ses émotions. D’une certaine manière, Kenny trouvait ça plus flippant encore.

« La… créature qui vous a mordu a attaqué la chair jusqu’à l’os par endroit. Vous avez un trou d’environ huit centimètres de diamètre dans le mollet, creusé à différents niveaux de profondeur. »


Le jeune homme se demandait encore comment on pouvait croire à un canidé. Sérieusement ? Ce n’était plus un loup à ce stade, c’était un lycaon ! Un soupir lui échappa, source d’une frustration devenue si familière qu’elle apaisa un peu la nervosité qui rongeait son estomac. Un jour, ils auraient les preuves sous le nez et trouveraient encore le moyen de les nier. C’était sa croix : vivre pour n’être jamais cru, se souvenir et passer pour fou.

« La cicatrisation commence assez bien, on vous a déjà expliqué qu’il fallait qu’on laisse la plaie ouverte pour l’instant et qu’on lave à l’intérieur du trou pour permettre à la chaire saine de revenir. Vous allez rester encore un moment parmi nous, puis vous pourrez rentrer et ce sera à une infirmière de s’occuper de ces soins-là. Nous nous chargerons du reste.
- Le reste ? »


C’était con de demander. C’était con mais ça lui bouffait les entrailles de s’interroger. L’angoisse le  consumait de l’intérieur ; il la sentait le brûler, il la sentait le dévorer progressivement alors que passaient les secondes de silence. Kennedy releva vers lui son regard sérieux, expression neutre, visage impassible.

« Hé bien, pour faire simple Monsieur Holland, vos muscles ont été endommagés par l’attaque. Par miracle, ils semblent avoir été épargnés par les pires zones, mais il n’empêche que vous allez avoir du mal à marcher. Vous allez avoir besoin de rééducation, et en bonne dose, avant de pouvoir espérer vous déplacer correctement à nouveau. Pour ce qui est du sport, seul le temps nous le dira. Je suis désolé. Nous commencerons la physiothérapie dès que la plaie commencera à se stabiliser afin de perdre le moins de temps possible. »

Un ton monocorde pour mieux faire exploser la bombe. Un hochement de tête silencieux avant de s’excuser. Kenny n’avait pas pu poser de question. Son visage blême était resté figé, son regard écarquillé vissé sur le mur blanc qui lui faisait face. Sa respiration s’était coincée dans sa gorge.

Seul le temps nous le dira. Espérer vous déplacer correctement. Rééducation.

Les mots se rejouaient encore et encore dans le silence étouffant. Temps. Temps. Temps. Il n’était pas con. Le temps, en langage médical, c’était des mois. C’était souvent des années. C’était parfois jamais. Il… Peut-être ne courrait-il plus. Peut-être ses balades aux allures de sprint étaient-elles terminées. L’idée l’inonda de panique. Courir, c’était ce qu’il adorait mais, plus encore, c’était ce qui l’avait maintenu en vie aussi longtemps. Il en était sûr. Il ne se sentait jamais autant en sécurité que lorsque ses jambes le portaient, toujours plus vite, toujours plus loin. Il n’avait jamais tant confiance que lorsqu’il se laissait pousser au paroxysme de sa rapidité.

Maintenant il n’avait plus rien. Les images de Lost Pine se fracassèrent sur ses épaules. Cris. Blessures. Sang. Hurlements. Douleur. Impuissance. Monstres. Silhouettes sombres et gueules en fleur. Dents. Danger. Horreur. Souvenirs.

Kenny laissa échapper un souffle tremblant, baissant la tête pour mieux dissimuler son visage déconfit, crispant ses mains tremblantes dans les couettes. Il essayait de les faire arrêter. Il essayait de respirer au-delà de la pression monumentale qui écrasait sa poitrine. Il essayait de ne pas laisser ses démons gouverner son esprit, de ne pas songer à tout ce qu’il était en train de perdre d’un coup. Mais lorsque par miracle il parvenait à se détacher des dangers qui le propulsaient dans la panique, ses pensées erraient vers ses souvenirs chéris, vers les interminables balades avec les chiens des refuges, vers les courses légères qui venaient de glisser entre ses doigts.

L’expiration qu’il força à siffler hors de ses poumons tenait plus du sanglot. Il resserra sa prise sur la couette, craignant presque de la déchirer sous la puissance du désespoir qui le submergeait. Ses épaules s’affaissèrent, son front baissé plus encore dans l’espoir de cacher les larmes qui dévoraient son regard.

Bon sang… Qu’allait-on lui prendre de plus ?


“The loneliest moment in someone’s life is when
they are watching their whole world fall apart, and all they can do is stare blankly.”
― F. Scott Fitzgerald

_________________
WHO IS IN CONTROL ?

By COM


Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
Jessica Banner
Messages : 667
Emploi : Aucun.
MessageSujet: Re: [ FLASHBACK] Falling appart | Jessica Banner   Sam 3 Nov - 18:52

Deux jours passés aux côtés de Kenny Holland n'avaient pas été si terribles, finalement. Il avait tout du monstre, les crocs saillants et le regard brûlant, il avait tout d'un tueur, la colère au visage et la haine à la voix, mais il n'avait rien tenté, rien fait qui ne soit trop horrible, rien qui ne soit irréparable, depuis qu'ils étaient dans l'obligation de cohabiter.

