Dans la petite ville d'Aster Cove, des choses étranges se passent...

 
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 Chronicles from the backseat, Ep. 1 | ft. Aaron

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MessageSujet: Chronicles from the backseat, Ep. 1 | ft. Aaron    Lun 16 Oct - 22:41


Chronicles from the backseat, Episode 1
River & Aaron (Burneary)


Il y a un mois

« Dis Papa, où est ce que les gens vont quand ils meurent ? Tu crois que Mamie Léonore a retrouvé Papy Anton ? » « Mais oui, ma chérie, bien sur qu’ils se sont retrouvés. Ils sont au paradis tous les deux maintenant. » « Et tout le monde y va au Paradis ? » « Tous les gens biens oui. Si tu as reçu les différents sacrements et que tu as vécu en bon chrétien, tu vas au paradis. Et Papy et Mamie étaient de bons chrétiens. » « Mais, et si on ne peut pas aller au Paradis, qu’est ce qui nous arrive ? » « La damnation ma chérie. La damnation éternelle. »

Cela faisait un mois maintenant. Un mois que ma vie avait basculée dans le chaos le plus total. On ne m’avait pas laissé retourner chez moi depuis. Dans un premier temps, la police avait du enquêter, comme après tout décès suspect. Ils n’avaient pas eu à réfléchir longtemps avant de conclure au suicide. Je n’avais pourtant pas pu rentrer chez moi après cela. J’avais entendu mes oncles parler quand ils me croyaient couchée. Il avait fallu nettoyer apparemment. Quand ils avaient commencé à parler des dégâts provoqués par l’arme à feu. Je n’avais pas pu en tolérer plus et j’avais escaladé les marches pour me ruer dans la salle de bain. Mais ce n’était pas quelque chose dont j’avais envie de me souvenir. Vraiment pas.

Alors que je fixais la porte d’entrée, le regard vide, les paroles de mon père résonnaient dans mes oreilles. La damnation éternelle. C’était donc seulement à ça qu’il aurait le droit ? Toutes ces années de piété et tout ce qu’on retiendrait de lui, ce serait cet ultime geste de désespoir. Ce n’était pas juste. Décidemment pas juste. Cela faisait des semaines que ce sentiment d’injustice enflait en moi, exacerbé par les discours de mon oncle, le père O’Leary. Quel homme pouvait bien refuser à son frère un enterrement digne de ce nom ? Quel Dieu abandonnait un homme alors qu’il touchait le fond ? Certainement pas un Dieu dont j’avais envie de suivre les principes. Et cela me déchirait au plus profond de mon âme. D’un geste brusque, j’arrachais la médaille de baptême qui ne quittait d’ordinaire jamais mon cou. Le fermoir lâcha, laissant sans doute une trace rouge sur ma peau. Je la glissais dans la poche de la petite jupe que je portais (la encore une nouvelle transgression aux règles de mon enfance).

Une nouvelle fois, je faisais un pas en direction de la porte, tendant la main vers la poignée avant de me raviser et de laisser pendre mon bras le long de mon corps. J’inspirai, j’expirai puis je renouvelais l’opération une nouvelle fois, sans succès. Je coulais un regard absent vers le quartier, si paisible à cette heure de la journée. J’étais venue à pied depuis la maison de mon oncle Patrick. Géographiquement, c’était sa maison la plus proche de la mienne. Ce n’est donc qu’en arrivant chez lui que j’avais pu prendre l’initiative de ce ‘pèlerinage’. J’avais beau être majeure depuis quinze jours, ils me considéraient trop fragile pour vivre seule pour l’instant. J’avais beau leur dire que vu le travail de Papa et depuis le départ de Maman je m’étais toujours assumée seule, rien n’y faisait. Ils ne comprenaient ni mon besoin de solitude, ni le fait que je ne souhaitais plus approcher d’une église. Je devenais peu à peu une étrangère pour eux et je crois que cela leur faisait peur. Ils craignaient de me briser presque autant que de me laisser trop de liberté. Et au final, ils se contentaient de me regarder sombrer. Vaste conspiration du silence. Spectateurs impuissants d’un désastre annoncé.

Et puis il y avait cette porte, ces clés dans ma main et cette nouvelle danse ou j’avançais d’un pas pour en reculer de deux. A croire que cela ne s’arrêterai jamais.

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MessageSujet: Re: Chronicles from the backseat, Ep. 1 | ft. Aaron    Mer 18 Oct - 22:02

Il a jamais vraiment été du genre à réfléchir au sens de la vie, Aaron. Enfin, du moins, il n'a jamais vraiment été le genre de personne à passer des heures durant à se poser trop de questions quant à l'existence potentielle d'une force divine supérieure. Si y'a un Dieu, il a foiré pas mal de trucs - à commencer par les injustices et inégalités du monde. Mais, de toute manière, comme il a jamais été élevé dans cette croyance là ni même cette optique, il voit pas en quoi ça le concernerait. Le seul truc auquel il croit, lui, c'est les trucs flippants qui rôdent en ville et dans les bois, mais auxquelles tout le monde s'obstine de ne pas vouloir croire. Ah bah bien sûr hein. Croyez-en l'existence d'un type que vous avez jamais vu, mais ne croyez surtout pas ceux qui assurent voir vu des monstres. C'est bien mieux de se voiler la face et de suivre une doctrine comme tout le monde, en mode mouton...  

Aujourd'hui, il ne travaille pas. Du coup, comme à son habitude, il s'apprête à aller aux Arcades. Histoire de passer des heures entières à s'abrutir devant des jeux totalement débiles. Rien de mieux pour se détendre et oublier à quel point le monde est en train de partir en vrille complet. Et puis, éclater la tête de monstres en fictif, ça lui permet au moins d'oublier à quel point c'est une flipette qui n'oserait jamais faire un truc pareil dans la vraie vie. Parce que les trucs qu'il a vu, aucun jeu ou film d'horreur ne peut rivaliser. Mais ça, c'est pas comme s'il allait le répéter à tout le quartier. De toute façon, de ceux qui l'ont entendu déblatérer toutes ces idioties (du moins, de leur point de vue) quand il était gosse, personne ne s'est amusé à vouloir le croire. Du coup, bah, maintenant il préfère se contenter de se défouler et de noyer sa frustration en tabassant des bestioles en pixels multicolores.

