Dans la petite ville d'Aster Cove, des choses étranges se passent...

 
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 L'espoir est une denrée trop rare. Tôt ou tard, celui-ci disparaît. Alors ne reste que le noir. [LIBRE] [TW : Violence]

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MessageSujet: L'espoir est une denrée trop rare. Tôt ou tard, celui-ci disparaît. Alors ne reste que le noir. [LIBRE] [TW : Violence]   Mer 4 Juil - 23:30

I need a hero to save me nowNoir. Tout est noir. Où que se porte son regard, il n'y a rien d'autre qu'un vaste océan de ténèbres. Est-ce que c'est ça, la mort ? Est-ce que c'est une obscurité infinie, éternelle ? Elle n'a même plus mal. Tout autour d'elle est noir. Tout autour d'elle n'est que la cristallisation de toutes ses pensées, de toutes ses peurs, de toute la haine qu'elle porte envers un homme. Un seul. Son père. Ce simple titre lui arrache un frisson qu'elle connaît trop bien, qu'elle connaît par cœur. C'est de l'horreur qui la traverse. Et comme si sa mort ne pouvait être que le prolongement de ce cauchemar, l'obscurité s'éclaire de quelques réminiscences.

Un mouvement, sur sa droite. Le bruit d'une porte qui s'ouvre, lentement. Des mèches de cheveux la traversent discrètement.

Jessica fronce les sourcils. Tout est vague, et pourtant, son cœur s'emballe à mesure que les images défilent.

« ...-eux savoir où tu ét-... »

La voix est floue, mince filet d'horreur au sein de ses ténèbres. Jessica sursaute, et tout son corps se raidit. Elle ne saurait dire si c'est en souvenir ou en l'instant qu'elle se terre. C'est un réflexe qu'elle a fini par développer. Ce son trop connu n'est qu'un élan de frayeur pour la jeune fille. Peut-être l'a-t-il toujours été. Mais alors qu'elle se concentre, les images s'intensifient à mesure qu'elles s'effacent.

Un poing fracasse son joli visage. Depuis la porte, Jessica sourit, les cheveux en bataille et l'air plus terrorisé qu'autre chose.

« ...-tais à la bibliothèq-... »

Un pied s'abat entre ses côtes. Elle sait pourtant bien qu'il ne la croira pas. Il ne la croit jamais.

« …-ale traînée... »

Elle fait un pas vers l'intérieur, croisant les bras dans un piètre espoir de protection. Tout son être lui hurle de courir, et pourtant, elle ne bouge pas. Elle n'est coupable de rien, après tout.

« ...À cette heur-... »

Le poing revient et prend sa mâchoire. La douleur est terrible. Jessica hoche la tête. Oui, elle rentre tout juste de la bibliothèque. C'était une nocturne. Sur son auteur préféré.

« ...-enteuse ! Tu mérites une correction digne de ce nom !
- N-non, pitié, j-je-... »


Son père est sévère, et ses sourcils se froncent. Il ne la croit pas. Jessica sent une côte se briser sans voir la jambe qui la heurte. La douleur lui fait tourner la tête. Tout autour d'elle tombent les étoiles.

« Oui, j-je... »

Le tressautement dans sa voix l'avait perdue. À partir de là, il avait tenté de prouver qu'elle mentait. Puis s'était avancé d'un pas. Elle avait reculé de deux. Alors, la main avait cueilli sa joue. Et les cloches s'étaient mises à sonner.

« -ne honte ! Je ne t'ai pas élevée comme ça !
- Pitié, papa, pit-... »


Pas de pitié pour une pétasse. C'était ce qu'il lui avait répondu.

Du fond de ses ténèbres, Jessica serre son corps entre ses bras. L'horreur du souvenir la soulève à la manière des poings de son père, la fait poupée de chiffon sous la violence de ses coups et la renvoie sur un sol auquel elle appartient.

« Une ratée. »

Le poing s'abat sur son arcade sourcilière qui abandonne déjà la lutte.

« Une merde. »

Le pied gagne son ventre alors qu'elle porte ses mains à son front.

« Une pute. »

Le coup qui suit la jette au sol. Elle sent un poignet trop fragile l'abandonner.

« Une menteuse. »

La jambe cherche son ventre, le loupe et remonte le long des côtes. L'une d'entre elles se brise. D'autres la suivront bientôt, elle le sait.

« Une honte. »

Le pied revient, plus fort, plus énervé, plus haineux peut être. Il cogne son crâne, et tout se met à tourner. Jessica se recroqueville un peu plus sur elle-même.

« Ta mère pleurerait en te voyant. »

L'assaut final. Les coups pleuvent tout comme les larmes, les suppliques s'éteignent et tandis que sa bouche s'emplit de trop de sang, tandis que la douleur dévore tout son corps, Jessica gagne les ténèbres. L'espoir meurt en même temps que la lumière. La mort vient la cueillir dans toute la profondeur de sa souffrance et elle emporte tout. La colère, la détresse, le malheur, la douleur, la tristesse, le désespoir, le cauchemar, rien. Il ne reste plus rien. Plus rien d'autre que la curieuse étreinte tant désirée, tant souhaitée, tant appelée, et finalement donnée en un ultime recours, une ultime insulte aux rêves que Jessica portait.

« C'était la dernière fois que tu me décevais. »

Avec ces derniers mots, le monde de Jessica disparaît.

Lorsqu'elle reviendra à elle, il n'y aura plus rien.


Un soupir quitte ses lèvres, broyé par l'effroi de la mémoire, l'effroi de la conscience, l'effroi du savoir. Elle a peur, craint une ombre qui n'est plus là, séparée de lui à tout jamais par le voile rassurant du décès. Il ne peut plus rien contre elle, ici. C'est sans doute mieux ainsi, et pour la première fois de sa vie, Jessica se sent en sécurité. Il n'y a plus de peur à avoir, il n'y a plus non plus de lendemain, de soir à prévoir, de bleus à dissimuler, plus rien d'autre qu'une éternité pleine d'obscurité, bienveillante, tendre caresse sur une joue jamais satisfaite.

Pour la première fois, Jessica comprend. Elle comprend le choix de sa mère, la sensation de se sentir enfin sereine après avoir trop souffert, le contact rompu avec un monde d'horreur pour un repos bien mérité, où plus rien ne fait peur. Où plus rien ne fait mal.

Cette fois, c'est un sanglot qui s'envole depuis les lèvres de Jessica. Soulagement ou regret, elle ne saurait le qualifier, et peu importe. Il est trop tard. Il a toujours été trop tard. Trop tard pour être une enfant, trop tard pour sauver sa mère, trop tard pour être aimée de son père, trop tard pour vivre, trop tard pour exister, trop tard pour pleurer. Et désormais, il est trop tard pour tout. Cette sensation a quelque chose de double, de troublant, d'intensément douloureux et de terriblement salvateur. Mais à mesure que la lumière se fait dans l'esprit de Jessica, à mesure que les sentiments reviennent et que les regrets s'annoncent tout bas, la douleur taquine son échine. C'est d'abord une sensation bien vague, qui s'intensifie brusquement lorsque la jeune femme met le doigt dessus. Alors, son inconscience vole en éclats, terrible et superbe à la fois, se teintant soudainement de trop de rouge.

L'odeur est métallique. Ça sent le sang, les compresses et les médicaments.

Les sons sont réguliers. Ça résonne distinctement, ça sonne un cœur mort de trop de malheurs, ça murmure une vie que Jessica n'est plus sûre de vouloir.

Les couleurs sont faussement chaleureuses. Sur le blanc des murs se trouvent des posters, des dessins, créant une joie illusoire que Jessica ne ressent pas.

Et puis il y a la douleur. Son esprit se vrille, se déchire, son corps veut se recroqueviller mais ne peut rien, rien faire d'autre que de laisser couler la souffrance qui vomit ses chairs. Son bras droit est plâtré. Sa jambe gauche pend en l'air. Sa cage thoracique est bandée et son front l'est également. Jessica souffre, et elle souffre doublement à mesure qu'elle réalise.

Elle n'est pas morte. Elle vit. Elle est à l'hôpital. Et quelque chose lui dit que cette fois, la pluie s'est transformée en orage.
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MessageSujet: Re: L'espoir est une denrée trop rare. Tôt ou tard, celui-ci disparaît. Alors ne reste que le noir. [LIBRE] [TW : Violence]   Sam 7 Juil - 23:02

« Alors Kenny, comment ça va ? »

Silence d'une seconde. Sourire. Le regard qui s'égare sur les murs trop blancs du petit bureau avant de rencontrer celui de la locutrice. Les mots qui tombent des lèvres. Toujours les mêmes. Toujours sur le même ton. Cela fait plusieurs mois déjà que se déroule le petit manège monocorde.

« Je pense que ça va mieux. »

Le goût du mensonge est amer contre sa langue, pourtant il le déguste sans se priver. Et si l'hypocrisie qui émane de lui le dégoûte, le lycéen la préfère aux risques à prendre pour dire la vérité. Son visage est calme, apaisé, presque trop. C'est un manège tristement aisé à reproduire ; il faut dire qu'il a un modèle à suivre. Une liste de symptômes et un parfait exemple grandeur nature. Il fait l'endormi. Il incarne un calme aussi faux que salvateur.

« Les médicaments me font du bien.
- Tu les prends bien, hein ?
- Évidemment. Mon frère me les ferait avaler de force de toute façon, vous le savez bien. »

Le sourire se mue en grimace tandis qu'il passe une main dans ses cheveux sombres. Ce à quoi il fait référence ne s'est produit qu'une fois et ne se répétera jamais plus, Kenny se l'est juré. Le simple souvenir de cette soirée-là lui tire un frisson inconfortable, et il baisse un instant les yeux, honteux. Il s'agit là d'une part de sa mémoire qu'il préférerait effacer de son esprit comme de celui des autres. Il veut changer de sujet. Il veut passer à autre chose. Inconsciemment, il gratte le plâtre qui maintient sa jambe droite avec le stylo qu'il emmène partout avec lui, voyant là un splendide moyen de diversion.

« Oui, mais tu as compris n'est-ce pas ?
- Tout à fait. »

Il répond court pour ne pas se trahir, pour ne pas montrer le trou béant qui se creuse en ses entrailles à mesure qu'il embobine le personnel médical de l'hôpital. Il en aurait besoin, de cette aide. Il le sait. Il en voudrait même, si elle ne venait sous la forme de petites boîtes orangées débordant de pilules. Si seulement on l'avait écouté au lieu de le faire taire, peut-être irait-il mieux. Peut-être aurait-il cessé de se réveiller en hurlant, peut-être aurait-il cessé de se sentir nerveux en arrivant au lycée. Peut-être n'aurait-il pas à cacher ses moments de doutes, ses moments de honte, ceux au cours desquels il va se cacher dans les toilettes pour se passer la tête sous un filet d'eau froide, ceux qui le voient courir, vite, toujours plus vite, pour se décharger comme pour espérer fuir les démons qui le hantent. Peut-être n'aurait-il pas à leur faire croire qu'il a confiance en leur version de tout, même de l'inexplicable. Mais une thérapie basée sur le mensonge ne fonctionne pas, et Kenny est condamné à regarder ceux qui ont le pouvoir de l'aider sans rien leur demander.