Deux jours passés aux côtés de Kenny Holland, allongés dans un lit où ils ne pouvaient rien faire sinon se regarder, rien penser sans être interrompus par l'autre, ça avait quelque chose de particulier. C'était un autre monde, l'hôpital, avec ses grands murs blancs et ses dessins faussement joyeux. C'était un autre univers, où tout était écrit pour tenter d'ôter la peine qui collait durablement aux parois, d'essuyer les larmes à venir et d'empêcher la détresse de tout emporter dans un véritable ras-de-marée.

Deux jours passés aux côtés de Kenny Holland, sans que le ciel ne leur tombe sur la tête face à l'inconcevable, ça avait quelque chose d'irréel. Pour autant, Jessica ne s'en plaignait pas et elle se satisfaisait des silences qu'ils partageaient. Pas de trouble, une ou deux disputes calmées par un éclat de voix, quelques visites paternelles et zéro questions du côté de Kenny. Jessica se souvenait de la première fois où la porte s'était ouverte sur Jack Banner. Tous deux avaient tourné la tête pour apercevoir le nouveau venu et tout d'abord, Jessica s'était imperceptiblement raidie. L'homme, massif, grand et fort, les cheveux poivre et sel et le regard bleu glace, était rentré dans la chambre, une peluche et des chocolats à la main. Il avait salué Kenny d'un hochement de tête et était ensuite venu s'installer sur la chaise qui bordait le lit de Jessica, le tout sans un mot. La jeune femme n'avait pu s'empêcher de repenser à la dispute qui avait précédé son départ en forêt et sur le coup, bêtement, elle avait craint les coups, justement. Elle avait craint la douleur, elle avait craint le poing, mais rien n'était venu, rien n'avait approché et tout était resté calme. Jessica s'était félicitée d'avoir été à moitié dévorée par un loup cette nuit-là. Elle avait eu peur de la vengeance paternelle pour son insubordination. Au lieu de ça, il s'était excusé de ne pas l'avoir protégée, lui avait offert peluche et chocolats, avait embrassé son front tout en déposant quelques affaires sur sa table de chevet, avait répété qu'il était navré et était parti une vingtaine de minutes de conversation plus tard. Jessica avait attendu qu'il ne soit plus qu'une ombre par la fenêtre avant de délaisser les chocolats sans y avoir touché. Ça avait été une sorte de premier pas vers Kenny, cette fois-là. Comme il avait accepté de lui indiquer la disparition paternelle, elle avait fait en sorte qu'il puisse piocher dans ses friandises.

Elle-même n'y avait pas porté la main depuis cette fois-là. Elle avait beau adorer le chocolat, depuis Andrew, rien n'y faisait. Le livre aussi avait été délaissé. Au lieu de ça, elle s'était murée dans son silence, si absolu, si réconfortant et avait cherché à oublier ce qui viendrait certainement à sa sortie d'ici. Plus longtemps elle restait là, plus longtemps les coups tarderaient à venir. Un frisson l'avait finalement emportée dans les limbes du sommeil et son père n'était pas repassé depuis.

Aussi, lorsque la porte, ce matin-là, s'était ouverte, Jessica avait-elle imaginé la silhouette imposante de son paternel. Au lieu de ça, deux médecins étaient entrés dans la pièce, l'air trop désolé pour ne pas venir annoncer une mauvaise nouvelle à l'un d'entre eux. La jeune femme avait souhaité qu'ils se soient trompés de chambre mais le regard appuyé que portait le premier sur Kenny l'avait rapidement convaincue qu'ils savaient où ils étaient. Monsieur Kennedy, donc, et monsieur Hudson s'étaient approchés de son colocataire temporaire et avaient vomi leurs mauvaises nouvelles tout contre son visage. Il s'en était rapidement retrouvé submergé et Jessica l'avait même senti boire la tasse. Elle s'était contentée d'écarquiller les yeux à mesure qu'ils lui arrachaient ses espoirs.

Kenny ne pourrait peut être plus jamais courir. D'ordinaire, cette phrase l'aurait laissée profondément indifférente, du moins voulait-elle s'en convaincre, mais pas cette fois. Deux jours à l'hôpital, deux jours à partager une même chambre, les mêmes repas indigestes et les mêmes douleurs morphiniques avaient créé quelque chose, entre eux. Rien de bien solide, rien de bien intense, mais un pont s'était peu à peu construit entre leur deux univers. Bien que branlant, celui-ci avait le mérite d'exister. Et Jessica se sentait mal, compatissait avec Kenny à l'idée que celui-ci ne reprenne jamais ses droits sur son corps.

Les médecins se montrèrent moins concernés. Sans doute avaient-ils l'habitude de ce genre d'affaire, tout comme la police côtoyait plus souvent les morts que les boulangers. Kenny ne posa aucune question. Ils ne s'en formalisèrent pas. Avant même que Jessica n'ait digéré le quart de la nouvelle, ils repassèrent la porte et disparurent à leur tour dans les méandres de l'hôpital.