En faisant un détour par chez-lui pour se changer, et en mettant bien dix minutes à chercher ses clés au fond de ses poches, il manque presque d'apercevoir la silhouette figée à quelques mètres de là. Il lève les yeux, son regard se fixant sur sa voisine, River. Les relations entre eux deux sont des plus... étranges, si l'on peut dire. Amis au lycée, et parfaits inconnus une fois chez eux - une fois confronté aux regards accusateurs des autres membres de la famille O'Leary. Mais le fait est que, bien qu'ils n'aient jamais pu montrer cette amitié en plein jour dans le voisinage, Aaron a toujours tenu à sa voisine. Malgré ce que l'on peut dire de lui, son côté je-m'en-foutiste n'est que pure façade. Lui aussi a appris la nouvelle, et bien que O'Leary Sr. n'a jamais été son plus grand fan (pour des raisons évidentes), Aaron ne peut imaginer ce que doit ressentir sa voisine. Le deuil est bien l'une des choses qu'il espère ne jamais avoir à endurer. River ? Est-ce que ça va ? Sans qu'il ne sache trop comment, ses pas l'ont porté jusqu'ici, juste à côté d'elle. Sa voix est plus douce qu'à l'accoutumée, sans doute conscient de ce qu'elle ressent.
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MessageSujet: Re: Chronicles from the backseat, Ep. 1 | ft. Aaron    Mer 18 Oct - 23:53


Chronicles from the backseat, Episode 1
River & Aaron (Burneary)


Plus les minutes passaient et plus il devenait clair que je ne trouverais pas le courage d’entrer. Je découvrais que je n’étais pas si courageuse que ce que j’imaginais. Courage, honneur et piété étaient pourtant les valeurs prônées par la famille O’Leary. Je découvrais avec surprise que je m’en éloignais de plus en plus. Comme si tout ce qui me raccrochait à celle que j’étais avant s’était envolé au décès de mon père. Je ne savais plus qui j’étais, à quoi j’aspirai ou ce que je comptais faire. En somme, j’étais totalement perdue. Et la médaille glissée dans ma poche me brulait comme un rappel que, décidemment, je ne serais plus jamais la même.  Peut-être que revenir ici était une mauvaise idée après tout. Trop d’images et de questions me revenaient. Tout ce que je voulais, c’était oublier. Me vider la tête et ne plus penser à rien.

Il m’avait fallu quelques instants pour me rendre compte d’une présence à mes côté. Je relevai s les yeux pour les poser sur Aaron, mon voisin. J’avais sans doute le regard aussi vide que depuis ces dernières semaines. Pourtant d’ordinaire, on me disait toujours que j’avais le regard expressif et qu’ils pailletaient d’émotion. En ce moment ce n’était que peine et désespoir. Je tentais pourtant d’adresser à Aaron un pauvre sourire.

Il avait toujours été là, en filigrane dans ma vie. Petite, il était ce petit voisin étrange contre qui mon père me mettait en garde mais à qui j’adressais néanmoins de petits signes de main quand il avait le dos tourné. A l’adolescence, nous avions pu devenir amis dans le cadre protégé du lycée. Mes cousins, bien que protecteurs n’étaient pas aussi collets montés que nos paternels respectifs.  En fait, ils n’avaient bizarrement jamais considéré Aaron comme une menace. Si leurs camarades d’équipe de foot n’avaient pas le droit de m’approcher, ils n’avaient jamais tenté de manœuvres d’intimidation sur lui. En tout cas pas à ma connaissance. Mais nous avions beau nous entendre au lycée, mon père n’aurait jamais compris. C’était surement très lâche, déjà à l’époque mais je n’avais pas eu le courage de lui tenir tête. J’avais peut être peur qu’il m’abandonne à son tour comme l’avais fait ma mère. Je voulais rendre fier au moins un de mes deux parents. Au final, j’avais fait tout ça pour rien vu qu’il m’avait abandonnée à son tour. Une partie de moi lui en voulait. Et c’était tellement mal d’être en colère d’un mort. Je culpabilisais pour ça. Et je ne pouvais en parler à personne. Donc non, ça n’allait pas. Pas du tout.

« Pas vraiment non. Je voulais revenir. Récupérer quelques affaires mais… J’en suis incapable. C’est trop dur. »

Je sentais mes yeux me picoter, signe annonciateur que les larmes montaient. J’inspirais et j’expirais, essayant de contrôler aussi bien ma respiration que d’empêcher mes larmes de couler. Je me retenais si bien et depuis si longtemps qu’une unique larme roula sur ma joue. Je m’étais vite rendu compte qu’il était plus douloureux de se retenir de pleurer que de se laisser aller. Pourtant, on m’avait enseigné la retenue et certains schémas restaient gravés en vous. Être vulnérable n’était pas dans ma nature. Pourtant, je l’étais plus que jamais.

« Je ne peux pas rester ici. Il faut… il faut que je m’en aille. »

Subitement, j’étais affolée. Je sentais que si je fixais encore une seconde de plus cette porte, j’allais éclater en sanglots. Hésitante, je relevais les yeux pour fixer ceux d’Aaron. Je ne voulais pas le laisser en plan comme ça mais j’avais de plus en plus de mal à respirer. Cette maison m’apparaissait subitement bien oppressante.

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MessageSujet: Re: Chronicles from the backseat, Ep. 1 | ft. Aaron    Dim 22 Oct - 22:30

En y pensant, Aaron n’a jamais été aussi proche de la résidence des O’Leary. Etant enfant, et aujourd’hui encore, en réalité, il a toujours gardé ses distances, ayant délimité un périmètre à ne pas approcher sous peine de danger immédiat (ce qui signifie, en gros, tous les membres de la famille O’Leary). Sous prétexte qu’Aaron n’a jamais mis les pieds dans une église, qu’il n’est pas baptisé, et que ses parents se moquent ouvertement de la religion et n’ont en aucun inculqué ces valeurs-là à leur progéniture – ses voisins ont eu tout vite fait de le considérer comme le diable en personne. Ce qu’il considère comme injuste et insensé, très honnêtement. On ne juge pas un livre à sa couverture, et fuir les gens seulement parce qu’il ne partage pas les mêmes idées que vous ressemble dangereusement à du racisme et de l’antisémitisme. Non pas qu’Aaron aille critiquer la religion, en réalité, il s’en moque. Tout le monde est libre de ses opinions et de ses croyances. Mais même enfant, il a très vite compris que c’était un sujet à prendre avec des pincettes. Et O’Leary Sr. était une personne totalement flippante ! Alors oui, Aaron n’a jamais approché leur maison, tout comme il a gardé ses distances avec River. Du moins, jusqu’au lycée. Où le fauteur de trouble du coin a enfin pu apprendre à connaître sa voisine sans l’intervention – non moins flippante – du reste de sa famille.