La séance se déroule comme elle le fait toujours : longue, pénible, douloureuse. Elle pose des questions, il répond. Elle sourit, il l'imite. Elle essaie de le pousser à s'ouvrir, il se renferme. Colère et tristesse noient son cœur. Il lui en veut. Il lui en veut de ne rien voir, de ne rien dire, de faire comme s'il s'en sortait vraiment. Mais la fausseté règne sur un empire de faux-semblants, et eux sont condamnés à jouer cette pièce absurde, encore et encore. L'instant paraît interminable. Perdu dans ses pensées, n'écoutant que d'une oreille l'analyse de sa psy, le jeune homme songe à Andrew. Le pauvre doit s'ennuyer à mourir, seul dans les couloirs mornes de l'hôpital. Il n'aurait pas dû le faire venir. Ça ne servira à rien, de toute manière. Ce sera toujours la même chose. Il ne recommencera pas : il n'a pas à faire subir ça à son meilleur ami.

C'est fort de cette certitude qu'il émerge de la petite salle, quelques minutes plus tard, une prescription en main et une excuse au bord des lèvres. Avec l'énorme plâtre qu'il se trimballe et son incapacité à se servir de ses foutues béquilles, s'extirper de l'Enfer a pris encore plus de temps que prévu, constatation qui l'agace prodigieusement. Son frère de cœur est là où il l'a laissé, assis, et une moue mécontente caresse ses traits. Vraiment, plus jamais ça.

« Désolé, elle m'a soul-
- La pauvre quand même...
- Oui, hein ? Qui eut cru... »


Deux infirmières murmurent, inconscientes de la présence des deux intrus, trop occupées sans doute à ranger les bandages qui remplissent leur chariot. Les regards qu'elles échangent sont chargés d'une étonnante tristesse. Ce ne sont toutefois pas tant leurs expressions lourdes de compassion que leurs mots qui arrachent Kenny à ses excuses.

« Entre nous, tu as vu l'état de la pauvre gosse ? Elle doit pas avoir plus de 18 ans...
- C'est dramatique... Tu crois que c'est... ?
- J'en sais rien Cathy, j'en sais rien... J'espère que non. »


L'âge l'interpelle. Si la jeune femme dont elle parle est en senior, il doit au moins la connaître de vue.  C'est une sensation toute particulière qui l'envahit. Il se sent touché du doigt par le danger, frôlé par la douleur d'un autre. Est-ce ainsi que tous les autres ont ressenti sa disparition ? Son retour ? Kenny l'ignore, mais son regard se tourne vers Andrew par réflexe.

- Comment elle s'appelle déjà ? C'est peut-être une amie de ma fille...
- Jessica je crois, il faudra vérifier. Tu ne le dis pas trop fort, hein ? Et puis si tu veux être sûre, tu n'as qu'à aller dans sa chambre.

Le discours s'éloigne, lui reste figé. Les mots ont eu leur effet dévastateur. Le jeune homme ne sait pas comment réagir, quoi penser. Quoi faire.

Jessica.

Il n'y a qu'une seule Jessica qui puisse avoir fini à l'hôpital en cette belle journée d'été. Cette Jessica, c'est celle dont il ne peut s'empêcher de se méfier, celle qu'il déteste et qui le méprise. Cette Jessica, c'est aussi celle avec qui Andrew s'entendait bien avant son retour. Celle qu'il en était venu à apprécier. Celle qu'il a perdu il y a quelques jours et qui a froissé ses traits dans une expression ternie.

La décision est aisée à prendre. Kenny lance un regard à son comparse.

« On va voir ? »

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MessageSujet: Re: L'espoir est une denrée trop rare. Tôt ou tard, celui-ci disparaît. Alors ne reste que le noir. [LIBRE] [TW : Violence]   Sam 14 Juil - 1:06

Assis au milieu du couloir, Andrew s’est ratatiné sur lui-même. Il n’aime définitivement pas cet environnement macabre qui sent la mort et la maladie. Il évite de se faire remarquer et fait courir son regard sur le sol dès qu’un membre du personnel de l’hôpital passe devant lui d’un pas plus ou moins pressé, comme s’il y avait un risque qu’on l’emmène lui aussi passer des tests obscurs. Il ne sait pas vraiment combien de temps va durer le rendez-vous de Kenny, mais il ne se sent pas à l’aise loin de lui. Depuis qu’il est reparu, Andrew a du mal à lui lâcher les baskets, comme s’il pouvait redisparaître d’un instant à l’autre. Il n’y a pourtant qu’une porte entre eux, mais le grand blond la fixe avec une instance furieuse. Plus le temps passe et plus le jeune Dean s’agite nerveusement. Il trouve une activité salvatrice dans la lecture des affiches sans intérêt qui habillent les murs blancs de l’hôpital. Il a le temps de les lire et les relire. Il détaille chaque dessin et déchiffre même les petits caractères. Il pourrait presque réciter les slogans médicaux par cœur lorsqu’enfin la porte s’ouvre.

Immédiatement le regard d’Andrew se porte sur Kenny et il l’interroge du regard, inquiet. L’adolescent blessé a l’air mécontent, mais bien vivant. Le grand blond a bien conscience du niveau de seum que les visites médicales régulières imposent à Kenny. Pourtant, son frère de cœur ne peut pas y échapper, alors il lui offre tout le soutien possible en l’accompagnant au cœur même de cet enfer blanc. Andrew n’est pas mécontent de le voir reparaître cependant, et il lui tarde de filer d’ici en vitesse. Mais alors même que Kenny tente de lui dire quelque chose, il est interrompu par deux infirmières qui passent entre eux. Le regard interloqué qu’il lui lance ensuite pousse Andrew à écouter la conversation à son tour.

Jessica. Kenny blêmit aussitôt. Andrew s’est levé mais la force avec laquelle l’angoisse le percute le fait vaciller imperceptiblement. Il est arrivé quelque chose à Jessica. Immédiatement, il s’est imaginé le pire. Le jeune Holland propose immédiatement à son ami d’aller voir de plus près pour se renseigner, et les trois mots résonnent lourdement dans la tête de l’héritier Dean. On va voir ? Mais qu’est-ce qu’on va faire ? Qu’est-ce qu’on va dire ? Lâchement, Andrew hésite un instant. Il a l’impression d’enchaîner les échecs avec Jessica. Aurait-elle fini par le convaincre qu’elle serait mieux sans lui ? Il ne veut pas empirer les choses, lui faire plus de mal qu’il n’en a déjà fait. D’un autre côté, les choses peuvent-elles encore s’aggraver ? Si Jess est à l’hôpital, c’est probablement important… « Si tu veux. » Andrew hausse les épaules, mimant l’indifférence pour mieux remballer ses inquiétudes. Tout va bien.

Ils n’ont pas besoin de s’attarder. Ils passeront juste une tête. Il suffira de reconnaître Jessica et de juger son état d’un coup d’œil. Ce n’est peut-être que l’appendicite. Avec un peu de chance, elle dormira pour se remettre de son opération. Les infirmières ont dit que c’est dramatique, Andrew. La petite voix qui le ramène à la réalité casse rapidement son délire qu’il invente en quelques secondes pour se rassurer. Par chance, Kenny ne progresse pas très vite et le grand blond à le temps de chercher à se calmer en accompagnant son frère de cœur jusqu’à la porte. Décidément, cette journée a décidé d’être pénible, et il lui tarde de rentrer chez lui. La paix. C’est tout ce qu’il demande. Andrew est fatigué du malheur des autres qu’il finit par absorber comme si c’était le sien.

Mais lorsqu’ils poussent discrètement la porte de la chambre dont les infirmières viennent, Andrew est cloué sur place à l’entrée de la pièce. C’est pire que ce qu’il imaginait. Cette fois l’angoisse se transforme en horreur et c’est à son tour de blêmir. Il devient dangereusement blanc et ose à peine s’approcher. « Jess… ? » Il appelle pour voir si la pauvre fille est consciente. Cette fois, il ne s’est pas contenté de la frapper. Il l’a massacré. Le trouble des infirmières était justifié. Plongé dans le silence, le grand blond est partagé entre l’horreur et la colère. Il finit par débloquer ses muscles tendus et s’approche en contournant les machines reliées à elle. « Jess qu’est-ce qu’il s’est passé ? » Il demande avec plus de difficulté qu’il ne l’aurait pensé. Sa voix a manqué de se briser au dernier moment. Il devine sans hésitation la réponse à sa question. Il la devine et la subit de plein fouet. Il se sent responsable et ne trouve pas de mots pour excuser ce qu’il a provoqué. Alors il pose sur elle un regard chargé de tout ce qu’il voudrait lui dire.

Le remord qui l’étouffe. Le désespoir d’obtenir son pardon. La volonté féroce de l’aider. La rage de l’impuissance qui s’impose à lui. La détermination de la protéger. La douceur avec laquelle il aimerait la rassurer. Tout se mélange et tout se raconte en une attention. Mais comment dire les choses ? Bouleversé, Andrew ne sait pas par où commencer. Alors il se contente de jeter un coup d’œil désemparé à Kenny. Son frère de cœur, sauveteur de toutes les situations périlleuses. Lui, saura quoi faire.
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MessageSujet: Re: L'espoir est une denrée trop rare. Tôt ou tard, celui-ci disparaît. Alors ne reste que le noir. [LIBRE] [TW : Violence]   Jeu 19 Juil - 23:36

« Mademoiselle King. Vous savez bien que cette thérapie ne vous sera d’aucune aide si vous n’y mettez pas du votre. »

J’avais bien trop entendu ces mots depuis mon retour de cette nuit fatidique dans la forêt d’Aster Cove. Maman m’avait retrouvé dans un tel état qu’elle m’avait imposé un suivi à l’hôpital. Ou peut être était-ce un des médecins qui le lui avait recommandé, je n’aurais pas su le dire. Elle m’observait en permanence du coin de l’œil comme si j’étais un bibelot de porcelaine qui risquait en permanence de se briser. Je n’en voulais pas, moi, de cette thérapie. J’avais accepté uniquement pour rassurer ma mère. Il n’y avait que la première fois, encore sous le choc, que je m’étais un peu épanchée. J’en avais trop dit et il semblerait que la psychiatre était très intéressée par mon cas. Trop intéressée si vous vouliez mon avis.

« Lors de notre première séance, vous m’avez confié que ce qui vous est arrivé en forêt n’était pas votre plus grand traumatisme. J’aimerai qu’on en parle. »

Encore une fois je me maudissais de m’être énervée et d’avoir été trop honnête. Mais il faut dire que sa manie de dire qu’il fallait que j’évacue ce qui s’était passé il y a quelques semaines m’insupportait. Alors j’avais lâché un ‘j’ai connu pire’ un peu trop sérieux que ma tortionnaire n’avait pas manqué de relevé. Cela faisait plusieurs séances que je restais murée dans le silence dès qu’elle abordait ce genre de question. Je me montrais bavarde dès qu’il était question de parler concours, plans pour la rentrée prochaine, littérature ou arts mais il était hors de question de parler de mes blessures ou de mon ressenti. Elle avait alors choisi d’aborder une autre approche.