Elle restait seule, face à l'immensité de la peine de Kenny Holland. Elle était là, à côté de celui à qui on venait d'arracher une partie des ailes et Jessica se sentait con. Pire encore : elle se sentait triste pour lui. Alors, doucement, elle tenta de lui apporter rien qu'un peu de soutien.

« … C'est vraiment pas juste. Je suis désolée pour toi. »

Ce n'était pas assez. Ça ne suffirait jamais. Jessica se souvenait trop bien de l'époque où ces mêmes mots avaient quitté les lèvres pour gagner ses propres oreilles. Ça n'avait pas été suffisant. Pire encore, elle en avait détesté la moindre syllabe. Elle en avait haï le moindre son.

Alors, doucement, Jessica se redressa. L'exercice lui arracha une grimace de douleur, mais la jeune femme décida de ne pas y porter d'attention. Elle avait l'habitude de jongler avec les maux tout autant qu'avec les mots. Elle ne se formalisa pas et bientôt, se redressa. Assise sur le bord de son lit, elle évalua rapidement la situation. Se lever était une mauvaise idée.

« C'est sincère, quand je te dis que je suis désolée. Tu méritais pas ça. Et je dis pas ça pour t'apaiser, mais parce que je le pense. »

Encore une fois, tout ça lui sembla vide de sens. Elle soupira, puis doucement, se pencha, glissant brièvement ses doigts dans les cheveux de Kenny. Elle retira sa main comme si elle s'était brûlée et ajouta rapidement quelques mots.

« Mais je suis sûre que ça ira et qu'ils se trompent. »


En espérant que Kenny sente qu'elle était sincère, qu'elle compatissait réellement et qu'elle ne cherchait pas ses mots en vain, Jessica fouilla les yeux meurtris de son vis à vis. Vraiment, ce n'était pas de chance. Elle était désolée.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
Kenny Holland
Messages : 405
Emploi : En quête de lui-même. Branleur, sinon.
Sur ton walkman : Billy Idol - Hot In The City
MessageSujet: Re: [ FLASHBACK] Falling appart | Jessica Banner   Dim 4 Nov - 21:17


Kenny & Jess
Falling appart
« La vie elle est pas juste, Jessica. »

Il cracha les mots, tête baissée et mâchoire crispée, poumons sifflants d’une soudaine colère. Elle était injuste, la vie, elle était dégueulasse dans sa manière de lui tendre de l’espoir pour mieux le lui arracher. T’es de nouveau chez toi, Kenny ? Bah sache que ça fait trois ans que t’étais pas rentré. Tu t’habitues aux cauchemars, Kenny ? Prépare-toi, ils viennent de débarquer dans ta vie. T’arrêtes les crises de panique, Kenny ? Oh ne t’en fais pas, d’autres raisons de te sentir mal arrivent à toi. Il en avait marre, putain. Il en avait marre d’avoir mal, il en avait marre de se battre, d’avancer à contre-courant, de lutter face aux éléments qui cherchaient à le crucifier. C’était fatiguant, d’essuyer les échecs, de subir les tourments. L’échine courbée pour mieux relever la tête vers les étoiles, il se tordait le cou pour essayer d’avaler un peu d’espoir, pour tenter de conserver dans son regard un peu des lueurs du ciel. Et ça faisait mal, putain, qu’on éteigne ses étoiles.

Il ne s’était même pas rendu compte du prénom qui avait échappé à ses lèvres, discret aveu d’une proximité inavouée. C’est qu’elle n’était pas si chiante que ça, au final, Jessica. Elle n’était pas si désagréable, après réflexion. Il n’avait pas le cœur de la repousser, là, tandis que son cœur en vrac hurlait à l’aide, tandis que ses mains tremblantes cherchaient l’attention d’une foule silencieuse. Kenny, il allait finir par se détruire tout seul à force d’essayer. Et il n’en pouvait plus, d’ouvrir ses ailes en carton tout ça pour les voir brûler à la face du soleil, trop puissant pour le peu de talent dont il pouvait faire preuve. Il avait besoin de quelqu’un, là, quelqu’un qui essaie de comprendre, qui essaie d’être là, pas comme sa mère qui n’avait même pas fait l’effort de venir. Il l’enviait, Jessica, pour ce père qui lui avait amené tous ces cadeaux, qui avait souffert de sa douleur, qui avait parlé avec elle, juste, pendant tout ce temps. Une part de lui lui en voulait presque pour ce bonheur étalé à sa face, jeté à son visage de gosse même pas aimé, même pas aimable. Il ne dit rien toutefois, ne parla pas des privilèges qu’il aurait tant aimé partager avec elle. Il laissa la main bienveillante se glisser dans ses mèches brunes, fermant les yeux pour se glisser dans le contact, pour tenter de ressentir cette tendresse qu’il ignorait trop.

