Dans la petite ville d'Aster Cove, des choses étranges se passent...

 
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 cliffhanger (camsica)

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Camden McKinnon
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Emploi : Petit génie de la musique, violoniste // disparu avalé par l'Upside Down.
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MessageSujet: cliffhanger (camsica)   cliffhanger (camsica) EmptyDim 21 Oct - 12:34



cliffhanger (flashback)
@Jessica Banner

Elle n'est qu'une ombre contre le rebord de la falaise. Camden la voit de loin, la nuit est claire ; elle est immobile, mi-ciel mi-humaine, et semble faire face à l'océan dont ils entendent les échos, en contrebas. La crique est rarement déserte, en été. Les jeunes viennent s'y rejoindre, parfois même faire la fête de manière plus ou moins discrète, une fois la nuit tombée. Même si ces derniers temps, l'ambiance est aux couvre-feux et au silence, plutôt qu'aux feux de joie endiablés. Camden y trouve moins de monde que d'ordinaire, et inconsciemment, est moins enclin à s'y rendre lui-même. L'ombre, bien qu'encore identifiable, plane invariablement sur Aster Cove.

Il descend de son vélo, qu'il cale contre la barrière, les yeux rivés sur la silhouette. Ce n'est vraiment pas qu'elle l'intrigue ou qu'il s'inquiète ; c'est qu'elle lui semble familière, l'instinct parlant avant même que ses yeux n'en soient vraiment certains, et quelque chose le pousse, ce soir, à approcher.

Son pas est d'abord tranquille, discret, se fondant sous les bruits de la crique entre le remous des vagues et le vent qui semble souffler continuellement. Puis Camden fronce légèrement les sourcils, pour ajuster sa vision d'oiseau nocturne, en proie à un pressentiment qui se presse contre son torse.
Ce ne sont pas les pressentiments qui manquent, en ce moment ; sa sensibilité exacerbée a des airs de boussole affolée, souvent sans raison apparente. Quelque chose dans l'air. Un mouvement qui n'a pas sa place dans leur univers. La note discordante qui menace parfois, entre deux élans de son archet.

Quelque chose ne tourne pas rond. On ne se met pas si près de la falaise, quand on y vient pour y boire une simple bière. On ne se tient pas si raide, quand on attend quelqu'un avec qui partager le reste de la nuit.

Le pas de Camden se presse ; il préfère avoir l'air d'un idiot qui se fait des idées plutôt que d'être le possible témoin d'une catastrophe programmée. La silhouette se fait plus précise : féminine, longs cheveux bouclés, décidément familière. Camden enfin arrive à portée de voix. « Hey », fait-il pour ramener à la terre l'attention de la jeune femme, s'approchant sans pour autant rompre complètement la distance qui reste, car il ne voudrait pas la surprendre. « Tout va bien ? » Il espère qu'elle est juste là pour regarder les vagues, qu'elle va lui envoyer un regard surpris, qu'elle va l'envoyer paître en lui disant qu'elle attend son copain ou sa copine ; il garde ses mains hors de ses poches, néanmoins. Qu'elle soit l'un de ces fantômes dont on parle en ville, ou qu'elle ne fasse un pas dans le vide, on ne sait jamais.


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Jessica Banner
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MessageSujet: Re: cliffhanger (camsica)   cliffhanger (camsica) EmptyJeu 25 Oct - 20:34

Qu'est ce qui définit la mort ?

Je suis là, face au monde, regardant s'échapper les secondes sans espoir de retour. Je suis là, face au monde, caressant des yeux l'immensité d'une vie dont je ne suis plus sûre de faire partie. Je suis là, face au monde, mais je me sens étrangère à l'existence.

À mes pieds, plusieurs mètres plus bas, les vagues s'écrasent sur les falaises, promesse d'une mort qui se veut certaine. C'est une sensation vertigineuse, de savoir qu'on tend les bras à la fin de toute chose. C'est une sensation inédite, mais mon cœur, ce soir, n'a pas peur.

C'est fou, de se dire qu'on est suffisamment désespéré pour ne plus craindre l'inconnu.