« Bon et si nous parlions plutôt du petit exercice dont nous avions parlé la dernière fois ? Vous avez apporté le livre ? »

Hésitante, je lui tendis le petit ouvrage. C’était un livre pour enfant, la petite sirène d’Andersen. La psychiatre m’avait demandé d’apporter un livre qui avait une signification profonde pour moi et de marquer les passages qui avaient une résonnance personnelle. Avec un crayon gris, pour ne pas l’abimer, je m’étais donc appliquée à remplir l’exercice. C’était toujours mieux que de parler de moi. J’avais même ajouté des marques pages pour lui faciliter la tâche. Je pouvais la voir parcourir les pages, attentive, les sourcils froncés. Je connaissais tellement ce livre que je devinais même la phrase qu’elle était en train de lire. Mais une sirène n’a point de larmes, et son cœur en souffre davantage. En attendant, j’observais le décor alentour et la lourde pendule indiquant qu’il restait encore vingt minutes de séance. Vingt minutes à cacher mon terrible secret. Vingt minutes à essayer d’anéantir les soupçons pour pouvoir retrouver mon petit monde bien huilé. Cependant la jeune fille aurait volontiers rejeté tout ce luxe et la lourde couronne qui pesait sur sa tête. Les fleurs rouges de son jardin lui allaient beaucoup mieux ; mais elle n’osa pas faire d’observations.. La voir aussi absorbée dans sa lecture me mettait mal à l’aise, comme s’y j’omettais une information importante. Elle s’arrêta sur un page que j’avais cornée mais sans la marquer. je te préviens que cela te fera souffrir comme si l’on te coupait avec une épée tranchante. Tout le monde admirera ta beauté, tu conserveras ta marche légère et gracieuse, mais chacun de tes pas te causera autant de douleur que si tu marchais sur des pointes d’épingle, et fera couler ton sang. Je tapotais nerveusement le bras de mon fauteuil, de plus en plus mal à l’aise. Mon regard errait vers la porte, cherchant une issue. Tout le monde ignorait les souffrances qu’elle avait endurées en dansant. Tic, tac, tic, tac, le temps passait avec une lenteur désarmante. J’aurais tant donné pour quitter cette séance. La sirène jeta encore un regard sur le prince, et se précipita dans la mer, où elle sentit son corps se dissoudre en écume.

Replaçant ses lunettes sur son nez, la psychiatre avait achevé sa lecture et posait sur moi un regard qui en disait long. Je sentais qu’elle essayait tant bien que mal de me résoudre. Et je ne pouvais pas laisser cela arriver.

« Il y a beaucoup de douleur et de souffrance en vous Mademoiselle King. Le choix de cette histoire en particulier en dit long. Vous finirez par les laisser vous dévorer si vous ne vous décidez pas à parler. »

C’était trop pour moi. D’un bond, je me levais pour attraper le livre et dans le même mouvement me ruer hors de la salle. J’étouffais, je ne pouvais pas. Si même un conte aussi connu que la petite sirène me livrait, alors j’étais fichue. Complètement et irrémédiablement fichue. Je ne voulais pas qu’elle rentre dans ma tête. Je ne voulais pas que quiconque entre dans ma tête. C’était ma peine, ma douleur. Mon secret.

Un secret qui va me conduire vers celui de quelqu’un d’autre alors que je fuis celle qui appelle mon nom dans mon dos. Un corridor et demi plus loin et je tombe sur une silhouette bien connue qui se détache dans l’embrasure d’une porte. Comme toujours quand Kenny est dans les parages, je sens mes joues rosir. Sa jambe plâtrée ne le rend pas moins attirant sans compter que je ne sais que trop bien à quoi il a survécu pour l’avoir. Mais alors que j’arrive à son niveau, dans le creux laisser pour mon champ de vision, pile entre lui et Andrew, j’aperçois le corps dévasté de Jessica. Ce sont surtout ses cheveux, si reconnaissables qui m’interpellent. Un petit hoquet de surprise m’échappe alors que je porte la main qui ne retient pas mon livre à ma bouche tout en murmurant.

« Oh mon dieu… Jessica. »

Alors sans faire plus cas des deux garçons, je me faufile à l’intérieur, près de celle qui était mon amie et avec qui j’ai lutté vaillamment pour sauver ma peau. Celle pour qui j’avais fait face à des démons chiens et qui se retrouvait à nouveau en fâcheuse posture. Alors, sans réfléchir ou prendre le temps de rapprocher une chaise, je m’accroupissais au chevet de Jessica laissant glisser mon livre au sol sans même lui accorder un regard. Cherchant difficilement un espace de peau non noircie à effleurer de la main pour lui faire comprendre que j’étais là. Car au milieu de toute cette chair meurtrie, je ne savais pas quand quelle mesure elle était consciente.

« C’est moi Jess, Scarlett. Tu n’es plus seule on est là. Pour toi. Andrew est là avec moi. Et Kenny aussi. »

Il y avait maintenant quelqu’un qui avait besoin de moi alors mes soucis personnels passaient au second plan. Au loin, j’entendais une voix appeler mon nom et lançait un regard lourd de sens aux garçons en leur faisant signe de s’approcher.

« Entrez ou sortez mais ne restez pas plantés là ! »

Ma voix était basse mais ferme. Je réalisais d’ailleurs que c’était bien la première fois que j’arrivais à adresser une phrase réellement cohérente en m’adressant à celui qui faisait battre mon cœur depuis tant d’années.

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MessageSujet: Re: L'espoir est une denrée trop rare. Tôt ou tard, celui-ci disparaît. Alors ne reste que le noir. [LIBRE] [TW : Violence]   Sam 28 Juil - 18:36

I need a hero to save me nowIl y a quelque chose de terrible à ressentir autant de douleur mais à ne pas pouvoir bouger. Les yeux s'écarquillent, la bouche se tord en un rictus de détresse, et Jessica fouille au fond d'elle-même pour parvenir à trouver ne serait-ce qu'un peu d'un courage qu'elle n'a plus. Elle n'est plus sûre de vouloir être là. Elle sent le sang qui circule en elle comme un poison qu'on lui aurait injecté. Elle ressent chaque muscle, chaque os, chaque partie de sa peau et a l'impression qu'un million de poignards s'y sont glissés.

Elle n'est pas si loin de la réalité, après tout. Si elle pouvait consulter le dossier qui traîne au pied de son lit, elle verrait la gravité de ce qui lui est arrivé. Cette fois, Il y est allé trop fort. Cette fois, les coups étaient destructeurs, presque meurtriers. Sans le savoir, elle s'accordera bientôt à la version officielle.

Tombée dans les escaliers. De tout en haut des marches. C'est une excuse que la famille Banner connaît trop bien, empreinte d'une gravité toute mélancolique. Si elle ferme les yeux, Jessica La revoit. Des boucles brunes, pareilles aux siennes. Un sourire teinté de cette tristesse inhérente à son être. Un regard qui pétille, qui tente en vain de rattraper la terreur dans le cœur de sa fille. Elle est grande et son corps est mince. Il ne devrait pas avoir la couleur de ses yeux. Il devrait être beige et quand Jessica le dessinait, elle s'appliquait à ne jamais marquer ses bras, son visage ou le reste de son corps. Elle glissait une couronne sur le crâne chéri et donnait des ailes à sa maman. Aujourd'hui, sa mère s'est bel et bien envolée loin d'elle. Son père lui a toujours dit qu'elle lui ressemblait terriblement. En cet instant plus encore que tous les autres.

Tombée dans l'escalier. Au voisin, au facteur, à la commère du quartier. Jessica la voyait faire, murmurer des mots sans vérité pour protéger le secret, celui-là même qui a toujours tout gangrené. Tombée dans l'escalier, au milieu d'un sourire, rarement sortie de chez elle et jamais les lendemains de violence. Quelques bleus visibles, lorsqu'elle ne pouvait faire autrement. Le besoin qu'elle avait de chanter, de danser avec la prunelle de ses yeux, la seule merveille de son existence. La seule chose qui comptait vraiment.

Mais pas assez. Un soir, lassée de trop de coups, Madame Banner, toujours souriante, toujours bien habillée, savamment maquillée, a avalé quelques cachets gardés là depuis des mois. Un soir, alors que sa fille dormait, Madame Banner a déposé un baiser sur son front. Le tout dernier. Un soir, Madame Banner s'est allongée dans son lit. On ne l'a plus jamais réveillée.

Une ombre passe sur le visage de Jessica. Sa douleur est trop forte, et une seconde, les ombres reprennent le dessus. La réalité est un affront qui lui hurle de suivre les pas de sa mère. Mais la vie de Jessica a quelque chose de violemment ironique. Alors que tout crie qu'il s'agit de la fin, alors que l'Espoir a démissionné et qu'elle est seule, plongée dans un lit qu'elle voudrait ne jamais avoir gagné, ne jamais plus quitter, une voix résonne, comme un mirage, comme un miracle.

« Jess... ? »

Le ton est mal-assuré, bien loin de celui qu'arbore habituellement son propriétaire. Pour autant, Jessica le reconnaîtrait entre tous. Elle en connaît les moindres accents, la moindre petite habitude qu'il a de prononcer un mot. Elle en comprend les silences et les chérit tout autant. Andrew. Pourtant, cette présence qu'elle a tant aimée n'est aujourd'hui que le signe de tourments plus grands encore. Ses yeux s'embuent discrètement, alors que son regard cherche une silhouette qu'elle devine.

« Jess qu'est-ce qu'il s'est passé ? »

Ce sont deux visages qu'elle saisit à peine au cœur de sa douleur. Celle-ci trouble tout, rend flou son environnement à mesure qu'elle prend le pas sur tous ses sens. Comprendre le monde est un exercice compliqué. Comprendre le monde est désormais une science inexacte. Puis une autre voix résonne. Plus douce, tout aussi terrifiée.

« Oh mon dieu… Jessica. »

La vie n'est qu'ironie et aujourd'hui, Jessica saisit mieux que jamais à quel point c'est douloureux. Scarlett. Deux visages adorés, deux noms qui parlent à son cœur et ne susurrent pourtant que de la peine. La double trahison. Mais tout ne serait pas aussi amusant pour celui qui règne en haut. Il manque un sourire au tableau. Il manque une touche d'ironie supplémentaire. Un peu de douleur sur la souffrance. Un peu d'horreur sur la terreur.

« C’est moi Jess, Scarlett. Tu n’es plus seule on est là. Pour toi. Andrew est là avec moi. Et Kenny aussi. »

Kenny Holland est là aussi. Jessica se sent exposée, mise à nue face à ceux qu'elle a un jour aimé ou haï, qui l'ont jugée ou abandonnée et soudain, elle préférerait que le noir la reprenne. Elle voudrait être loin, retrouver les traits souriants d'un visage perdu il y a longtemps déjà. Elle voudrait effacer leurs doutes, transformer leurs soupçons et les cristalliser autrement.

Elle voudrait que tout s'efface. Elle voudrait qu'ils s'imaginent un monde idéal où elle n'a pas peur de rentrer chez elle. Ils ne doivent pas savoir. Quelque part, la pluie de ses larmes se transforme en orage. Rien ne doit céder.

Ses yeux s'assèchent, sa bouche se tend en un sourire aussi faux que ceux qu'Elle faisait, à l'époque. Son regard parvient enfin à croiser le leur, et les mots qui quittent ses lèvres ne sont que des mensonges. Sa voix s'élève, portée par le souffle d'une autre.

« Je suis tombée dans les escaliers. »

Loin, quelque part dans sa mémoire, la suite ressurgit presque naturellement.

« C'est une... histoire folle. J'ai glissé sur... sur le tapis, et j'ai fait une chute vertigineuse... L-les médecins disent que j'ai eu de la chance... »

Un temps. Il faudrait qu'elle rit, mais Jessica n'en a pas la force.

« Il faudrait... vraiment qu'on jette ce tapis. I-il... a le double de l'âge de-... »


Une respiration. La récitation s'arrête, trop proche de la réalité chantée jadis.