Peut-être fut-ce le contact. Peut-être fut-ce les mots soufflés, délicats tribus d’un lien qui peinait à se former mais dont les fils d’acier promettaient déjà un avenir, douce tentative d’insuffler du bonheur dans un cœur rendu noir par le chaos. Peut-être était-ce simplement que Kenny était fatigué, épuisé, perclus d’une douleur qu’il ne parvenait pas à formuler, qu’on n’osait pas croire, qu’on refusait de voir. Un sanglot s’arracha à sa gorge, éventrant une digue pourtant soigneusement renforcée. Ses mains frissonnantes vinrent se plaquer sur ses yeux, camouflant les traîtresses perles de cristal. Et il pleura, se recroquevillant sur le lit pour tenter de nier cette innommable faiblesse. Il pleura les émotions qu’il n’arrivait pas à évacuer, les doutes qui hantaient ses nuits et les ombres qu’il continuait de rêver, il pleura les désillusions qui continuaient de le gifler et la haine que ce monde de merde lui inspirait. Il pleura devant Jessica comme on pleure devant un ami, incapable de stopper le flot immuable de la souffrance en quête de visibilité. Il se ramassa davantage sur lui-même, lèvre mordue dans l’espoir de retenir les sanglots qui secouaient ses épaules nouées.

« Fais chier… »

Mots tremblants brisés sur l’écueil d’un nouvel élan de pleurs.

« Laisse-moi, me r’garde pas. »

Laisse-moi Banner, y’a rien à voir, y’a rien à ressentir, y’a même pas de compassion à avoir. J’y arrive pas, Banner, à être quelqu’un, j’arrive pas à exister, j’arrive pas à m’en sortir, j’arrive pas à revenir de cet Enfer dont je me souviens à peine, je suis en train de me demander si j’en suis jamais sorti, si je suis pas en train de rêver cette réalité qui me crache à la gueule, mais on n’est pas censé avoir mal dans ces cauchemars et je ne sais plus où j’en suis.

Il était censé savoir prendre les coups, avaler les chocs, digérer les horreurs. Et ça viendrait, avec le temps. Pour l’heure toutefois, Kenny avait la sensation que son âme se délitait et il avait peur d’avoir perdu le manuel de fabrication.


“The loneliest moment in someone’s life is when
they are watching their whole world fall apart, and all they can do is stare blankly.”
― F. Scott Fitzgerald

_________________
WHO IS IN CONTROL ?

By COM


Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
Jessica Banner
Messages : 667
Emploi : Aucun.
MessageSujet: Re: [ FLASHBACK] Falling appart | Jessica Banner   Lun 26 Nov - 22:44

« La vie elle est pas juste, Jessica. »

Sourire amer, regard qui se perd dans l'infini, le goût du sang au bord des lèvres, la vérité comme miroir. Visage dévasté par la violence, incommensurable tristesse, médicament de trop, larmes, fin.

Début du second chapitre, le regard horrifié devient victime. La peau d'ivoire se macule de trop de bleuets. Souffrance. Sans fin.

Non, Kenny, la vie n'est pas juste, et chaque mot résonne en moi au centuple. Je vois, au delà de ces murs que tu imagines aussi immaculés que ma vie, je vois la mort, je vois la douleur, je vois les coups, je vois Ses poings.

Non, Kenny, la vie n'a rien de juste, mais mes lèvres sont scellées par le poids du secret, par l'idée que tout est mieux ainsi et que bientôt, je pourrai m'enfuir. Loin. À tout jamais.

Mais l'heure n'est pas aux aveux. Elle ne viendra jamais, cette heure, et c'est sans doute mieux ainsi. Personne ne saura jamais la douleur de la maison Banner et peut-être qu'un jour, j'entendrai les gens répéter en boucle à quel point j'étais une enfant ingrate, de disparaître ainsi, alors que mon père avait tout fait pour m'élever.

L'heure, présentement, est à la consolation. Kenny éclate en pleurs et sa douleur m'atteint presque violemment alors que je repense à sa blessure, aux conséquences de celles-ci et à ce qu'il a déjà traversé. Ses larmes me touchent, chacune trouve un écho dans mon âme et c'est là que je saisis que quelque chose, doucement, presque silencieusement, s'est tissé entre nous. Ses larmes m'accrochent et lentement, je me redresse, ignorant ses invectives et trouvant le moyen de m'asseoir en bord de lit.

C'est quelque chose d'incompréhensible, parfois, l'amitié. C'est quelque chose d'imprévisible, parfois, l'amitié. Ça se crée en silence, le temps d'un regard, le temps d'échanges muets, et ça se renforce sans qu'on ne le saisisse. Puis soudain, lorsque l'autre a besoin d'aide, la réalité éclate au grand jour, révèle ses plus beaux atours et rend sa souffrance insupportable.

Ma main trouve le chemin de sa cuisse, je suis penchée à l'extrême et mon flanc gauche me lance terriblement, mais ce n'est pas ça, l'important. L'important, c'est d'effacer ne serait-ce qu'un peu de la souffrance de Kenny.

Je ne peux pas comprendre ce qu'il traverse. Je ne peux pas saisir l'essence des démons qui le hantent, je ne peux qu'en caresser l'ombre, d'un doigt maladroit, et ma main sur sa cuisse ne suffit pas.

Ça ne suffit pas.


