Dans la petite ville d'Aster Cove, des choses étranges se passent...

 
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 Dont get too close

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Emploi : Apprenti directeur au sein de l'entreprise familiale.
Sur ton walkman : Bringin' On The Heartbreak - Def Leppard
MessageSujet: Dont get too close   Ven 20 Juil - 13:55

En apparence, la famille Dean est parfaite, accomplie et puissante. En apparence seulement, car en vérité, elle est loin d’être parfaite. Mais chut, il ne faut pas le dire. Le père d’Andrew est encore absent, trop occupé pour conseiller son fils qui fait les cent pas dans le salon. La pauvre Martha a tenté de proposer un repas au jeune héritier, mais celui-ci l’a renvoyé chez elle sans prendre de gants. Il a des choses plus importantes à gérer, et rien ni personne ne doit venir perturber son élaboration de plan.

En réalité, il n’a pas de plan. Pas même une ébauche de plan. Il ne fait que s’agacer depuis le début de l’après-midi. Il pense à son père t’interroge. Il n’est pas idéal, c’est certain. Carrément négligeant même, sauf quand ça l’arrange. Un peu despote sur les bords aussi. Lui et Andrew sont souvent en conflits. Pendant un long moment, le jeune fils a même jugé son père responsable du suicide de sa mère. Il l’a haï comme il n’a jamais haï personne. Mais les voilà encore à vivre ensemble, sous le même toit, dans une ambiance parfois électrique, à osciller chaque seconde entre l’amour et la haine. Ils se sont peut-être battus dans leurs heures les plus sombres, et malgré tout, le père n’a jamais battu son fils. Le fils n’a jamais craint son père.

Le désespoir qu’il a lu dans les pupilles trop sombres de Jessica dépasse le jeune Dean. Il n’y trouve aucune solution. Se demande sans cesse comment s’est possible. Comment il a pu ne rien remarquer. A un moment, il en vient même à se demander s’il a bien compris. Il est assis sur son canapé et la princesse de la maison ronronne calmement sur ses genoux alors qu’il se force à revivre mentalement la dernière fois qu’il a vu Jessica. C’est encore frai dans sa petite tête, et les mots de Jessica raisonnent clairement dans la petite tête blonde d’Andrew. Il se rappelle avec une justesse extrême le moindre bleu qui marquait la peau de la jolie brune sous son t-shirt. Figé dans le silence et l’immobilité, le jeune Dean consulte sa conscience. Non, il ne peut pas la laisser.

Après tout ce temps à se prendre la tête, c’est soudainement très clair dans la tête d’Andrew. Il ne peut pas la laisser. Il pose son chat sur le canapé pour se relever. Le félin proteste, mais son jeune maître n’y prête pas la moindre attention. Il attrape les clés de sa voiture et sa veste avant de claquer la porte derrière lui. Il ne peut pas la laisser. Il va aller la chercher, la sortir de cet enfer, et tout ira mieux ensuite.

Poussé par cette vague d’optimisme soudaine, Andrew n’hésite plus un seul instant et conduit tout droit jusque chez Jessica. Arrivé devant chez elle, il se questionne cependant sur le discours qu’il va bien pouvoir tenir pour la convaincre. Il se questionne aussi sur le mensonge qu’il va bien pouvoir sortir s’il tombe d’abord sur le père. Vouloir faire sortir Jessica de là, c’est bien. Mais comment ??? La maison lui apparaît comme une infernale prison. Il fixe la devanture un instant depuis sa voiture, et un frisson mauvais le parcourt, comme s’il ressentait enfin toute l’aura maléfique qui entoure le lieu. Une femme suicidée et une fille battue, il se passe clairement des choses moches sous ce toit mauvais.

Mais ce n’est pas une toiture et trois fenêtres qui vont impressionner Andrew. Comme rassuré dans la nécessité de sa mission, il quitte son siège et marche tout droit vers la sonnette. L’impulsivité ne lui réussit pas. Immédiatement il regrette de ne pas avoir fait le tour de la maison discrètement en jetant un regard à travers les fenêtres avant de sonner. Trop tard, quelqu’un vient, alors Andrew se prépare au pire.
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MessageSujet: Re: Dont get too close   Lun 13 Aoû - 0:43