Le soupir que je pousse est emporté par le vent, loin, là-bas, où je voudrais me trouver. Ma vie s'est effondrée, récemment, à la manière d'un château de sable balayé par les flots. Est-ce que c'est ça, la mort ? Une existence entière qui vole en morceaux ? Ou est-ce cet instant précis, ce moment unique où, après des jours et des jours, des mois d'efforts, on se rend compte qu'on a tenté de tout recoller en vain ? Cette seconde où la vérité s'affiche, se placarde sur la conscience comme elle le ferait sur un mur et où on saisit qu'il manque une pièce, perdue dans les néants d'une vie qui ne nous la rendra jamais ?

J'ai mal. Mal à l'intérieur, plus sévèrement que jamais, et mon regard s'abîme à la manière des vagues, se mêlant déjà à son avenir incertain. Parfois, je me demande. Je me demande ce qui aurait pu changer, si tout avait été différent. Si ma mère, ce soir-là, n'avait pas avalé ces cachets, que serait ma vie désormais ? Si elle n'avait pas rencontré mon père, se serait-elle ainsi donné la mort ? J'ai froid, à l'idée que tout s'est joué en un quart de seconde, une case cochée plutôt qu'une autre. Un sourire assassiné alors qu'il aurait pu resplendir. Mon corps tremble, mais je ne resserre pas les bras autour de moi. Le vent qui joue dans mes cheveux est une invitation de plus à mourir. Je reprends le fil de mes pensées, le cœur un peu plus serré. Si je n'avais pas croisé Andrew, ni Scarlett, si je n'avais pas aimé, si j'avais été une enfant modèle, plus encore que je ne l'ai été, est-ce que tout aurait pu changer ?

La fin est-elle inéluctable, programmée par une puissance infinie logeant dans les cieux ? Est-ce que la choisir me destine à l'étreinte infernale ? Je préfère me dire que non. Si les Enfers existent, Dieu aussi. Et si Dieu existe, ça signifie qu'il m'a abandonnée. Le néant absolu, total et éternel me tente davantage. Je préfère qu'il n'y ait rien. Je préfère me dire qu'au moins, ma mère a trouvé le repos ce jour-là. Je préfère me dire que je vais le trouver moi aussi.

Lente inspiration. Le vide m'appelle mais la terre n'est pas encore prête à me lâcher. Mes yeux se perdent dans l'immensité de l'océan, puis rencontrent la lune. Je ne comprends pas. Je ne comprends pas pourquoi c'est si difficile. Je ne comprends pas pourquoi trouver la paix m'a toujours été interdit. Rien qu'un pas. Rien qu'un pas et-...

« Hey. »

Sursaut. Intensité. Vertige. Mort. Mort... ? L'instinct prend le pas sur le désir. Je retrouve l'équilibre sans même avoir le temps de m'en rendre compte. Je fais volte-face, regard de biche blessée, méfiante par essence.

« Tout va bien ? »


Non. Plus rien ne va. Plus rien n'est possible. Je souffre à en mourir mais ce soir, je ne pourrai pas mettre le point final de mon histoire. Pas tant qu'il est là. Camden. Je l'ai aimé, il y a longtemps, lui et ses cheveux en bataille, lui et son regard lointain, inaccessible artiste. Je lui ai trouvé des airs de ressemblance avec moi, mais tout s'est essoufflé. Amour d'adolescente.

« Oui. C'est toi qui as visiblement un soucis. »


Ton cassant, ton mordant, je veux le faire fuir. Ce soir, je veux en finir.
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Camden McKinnon
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MessageSujet: Re: cliffhanger (camsica)   cliffhanger (camsica) EmptyDim 4 Nov - 11:01