« I-il a le double de l'âge de ton frère, Scarlett. »

Le présent qui se mêle au passé. Deux mondes qui se rejoignent et se perdent dans les bras l'un de l'autre.

« Vraiment... I-il faudra que je fasse attention à ne plus tomber dans l'escalier. »

Si elle s'écoutait, Jessica pleurerait.

« Un jour... ça pourrait mal finir. »

Le murmure s'achève et le corps de Jessica se détend brusquement. La mascarade est finie. Elle a tout donné. Désormais, il ne lui reste plus qu'à prier pour qu'ils la croient. Pour qu'ils croient aux mots de sa mère. Pour qu'ils croient à la réalité de l'escalier.

L'escalier des Banner a ça de vicieux que c'est lui, qui vous tombe dessus. Il a deux poings pour frapper et une bouche pour hurler des horreurs. L'escalier des Banner porte l'histoire familiale à bout de bras. Il a un nom et un visage. L'escalier porte le nom de Jack Banner.

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MessageSujet: Re: L'espoir est une denrée trop rare. Tôt ou tard, celui-ci disparaît. Alors ne reste que le noir. [LIBRE] [TW : Violence]   Dim 29 Juil - 22:43

C'est sur l'Enfer que s'était ouverte la porte blanche. Là, comme trop souvent, seul régnait le bruit régulier des battements de cœur. Bip. Bip. Bip. Le son avait un drôle d'effet sur Kenny, comme un anesthésiant. Il se sentait un peu déconnecté du monde, lorsqu'il l'entendait, transporté au sein d'une bulle pâle et aseptisée. L'univers merveilleux de l'hosto, pas vrai ?

Jessica Banner avait l'air d'avoir décroché son abonnement, elle aussi. Et pas dans les meilleures conditions. Voir son corps tuméfié gisant sur le lit trop blanc lui fit l'effet d'une douche froide. C'était... C'était anormal de la pire des manières. Elle n'avait jamais été moche, cette fille, et constater combien sa beauté était entravée par les bandages souillés de sang lui donnait l'impression d'avoir avalé de travers. Son corps entier s'était crispé sans qu'il s'en rendît compte. Ils s'étaient un peu rapprochés, tous les deux. Pas grand chose, juste de quoi instaurer un dialogue, juste de quoi réussir à communiquer sans s'entre-tuer, mais ça suffisait à la faire rentrer dans la catégorie des personnes à qui il ne souhaitait pas une merde pareille. Au fond, en vérité, il ne souhaitait pas cela à quiconque, mais c'était une autre histoire. Une histoire qu'il lui faudrait mettre de côté pour Andrew, ce meilleur ami dont le visage déconfit parlait bien plus que les mots qui s'échappèrent de ses lèvres en un murmure. L'expression d'horreur sur son visage provoqua un sentiment de malaise croissant au creux de ses entrailles. Il savait quelque chose. Son frère de cœur savait quelque chose, et ce quelque chose était suffisamment énorme, suffisamment douloureux pour manquer de briser sa carapace.

Putain.

Se tournant à nouveau vers la convalescente, dont les yeux balbutiants laissaient le crut-il échapper quelques larmes, il manqua de louper l'arrivée d'une nouvelle venue. Une petite blonde dont il reconnut instantanément la silhouette vint au chevet de son amie, l'air horrifiée à son tour. Il comprenait. Lui aussi l'était. Ils l'étaient tous. Et Kenny avait beau ignorer ce qu'il s'était passé, l'expression mortifère de son ami lui murmurait que la vérité était plus douloureuse que les blessures de la demoiselle qui leur faisait face.

« Entrez ou sortez mais ne restez pas plantés là ! »

Il tiqua. Comme toujours, sa réaction au stress était de le transformer en colère. C'était plus simple.

« Déjà, tu parles pas comme ça. Si t'es ici pour ta pote tu te concentres sur elle et point barre. »

Pour autant, il ferma la porte derrière eux. Des fois que le personnel de l'hôpital passât devant la chambre, le jeune homme préférait ne pas risquer de tomber sur des infirmières mécontentes. Il ne voulait pas se faire virer. Quelque chose lui disait qu'ils vivaient là un de ces moments qui restent en mémoire. Il ne savait pas pourquoi.

« Je suis tombée dans les escaliers. »

Les mots de Jessica, lents, suffoqués, interrompirent ses pensées. Il se tourna de nouveau vers la jeune femme, attentif à ses paroles. Celles-ci tombèrent, tombèrent encore et encore de ses lèvres tuméfiées pour laisser couler la même excuse en boucle. Les escaliers. Les escaliers. Les escaliers. Encore les escaliers. Kenny fronça les sourcils, crispa sa mâchoire. On ne répétait pas ce genre de litanie en se réveillant ainsi. On ne souriait pas, on n'usait pas d'un ton enjoué lorsqu'on s'éveillait sur une horrible douleur, dans le vague, seule face à un garçon avec qui on avait coupé les ponts et un autre qu'on commençait seulement à arrêter de détester. Pas comme ça.

Et Andrew ne réagirait pas comme ça pour un putain d'escalier.

« Conneries. », cracha-t-il, les bras croisés.

Avançant rapidement en dépit du plâtre qui immobilisait sa jambe, il se rendit au pied du lit pour mieux saisir le dossier. Il l'ouvrit sans concession, le regard immédiatement plongé dans son contenu. Putain. Contusions, ecchymoses, hématomes... Elle avait des os brisés et un corps en miettes. Si ce n'était pas un escalier, on l'avait tabassée. Tabassée à mort.

Les échos d'un rire. Un coup de pied dans les côtes. Le souffle se brise, s'écorche. Il hurle.

Kenny releva un regard horrifié vers la jeune femme, témoin d'une souffrance soudaine qu'il ne parviendrait jamais à communiquer. Dans le dossier, c'était le père de Jessica qui avait sorti l'excuse de l'escalier. Dans le dossier, c'était son putain de paternel qui utilisait ce mensonge trop cliché pour avoir le droit d'exister. Pourtant ça marchait. Ça marchait parce qu'on ne pouvait pas prouver la différence entre une chute à la con et un parent maltraitant. Monde de merde.

Un sentiment d'effroi se répandit dans ses membres à mesure que le lycéen prenait conscience de tout ce qu'il avait pu faire. À mesure qu'il réalisait combien il avait participé sans le savoir à transformer la vie de quelqu'un en Enfer. Jessica, l'Enfer, elle avait l'air de connaître. Il reposa le dossier dans son emplacement avec un peu trop de colère, un peu trop d'empressement, et releva vers elle des yeux coupables et douloureux.

T'es vraiment qu'une merde, Kenny.

« Je suis désolé, Jessica. »

Il regarda droit dans ses prunelles, parce qu'elle méritait au moins ça, parce qu'il n'avait qu'à réagir plus tôt, parce que ce monde était pourri et que l'esprit brisé méritait au moins la reconnaissance de son courage. Jessica se faisait tabasser. Pas par n'importe qui. Pas par Stan. Pas que, en tout cas. Il aurait préféré.

L'escalier, ouais. S'il croisait la sale gueule de l'escalier, il allait la lui briser, juste pour lui montrer ce que ça faisait.

« Vraiment désolé. »

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MessageSujet: Re: L'espoir est une denrée trop rare. Tôt ou tard, celui-ci disparaît. Alors ne reste que le noir. [LIBRE] [TW : Violence]   Mer 1 Aoû - 1:34

Une petite blonde fluette se faufile entre Kenny et Andrew et le grand blond lui accorde à peine un regard. Il ne réagit pas non plus lorsqu’elle les engueule pour qu’ils dégagent de l’entrée, et c’est Kenny qui se charge de la remettre à sa place. Andrew lui est loin, beaucoup trop loin. Il est à des années-lumières de cet instant, de cette pièce, de ce cauchemar qui le percute et le renvoie directement devant la porte des Banner. Il se revoit presser la sonnette, supplier Jessica de lui pardonner. Il se rappelle les marques sombres qu’elle lui a dévoilé en une seconde percutante et qui sont encore brillamment camouflées aux yeux du monde à ce moment. Il entend à nouveau les cris, il revit toute la violence de la scène, et il comprend son erreur – monumentale. Il aurait dû insister, ou ne jamais venir la première fois. Il a abandonné bien trop vite. Il se revoit renoncer. Hausser les épaules et se dire qu’après tout si c’est ce qu’elle veut, elle est assez grande pour décider. Il se revoit se dire qu’il n’a pas à se mêler de sa vie, qu’il n’a aucun droit sur elle pour venir foutre le bordel. Mais connard, le bordel tu l’as déjà foutu joyeusement ! Retournes-y ! Retournes-y !!! Il se hurle à lui-même, mais la vision est inébranlable. Il lui tourne le dos parce que ce n’est pas ses affaires. Il laisse la brunette affronter seule son bourreau après avoir mis le feu aux poudres. Est-ce que ce résultat macabre, c’est son œuvre ?

Andrew s’est avancé machinalement en suivant Scarlett et Kenny près du lit. Il attrape la barrière du lit d’une main tremblante parce qu’il sent que ses jambes manquent de céder. Son cœur bat beaucoup trop vite et une envie de vomir violente lui tord les boyaux alors que Jessica livre une explication probablement toute livrée par son paternel. Il la fixe pour s’efforcer de garder bonne figure, mais un frisson glacial le parcourt. Il n’est pas loin du malaise, il le sent. Il a les tympans vrillés et il lui semble que Kenny s’exclame d’une contrée lointaine lorsqu’il réfute la théorie de Jessica en un mot. Conneries. Oui ! Ce sont des conneries ! Continue Kenny ! Ouvre les yeux ! Andrew n’est pas en état de répondre quoi que ce soit, alors il jette un nouveau regard à son ami. Un regard encourageant, pour lui signifier que lui doit continuer là où il a échoué lamentablement.

T’es qu’un foutu connard, Dean. C’est une phrase qu’il n’avait jamais pris au sérieux auparavant, peu importe la colère qu’elle portait. Aujourd’hui il sait qu’elle va le hanter pendant de longues années. C’est vrai, un putain de connard, Dean. Un abruti incapable de faire les choses bien. Kenny s’excuse et Andrew baisse les yeux. Lui aussi, il est désolé. Il est submergé par le remord, abattu par le regret, affligé par les conséquences dramatiques de ses actions maladroites. Il aurait mieux fait de rester à sa place, dans le petit rôle pré-écrit qu’on lui a toujours confié. Il est sorti des sentiers battus en fréquentant Jessica, et voilà que ça l’a mené tout droit à la catastrophe. Oh lui s’en sort sans le moindre mal, comme toujours. Mais ce sont ceux qui sont chers à ses yeux qui en pâtissent, comme toujours. On lui attribuera le rôle du foutu connard et on oubliera qu’il a agi en désespoir de cause. On retiendra le résultat de son échec et on oubliera les motivations de son geste.

« Putain Jess… Sors de là, steuplait. » Il lui demande en posant une main sur son bras valide. Sors de la vivante, c’est entendu, mais il n’a pas la force d’aller jusqu’au bout de son idée. Il a plongé un regard inconsolable dans les prunelles sombres de Jessica et il s’y est perdu un instant. Voilà des années qu’il n’a pas croisé un regard comme celui-ci. Une époque qui remonte au temps où sa mère était encore de ce monde. L’effet est électrique. Il se mord nerveusement la lèvre, récupère sa main et fait un pas en arrière, hésitant. Il ne peut pas revivre ça. Il ne peut pas se sentir à nouveau responsable d’une de ces morts maudites qui frappent ceux auxquels il tient. Il ne survivra plus au suicide.