Depuis, Aaron a la certitude de connaître River sur le bout des doigts. Enfin, en principe. C’est une amie – à défaut de jouer les parfaits inconnus en présence du reste du clan. Et la voir ainsi endeuillé provoque en lui quelque en lui qu’il n’aurait jamais cru ressentir un jour. Contrairement à ce que le reste de la ville semble bien vouloir penser à son sujet, Aaron n’est pas un abruti complètement attardé. Simplement parce qu’il n’est pas aussi studieux que sa sœur, et bien plus perturbateur que celle-ci, on se permet –encore une fois, par-dessus le marché- de le juger. O joy.

Aaron, lui, n’a jamais dû faire face au deuil. Il ignore ce que peut ressentir River à cet instant précis, mais son côté empathique lui permet de comprendre et de savoir qu’une telle tourmente émotionnelle n’est jamais sain. Revenir ici, après si peu de temps… il ne peut même concevoir l’idée de devoir revenir chez lui après le décès prématuré de ses parents. Trop de souvenirs qui hantent la mémoire. Et autant de souvenirs se transformant en douleur.

Il se mordille les lèvres, ne sachant clairement pas quoi répondre, ni même comment se comporter. Mais jamais, o grand jamais, l’idée de laisser River traverser ça seule ne lui traverse même l’esprit. Il voit bien qu'elle se contient de pleurer, retenant ses larmes du mieux qu'elle peut. Ca aussi, ça ne peut être sain. Pleurer est un geste des plus naturels au monde, et non une faiblesse, malgré ce que l'on peut croire. Non pas qu'Aaron soit lui-même du type à laisser entrevoir ses larmes, et encore moins ses émotions. C'est au moins une chose pour laquelle il ne peut la critiquer, et encore moins lui en vouloir. Alors allons-nous-en. N'importe où ! Les Arcades, le Diner, tu n'as qu'à me dire où, je serai plus que ravi d'être ton chauffeur. Il ne propose pas la forêt comme lieu d'escapade, trop bien conscient des trucs bien trop étranges qui s'y passent, non pas qu'il aille l'annoncer à River, avec son esprit des plus pragmatiques.

Aaron tend sa main, comme pour mieux appuyer cet argument, un sourire timide sur les livres. S'il peut changer les idées à River, il n'en est que trop heureux. Demeurer très longtemps dans le deuil et la tristesse peut mener à d'horribles conséquences. Et puis River mérite de penser à autre chose. Ce n'est pas trahir la pensée de son père, loin de là. River reste humaine, et un surplus d'émotions négatives peut vite devenir insupportable - pour n'importe qui. Hamburger et milkshake garanti au menu ! Ou n'importe quoi d'autre, en réalité. River n'a qu'à demander, Aaron se contenterait d'obéir. Tout pour ramener un sourire, aussi léger soit-il, sur ce visage. Ce visage si pur, que le deuil ne parvient pas même à dénaturer et enlaidir.
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MessageSujet: Re: Chronicles from the backseat, Ep. 1 | ft. Aaron    Lun 23 Oct - 20:28


Chronicles from the backseat, Episode 1
River & Aaron (Burneary)


Dans d’autres circonstances, j’aurais pu m’amuser de l’ironie de la chose. Aaron sur le parvis de ma maison, c’était un petit peu surréaliste. Du point de vue de ma famille, c’était presque comme si les portes de l’Enfer allaient s’ouvrir si un O’Leary avait le malheur de sympathiser avec un Burnham. Dommage pour eux, c’était déjà trop tard pour ça. Aaron et moi étions amis depuis que j’avais commencé le lycée. Contrairement au reste de mon entourage, il n’avait jamais cherché à ce que je représente un idéal de je ne sais trop quoi. Il me laissait juste être moi-même. De son côté, personne n’arriverait jamais à le convaincre d’être autre chose que lui-même et c’était quelque chose que j’avais toujours admiré.

Et il était là, au moment où j’avais le plus besoin de quelqu’un d’extérieur au clan O’Leary. Il ne sait pas quoi me répondre, tout simplement parce qu’il n’y a rien à dire. Sa simple présence me fait du bien et, d’instinct, il semble l’avoir senti. Je lui laisse néanmoins une ouverture. La possibilité de reprendre le cours de sa journée sans s’encombrer de l’amas de tristesse que je suis devenu. Et pourtant il reste là, à m’observer comme on contemple un bibelot très fragile. Comme il sait toujours exactement quoi dire, il me propose de m’emmener n’importe où, qu’il sera mon chauffeur du jour. Une part de moi sait que si je lui demandais de m’emmener au bout du monde, il le ferait. Parce qu’il est comme ça Aaron. Un mince sourire s’affiche sur mes lèvres tandis que je l’écoute. Nous n’avons jamais fait ça en vérité. Sortir tous les deux en dehors du lycée. Ca fait des années que nous sommes amis et pourtant nous n’avons jamais fait quelque chose d’aussi simple. Et nous savons tous les deux pourquoi.

Avant d’avoir le temps de plus y réfléchir, j’attrape sa main tendue. Là aussi, c’est une première. Un contact physique avec Aaron. J’avais toujours su qu’au lycée, si j’en venais à établir un réel contact, mes cousins lui tomberaient dessus avant que j’ai eu le temps de dire quoi que ce soit. Mais en cet instant, nous étions seuls et, surtout, ma famille pouvait bien aller se faire voir. Je réfléchissais à sa proposition.

