Dans la petite ville d'Aster Cove, des choses étranges se passent...

 
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 wedding 911 + evie

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MessageSujet: wedding 911 + evie   Ven 16 Mar - 18:05


wedding 911
I say we've only known each other a year, you say I've known you longer my dear. (...) Walking with each other, think we'll never match at all, but we do. my same

Elle était sur des charbons ardents. Sillonnant la maison comme une furie en quête d’âmes à pourfendre, elle tentait désespérément d’organiser ses affaires et ses pensées. Le faire-part, qui trônait encore fièrement sur son bureau, était moins la source de cet état de fébrilité que la petite note manuscrite qu’elle avait trouvée dans sa boîte aux lettres un après-midi. Témoin. Demoiselle d’honneur. Appelez-le comme vous le vouliez, tout ce qu’elle savait c’est qu’Evie lui avait fait un honneur et qu’elle comptait bien s’en montrer digne. Elle s’arrêta soudain et jeta un regard affolé à l’horloge. Elle allait être en retard. Damn. Jetant un dernier coup d’œil à la valise ouverte en face d’elle, elle s’autorisa un sourire satisfait, puis referma le clapet d’un geste sec, scellant le cadeau qu’elle comptait faire à son amie dans les entrailles de la valise.

Soulevant avec délicatesse son précieux cargo, elle l’amena dans l’entrée, abandonnant au regard surpris de son aïeule la surveillance de la malle. Veste bomber, écharpe, jeans et sneakers. Kahina se sentait bien dans les styles simples, trouvant son filon dans ce style streetwear qui déferlait sur New York comme une mode que tout le monde clamait éphémère. Elle avait laissé ses boucles à leur propre sort ce matin, laissant sa tignasse s’exprimer dans toute sa joie indomptable. Sa mère lui avait toujours sommé de discipliner cette tignasse, mais Kahina avait toujours peiné à voir l’intérêt de s’infliger le douloureux martyr du tressage, pour au final perdre ses cheveux à trente ans à cause de la traction. Déposant un baiser rapide sur la joue de sa grand-mère, elle empoigna la valise et s’évada dans le début d’après-midi frais. Aster Cove était comme à n’importe quelle heure de la journée ; désert, à l’exception de quelques âmes qui semblaient davantage avoir été condamnés à l’errance dans les fins fonds de l’Amérique que d’avoir choisi d’être là.

Retenant un soupir las, elle laissa de côté son propre désespoir pour se concentrer sur la joie intense qu’éveillait les évènements à venir. Kahina avait été de tous les mariages, à l’exception d’un, mais elle refusa de penser à ce mariage, et surtout à celle qu’elle avait probablement perdu à jamais. Elle n’avait pas même fait l’effort de la chercher, alors quel bien pourrait-elle accomplir en ressassant le passé ? Non, il y avait dans l’avenir morne de cette ville et de sa vie une lumière vers laquelle elle ne pouvait s’empêcher de courir, un bref intermède glamour dans ce patelin désespérément terne. Un mariage. Et celui de celle qu’elle pouvait désormais qualifier d’amie. Etrange amitié que la leur, commencée au petit matin d’une des rares soirées potables de la ville. Entente instantanée entre deux jeunes femmes qui finalement se ressemblaient davantage qu’on ne voudrait bien le croire.

Elle ignora les rares passants qui lui jetaient des regards circonspects, cherchant sans doute dans leurs esprits étriqués l’explication la plus logique à une exilée new-yorkaise traversant Aster Cove avec une valise derrière elle. Elle s’en fichait. Finalement apparut la ligne familière du bâtiment qui abritait son studio de danse. La clé dans la porte, clic, Kahina qui se glissa dans le silence feutré de son petit univers. Dans la pénombre des quelques pièces endormies, elle pouvait presque distinguer les pas délicats des petits pieds habillés de demi-pointes. Mais aujourd’hui, rien, juste ce silence feutré et apaisant. Elle referma doucement la porte derrière elle, allumant les lumières d’un geste mécanique. Un coup d’œil à sa montre. Bientôt. Elle attrapa ce qu’elle était venue chercher, puis ressortit en verrouillant de nouveau la porte sur son univers.