L’impression saisissante d’avoir regardé la mort dans les yeux le fait trembler et le prend à la gorge comme un chien féroce. Alors sa seule réponse est la fuite. Il tourne les talons et bredouille une explication à la va vite à Kenny. « ‘Vais fumer. » Il a beau être dépendant, il n’a jamais manifesté une telle urgence pour la nicotine que dans les cas critiques. Sans laisser le temps à son meilleur ami de le suivre avec sa jambe de pirate, il quitte la pièce. Juste à temps pour effacer fugacement une unique larme qui lui échappe dans les couloirs. L’air frais sera salvateur. Il parcourt à grandes enjambées les mètres qui le séparent de l’escalier de secours. Là, perché sur un endroit désert, il a enfin l’impression de respirer à nouveau, et il a les poumons qui brûlent. Qu’est ce que t’as foutu, putain Andrew ?! Comment est-ce que tu vas réparer ça ?! La question tambourine en boucle dans sa tête, alors il s’empresse d’allumer sa cigarette pour s’éviter la crise de nerf. Il n’est même pas certain de parvenir à retourner dans cet enfer. Il ne veut pas faire plus de mal qu’il n’en a déjà fait. Il se déteste pour ça. Et pourtant il sent qu’il ne peut pas s’effacer simplement après en être arrivé là. Alors que faire ? Que faire ? Ah maman, si seulement tu étais là pour murmurer un de tes précieux conseils à ton fils…
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MessageSujet: Re: L'espoir est une denrée trop rare. Tôt ou tard, celui-ci disparaît. Alors ne reste que le noir. [LIBRE] [TW : Violence]   Jeu 2 Aoû - 0:29

Oh je savais que ce que j’avais dit ne plairait pas. J’aurais du me douter que la réaction serait virulente. En fait, je le savais d’avance. Ce que je n’avais pas prévu, c’est le coup au cœur que cela provoquerait. Je pensais l’avoir blindé depuis toutes ces années mais il fallait croire que face à Kenny Holland, il retrouvait une consistance de marshmallow. Si Kenny n’ignorait désormais plus mon existence même, apparemment, il ne me portait clairement pas dans son cœur. Je me demandais vaguement ce qui était le pire. Ce qui était sure, c’est que j’avais blêmi avant d’accuser le coup. D’habitude j’étais plutôt du genre à rougir en sa présence. C’était drôle sachant que la plupart du temps je masquais plutôt bien mes émotions.

Mais aujourd’hui, Kenny et les sentiments qu’il générait chez moi passaient au second plan. Ce qui comptait, c’était la silhouette fragile et cabossée perdue dans ce lit d’hôpital. La réplique de Kenny m’avait également transpercé le cœur pour une autre raison. Qu’est-ce qui pouvait bien l’avoir mis dans un tel état ? On aurait dit qu’elle avait été battue à mort. J’avais beau ne pas savoir ce qu’il lui était arrivé, j’avais ce sentiment qui me collait à la peau. Je n’avais pas été là quand elle en avait besoin.

Et soudain les mots. Cette litanie de mots qui semblent récités. Comme quand on déclame un texte mainte fois répété, appris par cœur. Il y a une incohérence dans son discours. Un tapis de vingt-huit ans ? Et parler de T.J d’un seul coup ? C’était bizarre. Je fronce les sourcils sans rien dire mais tout en moi n’est que doute face à cette version. Plus le doute grandi et plus le soupçon grandi et avec lui le gout de la culpabilité. Si ce que je craignais était vrai alors je n’avais définitivement rien compris. Je l’avais laissée seule en Enfer. Et mon Dieu je ne savais que trop bien ce que s’était. J’avais toujours été persuadée qu’elle était forte, tellement plus forte que moi et que mon absence ne changerait rien. Mes yeux se noyèrent un instant de larmes de regret et d’impuissance tandis que Kenny jetait le mot « connerie ». Si je pensais la même chose, ce n’était pas ce dont Jessica avait besoin. Parfois, pour se protéger, il y avait des choses qui ne devaient pas être verbalisées. Parfois, mentir était un moyen de survie.

J’observais Kenny lire son dossier et ma désapprobation devait transpirer de tout mon être. Je ne disais rien cette fois, me contentant de le fixer de mon regard humide. Son air horrifié ne fait que confirmer mes pires craintes en particulier alors qu’il s’excuse. C’était donc si grave que ça ? L’horreur faisait lentement place à la colère et c’est à cet instant que mes derniers doutes s’envolèrent et qu’inconsciemment mon pouce traça de petits cercles légers sur la peau de Jessica, comme lorsque je voulais rassurer T.J de façon silencieuse. Je laisse Andrew et Jess avoir leur moment. Un moment bientôt brisé tandis que le jeune homme semble battre en retraite.

« Je suis là, Jess. Je suis là. Je ne t’abandonnerai pas cette fois. Et je… J’ai compris. Je crois. Mais je ne dirais rien. Je sais que… Je sais que c’est vital parfois. Le silence. »

Parler ou non, c’était son choix, sa décision et bien d’autres personnes essaieraient de la prendre à sa place. Ce que j’avais fini par comprendre aujourd’hui, d’autres l’avaient compris aussi et plus rien ne serait plus jamais pareil dans la vie de Jessica. En ce moment, elle était en train de vivre mon pire cauchemar. Je ne la lâcherai donc que si elle me jetait dehors. Elle était parfaitement en droit de le faire. Comme d’habitude, j’avais vraiment été la pire amie qui soit. Je relevais alors mon regard perdu vers l’une des personnes qui, sans le savoir m’avait aidé à tenir pendant des années. Je cherchais en lui de la force, n’importe quoi qui pourrait aider Jessica en cet instant. Mais était-ce seulement possible ?

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MessageSujet: Re: L'espoir est une denrée trop rare. Tôt ou tard, celui-ci disparaît. Alors ne reste que le noir. [LIBRE] [TW : Violence]   Lun 20 Aoû - 23:49

I need a hero to save me now

C'était... un immense désert. Il n'y avait pas de vie, cachée ici bas. Il n'y avait plus de vie, dans ces yeux-là, et ce depuis longtemps. Andrew l'avait compris du premier coup d’œil, et alors que les restes d'un cœur brisé se tendaient tristement vers lui, il les avait rejetés. En un instant, il avait disparu, la laissant seule avec cet amour empoisonné qu'elle s'était inventé pour lui. Quelque part en elle, les rayons d'un soleil tiède s'éteignirent sur des étendues de glace.

« A-Andrew... ! »

Mais sa voix mourut alors que tout autour d'elle, son monde s'effondrait. Kenny Holland, son dossier dans les mains, lisait les lignes de sa vie, celles qui ne devaient jamais se révéler, ces mots qui, lentement, avaient tout détruit et continueraient encore longtemps. Il parcourait les pages et petit à petit, Jessica voyait son visage se décomposer. Une moue angoissée se glissa sur ses traits, remplaçant un peu de cette peine absolue qui la couronnait depuis son réveil.

Alors, quelque chose d'exceptionnel se produisit. Lorsqu'il releva les yeux vers elle, Kenny Holland, dont elle avait à peine découvert les contours d'une personnalité moins terrible, s'excusa. Il s'excusa pour toutes les années, pour tous les coups bas, pour toute la haine, toute la douleur. Il s'excusa pour les fenêtres qu'il avait refermé, la privant d'un oxygène vital. Il s'excusa en son nom, et en celui de tous les autres. Ces simples mots, en temps normal, auraient provoqué en elle un apaisement absolu. Aujourd'hui, alors que sa vie s'écroulait comme une avalanche, ils ne caressèrent qu'un peu de ce morceau d'âme qui semblait perdurer. Trop tard. C'était trop tard. Tout ce qui restait de sa détermination avait volé en éclats en même temps que son corps se brisait. Tout ce qui restait de cette envie de vivre s'était retrouvé soufflé à la manière d'une bougie. Mais Jessica savait que la flamme vacillait depuis longtemps. Les douches froides successives qui lui avaient récemment été infligées n'avaient rien amélioré. Mais s'il était trop tard pour elle, elle pouvait au moins offrir au regard bouleversé de Kenny un peu de repos.

« Tu es pardonné, Kenny. »

D'aucuns, en la voyant maintenant, auraient pensé qu'elle approchait le millénaire. En lieu et place de cela, Jessica faisait partie de ces fleurs à peine écloses qui déjà se fanaient.

Les doigts de Scarlett, qui caressaient tendrement son bras valide, n'y changeraient rien. Trop tard, c'était trop tard. Sa vie avait toujours été comparable à un océan de douleur. Jessica y avait souvent bu la tasse. Parfois, elle avait trouvé quelques rares îlots qui s'étaient tous abîmés dans les flots. Aujourd'hui, elle avait fini par s'y noyer. Il y avait trop d'eau dans ses poumons pour que les mots de la jeune fille puissent y changer quoique ce soit. Elle était perdue. Personne n'avait, de toute façon, cru à ses mensonges. Tous s'imaginaient les traits de son père en guise d'escalier. Jessica aurait voulu que ce ne soit pas vrai. Hélas, ils avaient raison. Dans un ultime espoir, la jeune femme au corps brisé tenta de rattraper leurs idées.

« Je ne comprends... pas ce que vous insinuez... ça... va. Je vous assure que je suis tombée dans l'escalier... »

Son regard fuyant valait sans doute tous les aveux du monde. Quelque part au dehors, le monde lui rappellerait la morsure du néant. Son père viendrait la trouver, et encore une fois, il lui dirait les mots qu'il fallait pour qu'elle le pardonne. Une chance. Encore. Le mensonge vivrait et Jessica le savait. Il vivrait jusqu'à ce qu'elle en meurt. C'était ainsi que finissaient toutes les femmes Banner. Une ombre passa à nouveau sur ses traits tandis que ses pensées revenaient aux vivants. Andrew l'avait à nouveau abandonnée. Scarlett, horrifiée, tentait de dire à demi mot ce qu'elle voulait taire à tout jamais. Kenny, lui, ne s'ennuyait pas de sous-entendus. Il hurlait au monde son secret, celui-là même contre lequel elle luttait depuis trop longtemps. Un jour, quelqu'un lui avait raconté l'histoire du chêne et du roseau. Jessica s'était souvent crue roseau, mais elle découvrait aujourd'hui qu'elle était chêne. Les coups, elle les avait endurés des années. Les brimades, elle les avait subies en silence. L'horreur, elle l'avait côtoyée. La détresse avait fini par la parer et peu à peu, elle avait oublié. Oublié ces instants de joie aux côtés d'une mère dont elle n'avait jamais fait le deuil. Oublié l'espoir qui battait ses tempes tandis qu'elle s'imaginait ailleurs, dans une maison sans père où elle et sa mère vivraient heureuses. Oublié ces soupçons d'insouciance qui avaient peuplé leurs jeux. Tout ça avait disparu dans la terre, aux côtés d'une mère partie pour toujours. Jessica jeta un regard aux présents. Elle se demandait ce qu'ils penseraient, si elle suivait les pas de celle à qui elle ressemblait de plus en plus. Elle n'avait pas la réponse. Mais à mesure que se construisaient les désillusions, celle-ci viendrait peut être.