« C’est ton jour de repos, je ne vais pas te faire retourner au Diner ! » Je ne savais même pas comment j’étais au courant de cet état de fait. A bien y réfléchir, je me rendais juste compte que je connaissais son emploi du temps. Etrange. Je connaissais aussi sa passion pour les Arcades et, tant qu’à monopoliser une partie de sa journée, autant qu’il y trouve son compte lui aussi. Et puis parler avec lui tandis qu’on s’éloignait de ma maison et que je retrouvais mon souffle me faisait du bien. « Tu vas me renier si je te dis que je ne suis jamais allé aux Arcades ? » En fait je n’avais jamais touché à aucun des jeux qu’on y trouvait de ma vie. Ces ‘machines du péché’ faisaient partie des nombreuses interdictions qui avaient jalonné ma vie. Il était peut-être temps de les voir de près. Alors qu’on s’approchait de sa voiture, je n’avais toujours pas lâché sa main. Il allait bien falloir pourtant. Etonnant comme quelque chose d’aussi simple pouvait être réconfortant. Je n’en oubliais pas ma tristesse bien sûr, mais en arrivant sur mon perron, il avait rendu ma journée plus supportable. Me forçant à sortir de l’isolement et du mutisme dans lequel je m’étais enfermée ces dernières semaines. « Je vais quand même mettre une option sur le milkshake. Jouer m’ouvrira peut être l’appétit. » En fait, j’espérais surtout pouvoir le prendre en otage pour la journée. Je rêvais d’évasion. Ma vie avait toujours été planifiée et la voilà maintenant qui partait dans tous les sens. Au moins, de cette journée improvisée, j’arriverais peut être à tirer quelques bons souvenirs auxquels m’accrocher dans mon océan de regrets et de culpabilité. Car oui, je me sentais coupable d’avoir raté les signes. Elle était bien belle la fille idéale qui laissait son père sombrer sans rien dire. Un nouveau voile de tristesse passa dans mes yeux tandis que je lâchais à contrecœur la main d’Aaron pour m’installer sur le siège passager. Bouclant ma ceinture, je me tournais vers lui, plongeant mon regard dans le sien.

« Merci. D’être venu à ma rescousse. »

Car oui, je n’avais peut-être pas l’air en danger, mais, émotionnellement, j’étais une épave. Sans son intervention, j’aurais sans doute fait une crise d’angoisse en plein milieu du quartier ce qui m’aurait valu de ne plus pouvoir me déplacer seule pour les trois mois à venir. Ce qui, vous le découvrirez plus tard, aurait été bien dommage.
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MessageSujet: Re: Chronicles from the backseat, Ep. 1 | ft. Aaron    Mer 1 Nov - 19:55

Elle attrape sa main, et c'est sans doute le contact physique le plus intime qu'ils ont jamais osé établir entre eux, y compris à l'abri des regards. Aaron ne réagit que quelques secondes à un tel contact, bien plus obnubilé par ses yeux et son visage, que par leurs mains entrelacées. Comme si ses yeux pouvaient tout lui révéler. En réalité, il a sans doute l'air encore plus taré et flippant à la fixer ainsi. Il baisse les yeux, comme si de rien n'était, se contentant d'hocher la tête de manière distraite.

Wait a minute.

Attends un peu, tu connais mon emploi du temps ? En soit, pourquoi pas. Mais il y a quelque chose d'étrangement flatteur dans ce fait là. En d'autres circonstances, il l'aurait très certainement taquiné à ce sujet. Mais, en l'occurrence, il est simplement surpris, et ravi. Une chose dont il pouvait se vanter, et qui lui procurait un étrange sentiment de fierté. Tu n'as jamais mis les pieds dans une Arcade ?! Bon, en soit, Aaron doute fortement que les O'Leary soient fan de ce genre de divertissement, beaucoup trop violents, et scandaleux. Défoncer la tête de monstre fictif, pourtant, rien ne semble dire que la Bible soit contre, de ce qu'il en sait. Néanmoins, comme il n'a jamais été élevé dans cet univers là, la Bible pourrait bien proscrire de manger de la chantilly les soirs de nouvelle lune qu'il s'en porterait tout aussi bien. Mais bon, il n'allait certainement pas aller le hurler à l'oncle de River. Oh ça non. Déjà que sa naissance était blasphématoire en soit, loin de lui l'idée de vouloir empirer la situation. Bien qu'en initiant River aux Arcades, ce soit déjà bien trop tard. Oh well, shit. Nous allons rectifier tout ça de ce pas alors !

Aaron est conscient de leurs mains toujours entrelacées, mais lui non plus n'a pas vraiment envie de rompre le contact. Il faut s'y résoudre, toutefois. Ouvrant la porte à River avant de s'installer côté conducteur, il quitte discrètement le quartier, vérifiant à droite à gauche qu'aucun membre de la famille O'Leary ne les aperçoive et ne vienne les séparer en conséquence. Personne. Satisfait, Aaron, accélère, et la voiture s'élance sur le parvis. Un milkshake pour madame, c'est d'accord. A force, je vais vraiment finir par croire que mes milkshake sont populaires. Tout le monde les réclame, et ce n'est pas pour lui déplaire. Alors, oui, il se contente de les servir, mais c'est déjà un bon début. Lui, l'attitré au milkshake de Aster Cove. Étonnamment, il trouve ça des plus classieux.  

Arrivé au niveau des Arcades, Aaron a du mal à quitter la voiture, ce qui ne lui ressemble en rien, lui d'ordinaire si enjoué à l'idée de pouvoir se ruiner les yeux à admirer et à tirer sur des pixels des heures durant. Cette fois, pourtant, il a du mal à se mouvoir, comme si son corps refusait catégoriquement de quitter la voiture. Correction, de quitter le confort de la voiture procurée par River. Il se complaît dans ce confort et ce silence. Pourtant, il se résout à sortir, venant ouvrir à River. Il ne s'agit pas de lui, mais de River. Et au diable les sentiments qui l'animent et le trahissent en cet instant. Il a promis de lui changer les idées, et c'est bien ce qu'il compte faire.