Il ne lui fallut pas dix minutes pour parcourir la distance qui lui restait, et c’est avec cinq prodigieuses – pour elle – minutes de retard qu’elle appuya la sonnette de l’appartement de son amie. La porte s’était à peine ouverte qu’elle ne put retenir un large sourire qui lui fendit le visage de joie. « Les secours sont là ! Prête ? » Un rire résonna, dont la sincérité la surprit elle-même. Attirant son amie dans ses bras, elle la relâcha vite, pointant la valise. « Je ne suis pas venue les mains vides ! » C’était la première fois qu’elle voyait Evie depuis le mot qu’elle avait laissé dans sa boîte aux lettres, et à l’exception de l’échange relativement hystérique qu’elles avaient eu au téléphone, l’occasion ne s’était jamais présentée de réellement discuter de la cérémonie à venir. Mais maintenant qu’elle la voyait, son sourire se mua en moue amusée : « Oooh, je connais ce regard. Alors, dis-moi, sur une échelle de 0 à l’élection de Ronald Reagan, quel est ton niveau de panique ? »




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MessageSujet: Re: wedding 911 + evie   Sam 17 Mar - 3:52




Wedding 911
ft. Kahina

C'était une catastrophe. Pire, c'était une hécatombe, un cataclysme, peut-être même l'Apocalypse. Evie faisait les cent pas dans son appartement, énumérant les plus incongrues des hyperboles dans l'espoir idiot qu'exprimer sa panique l'apaiserait. Ça ne fonctionnait pas. Sans blague, génie, s'insurgea-t-elle contre ses idées. Un soupir s'arracha à ses lèvres gercées tandis qu'elle triturait sa cigarette. Elle s'était levée une heure auparavant, c'était sa troisième. Les choses s'annonçaient mal.

Au fond, ce n'était pas sa faute. Le mariage était un événement important, capital même dans la vie d'un couple, et elle rêvait de ce jour depuis bientôt dix ans.  Elle se l'était imaginé des centaines de fois dans l'intimité de son esprit, avait dessiné par ses pensées les couleurs de ce moment magique où tout serait parfait. Ils avaient économisé dix ans. Dix ans, pour ces quelques heures de grâce où douleur et peine partiraient enfin en poussière, pour ce sourire grandiose et ces larmes qu'elle s'imaginait déjà ruisseler sur les joues de son époux, pour ces alliances qu'ils porteraient à tout jamais. Dix ans pour pouvoir s'offrir le meilleur. Sauf qu'ils avaient organisé ça deux mois en avance à peine. Un nouveau soupir fit danser sa fumée de cigarette tandis qu'elle se retournait, recommençant encore le même trajet. Elle était une poupée coincée dans sa boîte à musique, prisonnière d'une routine qu'elle réitérait sans cesse. C'était tout simplement plus fort qu'elle : elle devait bouger pour ne pas devenir folle. La nervosité, l'angoisse, le doute et l'impatience avaient creusé leurs sillons sur son visage un peu trop blême. Elle adressa une grimace peu convaincue à son reflet dans le miroir. Une mariée moche, donc.

Elle avait besoin d'une clope. Son regard descendit vers sa main, constatant qu'elle en avait déjà une. Peut-être devait-elle se mettre aux cigares.

Une brèche hors de ses contemplations morbides s'était ouverte, et ses pensées s'engouffrèrent désespérément dans ce filon d'espoir qui leur était offert. Un instant, elle réfléchit à cet objet incongru et terriblement viril, accessoire phare du Parrain. Comment serait-il perçu chez une femme ? Une rébellion, sans doute. Pinacle de l'irrévérence pour le sexe faible que de se penser capable de manier le roi cigare, conçu seulement pour les lèvres moustachues des hommes désireux de poser leur appendice métaphorique sur la table. Evie eut un sourire moqueur. C'était fou comme ces messieurs pouvaient être bêtes, parfois. En tout cas, sa décision était prise. L'heure était venue pour elle de passer à l'étape supérieure des cigarettes.

… Ce qui ne l'avançait absolument pas dans ses préparations.

Un grognement désespéré la traversa tandis qu'elle amenait sa main à ses cheveux de feu, frustrée de son incapacité à être productive. Elle prenait du retard, encore et encore, et ce mariage allait être un fiasco si elle ne se bougeait pas, et ce serait de sa faute, ce qui était intolérable, et peut-être était-ce trop tard, peut-être avait-elle perdu toute chance de rendre ce jour aussi grandiose que dans ses rêves, auquel cas elle allait sincèrement se mettre à pleur-

L'insupportable mélodie de la sonnette retentit, l'arrachant à sa phase de stress. Un sursaut la saisit. Le mouvement trop brusque la fit perdre l'équilibre et elle manqua de se brûler avec les cendres de sa cigarette. Un juron lui échappa. Ça lui apprendrait, tiens, à être dans la lune. Un nouveau soupir lui échappa, et elle ouvrit la porte d'entrée à la volée, l'air tout à la fois soulagé et déphasé. La pauvre Evie semblait sortir d'une grotte. Emmitouflée dans un gros pull emprunté à Walter, marchant à moitié sur l'ample pantalon qui – tiens – appartenait aussi à son compagnon, elle adressa un regard gorgé de reconnaissance à la nouvelle venue.