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MessageSujet: Re: L'espoir est une denrée trop rare. Tôt ou tard, celui-ci disparaît. Alors ne reste que le noir. [LIBRE] [TW : Violence]   Lun 3 Sep - 11:39

Le monde était dégueulasse. Le monde était dégueulasse et les hommes étaient les pantins de son horreur, toujours plus ignobles, toujours plus monstrueux. Ils étaient sales et ne savaient jamais que s'engouffrer davantage dans leur crasse, se couvrant d'elle comme s'il s'était agi d'or. Les valeurs étaient mensongères, la famille sacralisée une façade rutilante derrière laquelle on laissait grandir une pourriture plus dense que partout ailleurs.

Tandis que ses yeux horrifiés parcouraient encore et encore les lignes du dossier de Jessica, un dégoût profond remplissait le cœur de Kenny, incapable de tolérer la laideur de la réalité. Dégoût, culpabilité aussi. Cette dernière était une voix qu'il n'écoutait jamais d'ordinaire, pourtant aujourd'hui ses cris résonnaient trop fort pour qu'il les fasse faire. Aujourd'hui, il n'en avait pas envie. Le jeune homme savait qu'il était des moments dans la vie où l'on ne pouvait guère que regarder les choses en face. Où l'on était contraint de laisser l'existence cingler ses joues d'une grande claque. Il la méritait. Ils la méritaient tous. Pour ne pas avoir voulu voir. Pour avoir participé. Pour avoir eux aussi plongé les mains dans les immondices humaines. Hypocrisie, fausseté, violence. Kenny avait envie de se frapper.

Et Andrew qui s'était cassé. Son meilleur ami allait mal et il ne pouvait même pas aller le ramener ici à grand coups de pied dans le cul, ne pouvait pas même espérer le rattraper.  Il l'avait fait exprès. Enfoiré.

Inquiétude, colère et frustration se mêlaient en son cœur et il se sentait à deux doigts d'imposer sous la pression. Ce n'était pas ainsi qu'il menait d'ordinaire sa vie. Lui, c'était le connard qui ne réfléchissait jamais à ses actions. Lui, c'était le gamin immature qui se foutait des autres. Rien n'était censé se passer comme ça.

« Tu es pardonné, Kenny. »

Électrochoc. Le garçon releva vers Jessica un regard perclus d'une surprise trop émue, de sentiments trop vifs qui ne demandaient qu'à faire éruption sur ses joues. Son cœur était broyé en même temps qu'il se gonflait sous une pression inconnue de lui. Il était figé, bouche-bée de... De quoi ? Mais à cette étrange sensation de soulagement succéda une colère, sourde, réponse ultime à tout ce qu'il ne savait gérer. Il ne le méritait pas, ce pardon. Il n'avait jamais rien fait pour le mériter. Il avait juste été un connard. Elle n'avait pas à faire ça.

Ses poings se serrèrent le long de ses jambes et il laissa la blondinette du groupe s'exprimer tandis que son regard s'échappait vers l'extérieur. Monde de merde. Vie de merde. Il en voulait soudain à la planète entière de leur imposer ça. De les créer, tout ça pour les ruiner de l'intérieur. À quoi bon ?

Son regard redescendit lentement vers la jeune femme dont le regard vide lui donnait envie de s'arracher le cœur. Il l'affronta pourtant quelques secondes durant, avant de déglutir. Une oeillade au dossier, à l'escalier qu'elle s'évertuait à leur vendre. Sa colère alimenta la force de sa voix.


« On fera pas semblant d'avoir pas vu, Banner. C'est fini de faire semblant. »

On va t'aider, voulait-il hurler sans parvenir à le faire. Tu ne seras plus seule. Je te dois au moins ça. Ses yeux tentaient d'exprimer ce que ses lèvres n'articuleraient jamais. Trop de doutes, trop de craintes. Était-il seulement légitime ? Avait-il seulement le droit de demander cela ? Une voix lui murmurait que non et, la croyant, il détourna le regard.

« Bon et l'autre abruti là, il est parti où ? »

Détournement d'attention, soupir d'émotion. Kenny se réajusta sur ses béquilles et s'avança vers la fenêtre dans l'espoir d'apercevoir la silhouette longiligne d'Andrew. Ce ne fut pas le cas. Ce con avait dû monter les étages jusqu'au toit, certain qu'on ne le suivrait pas là.

« Je vais me le faire, j'vous jure. »

Il se rappela de la réaction de Jessica et une grimace supplémentaire vint se glisser sur ses traits. Son meilleur ami avait-il conscience de ce qui se tramait là ? Avait-il conscience de ce que les réactions de la lycéenne lui hurlaient ? Sans doute pas. En relations humaines Andrew aurait pu obtenir un certificat de handicap, il en était certain.

Il devait le ramener là. Mais comment ? Il ne pouvait pas planter Jessica à peine après lui avoir déclaré qu'il ne la laisserait pas tomber. Son meilleur ami, pour sûr, se serait planqué dans un endroit inaccessible aux béquilles. Il le connaissait trop bien. C'était une situation sans issue.


« Bon vous le dites à personne je compte sur vous. Surtout sur toi Banner. »

Banner, elle l'avait vu faire des dizaines de fois pendant leur convalescence commune il y avait un mois de cela. Kenny s'approcha de la fenêtre et, discrètement, en défit un gond. Puis un second. Juste assez pour l'entrouvrir. Les yeux de Jessica ne le trompait pas et... Il avait peur que.... Bref.

Se raclant la gorge, il se prépara à hurler au dehors, de toutes ses forces :

« EH, DU CON !!! REVIENS AVANT QUE JE VIENNES TE BOTTER LE CUL !!!»

Impossible de l'ignorer, même à l'autre bout du toit de l'hôpital. Restait à espérer que les infirmières, elles, omettent de répondre à l'appel.

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MessageSujet: Re: L'espoir est une denrée trop rare. Tôt ou tard, celui-ci disparaît. Alors ne reste que le noir. [LIBRE] [TW : Violence]   Mer 5 Sep - 1:02

Andrew retrouve doucement son calme en soufflant longuement la fumée de sa cigarette. Le regard pensif, perdu sur le parking qu’il surplombe, il se vide l’esprit. Il oublie ce qu’il vient de vivre, il bloque le tsunami qui lui a renversé le cœur avec de grands murs infranchissables. Il est très fort à ce petit jeu. Le déni a toujours été son plus fidèle partenaire. Voilà, il n’a qu’à disparaître. Retourner dans son antre et ne plus se casser la tête avec les problèmes des autres. Après tout, Jessica a été très claire : elle ne veut plus le voir. Il en a déjà trop fait, elle se débrouillera mieux sans lui.

Soulagé de ce poids, Andrew termine sa cigarette, accoudé à la barrière qui le sépare du vide. C’est tellement plus simple de ne penser qu’à soi, de ne se soucier que de ses propres envies et besoins. Le jeune Dean a toujours été élevé dans cette idée d’égocentrisme. Les difficultés, il les contourne, les évite, les fait tomber à grand coup d’argent et d’influence. Il n’a jamais eu à vraiment assumer les conséquences de ses actes désastreux. Celui-ci étant particulièrement catastrophique. Jessica aurait pu…ne jamais se réveiller à l’hôpital…

… Oh et puis après tout, qu’est-ce qu’il en a à foutre ? Une dernière longue expiration, et Andrew jette un regard de dédain vers l’horizon. C’est vrai, Jessica n’est rien à ses yeux ! Pourquoi est-ce qu’il se prendrait la tête avec ses caprices ? C’est une pauvre fille qui préfère les livres à la compagnie. Elle a la tête dans ses bouquins pour fuir la réalité, trop effrayée à l’idée de prendre son destin en main une bonne fois pour toutes. Il devrait la plaindre ? Il a pourtant essayé. Il lui a même proposé son aide ! Ce n’est pas comme s’il n’y avait qu’elle qui pouvait comprendre la détresse de perdre une mère. Ce n’est pas comme si elle lui avait inspiré le calme et la sérénité qui lui manquaient avant de retrouver Kenny et Victoria. Ce n’est pas comme s’il avait fini par apprécier leurs nombreuses engueulades et incompréhensions guéries à grand coup de dose de chocolats. Ce n’est pas comme s’il avait fini par considérer Jessica comme une amie, une vraie, une précieuse ; une de ces relations rares qu’on est supposé protéger et chérir. Malheureusement, Andrew n’a jamais été du genre à insister lorsqu’on lui claque la porte au nez. Par principe, la rancœur l’emporte toujours face au pardon. Sa disparition soudaine dans la chambre d’hôpital, c’est le choix de Jessica appliqué à la lettre. Il ne reviendra pas en arrière.

Même si Kenny s’époumone par la fenêtre. La voix du garçon est reconnaissable entre toutes. Andrew soupire mais ne bouge pas, nullement impressionné. Il imagine d’ici l’air blême et horrifié de Jessica qui proteste. Il tire encore une dose de nicotine et ses pensées vont à Vicky. Il aimerait appeler la belle blonde et laisser sa voix le bercer pour lui faire oublier cette journée terrible. Que penserait-elle du chaos qu’il a semé ici ? Il a entrouvert à Jessica les portes de l’enfer pavé de bonnes intentions. Il n’a aucune intention de pousser la pauvre brune tout à fait à l’intérieur. Est-ce qu’il ne fait qu’empirer les choses en prenant de la distance ? Le regard de Jessica était tellement sombre qu’il en frissonne encore. Il doit se détacher de cette fille qui lui échappe. Il lui fera peut-être mystérieusement livrer quelques fleurs et des chocolats. C’est la seule et dernière chose qu’il peut encore faire pour elle sans craindre de déclencher une nouvelle spirale de catastrophes.

Décidé, il termine sa cigarette sur ces conclusions et quitte finalement son perchoir. Il n’a plus qu’à glisser jusqu’à l’accueil pour attendre le retour de Kenny et le ramener chez lui illico. Il ne doute pas de l’insistance de Jessica pour le pousser rapidement vers la sortie.
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MessageSujet: Re: L'espoir est une denrée trop rare. Tôt ou tard, celui-ci disparaît. Alors ne reste que le noir. [LIBRE] [TW : Violence]   Ven 5 Oct - 23:00

Je préférais me taire pendant que Jessica s'adressait à Kenny. C'était leur moment et je me faisais petite pour ne pas le troubler. J'essayais tant bien que mal de me faire toute petite, sans pour autant lâcher mon amie. Je restais donc là, à genoux près du lit, à peine consciente des bleus que cette position laisserait sur mes genoux. Même si je l'avais voulu, je n'aurais de toute façon pas pu bouger. J'étais comme anesthésiée par tout ce que je venais de découvrir.

On pouvait en voir des émotions, sur le beau visage de Kenny. Et quand il choisi finalement la colère, cela ne me surpris pas vraiment. Il faisait toujours ça non ? Puis virent le silence et les dénégations. Jessica n'était pas prête. Pas prête à admettre devant nous l'abominable vérité. C'était un sentiment que je ne connaissais que trop bien. Je ne savais que dire, que répondre, moi qui avait passé les sept dernières années à faire l'autruche, à tout cacher au monde. Mais mon secret n'avait pas failli me tuer. Du moins pas comme ça. Je ne me rendais pas compte qu'il le faisait lentement, pernicieusement. Comme une intoxication qui détruisait lentement vos organes, les uns après les autres, jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Pour Jessica, le couperet était tombé net sous les formes d'un 'escalier' qui avait failli l'emporter à tout jamais et, ça, je ne pouvais le supporter. Il y avait tant de non dits entre nous. Des choses que seul le temps pourrait nous permettre de régler alors savoir que j'avais failli le perdre, ce temps, me donnait l'impression de prendre un coup qui me ravageait l'estomac.