Et voilà, mademoiselle. Les Arcades, antre des geeks dans toute sa splendeur. Les lieux ont cette lumière si atypique, et cette douce odeur de renfermé, si cher à ses yeux. Le genre d'endroit où l'on n'amène généralement pas une fille. Mais Aaron et River n'ont jamais été comme les autres, alors à quoi bon suivre les règles de bonne conduite ?
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MessageSujet: Re: Chronicles from the backseat, Ep. 1 | ft. Aaron    Mer 1 Nov - 21:06


Chronicles from the backseat, Episode 1
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Alors que ses yeux fixaient les miens, je ne pouvais détacher mon regard. Je ne trouvais pas ça flippant ou bizarre, c’était juste troublant. Trouble qui ne fit que s’accentuer alors qu’il relevait une information que j’aurais vraiment préféré qu’il rate. La rougeur traitresse de mes joues me trahissait. Evidemment que je connaissais son emploi du temps. Ce n’était pas que j’observais ses allées et venues par la fenêtre, non, non. J’arrivais tout simplement à me retrouver à faire je ne sais quoi dans la cuisine et à regarder par la fenêtre qui donnait sur leur cour au moment ou il partait du travail c’est tout. Et lors de mes passages au Diner j’avais, peut-être, jeté un œil sur le tableau de présence. Peut-être. Il n’y avait rien de mal à se renseigner sur l’emploi du temps d’un ami non ? Alors pourquoi est-ce que je me sentais si gênée ? Je contournais donc la gêne par une pirouette, mentionnant les Arcades. A mon grand soulagement, il avait directement rebondi sur le sujet. Un vrai gamin dès qu’on évoquait ce sujet. J’enviais souvent cette part d’insouciance. On me l’avait retirée très jeune. Ainsi, je répondais à sa question par un mouvement solennel de la tête, de la droite, vers la gauche. Deux fois. Il se doutait du pourquoi du comment. Je le voyais dans ses yeux. Sa famille n’avait jamais été croyante. Et, à ce moment, je sentis à nouveau la brulure de ma chaine de baptême dans ma poche. Comment faisait-on pour vivre dans un monde ou Dieu n’existait pas ? Comment trouver son chemin dans l’immensité de l’univers ? Quel sens donner à la vie si on ne fait que naître, mourir et nourrir ensuite les vers ? Comment est-ce qu’on survit lorsqu’on ne croit plus en rien ? Ma foi, c’était ce qui m’avait permis d’avancer le cœur léger pendant toutes ces années. A présent, je me sentais plus seule que jamais. Surtout à présent que la main d’Aaron avait lâché la mienne. Je m’installais côté passager non sans lui adresser un faible sourire. Heureusement qu’il était là pour empêcher mes pensées de dériver vers des endroits plus sombres encore.

Je remarque comme il est précautionneux avec notre environnement. Il ne veut pas que ma famille nous voit. C’était ce que j’avais toujours voulu. Avant. Aujourd’hui, je m’en fiche totalement. Pour ce que je sais la vieille fouine d’en face nous a peut être vu main dans la main et se précipitera peut être à l’office dimanche prochain pour en informer tous mes oncles. A cet instant précis, je n’en avais rien à faire. De toute façon, je ne comptais plus mettre un pied à l’Eglise. Et je ne comptais plus non plus suivre bêtement les directives des mâles de la famille. Forte de cette décision, je discutais milkshake avec Aaron jusqu’à notre arrivée sur le parking des Arcades.

« Les milkshake sont bons. Mais c’est surtout le service qui est populaire. »

Je lui adressais un sourire qui n’était plus l’un de ces sourires tristes que j’arborais depuis notre rencontre devant chez moi. Un sourire de la River d’avant le drame qui s’effaça rapidement. En m’autorisant pour quelques secondes à oublier mon drame, j’avais presque l’impression de trahir mon père. Pourtant, dans cet habitacle, je me sentais mieux que ce que je n’avais été pendant tout le mois passé. Aussi, je restais là, silencieuse, sans esquisser de geste pour ouvrir la porte. Prolongeant le moment. Et puis Aaron se lève et vient m’ouvrir la portière. Un vrai chevalier des temps modernes comme on n’en fait plus. Et il me conduit vers ce lieu ou je sais de source sure qu’il passe une grande partie de son temps libre. Je laisse mon regard dériver de droite, à gauche, m’imprégnant de l’atmosphère du lieu. Notre arrivée n’était pas vraiment passée inaperçue et les paires d’yeux présentes me fixient comme si j’étais une sorte d’animal exotique. Qu’à cela ne tienne, j’allais quand même prouver à Aaron que même si je n’étais jamais venue, j’avais tout de même quelques connaissances théoriques. Après lui avoir adressé un clin d’œil, je m’approchais donc du guichet sous l’œil médusé de l’adolescent qui travaillait à ce moment-là. Quelques politesses, des yeux globuleux, un billet de vingt dollars et mes précieux jetons plus tard. Je reculais de quelques pas pour retrouver Aaron. Je l’entrainais ensuite vers une machine donc l’esthétique me faisait de l’œil. Je ne connaissais ni les jeux, ni la façon de procéder aussi, ce fut avec le plus grand sérieux que je relevais la tête pour fixer Aaron dans les yeux.

« Maintenant, apprends-moi. »

Mon ton était sérieux mais le coin de ma lèvre légèrement relevé était plein de défi et peut être d'une petite pointe d’autre chose que je ne parvenais pas encore à qualifier.
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MessageSujet: Re: Chronicles from the backseat, Ep. 1 | ft. Aaron    Sam 11 Nov - 15:57

Comme tout village qui se respecte, Aster Cove avait ses codes et ses habitudes. Habitudes que très peu osaient venir perturber, par peur de subir le courroux des plus conformistes. Et en l'occurrence, qu'une nouvelle tête vienne gracier les lieux de sa présence est une chose non conventionnelle, qui est certain d'attirer l'attention des plus curieux. Surtout quand la nouvelle en question n'est autre que la fille O'Leary, la famille la plus conservatrice qui soit. Cela a le mérite de soulever quelques questions, et quelques chuchotements scandalisés. Néanmoins, la plus grosse surprise des habitués des Arcades est sans doute le fait de voir une fille entrer dans un tel endroit. Ces dernières ne viennent que rarement s'essayer à de tels divertissement, après tout - selon leurs dires. A croire que la gente féminine ne sait pas apprécier les joies des Arcades. Stéréotype misogyne qu'Aaron a beaucoup de mal à supporter. La plupart de ces accros aux jeux vidéos ne savent probablement même pas ce qu'est une fille - espèce extra-terrestre qu'ils ont la surprise de voir pour la première fois de leur vie. Abrutis. Aaron a tout vite fait de leur envoyer un regard incendiaire. Une manière pour lui de leur interdire de faire la moindre réflexion, ou de continuer à les regarder bouche bée comme s'ils étaient deux animaux dans un zoo. Non, décidément, leur petite escapade à deux par ici n'était définitivement pas passé inaperçue. Toutefois, si les geeks avaient bien une qualité, c'était leur capacité à tenir leur langue. Très peu d'amis signifiaient généralement un cercle restreint, et donc encore moins de personnes à qui en parler. C'est un point positif.