La réalité me frappe à nouveau, comme l'un des poings qui parfois me coupent le souffle lorsque la colère de mon père avale tout l'air de la pièce. Je suis mue d'une impulsion que je ne comprendrai jamais. Mes yeux cherchent les siens, échouent à les trouver et soudain, je sais. Doucement, je me hisse en dehors de mon lit. Doucement, je pose les pieds sur le sol instable, distance infime qui prend pourtant des allures de marathon. Doucement, j'abandonne le confort de mon lit, incertaine sur l'issue de cette action. Mon flanc me lance, la douleur me déchire, m'arrache quelques larmes tandis que de mes lèvres s'échappent l'ombre d'un gémissement. Pourtant, je continue. Je serre les dents, comme tant de fois auparavant, tant de fois à compter les bleus, à pleurer la douleur, à soupirer de détresse. Mais cette fois, je ne cherche pas à m'enfuir, je ne cherche pas le confort de ma chambre, je ne cherche pas une vague impression de salut. Du moins pas pour moi.

Le premier pas est toujours le plus difficile. Les suivants s'enchaînent moins péniblement et bientôt, je gagne le lit de Kenny. Je n'ai pas la force de m'y asseoir. Je ne sais pas si j'aurai la possibilité de retrouver le mien, après ça. Peu importe. Rien d'autre n'importe que ce que je m'apprête à faire.

Lorsque les ténèbres me happaient, que tout autour de moi semblait sujet à s'effacer, que plus rien ne semblait compter, que le sang battait mes tempes et s'écoulait parfois même hors de moi, que ma peau bleuissait à mesure que filaient les secondes, j'ai rêvé bien des fois de trouver des bras, de savoir où me réfugier, où pleurer, où me sentir écoutée.

Kenny, sans doute, a lui aussi oublié ce que ça faisait, que de sentir se refermer sur soi des bras qui ne vous veulent que du bien, aucun mal. Kenny l'a oublié, mais pas moi. Alors, doucement, j'offre au jeune homme une étreinte, fragile, tant par le lien encore naissant qui nous unit que par la force que je n'ai toujours pas récupéré.

Elle a beau être fragile, elle porte pourtant un message, absolu, nécessaire, profond. Quatre mots qui peuvent changer une vie, quatre mots qu'il saisira, j'en ai l'intime conviction.

Tu n'es pas seul.


Tu n'es pas seul, Kenny, et tu ne le seras plus jamais.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
Kenny Holland
Messages : 405
Emploi : En quête de lui-même. Branleur, sinon.
Sur ton walkman : Billy Idol - Hot In The City
MessageSujet: Re: [ FLASHBACK] Falling appart | Jessica Banner   Dim 6 Jan - 22:14

Les vannes s'étaient ouvertes et un torrent de miasme ténébreux s'en écoulait, la substance répandant sa viscosité sur ses joues, sur ses mains, en son âme et contre sa gorge. Pleurer. Sensation libératrice et honteuse à la fois, intimité bafouée par la rupture des barrières. Pleurer. Parce qu'on n'avait plus le choix, parce qu'une bonne fois pour toutes la vie nous avait meurtri, parce qu'on arrivait plus à cacher les fêlures internes de son corps, de son esprit. Pleurer. Sans contrôle, sans pensées, juste se vider de l'obscurité grouillantes qui nous bouffait de l'intérieur. Kenny essayait d'arrêter, de tarrir la source douloureuse et de retrouver son masque, perdu dans le liquide abyssal qui menaçait de l'engloutir en même temps qu'il se déversait sur son visage rougi de peine. Kenny essayait mais ne parvenait à rien, jamais, sanglotant plus encore sous la pression de sa douleur.

Et tout ça, devant Jessica, devant Banner, devant cette fille qu'il avait tant toisée, tant moquée, tant blessée aussi. Devant cette fille qui, à un moment donné, était devenu un peu moins onnie, un peu plus amie.

Il perçut sans voir les pas hasardeux contre le carrelage frais. Entendit le discret sifflement de douleur, les grognements torturés menaçant de déborder des lèvres têtues. Culpabilité. Honte. Rejet.

« Arrête... »

Un monstre s'éveillait dans son estomac et le tournait, le retournait dans l'espoir de le meurtrir davantage. Chaque pas de Jessica était une révélation de plus, douloureuse et salvatrice à la fois. Comment était-ce possible ? Pourquoi cette pression étrange brûlait-elle sa poitrine ? Il ne comprenait pas et le gonflement de ses émotions ne faisait que lui tirer davantage de larmes. Tremblements. Il se crispa davantage, mains cramponnées à ses cheveux et mâchoire scellée à s'en briser. Un regard pour Elle.

La jeune femme se tenait soudain près de lui, tout près de lui, trop près de lui. Elle le regardait avec une compréhension qui lui faisait peur, avec une compassion qu'il ne comprenait pas. Sa gorge se serra davantage.

« Qu'est-ce que tu fous, bordel, je t'ai dit... Je t'ai dit de pas m'regarder... »

La voix était faible, l'intonation pâle. Il se mordit la lèvre pour ne pas sangloter davantage, chercha à contenir l'indomptable force qui pousse contre ses barrages et menace de tous les terrasser. Mais ça faisait trop longtemps, que tout cherchait à s'échapper, à sortir. Ça faisait trop longtemps que le monstre se préparait en secret pour cet instant et il avait beau essayer, tout tenter, il se trouvait tout de même au bord de larmes qui ne seraient contenues que pour un temps, à regarder cette compagne de trois jours avec une vulnérabilité qu'il détestait.