Je relevais les yeux vers Kenny qui s'exprima à ma place puis je pris le relai, formulant à voix haute ce que lui même avait tu. J'avais vu dans son regard concerné que lui non plus n'abandonnerait pas Jessica. Ca, c'était fini. Plongeant alors mon regard dans celui de Jess, je poursuivais :

« Tu n'es plus seule. Je serais là cette fois. On sera là. »

Je me tournais à nouveau vers Kenny mais celui regardait ailleurs. Je n'étais pas certaine qu'il m'ai entendu car déjà, il pestait après son ami avant de baragouiner quelque chose d'incompréhensible. Qu'est-ce qu'on était sensé ne pas dire ? C'est alors que je l'observais dégonder la fenêtre avec des yeux ronds. Est-ce qu'il avait seulement le droit de faire ça ? Sans doute que non. Ce qui éclaira enfin sa réplique précédente. Le hurlement qui s'en suivi eu le don de me faire sursauter. Un énorme sursaut en fait. Tout l'hôpital avait du l'entendre. J'espérais juste que ma psy, a qui j'avais faussé compagnie un peu plus tôt, n'aurais pas la riche idée de venir me chercher jusqu'ici. C'est le cœur lourd que je vois s'écouler les secondes puis les minutes sans que le fils Dean ne reparaisse dans la pièce. Et, au fond de moi, je le traite de tous les noms. Profondément en colère qu'il abandonne ainsi Jessica. N'est ce pas exactement ce que tu as fait quand Mackenzie est venue te chercher, l'abandonner à son sort ?  Faux, c'était faux. J'aurais voulu pouvoir garder le meilleur des deux mondes. Mais Jessica s'était refermée et je n'avais pas eu le courage de me battre pour conserver notre amitié. Je n'avais pas eu le courage d'affronter un éventuel jugement dans ses yeux ou qu'elle m'abandonne. Alors j'avais pris les devants. Je l'avais souvent regretté mais jamais autant qu'aujourd'hui. Dans tous les cas, j'étais bien décidé à camper dans cette chambre jusqu'à ce qu'on m'en déloge. C'était terminé la fuite.

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MessageSujet: Re: L'espoir est une denrée trop rare. Tôt ou tard, celui-ci disparaît. Alors ne reste que le noir. [LIBRE] [TW : Violence]   Jeu 11 Oct - 2:10


Ils avaient pensé à laisser un miroir dans la chambre où Claire résidait. J'imagine que ça doit servir pour quelques patients. Elle restait plantée devant, tête tiltée, se jaugeant du ventre à la tête. La blonde avait l'air d'un zombie. Jamais elle ne s'était vue dans si piteux état (hormis cette fois-là, quand Scott avait pété les plombs et qu'elle avait rencontré Xander), avec un œil encore injecté de sang, des égratignures sur l'intégralité du corps, ses cheveux en bataille sans soins depuis des semaines. Ils avaient jauni, bouclé, s'étaient rebellés contre une quelconque cause capillaire. Après tout, elle pouvait bien avoir l'air d'un zombie. Morte pendant trente secondes, qu'ils disaient. Elle revenait à la vie, et mettre ses bras en avant, la bouche entrouverte, pourrait être un excellent costume d'Halloween. La tunique d'hôpital devrait devenir une mode, c'est stylé, ironisa-t-elle. Dommage qu'elle ne gardait aucun souvenir de l'accident, elle devrait inventer les origines de ce monstre mort-vivant de toutes pièces.

Oh, elle allait mieux. Ça ne lui servait à rien, de rester cloîtrée ici. Les médecins lui avaient recommandée de marcher le plus possible, que les vaisseaux sanguins et nerfs se reconnectent, et que la douleur passe mieux. Elle envoya balader le miroir de sa main décharnée, et armée de son porte-sérum (qui grinçait) encore attaché à son avant-bras, vagabonda entre les corridors de l'établissement. Ses pieds nus claudiquaient sur le sol glacial, engourdissant un peu sa peau ankylosée.

Claire n'en était pas à sa première tentative, et au fil des jours, une drôle de communauté s'était formée au sein de l'hôpital. Elle connaissait bien la plupart du personnel pour ses "blessures sportives" de la précédente année, et Lost Pine avait rameuté son petit peuple, dont plusieurs des victimes n'avaient pas encore pu retourner au monde extérieur. La jeune fille en salua quelques uns, confiante de durer plus de quinze minutes hors de sa chambre, cette fois-ci. Elle alla même explorer un peu plus loin. Magellan peut retourner chez sa mère. Oh oui. Ce niveau de confiance.

Au bout de quelques minutes d'errance, une salve de cris éclata dans le silence de l'aile. Des exclamations violentes, colériques. Lost Pine étant encore frais dans sa mémoire, Claire pressa le pas pour investiguer. Les chambres passèrent une après une, les yeux pers de l'adolescente les griffant une à une à la recherche d'une porte ouverte, d'un signe de détresse. Et soudain, Andrew Dean, volant vers la sortie, fuyant l'une des chambres et à coup sûr l'origine du vacarme.

Claire s'approcha lentement, inquiète du verdict. Elle ne se souvenait pas de quiconque qui avait pu être blessé à Lost Pine dans son cerce d'amis. Quelque chose goûtait amer dans sa bouche, le goût qu'une mauvaise nouvelle mêlée à l'inquiétude parfume dans l'anticipation du verdict. Elle reconnu la plaquette qui identifiait les salles, et le nom lui vint en claque. Les rumeurs d'une chute dans les escaliers lui remontèrent à la tête et elle se sentit stupide, tellement stupide de ne pas avoir compris plus tôt.

BANNER, JESSICA

Elle allait vomir. Le sol se dérobait sous ses pieds boiteux, le vertige l'attrapa à la gorge. Une douleur sourde enveloppa son corps lorsque son cœur chuta jusque dans son ventre.

"Non, non..."

Claire tituba à l'intérieur, prenant tout son appui sur son porte-sérum. Son regard confus divaguait dans le néant, cherchant quoi que ce soit qui pourrait démentir l'horreur qui s'assemblait comme un puzzle détestable. Il y avait Kenny, il y avait Scarlett. Elle lui envoya un sourire sans joie, parce que la présence d'une amie rendait le traumatisme un peu moins difficile à revivre. Et Claire se rapprocha, s'excusant presque de son existence, pour s'agenouiller malgré la grimace de douleur près de Jessica.

"J'suis désolée."

Elle lui tendit sa main, mais prévoyant le rejet, s'empressa de mettre au clair, d'un ton doux :

"En ce moment, je ne suis pas Claire Shepard. Je ne suis ni la Jaune de la Triade, ni une fille que tu connais. Je suis juste... une personne qui comprend. Qui sait ce que c'est."
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MessageSujet: Re: L'espoir est une denrée trop rare. Tôt ou tard, celui-ci disparaît. Alors ne reste que le noir. [LIBRE] [TW : Violence]   Jeu 25 Oct - 18:40

I need a hero to save me now

Il n'y a plus d'étoiles dans le ciel. Celui-ci est noir, absolument dénué de vie et je me perds dans ses contours d'horreur. J'aurais voulu te croire, Scarlett, lorsque tu me promets que tu seras là. Mais là pour quoi, là pour qui ? J'ai le cœur au bord de l'implosion et la mort me sourit plus que personne ne l'a jamais fait. Je me perds dans son regard, dans sa tendresse, je lis de l'espoir, mais ce n'est plus ce que j'ai pu souhaiter avant ce jour. J'ai envie de mourir pour être enfin tranquille.

Ma mère avant moi a eu ces pensées-là. Mais je n'abandonne personne, ce sont eux, tous, qui m'ont abandonnée. La silhouette absente d'Andrew n'est qu'un trou béant de plus dans ce cœur à l'agonie. Je supplie de la douceur mais n'obtiens que la douleur. Rien qu'une lettre, qui pourtant me tuera. Pas d'amour, jamais. Tout le monde est resté sourd à ma souffrance. Personne n'a entendu, et maintenant qu'ils regardent, je ne sais s'il n'est pas déjà trop tard.

Un pas après l'autre. N'aie pas peur. Un sourire sur ton visage, la promesse d'un avenir sans douleur. La douceur d'une caresse sur une joue affamée d'amour, l'impression fugace que tout ira mieux là-bas. La mort.

C'est si simple, au final, de se laisser aller. Ça veut dire tant de choses, que de céder à cette pulsion. Une fois, puis plus rien. Une fois, puis la garantie d'un sommeil éternel, jamais plus troublé par la douleur.

Mais la porte s'ouvre avec fracas et mes pensées volent en éclat. Je n'ai pas le droit, pas ici, de supplier le repos de me prendre. Je ne peux pas, pas maintenant, pas alors que le visage qui vient d'entrer se jette à genoux à mes côtés.

« Je suis désolée. »

Les mots débordent de ses lèvres et cherchent le chemin d'un cœur brisé, transpercé par trop d'espoirs déçus. J'ai mal. Mal au ventre, mal à l'âme, mal au cœur, mal partout, sans crier gare. Celle qui se tient face à moi, c'est Claire Shepard. C'est cette fille qui m'a fait vivre l'enfer, encore et encore, pendant des années, sans se soucier de rien, sinon d'être certaine que mon sourire ne ferait plus jamais surface. Cette fille, c'est le bras droit de Mackenzie, c'est le soleil de la bande, grands yeux de biche innocente, aimée des professeurs et des élèves, ce qui la rend plus dangereuse encore.

« En ce moment, je ne suis pas Claire Shepard. Je ne suis ni la Jaune de la Triade, ni une fille que tu connais. Je suis juste... une personne qui comprend. Qui sait ce que c'est.
- Je sais, que tu sais ce que c'est. »


Ma voix est gorgée d'amertume. Elle porte les mots que je ne prononce pas. Claire voudrait que je ne la connaisse pas. Mais c'est aussi parce qu'elle est Claire que je sais qu'elle dit vrai. Je me souviens des numéros, je me souviens des crèmes, je me souviens de la dureté qu'elle m'a renvoyé en réponse à tout ça, de toute cette haine qu'elle m'a fait subir. Elle s'est vengée sur moi et c'est ma manière de le lui rappeler. Je voudrais être plus méchante encore. Je voudrais lui déverser ma colère à la façon d'un ouragan. Au lieu de ça, je me tais, détourne les yeux, fixant les cieux. Il faut que je me reprenne. À trop m'énerver, je vais briser le mythe.

« De toute façon, ça ira mieux bientôt. Un escalier n'a jamais empêché personne de recevoir sa bourse d'études. »

Bientôt, je me casserai loin d'ici. Alors, tout ira mieux et je pourrai décider de si je souhaite vivre ou mourir.

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MessageSujet: Re: L'espoir est une denrée trop rare. Tôt ou tard, celui-ci disparaît. Alors ne reste que le noir. [LIBRE] [TW : Violence]   Lun 29 Oct - 23:49

Kenny lance un regard furieux par la fenêtre. Andrew ne revient pas. Andrew fuit, comme il fuit parfois, sans prendre garde aux conséquences, sans songer aux regrets qui le tortureront plus tard. Andrew abandonne celle qu’il a décrite comme son amie auprès de lui, renonce même à écouter la voix de son presque-frère. Et le jeune homme se sent soudain démuni, seul face à un tourment dont il ignore tant de chose, face à un cauchemar qu’il a contribué à façonner, qu’il n’a aucune légitimité à vouloir faire cesser. C’est injuste. Il ne devrait pas avoir à faire ça.