Que je t'apprenne hum ? Je serai ton maître si tel est ton souhait, jeune padawan. La référence à Star Wars mise à part, Aaron est bien trop heureux de lui apprendre et de lui enseigner les subtilités des jeux vidéos. Partager son savoir à quelqu'un, il n'aurait jamais cru que cela lui arrive un jour. Surtout dans ce domaine-là. C'était du jamais vu. Mais il était très loin de s'en plaindre. Bien au contraire. Et puis ce côté élève et professeur a de quoi lui donner des idées pas très catholiques. Idées qu'il se garde bien de révéler à voix haute. Il les garde pour lui, merci bien. Alors, pour commencer... Aaron se rapproche d'elle, une façon subtile de l'effleurer, d'établir un contact sans pour autant que leur peau ne se touche. Un rapprochement qui n'en est pas un. Un rapprochement avec certaines barrières, tel un interdit à ne pas braver, comme si leur peau émettant le moindre contact charnel viendrait à blasphémer. Aaron n'a jamais cru en ces sornettes. Mais il respecte les limites entre River et lui, comme il les a toujours respecté. Par peur de céder à la tentation, par peur d'établir un contact dont elle ne voudrait pas.

Ses gestes sont lents et rigoureux, comme pour mieux mettre en lumière ses propos ses explications, elles aussi fluides et simples. Aaron a toujours eu énormément de respect pour sa voisine, et se retrouver ainsi ensemble dans un lieu qui n'est pas le lycée a quelque chose d'idyllique, d'irréel. Qu'elle soit là avec lui, dans un endroit qui a de l'importance à ses yeux, ça n'a pas de prix. Et s'il peut lui prodiguer cette passion, en plus de lui changer les idées, Aaron est plus que ravi de le faire. Tu te débrouilles plutôt bien pour quelqu'un qui prétend n'avoir jamais joué à à un de ces trucs. Il rit quelque peu, mais son ton est des plus sérieux. River a beaucoup de talent, malgré ce qu'elle peut en penser. A passer trop de temps bridée par sa propre famille, on lui a retiré toute occasion de s'amuser et de profiter de son adolescence. Un fait qu'Aaron est bien trop heureux de rectifier. Si ça continue ainsi, tu vas finir par me battre à plate couture, plaisante-t-il, indiquant son son nom en tête de tous les scores sur le jeu. Il y a cette tension entre eux, une tension électrique dont ils tous les deux conscience. Une tension qui les rapproche et les éloigne en même temps. Un trop plein d'hormones, ou un surplus de sentiments dans la tourmente ? Sans doute un mélange des deux. Et dans un contexte pareil, nul ne pourrait leur en vouloir de vouloir plus. Du moins, c'est ce qu'Aaron espère. Bien qu'il ne tente rien, se contentant de rire et de l'encourager. Tous deux passent un agréable moment, oubliant l'audience curieuse qui les dévisage toutes les dix minutes - et c'est ça le plus important, n'est-ce pas ?
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MessageSujet: Re: Chronicles from the backseat, Ep. 1 | ft. Aaron    Sam 11 Nov - 20:31

Être observée comme une sorte d’animal exotique me faisait tout drôle. Mais je préférais ça plutôt que les regards remplis de pitié qui me poursuivaient depuis plusieurs semaines déjà. Les regards se faisaient donc ici plutôt curieux et c’était déjà une évolution dans la bonne direction. Même des regards hostiles me conviendraient mieux que cette pitié mêlée de fausse compassion et de curiosité morbide à laquelle j’avais eu droit de la part des vieilles rombières. Non vraiment, la curiosité ou la désapprobation, ce serait plus supportable.  C’était du moins ce que je me disais à ce moment-là. C’était tout drôle de se retrouver aux Arcades. Personne dans ma famille n’était vraiment branchés jeux. En tout cas ceux qui ne nécessitaient pas une balle quelconque. Je ne pense pas qu’aucun de mes cousins ait jamais mis les pieds ici. Mais bien sûr, je pouvais tout aussi bien me tromper. Ils pouvaient se montrer très secrets concernant les activités qu’ils pratiquaient et qui n’étaient pas bien vue par notre famille. Comme Evan et ses innombrables conquêtes. Ce petit hypocrite serait surement scandalisé de me savoir ici avec Aaron. Enfin, ils seraient sans doute encore plus scandalisés s’ils pouvaient ne serait-ce qu’imaginer le genre de pensées qui me traversaient la tête alors que je demandais à Aaron de m’apprendre à jouer. De quoi m’obliger à aller me confesser. Enfin… si le prêtre du coin n’avait pas été mon oncle et si je n’avais pas décidé de laisser tomber toutes ces histoires de religion. Ce qui était assez drôle en fait parce que si j’étais honnête avec moi-même, depuis que mes hormones avaient commencé à me travailler ce n’était pas la première fois que j’avais des pensées non catholiques à propos de mon voisin. Chose que bien entendu, j’étais très loin d’assumer à l’époque. Aujourd’hui par contre… Et bien je ne savais plus trop. Il fallait que je me reconcentre. Je ne manquais pas la référence à Star Wars d’Aaron. Celle-ci m’arracha un sourire. J’avais tellement insisté pour aller au cinéma que mon père avait dû charger les jumeaux de m’accompagner. Liam avait adoré d’ailleurs.  