cliffhanger (flashback)
@Jessica Banner

La silhouette fait volte-face, et il faut une seconde à Camden pour reconnaître, puis se faire à l'idée que les traits qu'il découvre sont bien ceux de Jessica Banner. La surprise légère laisse place à un trait soucieux sur son front. Combien de temps ne se sont-ils pas croisés en chair et en os ? Camden a à défaut de la voir continué d'entendre parler de Banner au travers des rumeurs, dont les plus persistantes parviennent à se faire un chemin jusqu'à l'abri de sa chambre. Après son accident, elle a simplement disparu, comme s'arrachant à leur routine, à leurs rencontres fortuites sur les parkings -tordant le cou à leurs atomes crochus, éteignant la lueur dans les yeux de Banner, encore souriante alors. Camden l'a appréciée dès le début, avec sa discrétion tranquille, embrassant les démons qui pesaient visiblement sur ses épaules d'adolescente. Ils avaient l'air de se comprendre sans les mots, dans le silence et les regards, et Camden s'était gardé de s'approcher plus, un soir où il avait glissé sa main sur la sienne, un instant, pour mieux réaliser son erreur. On aurait pu dire qu'elle était trop jeune ou trop fragile. Camden avait senti, dans ce simple contact, qu'ils n'étaient pas destinés, tous les deux. Ou plutôt faits pour autre chose, un mélange d'amitié, de compassion, et de compréhension tacite. Mais ils s'étaient éloignés avant que cela n'arrive.

Elle mord, lui crache au visage, sur la défensive. Quelque chose va de travers, et ce depuis qu'elle a arrêté de venir s'asseoir à côté de lui lors de leurs réunions nocturnes, à même l'asphalte, parfois sur la plage de la crique. Il y aurait son père, il y aurait l'hôpital, il y aurait des violences, des accidents qui n'en sont pas ; Camden n'a jamais eu l'occasion de lui demander de vive voix. Il se disait peut-être qu'il suffisait de le lire dans ses yeux, de ne pas en parler pour ne pas réveiller la plaie béante au fond du cœur de Jess. Il a compris cette autre erreur le jour où il ne l'a plus vue, et en se dérobant, lui exposant toute l'étendue de sa tristesse.

« Jess' », fait-il comme un salut, soucieux de la trouver dans un tel état de méfiance. Il aurait aimé que leurs retrouvailles se fassent en plein jour, et que Jessica lui oppose un visage rayonnant, contredisant toutes les rumeurs et ce pressentiment tenace qui lui tient le ventre quand ses pensées courent jusqu'à elle, entre deux morceaux de violon. « Qu'est-ce que tu fais là, toute seule ? » Volontairement obtus, Camden s'approche un peu maintenant qu'ils se sont reconnus, sans excès, ses yeux verts observant les siens. Elle peut le mordre tant qu'elle le souhaite, il n'esquissera dans ces conditions pas un mouvement de recul. Plutôt que ses crocs, c'est surtout un pas en arrière qu'il redoute, agitée comme elle l'est.


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Jessica Banner
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MessageSujet: Re: cliffhanger (camsica)   cliffhanger (camsica) EmptyDim 4 Nov - 16:42

Jess. Quatre lettres cent fois espérées, reçues dans un soupir au moment où Jessica questionne son avenir.

Jess. Rien qu'un surnom idiot, caressé du bout des doigts au cœur de l'obscurité alors que déjà la sécurité du placard n'était plus rien d'autre qu'un souvenir.

Jess. Aujourd'hui ça lui fait froncer les sourcils et la voici qui serre les dents depuis le haut de sa falaise, le bruit du vent dans les oreilles et la puissance des vagues dans la mâchoire. Elle ne veut pas d'amour, pas maintenant, pas alors qu'elle s'apprête enfin à étendre ses ailes, à éteindre l'étincelle qui n'a plus rien de brillant, prenant désormais l'apparence du poison, mordant sa chair à grands renforts d'espoirs déçus.

« Qu'est-ce que tu fais là, toute seule ? »

La question fuse, terrible, et le pas qui la suit la ferait presque reculer. Presque. Si elle recule, c'est la mort, et elle ne veut pas imposer ça à ce visage ami, jamais honni toujours aimé. Elle est sur la défensive, pourtant, et rien qu'un centimètre en arrière marque sa désapprobation profonde.

« Ça te regarde pas. »

La voix est cassante, elle veut attaquer, étouffer dans l’œuf les bons sentiments et provoquer le départ. Elle veut blesser, déchirer, faire fuir et pour ça, Jessica sait qu'il n'y a qu'un moyen, un seul, unique et terrible.