Douleur. Le regard de Jessica chercha les lignes qui l'avaient tant faite vibrer pour la millième fois. En vain. Depuis qu'elle était rentrée, hier au soir, il lui était impossible de retrouver ce bonheur qui avait été le sien pendant tant d'années. Le livre qu'elle tenait dans les bras, dont elle connaissait le moindre mot, ne lui faisait plus d'effet. C'était un constat difficilement supportable et la jeune femme le rejeta au loin, des larmes de rage perlant au coin de ses yeux. Ce n'était pas juste. Jessica avait passé une semaine absolument horrible, qui avait commencé par un événement si douloureux qu'elle peinait à y penser. Andrew. Plus qu'un souvenir au milieu d'un océan de souffrance. Deux yeux rieurs devenus porteurs de ses cauchemars, gorgés d'un Haine si vigoureuse qu'il l'en avait poussée contre l'arrêt. Un sourire qui n'était plus qu'un rictus de rage, absolue, indubitable et, en quelque sorte, mortelle. Des traits qu'elle ne devrait jamais plus caresser du regard. Des gestes qu'elle avait appris par cœur mais qui, plus jamais, ne l'aideraient à tenir. Des mimiques, des expressions, des disputes, des réconciliations, trop de choses à effacer, trop de choses à sceller, sceller pour survivre, sceller pour oublier. Andrew Dean était la première des souffrances de ce fameux jour, qui s'était achevé sur une nuit en Enfer. De cette nuit, Jessica ne se souvenait que de bribes, comme si son cerveau, fatigué de trop d'existence, avait choisi de n'en conserver que le minimum requis. Des hurlements de douleur résonnaient dans ses pensées, des bruits de pas et des grognements inhumains les accompagnant. Elle se rappelait de sa propre souffrance, de cette mâchoire qui s'était refermée sur son flanc, ouvrant la chaire aussi facilement que s'il s'était agi de beurre. Elle se souvenait des larmes, des suppliques, du bruit des sirènes, puis de la chambre aseptisée dans laquelle elle avait terminé. Trop de joie, des éclats de rire plus creux qu'un vase en terre, Kenny Holland comme voisin de chambre, puis son père. Des larmes illuminant son regard, la peur de la perdre gravée sur son visage. L'espace d'un instant, Jessica s'étaient sentie aimée pour de vrai, importante au sein de sa propre existence. Cela ne durerait pas. La sollicitude de son père ne vaudrait qu'un temps et bientôt, les portes de l'Enfer se rouvriraient pour l'accueillir. La question était de déterminer à quel moment cela arriverait. Et ça, Jessica ne parvenait pas à le prévoir. En bas, la porte s'ouvrit.

« Jessicaaa ! J'y vais ! Fais attention à toi hein ! »


Puis elle claqua. Et soudain, Jessica se retrouva seule à nouveau. Au début, les heures passèrent sans heurt. Une part d'elle, certainement, avait trouvé la mort lors du six juin 1985. Jessica se demandait parfois si c'était comme ça, que tout avait commencé pour sa mère. Mais elle avait beau réfléchir, puis s'en vouloir d'avoir songé à ça, elle ne parvenait pas à trouver plus de points communs à leurs histoires. Il lui faudrait attendre encore quelques temps pour comprendre. Et lorsqu'elle comprendrait, ce serait au sein d'un lit immaculé autour duquel danseraient des posters faussement joyeux. Pour l'heure, Jessica tournait dans la maison, après avoir rangé pour la cinquième fois consécutive les livres de sa bibliothèque. Ça l'avait dévastée, d'ailleurs. Elle avait eu beau tous les ouvrir, aucun n'avait réussi à produire la moindre étincelle en elle. Le pire, ça avait été au moment du goûter, lorsqu'elle s'était octroyée un morceau de chocolat. Elle s'était mise à pleurer. Ça aussi, on le lui avait pris. Alors, Jessica était allée s'asseoir dans le grand fauteuil de cuir du salon et avait regardé paresseusement par la fenêtre. Elle avait observé les gamins jouer, les grands-mères rentrer de course avec leur sac cabas, puis les jeunes mères promener les poussettes. Elle avait participé au cycle de la vie sans jamais y prendre vraiment part, puis s'était décidée à se faire couler un bain avant de se rappeler que cela lui était interdit.

C'était au moment où il lui avait fallu redescendre les marches -un exercice qui, depuis l'incident, la rendait douloureuse- qu'elle l'avait entendu. Le carillon de la sonnette avait envahi la maison et Jessica s'était hâtée de descendre à la rencontre de son visiteur. Elle avait ouvert la porte à la volée, et désormais, son cœur brisé lui hurlait qu'elle n'aurait jamais dû s'y risquer. Face à elle, le regard maudit d'un homme un peu trop aimé. Un peu trop haï, aussi. Face à elle, des traits adorés, chéris tant de fois qu'ils s'étaient imprimés sur sa rétine jusqu'à la brûler. Face à elle, Andrew Dean. De longues secondes s'écoulèrent sans qu'elle ne réagisse, la porte grande ouverte sur ce visage qu'elle ne parvenait pas réellement à repousser, malgré tous ses efforts.

Puis vint la peur. Au début, il ne s'agît que d'une sensation discrète, rien qu'une caresse le long de sa colonne vertébrale. Petit à petit, elle remplaça la stupeur en elle. Petit à petit elle se couronna des traits du père tandis que Jessica réfléchissait à l'heure qu'il pouvait être.

« Q-Qu'est-ce que tu fais là ?! Va-t-en ! »

Douleur et crainte animèrent ses iris tandis qu'elle tentait de refermer la porte. Peut être plus que celle de sa maison, c'était celle de son existence, qu'elle souhaitait lui clore à jamais. Pour ne plus jamais souffrir. Quelque part au fond d'elle-même, quelqu'un lui souffla qu'elle n'y parviendrait pas.
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