« Je t’imaginais plus en Han Solo qu’en Maître Yoda mais allons-y Maître. »

Et je n’imaginais pas à ce moment-là à quel point ma remarque serait prémonitoire. Aaron n’était pas le seul à laisser ses pensées dériver à nouveau vers des rivages moins innocents. Surtout alors qu’il se rapproche de moi pour m’expliquer comment me servir de la borne d’arcade. Le tout reste très correct, malheureusement j’ai bien envie de dire. Cela n’empêche que cela me donne l’impression d’être parcourue d’un léger courant électrique. J’ai bien envie d’initier un réel contact mais sans pour autant céder à l’impulsion. Trop innocente encore pour oser franchir une ligne dont je sais que je ne reviendrais pas. Ou plutôt, trop incertaine de la réaction d’Aaron si je faisais preuve d’une telle audace. Ça ne me ressemblait pas. Ou plutôt, ce n’était pas conforme à l’image que j’avais perfectionné depuis toutes ces années. Concernant le jeu en lui-même, Aaron est un excellent professeur. Je suis ses indications à la lettre et fini rapidement par me prendre au jeu. Faisant défiler les jetons dans la machine. Lâchant des soupirs de frustration quand apparaissait le fatidique Game Over. Je ne peux m’empêcher entre deux parties de lever les yeux vers mon professeur du jour. Alors qu’il me complimente, je ne peux m’empêcher de sourire. Pour quelques minutes, j’oublies mon deuil et ma tristesse.

« Il faut dire que la coordination et de bons réflexes, c’est inné dans la famille. »

Car c’était vrai que je n’avais jamais joué. Mais pour être tout à fait honnête, je faisais de mon mieux pour l’impressionner. Je ne me trouvais pas si douée que ça ceci dit. Aaron était un flatteur. Alors qu’il émet l’idée que je puisse le battre un jour, je portais d’un rire léger. Une chose encore inimaginable seulement une heure plus tôt.

« Impressionnant. Mais j’en suis encore très loin ! »

Je passe un moment qui, malgré les circonstances, se rapproche de la perfection. L’électricité est palpable entre nous, prête à prendre feu à tout moment. J’en suis consciente et je pense qu’Aaron aussi. Troublée, dans un réflexe inconscient, je viens mordiller ma lèvre inférieure avant de me retourner vers mon voisin, dos à l’arcade.

« Merci. Ça me fait vraiment du bien. »

Et d’un geste purement spontané, voilà que ma main se retrouve sur son avant-bras tandis que mes yeux se perdent dans les siens. Décharge électrique. Souffle saccadé. Pupilles dilatées. C’était comme si toutes mes terminaisons nerveuses se retrouvaient stimulées en même temps tandis qu’il me devenait impossible de détourner le regard. Et à ce moment précis, j’étais déjà perdue.
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MessageSujet: Re: Chronicles from the backseat, Ep. 1 | ft. Aaron    Jeu 16 Nov - 23:46

En réalité, Aaron a toujours préféré la fougue indomptable de Han Solo à la force d'esprit que détenaient les Jedi. Ou à la Force tout court, en l'occurrence. Il se retrouvait plus en Han Solo qu'en n'importe qui. Bien que sa bagnole n'ait rien du Faucon Millénium. Seul bémol de ce rêve d'enfant qui le poursuivait encore aujourd'hui. Et que River comprenne la référence et s'en amuse, ça a le mérite d'éveiller encore plus ces fantasmes enfouis et inavoués. Et puis, Han Solo est bien plus canon que Yoda, il faut se l'avouer. Mais là n'est pas la question. Je peux tout à fait être Han Solo si tel est ton désir. Un clin d'oeil à son futur costume pour Halloween, sans doute. Nul doute que l'avis de River a joué un rôle dans sa décision finale. Mais là encore, que River influence autant ses choix et ses actes, il n'en avouera rien. Fierté d'homme. Enfin, si on veut. La vérité étant que tous ceux les contemplant et assistant à leurs flirts constant pouvaient voir que cela n'avait rien de très innocent ni de très subtile. Non pas qu'ils s'en soucient en cet instant précis, bien trop obnubilés par la présence de l'autre, jusqu'à en oublier le reste du monde.

Vraiment ? Je suis curieux d'en apprendre plus sur ces réflexes et cette coordination si particulière dans ce cas. Une insinuation loin d'être innocente, à en juger par les sourires qu'ils échangent. A mi-chemin entre l'insouciance de la jeunesse, le bonheur de partager un moment si agréable ensemble, et l'euphorie qui anime tous ceux de leur âge, mettant leurs hormones en ébullition. River est sans doute plus étrangère à ce genre de choses qu'Aaron, elle qui évolue dans ce nouveau monde inconnu. Mais l'un dans l'autre, il n'y a rien d'étrange à tout ça. C'est une sensation que tout le monde ressent un jour ou l'autre. Et avec leurs sentiments à fleur de peau, le moindre geste devenait très vite rempli de significations à double-sens. Aaron le sait, et nulle doute que River le sait également. C'est lisible dans leurs yeux, dans leurs sourires, et dans les moindres secondes passées en la présence de l'autre.

Il n'y a pas de quoi, ça m'a fait plaisir. Aaron peut la sentir dans l'air. Cette tension grandissante, suffocante. Tous deux en sont les victimes. Des victimes ô combien volontaires, n'offrant aucune résistance. Se laissant entraîner, comme de vulgaires marionnettes.

Et soudain, la main de River se retrouve sur son avant-bras. Premier véritable contact physique. Premières étincelles. Et l'épaisseur des vêtements qui sépare leur peau ne semble rien y changer. En réalité, elle semble même décupler toutes ces émotions qui les animent et les hantent.  Leurs regards se croisent, alors même que leur rythme cardiaque s'accélère. Rythme endiablé, qu'ils ne parviennent à calmer ni stopper. Aaron déglutit avec difficulté face à cette inconnue dans l'équation. Celle qu'il ne sait résoudre. Veut-il seulement la résoudre ? Il n'en sait rien. Tout ce qu'il sait, en cet instant précis, c'est qu'il est perdu. Et que River est sans doute la seule à pouvoir l'aider à retrouver son chemin. La seule à avoir toutes les réponses. Son navire venant le secourir, lui qui se noie à travers les vagues tumultueuses d'un océan sans fin. Alors il plonge, et au diable les conséquences !