« Retourne t'enfermer dans ta chambre et dégage. »

Il faut qu'il parte. Au fond d'elle, Jessica se sait encore attachée à la terre et la présence même de Camden constitue une ancre désagréable. Un temps, elle se perd sur l'océan, tournant la tête et prête à ajouter un pas à la liste des choses qu'elle s'apprête à faire. C'est qu'elle voudrait partir, Jessica, loin de la douleur qui pulse dans sa poitrine en lieu et place du cœur, alimentée par un réseau sanguin dont chaque caresse est une aiguille. Les bleus font mal alors même qu'ils ont disparu depuis longtemps, pour la plupart. Exception faite de son ventre, où la rose violacée, terrible aveu de violence subie, continue de s'épanouir. Jessica veut mourir et ce soir, elle porte ses vêtements préférés, une robe ayant appartenu à sa mère et de laquelle se dégage parfois le parfum trop aimé. Jessica s'est apprêtée comme il se doit, apprêtée à sauter, aussi, les cheveux détachés et le cœur déjà tombé.

Elle voudrait que tout soit plus facile, Jessica, mais si elle a choisi la crique, c'est pour ne pas être retrouvée. Le froid de la mort attaque déjà sa chair et c'est d'un fantôme dont elle a l'air. Elle fronce les sourcils, rend son regard à celui de Camden, serre davantage les mâchoires et cherche à le décourager de toutes ses forces. Elle ne veut pas qu'il voit, elle ne veut pas non plus qu'il la retienne. Tant qu'il reste là, les deux options se complètent pour mieux se réaliser si jamais elle a le malheur d'oser. Elle veut qu'il décampe, elle veut que tout s'achève et Jessica ne se rend pas immédiatement compte des larmes qui mordent soudainement ses joues. C'est qu'elle a mal, Jess. C'est qu'elle n'est qu'une plaie béante ouverte sur un monde qui, plutôt que décidé à la refermer, s'est appliqué à l'infecter. Désormais, il n'y a qu'un pas entre elle et la mort. Un pas et un sourire, un pas et ce visage qui ne se détourne pas, volant la pudeur d'un acte désespéré, destiné à se perdre dans les pleurs.
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Camden McKinnon
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MessageSujet: Re: cliffhanger (camsica)   cliffhanger (camsica) EmptyDim 11 Nov - 15:11



cliffhanger (flashback)
@Jessica Banner

Camden s'est préparé à l'offensive, cette fois, et a assuré sa prise de ses deux pieds plus fermement accrochés au sol. C'est quelque chose, de se faire rabrouer par autrui ; c'en est une autre d'essuyer les crachats d'une amie vacillant au bord du vide, les plaies ouvertes, suintant la tristesse et les cassures. Jessica ne doit pas sentir la brise du large, pas voir la lumière douce de la lune, la couverture de la nuit, sa douceur et ses étoiles, tout ce qui a amené Camden dehors, ce soir, jusqu'à la crique. Jessica ne doit pas ressentir grand-chose à l'extérieur de son âme meurtrie, s'entraîner à ne pas le faire comme lui montre ce violent rejet, ce « dégage ! » jeté au visage comme un dernier sursaut. Il y a de l'urgence, dans sa voix, et Camden essaie de faire taire la sienne, son inquiétude face à ce qu'elle lui oppose, dans sa belle robe et, bientôt ses pleurs. Il craint peut-être encore qu'elle fasse le pas, plus accidentellement, presque contre sa volonté maintenant qu'il est là et la regarde, la voit, alors qu'elle s'apprête à fermer les yeux à son tour ; mais ce sont ses ombres enfouies, ressurgissant en haut des vagues, qui inquiètent Camden. Jessica n'a jamais parlé complètement de ce qu'il se passait chez elle, et de ses confessions à demi-mots, ses silences et ses sourires brisés, des rumeurs et des faits bruts, la mort de sa mère dans les journaux, le violoniste n'a pu se faire qu'une vision imprécise, préoccupante de ce qui lui ronge les entrailles.