Puis les bras se levèrent, blêmes et faibles, presque fragiles. Un mouvement de recul le saisit presque automatiquement, mais on n'arrêtait pas la détermination de Jessica Banner. Il s'agissait là d'une leçon qu'il n'apprendrait jamais vraiment, peut-être. Et pourtant quels miracles faisait-elle, la volonté d'acier, refusant d'écouter ses ordres et ses suppliques, enserrant son corps fatigué dans une étreinte trop douce pour qu'il ne la mérite. Le geste était trop tendre, trop aimant, trop généreux pour qu'il ne l'acceptât sans rien dire. C'était douloureux, trop à avaler peut-être.

Il ouvrit la bouche une seconde, des mots inconnus frôlant le bout de sa langue, mais tout ce qui parvint à sortir fut un sanglot, un énième, plus puissant que les autres. Les pleurs redoublèrent alors de violence, soudainement. Il n'avait rien vu venir. Les vannes n'avaient fait que goutter jusque là, semblait-il, dissimulant les profondeurs glacées qu'elles cherchaient à contenir. Jessica avait tout brisé d'un coup, d'un mouvement, d'une étreinte, et il était réduit à l'enfance stupide et faible, aux sanglots irrépressibles et vengeurs, condamné à se vider de ses larmes avant de pouvoir lui parler à nouveaux. La puissance du deuil l'atteignit de plein fouet et il s'affaissa plus encore contre le corps de Jessica, sans doute uniquement parce qu'il avait conscience que quelqu'un était là désormais. Que quelqu'un recollerait peut-être les morceaux éparses qui tombaient de son âme réparée au scotch, cette fois-ci, et qu'il n'aurait pas ce jour à appliquer des pansements sur ses hémorragies.

Les yeux se fermèrent et la main s'accrocha, désespérée, à la chemise de la jeune femme, baignée déjà des perles traitresses dont il ne parvenait pas à se débarrasser. Il demeura ainsi longtemps, ou peut-être quelques minutes seulement, trouvant juste l'énergie pour écouler par tous ses pores la souffrance qui l'ébranlait. Il laissa le temps s'abîmer hors de son esprit et s'autorisa à oublier, juste pour cette fois, qui ils étaient et ce qu'ils avaient vécu ensemble, l'un contre l'autre. Ça n'aurait plus jamais de valeur, de toute façon, si ce n'est le goût d'une dette à jamais inatteignable. Ça n'aurait plus d'importance, plus jamais, parce que le mot qui les unissait venait irrémédiablement de changer. Amis, ennemis, la barrière avait été franchie sans se faire sentir, et il s'était trouvé à sangloter dans des bras de douceur là où il avait cru ne deviner que de l'amertume. La vie était drôle, au final. Elle lui offrait une amitié au cœur des ténèbres, au seul instant où il aurait voulu être seule. Ironie implacable, cruelle candeur.

Finalement, et parce que même les fleuves les plus larges tarrissent un jour, le flot de douleur s'apaisa, concluant son raz-de-marrée par quelques perles éparses. Un reniflement peiné retentit dans le silence, soudainement teinté de gêne. Et Kenny réalisa soudain combien sa main serrait fort le haut de Jessica, ses joues prenant une teinte pourpre de honte.

« Pard-.. »

Les regards se rencontrèrent, interrompant son excuse inutile. Il brisa le contact tout aussi vite, ne parvenant à soutenir la compréhension injectée de souffrance qu'il lisait dans les prunelles de Banner, lui préférant les ondulations rassurantes de son draps.

« Merci. », dit-il plutôt, parce qu'une part de lui lui soufflait que son interlocutrice préférerait cela à un ''pardon''.

Lentement, il se redressa, se détacha à regret du buste trop accueillant, recula dans son lit. Le mouvement lui arracha un douloureux sifflement et il fronça le nez, un instant, avant de poursuivre. La souffrance était cruelle, rappelant son implacable vérité à son cœur asséché par le deuil. Non. Ne pas penser à ça. Pas tout de suite. Plus jamais.

Désignant l'espace vide qu'il avait créé lui-même, invitant silencieusement Jess à y prendre place, il s'évertua à rencontrer du regard tout autre chose qu'elle. Peur soudain de l'affronter. Crainte du jugement. Il baissa les yeux, paumé.

« Je... Je réagis pas comme ça normalement. »

C'était vrai, et c'était faux aussi. C'était surtout une pathétique tentative d'explication, d'excuse, un essai pour se dédouanner, pour se distancier de ses propres réactions. Parce que ce n'était pas lui – et pourtant si, tellement – parce que ce n'était pas ce qu'il voulait incarner – même si c'était bien plus vrai – parce qu'il avait honte des émotions qu'il dévoilait – malgré le soulagement intense qu'elles apportaient dans leur sillage. Parce qu'il ne savait pas quoi dire d'autre, aussi.