Sa main vient trouver la sienne, et très vite, toutes deux se retrouvent entrelacées, alors qu'Aaron l'entraîne loin, loin de toute cette agitation, sans même donner suite aux regards incrédules qui les suivent hors de l'Arcade. Il n'en a cure, n'y prête même pas attention. La voiture. C'est là qu'est leur salut. Ou du moins, la chance d'échapper quelques heures au quotidien, à ces carcans sociaux qui les emprisonne et les empoisonne.

Il ignore comment ils ont atterri là, la voiture perdue en pleine forêt, loin de toute ville et de toute civilisation. Tout ce qu'Aaron sait, en revanche, c'est que ce n'est sans doute pas plus mal. Lui qui d'ordinaire fuit cet endroit, de par les faits étranges qui s'y passent, a conduit jusqu'ici, sans même réfléchir une seule seconde. Il est préférable de fuir les regards de toute une ville. Les regards et les murmures désapprobateurs. Ici, loin de tout cet enfer, ils peuvent enfin être eux-mêmes. Leurs regards se croisent de nouveau, plus intensément cette fois, le coeur battant la chamade, et la tension toujours autant électrique. Et dans un élan de pur passion, tous deux se rapprochent, si près l'un de l'autre qu'ils peuvent sentir le souffle chaud de l'autre sur leur peau, et les frissons qui s'y accompagnent. Les yeux de Aaron viennent se poser sur les lèvres de River, avant de finalement fermer la distance restante les séparant. Et tant pis pour les risques.

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MessageSujet: Re: Chronicles from the backseat, Ep. 1 | ft. Aaron    Ven 17 Nov - 20:00

Personne à Aster Cove n’aurait parié une cacahuète sur ce qui était en train de se passer. River O’Leary et Aaron Burnham, en train de flirter de façon éhontée autour d’une borne d’arcade. Oui, notre petite ville n’était pas prête pour ça. Je ne savais même pas si je l’étais moi-même mais cela venait si naturellement que pour une fois, plutôt que de réfléchir, je me laissais porter. Et contre toute attente, j’étais plutôt douée à ce petit jeu. J’aurais sans doute du être gênée. Je l’aurais probablement été avec n’importe qui d’autre. Mais, allez savoir pourquoi, Aaron me donnait l’impression d’être en sécurité. Complètement chamboulée. Mais en sécurité. J’avais beau être d’une innocence parfaite, j’avais quand même dix-huit ans, je fréquentais un lycée mixte et j’avais de nombreux cousins. J’étais donc bilingue en sous-entendus.  A la remarque d’Aaron sur mes réflexes et ma coordination. Je me contentais donc d’un petit sourire mystérieux. Ne fermant pas la porte à l’idée de lui faire un jour profiter de mes talents. Je ne me doutais pas encore qu’il était ici plutôt question de minutes que de journées.

Puis vint le contact, ce champ magnétique qui nous attirait l’un à l’autre, comme un aimant. Ce simple mouvement avait tout provoqué. Comme si j’avais franchi la ligne rouge. Comme si les chaines qui nous retenaient encore avait d’un seul coup été arrachées. Soudain, s’en est fini du statuquo que nous avions tacitement instauré et toute une palette de possibilités se déroulaient d’un seul coup. Et comme dans un tourbillon en technicolor, Aaron attrape ma main et nous voilà partis. Je ne vois plus que lui, indifférente aux autres individus présents dans la salle d’arcades. A peine consciente que mon autre main tiens toujours une espèce de gobelet rempli de jetons. Avant même d’avoir réalisé, je suis dans la voiture et Aaron démarre comme s’il avait le diable aux trousses. Et sur le moment, tandis, que je le regarde conduire, indifférent aux feux rouges ou aux limitations de vitesse, je ne suis plus consciente que de la fournaise qui a envahi mon corps. Incapable de rassembler une pensée cohérente, je pose les jetons dans le compartiment de la porte passager et alors, que je me retourne vers Aaron, je me rends compte que la voiture s’est arrêtée. Je n’ai aucune idée d’où on est – la forêt surement à en croire le paysage – mais en réalité je m’en contrefiche. Mon regard se rive à nouveau sur Aaron pour ne plus le lâcher des yeux. Sans même m’en rendre compte, mon tic nerveux est de retour tandis que je mordille ma lèvre. Je me rapproche, il se rapproche. Son regard quitte le mien pour se poser sur mes lèvres et il clos la distance entre nos deux bouches qui se mêlent dans un ballet plein de passion et de fureur. Car oui, ce premier baiser est rempli de désir trop longtemps frustré et d’urgence à peine contenue.

Des lèvres qui se dévorent, des langues qui se rencontrent et des tissus qui se frottent. En quelques contorsion, je me retrouve de son côté, à califourchon sur lui, mes genoux rappant sur le tissus rugueux des sièges, mon dos agressé par le volant de la voiture. Mais je ne le sens même pas. Bien trop obnubilée par la bouche divine d’Aaron et par la sensation de ses mains sur ma taille. Et la température continue de monter alors qu’une de mes mains est entremêlée dans ses cheveux et tandis que l’autre parcoure son torse par-dessus sa chemise. Toutes ces sensations sont nouvelles pour moi mais je ne me pose même pas de question. Tout est purement instinctif, naturel. Comme si j’étais exactement là où je devais être à ce moment précis. Et c’est pourquoi, sans la moindre hésitation, je me détache de la bouche d’Aaron, m’espaçant de quelques centimètres – le volant ne me permettait pas plus et je ne voulais pas rameuter toute la forêt en appuyant malencontreusement sur le klaxon – je ramenais mes mains devant moi afin de déboutonner un à un les boutons de mon chemisier. Je fixais Aaron droit dans les yeux, guettant le moindre signe m’indiquant que j’allais trop loin et qu’il souhaitait que j’arrête. Au final, le magnétisme qui vibrait entre nous venait encore de gagner en intensité. Sans le quitter des yeux, j’envoyais le vêtement voler dans un coin exposant le haut de mon corps qui n’était plus caché que par mon soutien-gorge. A vrai dire, je ne portais plus en tout et pour tout que ma jupe, mes chaussures et mes sous-vêtements. Ainsi exposée à la chaleur de son regard, je savais qu’il n’y avait plus de retour en arrière possible. Et, surtout, je ne le voulais pas.    
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