Scarlett promet de rester, d’être là, qu’ils seront là, et lui sait qu’il tiendra parole sans être certain d’avoir le droit de le faire. A-t-il seulement raison de vouloir aider, lui qui brise tout ce qu’il touche ? A-t-il raison de tendre la main, lui dont les poings sont entachés de sang ? Le doute se coince dans sa gorge et il détourne le regard, une seconde, le temps de regagner un peu de confiance, un brin de patience. Il souffle doucement, ferme les yeux. Lorsqu’il les ouvre de nouveau, une autre blonde a débarqué. Il la reconnaît immédiatement, et une grimace de désapprobation s’empare de ses traits. Claire Shepard. Elle ne lui est familière qu’au travers de la bouche de son ex, se souvient tout juste d’une action stupide de sa part quelques années plus tôt, mais ce qu’il sait d’elle ne lui donne aucune envie d’approfondir.

La réaction de Jessica lui donne raison. Il peine à imaginer combien la pimbêche a dû faire souffrir la blessée, pour qu’elle la rejette ainsi. Même Andrew n’avait été rejeté si durement. Même lui a eu grâce à ses yeux. Même Scarlett. Le regard qu’il tourne vers la demoiselle est dur, insensible, dénué de la pitié qu’il pourrait lui accorder. Ce n’est pas parce qu’elle est chancelante qu’il compte se montrer doux avec elle. Un étrange instinct protecteur régit ses mouvements, ses réactions, ses émotions, et il se sent tout proche d’exploser à quiconque fera un geste de travers. Ironiquement, ce sera sans doute lui.

Par bon sens ou par décence, Claire ne commente pas davantage la situation, pas tout de suite du moins. Et si de nouvelles questions fusent dans l’esprit du jeune homme – Comment ça, elle sait ? Les rumeurs ne peuvent pas être vraies, si ? Non, impossible, pas Scott… – il laisse le silence s’installer sur l’assemblée avec une forme de soulagement. C’est une pause dans le désespoir, un éclat de lueur dans les ténèbres. Et comme tous les instants de lumière, il semble condamné à crever dans les abysses.

« De toute façon, ça ira mieux bientôt. Un escalier n'a jamais empêché personne de recevoir sa bourse d'études. »

C’est un coup de poing dans son estomac. C’est une gifle, cinglante, humiliante. C’est une vague d’impuissance, une bombe d’angoisse. C’est l’horreur de voir un rêve plus brillant que jamais se résoudre aux enfers. C’est l’atrocité de savoir la vérité tandis qu’un supplicié se perd dans un mirage.

Putain. Putain de merde, songe-t-il.

Les dossiers. Les bourses d’études. Toutes ces dates-là sont passées. Tous ces ultimatums se sont écrasés comme des mouches sur les étoiles dans la nuit de Jessica. Kenny blêmit davantage et fixe un regard brisé sur la jeune femme, la gorge serrée et le cœur en vrac. Son esprit n’est qu’une litanie de jurons. Il repense au regard morne, à la peur qu’il a eu en entrouvrant la fenêtre, à ce doute qui grignote l’arrière de ses pensées. Que restera-t-il d’elle si on ruine ses espoirs maintenant ? Qu’y aura-t-il à sauver s’il déclare la réalité qu’on ne voudra pas prononcer ?

L’envie de rejoindre Andrew le prend. De fuir. De s’en aller loin de ce moment, de l’occulter, de s’éloigner d’un monde trop difficile pour se perdre dans ses propres chimères, se justifiant en songeant qu’il a ses propres problèmes, ses propres cicatrices. Mais Kenny n’a jamais réussi à faire ça. Au contraire, il se plonge dans la merde et tente d’en sortir en l’évacuant progressivement. Pour ça il faut la regarder. Pour ça il faut la prononcer.

Son regard coule vers Scarlett, puis vers Claire. Toutes deux semblent plus aptes que lui à parler. Toutes deux sont sans doute plus douces, plus malignes, plus douées que lui. Pour tout ça. Pour les mots qui font mal, pour les réalités trop dures. Lui n’a aucune idée de comment gérer ça. Peut-être qu’il n’y a aucune solution. Peut-être que le seul moyen, c’est de s’enfoncer dans la mélasse pour l’aider à ne pas se noyer dedans. Et peut-être que c’est à lui de le faire, parce qu’il est moins proche de Jessica, parce qu’il ne comprend pas, lui, tout ce qu’il y a à comprendre et que ça lui fera moins mal de tout défoncer qu’aux deux autres. Parce que tout détruire, lui, il connaît.

« Banner… Jessica. »

Les mots lui brûlent la gorge. Les paroles lui bousillent la langue.

« Il est… »

Comment on formule ça, bon sang ? Kenny ne veut pas faire de faux pas, ne veut pas être insensible, ne veut pas faire plus de mal qu’il ne le faut. Ses yeux se fixent un instant sur le sol avant de remonter vers ceux de Jess, dévorés d’angoisse et de compassion. Les rêves brisés, il connaît aussi. Les désillusions sont ses vieilles amies. Mais lui a survécu. Et il a peur de tuer Jess avec ses mots.

« Jess, on est le quatre juillet. »

Il se mord la lèvre pour retenir les platitudes habituelles de dépasser ses lèvres. Il sait que ça ne sert à rien. Il sait que ça fait plus mal qu’autre chose. Sa gorge se serre, ses mains tremblent un peu. Il les range dans ses poches, la regarde à nouveau.

« Je suis désolé. »

Fais chier.

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MessageSujet: Re: L'espoir est une denrée trop rare. Tôt ou tard, celui-ci disparaît. Alors ne reste que le noir. [LIBRE] [TW : Violence]   Sam 3 Nov - 11:57

    L'impuissance avait toujours bercé ma vie. Sentiment lancinant d'espoir déçu, de volonté bridé et de souvenirs atroces, elle était ma compagne de route, me tenant la main sur le chemin de la vie. Souvent, j'avais l'impression d'être la spectatrice immobile d'un spectacle allant trop vite pour moi. D'être pieds et poing liés à une chaise inconfortable, regardant sur scène les cœurs se déchirer, les amitiés se briser et les vies se disloquer. Et j'étais là, témoin muet et inutile dans l'incapacité absolue de réagir, paralysée. Présente et absente. Corporelle et incorporelle, prête à me déliter sous le poids si lourd à porter.

    Dans cette pièce, le passé et le présent entrait en collision, épurée de tous fards. Jessica, si frêle et cabossée dans son lit d'hôpital et Claire, blessée également et plus négligée que je n'aurais jamais cru possible. La honte me submergea à nouveau. Enfermée dans mes propres traumatismes, je m'étais repliée sur mes propres problèmes, ma propre douleur et je n'avais rien voulu voir, rien voulu deviner. Pour l'une comme pour l'autre, je les avais laissé tomber. Je réalisais avec une pointe d'amertume vite étouffer que cet aveuglement était une caractéristique bien familiale. Je m'en voulais absolument. Pour Jess, pour Claire. Quelle abominable amie je faisais. Pouvais-je seulement encore me qualifier de ces mots ? Qu'est-ce qu'un ami au fond s'il ne connaît pas vos douleurs les plus profondes ? En avais-je seulement réellement ou n'étaient-ils qu'un flot de relations ? Je n'en avais pas été une pour les deux jeunes filles. Et je m'en voulais terriblement.

    Ne lâchant pas Jessica, mon autre main vint au contact de Claire. Je n'avais pas les mots pour comprendre la douleur des deux jeunes filles. Encore moins pour les apaiser. La seule chose que je pouvais faire maintenant c'était d'être là pour elles. La réponse pleine de dureté de Jessica à Claire m'avait surprise. Je ne connaissais pas leur relation et les secrets qu'elle recelait. Aveuglée là encore, je n'avais jamais voulu voir le calvaire que mes nouveaux amis avaient fait endurer à Jessica. Je m'étais retranchée avec aveuglement et gratitude dans la petite bulle protectrice de normalité et de superficialité qu'on m'avait offerte. Loin des larmes et de la douleur qui ravage le corps et l'âme. J'avais fermé les yeux et le réveil était brutal. C'était comme s'endormir dans la chaleur d'une étreinte et se réveiller en pleine tempête au dessus du vide.

    Et soudain les mots de Jessica me font basculer vers la chute libre. Mes mains jusque là apaisantes se crispe quand je comprend la portée de ce qu'elle vient de révéler. Elle n'a pas pu... Mon Dieu, elle ne sait pas. Ça va la dévaster. Il y a des limites à ce qu'un esprit, même aussi fort que le sien, peut supporter. Mon regard catastrophé virevolte de Jessica à Kenny en passant par Claire.

    J'avais peur. De ces angoisses qui vous étreignent le cœur car vous savez. Il arrive parfois que l'on présente qu'une catastrophe est en marche. Que quelque chose est sur le point de changer à tout jamais, que rien ne sera plus pareil. Comme bien trop souvent ces derniers temps, je sentis mon corps trembler et l'envie difficilement répressible de hurler contre ce monde définitivement trop injuste m'étreignit. J'avais l'impression d'être sur le point d'assister à la mort annoncée d'une étoile. De ces événements à la fois déjà passés et à venir. Que les dés étaient déjà jetés avant même que je m'aperçoivent que la partie était lancée et que malgré tous mes efforts, je ne pourrais qu'observer cette lumière être suppliciée. La mort de l'espoir de Jessica. La mort de l'innocence.

    Il est des choses que la vie nous arrache brutalement et qu'on ne peut jamais retrouver. Des moments où notre fardeau pèse si lourd que la vie elle même semble être trop difficile. Insupportable. Parfois, je me disais que j'avais survécu plus par amour que par réelle volonté. Je ne voulais pas transférer mon fardeau sur les épaules de mes proches. Je ne le voulais toujours pas. Mais Jessica, sans ses rêves, qu'allait-elle devenir ? Elle n'avait plus sa mère, son père était la lie de l'humanité et elle était fille unique. L'année dernière, je l'avais abandonnée mais il était hors de question que je fasse à nouveau cette erreur. Si ce que je craignais devait arriver, j'irais la chercher moi même au fonds des abysses s'il le fallait.

    Relâchant Claire, c'est mes deux mains que j'amenais à son contact pour lui faire comprendre qu'elle avait mon attention absolue.

    « Jess... Je-J... »

    A quoi bon lui dire que j'étais désolée ? Ça ne lui ramènerait pas ses espoirs. Je n'étais même pas sûre qu'elle m'écoute.

    « On pourrait écrire aux différents doyens ou... ou... je ne sais pas leur demander de te réserver une place pour le prochain semestre. Trouver un donateur. N'importe quoi. »

    N'importe quoi plutôt que de laisser arriver l'ombre que je sentais planer autour de Jessica. N'importe quoi plutôt que de laisser sombrer la meilleure d'entre nous. S'il y avait une personne dans notre promotion qui valait quelque chose ou qui avait le potentiel pour marquer le monde autrement qu'en stagnant dans le petit monde d'Aster Cove, c'était Jessica. Si la vie lui en laissait l'occasion ou plutôt, si elle laissait l'occasion à la vie.

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I love him for the way the sound of his name could silence my demons.
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L'espoir est une denrée trop rare. Tôt ou tard, celui-ci disparaît. Alors ne reste que le noir. [LIBRE] [TW : Violence]
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