« Kahina... »

Sans doute y avait-il en ce monde une règle qui stipulait qu'on ne prononçait le nom de son ami d'une telle manière qu'en cas d'urgence. La jeune femme était désespérée.

« Les secours sont là ! Prête ? »

Kahina avait un sourire incandescent, ce genre de sourire qui inspire la danse et le soleil d'été, qui fait pétiller les yeux et frémir les âmes. Lorsqu'elle l'offrait au monde, elle le rendait invariablement plus beau, l'illuminant de la joie qui semblait bouillonner en elle. Bien qu'éreintée par le stress, Evie ne put s'empêcher de réciproquer. Elle ne regrettait pas son appel. Cette fille était, et de loin, l'une de ses plus jolies rencontres, une agréable surprise qui sans cesse se renouvelait. Elle venait de prouver une fois de plus qu'elle ne s'était pas trompée de témoin.

« Je ne suis pas venue les mains vides ! »

Croisant les bras autour de sa cigarette, l'intéressée se pencha sur le côté, dévoilant à son regard une valise traînant derrière les jambes de son interlocutrice. Un sourcil élégant fut haussé, témoin d'une incrédulité certaine.

« Une valise ? Qu'est-ce que tu me réserves comme surprise, dis-moi ? »
, s'enquit-elle, un sourire amusé aux lèvres.

Pour l'amour du ciel, ç'avait intérêt d'en être une bonne. Une excellente, même. Après la dose d'angoisse qu'elle avait pris soin d'emmagasiner, Evie avait grand besoin d'une découverte agréable. Son cœur se languissait d'un moment d'apaisement, désirait ardemment le repos bien mérité du guerrier qu'il était devenu. Mais elle ne s'en faisait pas vraiment au fond. Kahina était de ces présences qui toujours rassurent, et elle était certaine d'être satisfaite de ce qu'elle obtiendrait, quoique ce soit. Son arrivée avait calmé la part d'elle qui avait été prête à fondre de nervosité.

« Oooh, je connais ce regard. Alors, dis-moi, sur une échelle de 0 à l’élection de Ronald Reagan, quel est ton niveau de panique ? »

Un éclat de rire se perdit dans les airs, comme une ombre sur le visage fatigué de la jeune serveuse, qui passa une main gênée dans sa tignasse incandescente.

« C'est si évident que ça... ? »

Un instant d'hésitation, le silence en suspens.

« L'assassinat de Kennedy. »

Elle en était là. Sincèrement, Evie ne voyait pas comment améliorer sa situation, et ce constat n'avait de cesse de la faire paniquer davantage. C'était un cercle vicieux, une pente glissante le long de laquelle elle ne parvenait pas à se hisser. Elle qui avait toujours pris garde à ne pas se prendre la tête, la voici qui se liquéfiait de terreur à l'aube du plus beau jour de sa vie. Idiote.

Se décalant contre la porte, elle fit signe à son amie de rentrer. Kahina était la bienvenue et le serait toujours. Ce lieu se gorgerait un jour de bons souvenirs qu'elles évoqueraient lorsque les rides auraient épousé leurs vieux fronts, et il lui tardait de les créer. Pour l'heure, Evie avait besoin d'aide.

« Je te sers quelque chose ? Thé, café ? »

Pénétrant la cuisine qui s'ouvrait sur le salon, la jeune femme se rendit compte que la zone puait la clope à en donner mal au crâne. Elle jura dans sa barbe.

« Merde, je suis désolée, j'avais pas senti l'odeur. Attends une seconde. »

Ouverture des fenêtres au programme, pour le plus grand plaisir de Tchoupi qui, non content de séduire la nouvelle venue avec quelques ronronnements lascifs, trottina jusqu'à pouvoir sauter sur un rebord. De là, il devint le roi du monde et traita ses sujets comme tels, miaulant avec paresse pour signifier son désir de caresse à sa propriétaire. Evie lui gratta le front d'un geste nonchalant tandis qu'elle inspirait la fin de sa cigarette. Une quatrième l'attendait, dans les starting blocks.

« Dis-moi tout, beauté. J'ai besoin de tes lumières. »

Pire que ça : elle allait en mourir si elle ne les obtenait pas. Mais cela, son regard se chargerait bien de le dire.

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