Il faut qu'elle parle, Jessica, à lui ou à quelqu'un d'autre peu importe ; qu'elle parle pour faire sortir tout ce qui se trouve dans son ventre enflé de douleur. « Jess, je ne vais nulle part », lui annonce-t-il en s'accrochant au calme, à la solidité de la terre sous ses deux pieds, l'écho de berceuse des vagues, en contrebas : « Nulle part. » Ses yeux clairs restent arrimés à ceux de Banner, et comme pour appuyer ses propos, après un bref silence, il glisse ses mains dans ses poches, un geste banal pour lui dire que peut-être, tout n'est pas si désespéré, que le monde continue de tourner en dépit du malheur. « Tu veux une cigarette ? » Banal, le quotidien, une cigarette aux lèvres, comme avant quand ils se croisaient sur le parking avec la bande, Marco et ses sourires de rêveur, tard dans la nuit. Il commence à sortir le paquet, sans la quitter des yeux, à surveiller encore la moindre onde de son corps tendant vers le vide. Ses paumes sont chaudes, moites, loin de la fraîcheur naturelle de sa chair blanche ; il attend patiemment néanmoins, lui tend la cigarette promise, un geste vers elle, à la brise de l'océan.


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Jessica Banner
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MessageSujet: Re: cliffhanger (camsica)   cliffhanger (camsica) EmptyJeu 3 Jan - 21:17

« Jess, je ne vais nulle part. »

Pars. Va-t-en. Dégage. Disparais. Pars, ne reste pas là, fuis loin de moi, laisse-moi. Je veux la mort comme ramage, je veux me perdre sur le rivage, je veux goûter l'eau salée pour la toute dernière fois et enfin, oublier. Oublier les coups, oublier la mort, la douleur, le désespoir, je veux savoir ce qu'il y a dans l'ailleurs, je veux me reposer, dormir à tout jamais, ne plus rentrer chez moi la peur au ventre, ne plus me dire que viendra un jour où il craquera, puis m'en vouloir de ne pas croire en lui. Je veux fuir la violence, fuir l'errance où je me perds désormais, passer à autre chose, mourir, voir tout s'éteindre, mais tant que tu es là, je ne le pourrais pas.

Tu le sais, hein ? C'est pour ça que tes yeux ne me lâchent pas, c'est pour cette raison aussi que ton esprit ne me laisse aucun répit, se tend inlassablement vers moi, sans que je ne puisse rien y faire. Tu le sais, pas vrai ? Même en fouillant tes poches, tu ne me lâches pas. Il suffirait pourtant d'une seconde, d'un regard en biais vers ce que tu cherches à récupérer, rien que le temps d'une respiration pour que je m'envole. Un pas, ce n'est rien, et peut être que si je suis assez discrète, tu ne m'entendras même pas, tomber au fond des vagues, mourir de trop de souffrances et être reçue par l'eau, comme une caresse après la violence, cercueil aquatique de la fin de mon existence.

Au lieu de ça, tu ne me l'accordes pas, cette précieuse seconde dont j'aurais tant besoin. Mes mots ne t'atteignent pas, la violence de mes paroles non plus. Tu es décidé à rester là, alors que tout mon corps me hurle de sauter dans les bras du trépas, tu sais, tu sais que si tu pars, si tu te détournes ne serait-ce qu'un instant, je disparaîtrais.

« Tu veux une cigarette ?
- Je ne fume pas. »


Le ton est sec, incisif, mais rien n'y fait, tu n'y prêtes pas attention, tu tends l'objet vers moi et tu verrouilles nos regards, tu me perds dans l'intensité de ta vie, cherche à me prouver qu'il y a de l'espoir. Mais tu te trompes, Camden. Il n'y en a pas.

En mémoire, je le revois, puissant penché sur moi, les pieds parfois armés pour ne rien me laisser de répit, les larmes parfois dévorant son regard lorsque je me fonds dans la nuit. « Jess, Jess, réveille toi ! Oh mais qu'est ce que j'ai fait...? »

Sanglots. Brisée, il m'a brisée, Camden, cet homme, mais personne n'a rien vu, personne n'a compris, et je ne fais que suivre le triste destin des femmes Banner. Je ne veux plus, je ne peux plus rester là, je ne veux rien, plus rien de cette existence dans laquelle j'étouffe. Vivre est pire que mourir et une minute, une seconde, même, suffit à m'arracher l'âme plus sûrement que la précédente. Je veux mourir, je veux le noir, la sensation de ne plus rien voir, ne rien entendre. Sans doute que tu ne comprendrais pas, toi le musicien, toi qui vois la musique dans toute chose. Sans doute que tu ne saisirais pas ce désir de silence, ce désir de néant.

Il faut que tu t'en ailles, que tu partes, que tu t'éloignes. Tandis que tu tires mon bras vers la vie, le rivage, le vent, la nuit, Sa voix, tout me tire à la mort. Abandonne. Pars. Je vais encore devoir te mordre et t'arracher le cœur n'a rien de plaisant. Mais je ne veux pas que tu me vois franchir le pas, l'unique, qui me sépare du destin qui m'attend en bas. Pars. Pars, s'il te plaît.

« Remballe ta clope et casse-toi. »

Mordre, déchirer, dévorer tes jolis traits, blesser, arracher ta résistance, te voir partir loin, à jamais, loin de moi et de ce désespoir qui noircit tout, détruit tout.

« J'ai pas besoin d'un paumé dans ma vie. »

Mais ça ne suffit pas. Tu t'accroches et je voudrais que tu t'en ailles. Tu n'as rien d'un paumé, tu as la douceur d'une caresse qui s'égare sur une joue et tout en toi tient de la force tranquille. Je voudrais me taire mais si je me tais tu m'arracheras mon droit de mort. Les mots sont durs et ils ont tort, mais peut être qu'au moins, tu me laisseras fuir loin de cette vie qui me gangrène, dont chaque instant me condamne à l'agonie, agonie que je ne supporte plus.

« Retourne baiser ton pâtissier avant que je ne m'énerve. »

Pitié, pars, fuis, et laisse-moi m'envoler. Les larmes mordent ma chair et le vent me pousse en arrière, je veux tomber, ne me retiens pas.
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Camden McKinnon
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MessageSujet: Re: cliffhanger (camsica)   cliffhanger (camsica) EmptyJeu 7 Fév - 13:41



cliffhanger (flashback)
@Jessica Banner

Le regard de Jessica se voile, creusant entre eux la fissure, et reprend contre elle sa colère triste, la rage profonde qui lui dévaste le cœur -et le corps, à n'en plus douter. Jessica se tient à la fois toute proche et semble se trouver à l'autre bout du pays. Camden reprend la cigarette, les mains moites : ce regard lointain l'angoisse. Jessica est faite pour les sourires doux et les rires chaleureux -qu'ils soient ténus sur ses traits mélancoliques, qu'il ne s'agisse que d'une ombre au coin de ses lèvres, une note brève dans l'air. En dépit de sa robe, de cette scène en bord de falaise, des plaies béantes sous son maquillage d'héroïne contrariée par le sort, bien qu'elle semble persuadée du contraire, Jessica n'est pas une tragédie et Camden voudrait pouvoir lui dire, briser le masque et lui ôter ce costume qui lui sied mal, à deux doigts de la mort. Mais Jessica toute à son chagrin empli de haine pour l'instant n'entend rien.

L'offensive le crible une nouvelle fois, cible unique dans le désert nocturne de la crique. Camden rouvre la bouche, une seconde trop tard pour se saisir de son souffle ; déjà ce dernier dérive, entraînant avec lui Jessica au plus proche de la falaise. Il ravale son inspiration, sonnant comme une exhalation lourde entre ses lèvres pâles, et franchissant le pas attrape la jeune fille par le bras d'une poigne que la peur rend ferme. « Je sais que tu fumes pas, Jess, écoute... Tu refusais toujours les cigarettes qu'on te proposait, sur le parking. » C'est ce qui lui vient, comme à rebours. Jessica souriant maladroitement en refusant immanquablement les paquets tendus vers elle -à chaque fois, jusqu'à ce qu'on se lasse. Sauf Marco, car Marco ne semblait jamais se lasser de grand-chose.

Son autre main se referme sur le bras opposé de la naufragée, raffermissant sa prise pour la maintenir sur la terre ferme, s'assurer qu'elle ne lui échappera plus au gré du vent. « Reste avec moi. On peut discuter, ou se taire, c'est comme tu veux... Reste. » Ses doigts s'ancrent doucement dans le tissu soyeux de la robe -Camden semble calme, s'échine en réalité à garder le rythme de son coeur tranquille, quand il craint de la voir le repousser pour s'élancer sans prévenir.


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