« Je... Tu t'es fait mal ? »

Inquiétude soudaine. Il n'avait aucune idée du temps qu'il avait passé à pleurer comme un gosse, n'avait pas conscience de la souffrance qu'avait enduré la jeune femme pour lui, pour l'aider, pour le soulager. Lui. L'irrattrapable connard qui l'avait faite souffrir, qui lui avait volé une amitié à laquelle elle tenait tant. Sa gorge se noua de nouveau. La frustration terrassa le soulagement. Il passa une main désespérée dans sa chevelure trop courte.

« Putain, Jessica, pourquoi t'as fait ça... ? »

Elle n'était pas censée faire ça. Elle n'était pas censée être comme ça. Comment faire pour... pour tout le reste ? Pour la détester, pour se convaincre qu'il avait raison, pour justifier ses conneries, sa haine, sa colère, sa violence ? Comment se débarrasser de cette sensation d'illégitimité profonde et douloureuse ? Jessica ne s'était pas vengée, n'avait pas ri ni moqué. Non, Jessica n'avait rien fait de mal et pourtant elle avait pire, tellement pire.

Kenny Holland venait d'apprendre une leçon. Une grande, profonde, violente leçon.

_________________
WHO IS IN CONTROL ?

By COM


Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
Jessica Banner
Messages : 667
Emploi : Aucun.
MessageSujet: Re: [ FLASHBACK] Falling appart | Jessica Banner   Lun 14 Jan - 17:49

Destins brusquement liés par une étreinte, le poids des larmes comme témoin, le sentiment de reconnaissance en guise de constitution. Destins brusquement liés par une étreinte, le brun, blessant blessé, la brune, blessant, blessée, pansant les plaies du premier. Destins brusquement liés par une étreinte, destination inconnue de deux étrangers, autrement que par la colère, quelques regards et des rires hésitants nés dans le secret d'une chambre d'hôpital.

Deux destins, brusquement liés par une étreinte, celle de Jessica pour Kenny, Kenny pleurant les larmes de toute une vie en craignant pour son avenir. Mots superflus, gestes appliqués, silence. Les sanglots perdurent, les doigts de la jeune femme trouvent les cheveux courts, caressent, caressent, tendres et protecteurs, effacent la peine du mieux qu'ils le peuvent, décidés à apporter ce qu'elle ne recevra jamais, ce qu'elle n'a plus jamais reçu depuis quatre ans.

Désespoir à qui elle retire les dés, prenant le contrôle d'une situation qu'elle ne maîtrise pourtant pas. Hasard ? Peut être. Mais désormais, elle écrira la suite, et cette suite commence par consoler le cœur qui s'épanche.

Il y a trop de plaies, sur l'esprit de Kenny. Ces plaies ont pourri, se sont infectées et continuent de saigner. Si elle ne peut rien pour les autres, du moins pour l'instant, peut-être pourra-t-elle au moins panser celle-ci comme il faut.

Les minutes passent et Kenny ne se détache pas d'elle, son flanc la tend, mais ça ne compte pas, il faut que son cœur cesse de saigner, rien qu'un peu, qu'il s'apaise. Au terme d'un bon quart d'heure, enfin, il se détache et ses yeux crient l'incompréhension qu'il ressent.

Les premiers mots qu'il lui adresse sont des excuses, qu'il balaye d'une main. Les seconds sont des remerciements. Jessica se drape d'un sourire, doux, calme. Pas de jugement pour toi, Kenny, pas ici. Plus jamais.

Pas de réponse, cependant. Elle ne sait pas quoi dire, a peur de briser l'instant, préfère le silence, ce silence qui protège et qui préserve, tout, toujours.

Peu de temps après, le cœur de Kenny se met à ruer, persuadé qu'il doit se justifier, cherche à comprendre pourquoi, mais Jessica ne sait pas pourquoi, du moins le nie-t-elle. Les mots qu'elle lui adresse en réponse ne sont pas nombreux, s'éparpillent, n'ont pas de substance autre que le sens profond qu'elle voudrait leur donner. Elle lit énormément mais n'a jamais su s'exprimer comme il le fallait. Pas assez. Jamais assez.

« On s'en fout, non ? »

Moue boudeuse supplante son sourire, son regard se détourne, elle le laisse lui proposer une place, observe le lit, calcule, recommence, en vain. Elle ne peut pas grimper d'un coup d'élan.

« J-je ne peux pas-... »

Silence, encore. Ses doigts, gênés, cherchent un bouton qu'ils trouvent par réflexe, obligée qu'elle est de systématiquement y céder lorsqu'elle veut quitter son lit pour la salle de bain attenante. Le léger bip est humiliant.

Sans un mot, alors que l'absence de paroles prend des élans de gêne, Jessica écoute le vrombissement interminable du lit, alors que celui-ci amorce une descente en douceur.

Une minute passe dans le plus grand des silences, Kenny occupé à regarder le sol, Jessica fixant intensément le lit qui descend.

Un peu plus bas.

Encore un peu plus bas.

Plus bas.

Encore...

Juste un peu plus.

Toujours pas...

Et ce vrombissement qui n'en finit pas... Dans un soucis de combler un peu du vide entre eux, Jessica se racle la gorge. Aucun effet. Rien ne va plus vite, la scène est toujours aussi gênante et Jessica ne sait pas si elle ne va pas plutôt aller se cacher sous son lit.

Lorsque le calvaire s'achève enfin dans un dernier « vrrrr. » tout à fait humiliant, elle s'autorise à s'asseoir, non sans un lent demi-tour.

« … Tes idées pourries, la prochaine fois... »

Grommelle-t-elle discrètement. Mais c'est différent. Ce n'est plus la colère qui parle. L'agacement qui suinte de ses mots est joueur. C'est celui qu'elle réserve à ses amis.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
Kenny Holland
Messages : 405
Emploi : En quête de lui-même. Branleur, sinon.
Sur ton walkman : Billy Idol - Hot In The City
MessageSujet: Re: [ FLASHBACK] Falling appart | Jessica Banner   Dim 20 Jan - 2:10

« On s'en fout, non ? »

Jessica est pénible, souvent. Jessica est agressive. Jessica est boudeuse. Jessica traite le monde comme s'il voulait lui cracher à la gueule. Pourtant en cet instant Kenny la regarde d'un œil nouveau, plus doux, plus calme, et il ne peut s'empêcher de sourire. Un haussement d'épaules fatigué le traverse tandis qu'il se décalle pour lui laisser la place. Il pense. Il pense aux années d'amitié qu'il aurait pu nouer, à cette fille qui le détestait il y a une semaine à peine, à cette fille qu'il méprisait lui-même. Cette dernière lui est soudain étrangère, remplacée en son cœur par un visage, par une personne là où il avait refusé de voir plus qu'une vermine. Par une amie.

Le regard brun croise celui, océan, de son interlocutrice. Celle-ci bafouille, retient les maux qui la hantent. Soudain le jeune homme percute.

« Merde attends- »

Un bip retentit, interrompant ses paroles par le vombrissement gênant de son lit qui entame une lente descente. Kenny regarde Jessica, furtivement. Elle observe le sol. Le matelas. Tout sauf lui. Il reporte son attention sur la fenêtre.

Vrrrrrr.

Dehors, il fait beau. Un oiseau étend ses ailes au loin.

Vrrrrrrrrr.

Il tente de retenir le rouge qui lui mord les joues tandis que la scène se fraye irrémédiablement un chemin à son esprit. Lui, bloqué dans son lit, Elle refusée à l'entrée, et l'appareil qui ronronne en chutant. Dire qu'il a honte serait un euphémisme des plus radicaux.

Vrrrrrrrrrrrrrrr.

On dirait que le putain de lit fait exprès d'être lent, incroyablement lent. Quelqu'un, quelque part, est en train de se payer leurs têtes. Il en est persuadé. Sa poitrine enfle à mesure que l'appareil descend, il se mord la lèvre pour empêcher une expression gênée d'envahir ses traits. Ses doigts massent sa nuque. Il fixe obstinément le dehors.

Vrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr.

Finalement, la chanson s'arrête. La seule consolation de Kenny, c'est que Jessica a l'air au moins aussi mortifiée que lui alors qu'elle amorce son lent demi-tour pour s'asseoir sur le matelas. Le geste lui prend encore quelques minutes au cours desquelles il ne sait pas trop quoi fixer, le corps anxieux et les yeux fébriles. C'est elle, finalement, qui rompt le silence gorgé de honte. En pestant. Forcément. Jessica.

« … Tes idées pourries, la prochaine fois...
T'as qu'à rester debout si tu le préfères, Banner. »

Leurs regards se rencontrent de nouveau. Instant de pause. Brusquement, il éclate de rire. Ça lui prend des tripes et il se jette en arrière, ne s'arrête plus et n'en a pas envie. Son hilarité lui fait mal au corps, mal aux côtes, mais il s'en fiche. Ça fait du bien. Il ne sait pas pourquoi il rit, ça n'a pas vraiment d'importance il faut dire. Il fixe son interlocutrice ainsi, ses yeux rouges pétillant d'une malice renouvellée, sa voix résonnant dans les murs trop fins de la chambre d'hôpital.

C'est une bulle qui se crée et s'étend sans s'éclater. Le désespoir est troué de liesse, entamé d'une amitié nouvelle. La douleur qui dévore sa jambe s'estompe, son cœur s'anesthésie à grands renforts d'amusement. Pour un moment, Kenny s'autorise à oublier.

Ce n'est pas grave, au final. Peut-être a-t-il gagné quelque chose aujourd'hui.

_________________
WHO IS IN CONTROL ?

By COM


Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé
MessageSujet: Re: [ FLASHBACK] Falling appart | Jessica Banner   

Revenir en haut Aller en bas
 
[ FLASHBACK] Falling appart | Jessica Banner
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Tiens tiens tiens... Comme on se retrouve... {Flashback} [Ryuuku Gakuen]
» Banner Saison 2 - 4 Avril 2011
» Avez-vous déjà vu deux blondes dans un magasin ? Maintenant oui... [Jessica Farelly]
» Thomas a l'appart { pv libre}
» RP flashback en 1623

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Aster Cove :: Quartier Nord :: Centre hospitalier-
Sauter vers: