Dans la petite ville d'Aster Cove, des choses étranges se passent...

 
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 [Libre] - « A lost road will remember your footsteps »

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MessageSujet: [Libre] - « A lost road will remember your footsteps »    Sam 10 Mar - 0:28



A lost road will remember your footsteps
Kenny Holland

« Mist to mist, drops to drops. For water thou art, and unto water shalt thou return. »
Le néant gouvernait sur un empire de mort. Sur ses terres dévastées régnait un silence de plomb, chargé du danger qui planait sur toute chose. L'obscurité était quasi totale, illuminée seulement d'une lueur grisâtre et laide qui conférait aux ombres des formes monstrueuses. Les nuages étaient bas dans le ciel, promesse d'un orage qui jamais ne venait, parjure d'un soleil crucifié sur l'autel de l'éternité.

Il était au Purgatoire. Impuissant pantin entre les mains du temps qui toujours s'écoulait, poupée de chiffon sous le joug d'une force invisible et immuable, il était condamné à souffrir éternellement, jusqu'à ce que la fin de toute chose l'embrasse pour l'emporter vers un paradis qu'il ne méritait pas.

Un souffle erratique s'arrachait à ses côtes sifflantes, raclant contre sa gorge à la manière d'une lame avant de prendre son envol, somptueuse vapeur dansant dans les ténèbres. Kenny suivait sa respiration d'un regard fatigué, avachi contre le mur branlant qui le protégeait de la mort. Cela faisait bientôt deux jours que ce manège se poursuivait. Une lassitude presque violente s'était abattue sur lui, ou peut-être était-ce la fièvre qui l'empêchait d'agir. Il n'avait la force de rien, se sentait tout juste de bouger le bout des doigts. C'était une sensation absolue, d'une puissance face à laquelle il ne se sentait plus de lutter. Il voulait juste se reposer.

Impossible ici.

Fermant les yeux, le garçon prit une inspiration avant de se redresser. Le geste lui arracha une grimace douloureuse contre laquelle il ne prit pas la peine de lutter. Au lieu de ça il soupira doucement, crispant ses phalanges sur le tissu rougi qui entravait sa jambe gauche. Des bandages de ce type, il en avait une bonne dizaine répartis sur tout son corps, créateurs de cicatrices qui ne disparaîtraient jamais plus. Celui-ci était différent toutefois. Celui-ci était une promesse de mort écrite de son propre sang.

Il avait laissé l'infection traîner trop longtemps. C'était une constatation aussi amère que véritable, la sentence finale de l'épée de Damoclès qui pendait au dessus de sa tête depuis trop longtemps. Kenny laissa ses paupières se clore à nouveau, puisant en lui un courage qu'il peinait à trouver, creusant en sa colère afin de dénicher la rage de vivre qui l'avait maintenu en vie jusqu'à ce jour. S'il ne voulait pas y rester, il devait lutter. Encore. Il lui fallait un couteau, un couteau propre et dénué de rouille ainsi qu'un briquet et... et... Son regard se perdit vers la fenêtre barricadée qui illuminait la petite pièce dans laquelle il se cachait. Il avait besoin de médicaments. Il allait devoir se rendre à la pharmacie. Cette perspective noua sa gorge d'une angoisse devenue trop familière. Il déglutit.

De toute façon, il n'avait pas le choix.

C'est d'une main fébrile qu'il saisit la petite branche qui lui servait de béquille, tentant d'ignorer les tremblements qui agitaient son corps affaibli. La peur grouillant en ses entrailles s'accentua. Dans son état, ce genre de voyage risquait d'être sans retour. Dans son état, il avait déjà un pied dans la tombe. Il se mordit la lèvre, posa ses mains sales sur le battant de la porte, rassembla son courage.

L'ouverture se fit sans difficulté, silencieusement comme on eut pu l'espérer. Kenny soupira de soulagement et, clopinant, s'avança dans les ténèbres. Chaque pas se faisait avec précaution, ses sens en alerte, son instinct aux aguets. Son cœur battait la chamade. Il était terrorisé. À raison. Fiévreux, blessé, Kenny n'avait aucune chance de semer ce qui rôdait dans l'Enfer qui était devenu sien. Et si sa seule option était de sortir, ce n'était pas de bonne grâce qu'il le faisait. Il avait pleine conscience du danger qui l'étouffait davantage à chaque foulée.

Un craquement retentit derrière lui.

« Non, putain...Non non non... »

Ils étaient là. Il était trop tard pour faire demi-tour. Il était trop tard pour espérer. La vague de désespoir qui déferla sur lui le noya dans des sanglots qu'il n'avait pas le temps d'exprimer. Il n'avait plus qu'une seule option : courir. Loin, vite, toujours plus, peu importe la douleur et les blessures, peu importe le sang et la sueur, peu importe la terreur, peu importe les obstacles. Il devait fuir. Maintenant.

Crispant la mâchoire, il s'élança. Et si ses pas ne devaient jamais être assez rapides pour les semer, il voulait au moins se donner une chance. S'il devait échouer, il voulait au moins essayer. S'il était voué à mourir, il voulait au moins tenter de survivre. Juste une journée de plus. Il devait courir. Courir quitte à en briser ses os, à en rouvrir ses plaies, courir pour prolonger l'Enfer, courir toujours plus vite, toujours plus loin, courir à en broyer ses poumons, à s'écorcher sur les brasiers de l'asphyxie, courir toujours plus fort dans l'espoir vain de subsister. Kenny s'appuya tout d'abord sur sa canne, cherchant dans le soutien offert une solution de plus. Il tourna, au hasard, s'égarant dans l'obscurité qui enveloppait tout, se perdant dans la noirceur d'un monde qui ne voulait que sa mort. Le bâton tenait. Le bâton tenait et c'était le plus important. Plus vite. Il accéléra. La douleur qui lui sciait la jambe n'importait pas. Il devait prendre de l'avance.

Car déjà, dans son dos, la symphonie des grognements résonnait contre les murs vides. Déjà, dans son dos, le rythme des pattes courant contre le macadam. Les prédateurs s'étaient élancés. Les prédateurs s'étaient élancé et Kenny était leur ultime proie, voué à finir déchiqueté entre leurs crocs, à être éventré par leurs griffes acérées, à hurler jusqu'à l'ultime repos une douleur qui jamais ne finirait.

Ils arrivaient.

« Allez, putain, Kenny, allez... »

Ils approchaient et il était trop lent. Il boitait, quoiqu'il fasse, quoiqu'il tente, et rien ne parvenait à compenser cette infernale paresse. Il boitait et cette foutue blessure allait causer sa perte, il allait crever, il allait se faire arracher la tête ou pire encore. Il devait accélérer, trouver un moyen, se cacher, vite. Les grognements gagnaient du terrain. Kenny ferma les yeux et s'agrippa à un arbre pour mieux se propulser vers la suite. Il ne tenait plus. Son souffle erratique se perdait dans l'atmosphère gelée, ses membres tremblaient davantage à chaque pas. Son corps ne tenait plus et il allait le lâcher avant même que les crocs ne se referment sur sa carcasse.

La peur fit dévaler une larme désespérée sur sa joue. Il tenta d'accélérer, manqua de tomber. Sa gorge était nouée. Il était terrifié. Il refusait la mort et tout ce qu'elle signifiait, voulait vivre du plus profond de son âme, cherchait à rentrer dans un monde où l'avenir avait un sens. Il voulait voir le lever du jour sur les collines, regarder à nouveau l'eau s'animer sous les rayons du soleil, entendre les aboiements d'un chien désireux de jouer...

Une griffe érafla le mur. Il y avait une dizaine de mètres entre lui et les monstres.

Une seconde larme ravagea son visage et il s'engouffra dans le premier chemin venu, l'âme broyée de désespoir et le corps rompu de douleur. Il s'y engouffra de toute sa volonté, puisant dans des forces qu'il n'avait plus pour se frayer un passage par delà la viscosité des reliefs, cherchant à faire avancer des membres épuisés dans les abysses de sa souffrance, désespéré de réussir. Il ne savait pas où il allait. Tant pis. Ses pas accélérèrent à nouveau. L'adrénaline avait fini de le rendre inconscient de sa douleur, inconscient de ses blessures, inconscient de tout ce qui fût autre que la mort promise par les monstres qui toujours se rapprochaient. Alors Kenny avança, plus vite, toujours plus vite, ignorant les menaces d'un corps qui ne voulait que céder, avança, encore, encore plus fort, encore plus loin, s'enfonçant dans les ténèbres opaques qui semblaient l'étouffer. Il ne pensait plus à rien. Une seule obsession. Un unique objectif. Il devait y parvenir. Il devait le faire. Il devait réussir. C'était une infernale litanie, le mantra des fous qui y croient encore, la prière du désespéré qui luttera toujours. Il en avait besoin.

Vivre.

Une formidable énergie pulsait en ses veines, déployant des ailes qu'il ignorait posséder pour lui permettre d'aller toujours plus loin. Il n'entendait plus rien. Il ne savait même plus ce qu'il était censé entendre. Seule une pensée demeurait, encore, toujours : courir. Kenny lui donnait tout ce qu'il avait, tout ce qui lui restait. Absolument, inconditionnellement. Après cela, il n'aurait plus rien à offrir.

Sa béquille céda.

L'élan infernal rompu, c'est son corps entier qui ploya sous la vitesse prise par ses pas. Le jeune homme s'effondra contre le bitume. L'impact de la chute résonna jusque dans son crâne, créant une explosion de douleur qui lui arracha un rare cri peiné. La bulle d'adrénaline s'était brisée aussi vite qu'elle s'était formée, annonçant dans son sillage le retour d'une torture qu'il ne souhaitait à personne. Sa jambe était un brasier, son corps entier brûlant dans la souffrance qu'elle irradiait. Il avait mal, atrocement mal. Impossible de se relever.

Désespéré, Kenny se retourna. Et écarquilla les yeux. Il n'y avait rien.


C'était la nuit du dix mars mille neuf cent quatre-vingt cinq. Il était minuit trente. Aster Cove frissonnait dans la fraîcheur de fin d'hiver. Après bientôt trois ans, Kenny Holland venait de remettre les pieds dans le monde réel. .
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MessageSujet: Re: [Libre] - « A lost road will remember your footsteps »    Dim 11 Mar - 22:47

C'est un de ces durs et tristes soirs où Andrew a l'alcool triste. Il n'est même pas minuit que déjà toute envie de faire la fête lui est passée. Il faut dire qu'il a commencé tôt, pour oublier tout ces événements difficiles qui sont venus secouer son quotidien tous en même temps sans lui laisser le temps de digérer. Alors le voilà à faire une overdose de désarroi, en proie à un trop plein d'émotions qui provoque un rejet total, une envie soudaine de ne plus rien faire et de ne voir personne. Il décide donc de rentrer chez lui, mais quelqu'un qui tient miraculeusement encore assez à lui pour ne pas le laisser prendre le volant dans cet état lui a subtilisé ses clés de voiture. Andrew n'a même pas envie de s'entêter à chercher qui a osé. Épuisé par cet excès de lassitude, il finit par quitter la fête à pied.

L'air frais lui fait du bien, même si sa démarche n'est pas très assurée. Dans la solitude et le silence de la ville endormie, il se sent mieux. Les sens endormis par l'alcool, il ne sent pas le froid le saisir. Il est plutôt occupé par une agréable impression de légèreté, comme si la gravité avait relâché un peu de son pouvoir sur lui, juste pour cette nuit un peu spéciale. Enfin tous les problèmes qu'il traîne comme des boulets trop lourds pour lui sont oubliés ! Le monde dort et ignore où il se trouve. Tout ce qui compte, c'est l'impression de liberté que lui offre cette balade privée dans la semi-obscurité de la ville. Personne ne viendra lui chercher des problèmes dans les prochaines heures, et ce constat consolateur lui arrache un sourire maladroit.

Un sourire qui s'efface rapidement lorsqu'au détour d'une ruelle il note la présence d'une chose rampante au milieu du chemin. Perturbé par cette apparition soudaine qui vient briser sa sérénité nouvellement acquise, Andrew ne peut cependant pas s'empêcher d'être intrigué par l'origine de cette forme. Lorsqu'il s'approche en plissant les yeux, il ne lui faut pas longtemps pour comprendre qu'il s'agit de quelqu'un.

Machinalement, l'héritier Dean ralentit l'allure, mécontent d'être dérangé dans son instant tranquille. Il réfléchit rapidement a un moyen de contourner ce nouveau problème pour ne surtout pas s'y mêler, mais ses neurones sont loin d'être en état de collaborer. Qu'importe ! Il décide qu'il n'a qu'à passer à côté sans prêter la moindre attention à l'homme étendu. Il s'agit probablement d'un nouveau déchet de la société venu traîner à Aster Cove. Alors frustré par cette invasion soudaine, Andrew avance d'un pas nouvellement décidé en regardant droit devant lui.

Mais l'homme a l'air de souffrir. En se rapprochant, Andrew peut le comprendre aux bruits qu'il entend. Il ne peut pas s'empêcher de lui accorder un regard, et le peu de quiétude qu'il vient de retrouver s'effondre en un souffle. Lui-même titube dangereusement alors qu'il s'approche encore pour confirmer sa vision. « Kenny… » Il aurait voulu hurler le prénom mais sa voix s'étrangle dans un murmure à peine audible. Il tombe à genou parce que les forces lui manquent. Il a le cœur serré, le souffle coupé et la tête qui tourne face au revenant.

Alors qu'il avait l'impression d'aller mieux l'instant d'avant, le voilà à nouveau en chute libre. Est-ce qu'il est bourré à ce point ? Il ne se rappelle pas avoir pris la moindre drogue à la soirée. Sans pouvoir répondre à la question, Andrew s'en fiche. Son meilleur ami lui manque tellement. L'apparition lui fait l'effet d'un coup de poignard. Kenny est tout ce dont il aurait besoin en cet instant, et cette vision soudaine représente la goutte d'eau qui fait déborder le vase. De la manière la plus inattendue qu'il soit, Andrew lâche prise. Il se laisse enfin aller à ce qui le démange depuis des jours et enserre le disparu dans ses bras en échappant un premier sanglot. D'autres suivent et complètent cette scène surréaliste. Dans sa tête, une petite voix désespérée répète : réveille-toi Andrew. Réveille-toi !

Kenny ne peut pas être là. Kenny a disparu depuis plus de deux ans. Il est probablement mort, comme cette pauvre Amelia. Plus Andrew se raisonne, et plus il est secoué par les sanglots. La vague qui le submerge lui semble interminable. Il a beau savoir que sa vision est trompée, qu’il va lever les yeux et trouver un inconnu – voire peut-être personne –, il ne parvient pas à retrouver son calme. Cette vieille blessure qui n’a jamais vraiment guérie est d’autant plus douloureuse qu’il ne s’attendait pas à la voir ainsi rouverte, en cet instant, en cet endroit.

Lorsqu’enfin il trouve le courage de relever la tête, il est pris d’un nouveau haut le cœur en reconnaissant encore son ami proche. Il s’empresse de sécher ses joues d’un geste de la main et détaille les traits qui lui font face en écarquillant les yeux. Sa vision troublée par les larmes qui viennent de lui échapper de l’aide pas à décider s’il perd vraiment la tête ou s’il s’agit d’un miracle. « Kenny c’est vraiment toi ? » Cette fois il parle beaucoup plus fort que ce à quoi il s’attend. Sa voix est tremblante, stupéfaite, presque scandalisée. Il s’écarte un peu de lui sans lui lâcher les épaules, et alors que la réalité le rattrape doucement, il s’écrit, carrément hystérique : « Mais qu’est ce qui se passe ? »
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MessageSujet: Re: [Libre] - « A lost road will remember your footsteps »    Mar 13 Mar - 2:01



A lost road will remember your footsteps
Kenny Holland

« Mist to mist, drops to drops. For water thou art, and unto water shalt thou return. »
Sa jambe était un océan de douleur dans lequel il allait se noyer. À chaque seconde sa souffrance augmentait, se répandant en son corps sans rien épargner, engloutissant sur son passage ses derniers remparts. Kenny perdait le contrôle. L'une de ses mains tremblantes s'était enfoncée dans les bandages souillés qui recouvraient sa peau, comme si la pression générée pouvait apaiser les lames acérées qui le rongeaient de l'intérieur. Un grognement sourd lui échappa, se muant presque en un sanglot à la fin de sa respiration.

Il était fatigué... Tellement, tellement fatigué... Il voulait juste fermer les yeux et s'allonger, poser son front contre l'humidité glacée de cette soirée de fin d'hiver, laisser l'inconscience le cueillir pour le soulager de cette géhenne qui semblait durer depuis une éternité. Une lassitude lourde de plusieurs siècles semblait peser sur sur son âme, creusant en ses entrailles des sillons mortels qui l'empoisonnaient petit à petit. Kenny avait l'impression d'avoir trop vécu, trop longtemps, d'avoir traversé trop d'épreuves et surmonté trop de tragédies. Kenny avait envie de fermer les yeux et de s'oublier dans la fraîcheur nocturne. Il n'en pouvait tout simplement plus.

Le craquement d'une brindille derrière lui le sortit de sa transe. Il tressaillit, faisant volte-face d'un même coup, les yeux écarquillés et le cœur en vrac, son corps tendu tout entier dans la peur qui l'envahissait soudain. Sa respiration ricocha contre sa cage thoracique. Il... Il...

Il devait se barrer de là. C'était une certitude immuable, inconditionnelle, une vérité implacable à laquelle il ne devait pas déroger. Survivre. Avancer. Kenny serra les dents contre la douleur et tenta de se redresser. Sa jambe gauche était à l'agonie. Il l'ignora. Ses yeux se fixèrent sur un point de son horizon flouté par la fièvre, désireux de maintenir un objectif à sa course folle. Il esquissa trois pas. Ses membres cédèrent d'un coup d'un seul. Et le jeune homme d'être piégé dans un corps qui refusait d'avancer.

Des larmes de détresse vinrent embrasser le regard brun. Il ne pouvait pas rester là, c'était impossible. Il... Il avait besoin de... D'avancer. Il avait besoin d'avancer. Quelque chose le terrorisait, quelque chose... de dangereux. Il n'avait pas de temps à perdre, non, chaque seconde était comptée, chaque seconde et il... Il devait fuir. Fuir à tout prix, peu importe le reste, la fatigue ou la souffrance. Il...

Kenny eut une inspiration aux allures de sanglot avant de se ressaisir. Il ferma les yeux, doucement, puis posa ses deux mains bien à plat sur le sol. Déglutir une dernière fois, se préparer à la torture du mouvement à venir. Il se traîna sur une courte distance dans un premier temps, ne parvenant pas à retenir le gémissement plaintif qui s'arracha à sa gorge tandis qu'il avançait. Le geste, en plus d'être pathétique, le laissa essoufflé et tremblant. Rien de glorieux, hein ? Et le danger qui rôdait toujours... Comment allait-il faire ?

Un éclat de rire presque fou le traversa. Un désespoir viscéral s'empara de lui, ébranlant son esprit dans un dernier élan de destruction. Kenny était impuissant. Kenny en était réduit à ramper pour fuir la terreur personnifiée, à se torturer pour éloigner l'échéance imminente de sa courte vie. Il passa une main tremblante sur son visage poisseux, couvert d'un liquide visqueux qui ne lui inspirait que du dégoût. Une pensée ridicule lui traversa alors l'esprit, arrachant un second rire à ses lèvres asséchées.

Il aurait vendu son âme pour une putain de douche.

Un son sur la droite le fit relever la tête. Il provenait de l'arrière d'une maison. Un pas. Des pas. Réguliers et rapides. On marchait à sa rencontre. Son cœur se broya sous l'angoisse tandis qu'une larme solitaire éclaircissait sa joue d'un sillon de propreté. Il se retint de trembler, se redressa à demi, chercha à se reculer à nouveau dans l'espoir naïf de ne pas être remarqué. C'était fini. Il allait crever avant d'avoir rien vécu, allait mourir sans comprendre pourquoi, sans but ni repère. Seul. Sa gorge se serra.

Un éclair d'irrévérence fondit sur ses certitudes. Kenny refusait de périr la tête basse, ployant sous la terreur. Kenny refusait de se laisser abattre avant d'être tué. Il se redressa, cachant par les crispations de sa mâchoire les soubresauts qui agitaient son cœur. Il était terrorisé, et pourtant, il était prêt. C'était un sentiment étrange, comme l'accomplissement d'une éternité d'attente. Son regard se posa sur le nouveau venu.

Ce n'était pas...

« Kenny... 
- Andrew ?! »

Son meilleur ami. Son frère. Là, devant lui. Ils échangèrent un regard, incrédules, perdus dans un désarroi qui s'inscrivit au fer rouge sur leurs visages. Andrew. Andrew était là, en chaire et en os. C'était...dingue. Inespéré, impossible sans doute, trop heureux pour être réel. Était-il devenu fou ? Avait-il finalement lâché prise ? S'était-il perdu dans un royaume de chimères à force d'errer dans les ténèbres ? Était-ce là la réalisation d'un ultime souhait avant la mort ? Il ne comprenait pas. Peut-être n'y avait-il rien à comprendre.

Ses yeux s'embuèrent de larmes, gorgées d'un soulagement presque violent. Au même instant, son ami posait genou à terre. Une seconde de latence. Kenny adressa à son ami un regard perdu, tremblant presque du soulagement qui l'étreignait. Était-ce possible ? Venait-on de lui rendre espoir ?

« Andr- »

L'étreinte lui coupa le souffle. Andrew le serrait soudain contre lui, fort, incroyablement fort, à lui en faire mal, avec la puissance des désespérés, avec la souffrance de ceux qui ont trop perdu. Andrew le serrait contre lui avec toute la violence d'une peine qu'il ne comprenait pas, tremblant d'une émotion qu'il ne lui connaissait pas. Le sanglot qui suivit le prit de court. Kenny avait conscience des maux de son meilleur ami mieux que des siens, savait surtout que celui-ci les cachait toujours au plus profond de son âme, savait qu'il les préférait à l'abri de tous pour mieux se protéger lui-même. Les larmes qui ruisselaient contre son épaule, les pleurs qui se heurtaient à son corps... Le mal-être de son frère lui arracha le cœur.

Sa gorge se noua tandis qu'il enserrait son compagnon de ses propres bras, ses yeux brûlants des sentiments qui ravageaient ses entrailles. Le geste était d'une simplicité étonnante, comme un vieux réflexe que l'on retrouve après trop d'années. Étrange. Il ne comprenait rien de ce que lui imposait cette journée, ne comprenait pas la détresse qui rongeait le corps pressé au sien, ne comprenait pas la douleur qui bouffait les épaules frappées d'un désespoir trop vieux pour leurs corps si jeunes. Kenny nageait dans un océan qui semblait aussi familier que lointain, un souvenir marquant corrodé par le temps. Peu importait, peut-être, tant qu'il pouvait tenir contre lui cet ami qui le chérissait tant.

C'était dégueulasse, sans doute, d'être heureux de cette tristesse. Tant pis. Ces pensées seraient cultivées dans l'intimité de son esprit, vouées à mourir sans avoir jamais été prononcées. Il n'avait plus envie de réfléchir. Il se sentait mieux, là, contre le corps d'un être adoré, certain de ne pas être rejeté. Le reste n'avait pas d'importance. Kenny avait la sensation d'avoir tout perdu, Kenny crevait de douleur et de fatigue, Kenny se sentait lourd d'une solitude millénaire. Kenny n'en pouvait plus et l'affection inconditionnelle qu'il lisait dans leur étreinte, la confiance immuable qu'il sentait dans les bras de cet ami lui faisait un bien tellement immense que des larmes inconnues brillèrent dans son regard noisette. Elles dévalèrent silencieusement ses joues crasseuses tandis qu'il enlaçait son frère avec une douceur lasse.


Finalement, Andrew se redressa. Leurs yeux se croisèrent à nouveau, comme pour la première fois. Il ne semblait pas le voir, pas vraiment du moins. Un cauchemar dans la nuit.

« Kenny c’est vraiment toi ? »

Un éclat de rire incrédule cacha le sanglot soulagé qui le surprit. Kenny lança un sourire dans une vaine tentative de paraître confiant.

« T'as trop bu à quel point pour pas me r'connaître ? Bien sûr que c'est moi, abruti... »

Le ton se fût voulu provoquant là où il n'était qu'affection. La moquerie s'envola dans les airs avec une légèreté rare, presque anormale dans ce contexte si étrange. Il laissa un nouvel éclair d'hilarité secouer ses épaules, fort du bonheur nouveau qui pulsait dans ses veines. Il avait la sensation d'être rentré, mais était-il seulement parti un jour ?

« Mais qu’est ce qui se passe ? »

Le sourire mourut sur ses lèvres, et Kenny papillonna des paupières à la recherche d'une réponse. Il avait oublié. Son estomac se noua aussi vite qu'il s'était détendu, ses mains tremblantes sous l'impression d'une mort imminente. Danger. Il y avait un danger et -

Mais quel danger ?

Le visage du garçon se marqua d'une incompréhension totale. Que... Il passa ses doigts dans sa chevelure maculée de produit visqueux, fixa d'un œil perdu l'ignoble liquide. Il... Qu'est-ce que... Sa tête se secoua d'elle-même dans une tentative d'éclaircir ses pensées. Il devait rester rationnel. Il y avait forcément une explication, pas vrai ? Il devait forcément se... se souvenir de...

Il releva un regard gorgé de désarroi vers son ami, cherchant sur son visage les réponses qu'il ne trouvait pas en lui-même.

« J-je... »

Un gouffre gigantesque venait de s'ouvrir sous ses pieds. Il ne savait pas. Il ne savait plus rien. Sa mémoire venait d'être engloutie par une bouche noire et vorace qui n'avait rien laissé derrière elle que les stigmates d'une terreur absolue.

« J-je ne comprends pas je... Je... »

Il lança un regard derrière lui, retraçant ses pas un milliard de fois dans son esprit. Et avant ? Où était-il, avant de s'échouer sur l'impitoyable bitume ? Où... Il secoua la tête, presque frénétiquement, dans un effort pour se souvenir, pour illuminer l'obscurité qui avait envahi ses pensées, pour noyer l'oubli, pour faire ressortir ce qui avait été sacrifié. Rien à faire. Il venait de fuir quelque chose, il en était pourtant persuadé... Kenny sentit une boule se nouer dans sa gorge tandis qu'il adressait un regard désespéré d'angoisse à son meilleur ami.

« Je sais pas Andrew je... »

Un silence. Une nouvelle larme dévala la joue meurtrie sans qu'il n'y prêtât attention.

« Je sais pas. »

Les mots sonnèrent comme une sentence. Absolue, immuable. Douloureuse.

Gouverné par les émotions qui le submergeaient, Kenny en oubliait presque la plaie infectée de sa jambe qui, rouverte par des escapades dont il ne se souvenait de rien, tâchait son bandage de fortune d'un rouge tout neuf.
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MessageSujet: Re: [Libre] - « A lost road will remember your footsteps »    Mer 28 Mar - 0:12

Comme il se sent bête lorsque Kenny répond à sa question en échappant un rire tremblant. C'est lui, bien sûr que c'est lui ! Ouvre les yeux Andrew ! Il est là, devant toi ! Il est de retour !! Le grand blond a encore du mal à y croire. Son air ahuri ne le quitte pas alors qu’il tente de rassembler ses idées, mais les connexions neuronales ont du mal à se faire. Kenny a raison, il n’aurait pas dû boire autant. Tout ça pour quitter cette soirée de la loose aussi tôt. Si seulement il avait su que Kenny reviendrait ce soir-là ! Surtout ne le lâche pas ! Oui, cette pensée le frappe soudainement avec toute l’angoisse qu’elle implique. L’idée que son meilleur ami puisse disparaître à nouveau, comme un mirage, un coup du destin qui lui aurait accordé quelques mots échangés mais rien de plus, ça le terrifie. Machinalement, sa main vient chercher le poignet du pauvre brun, et l’enserre comme pour s’assurer de ne pas le laisser filer, sous aucun prétexte.

En même temps, Kenny semble enfin réaliser l’étrangeté de la situation. Lui qui semblait si content et détaché de ces retrouvailles perd complètement ses repères. Il semble fouiller son esprit alors que son regard se fait vide un instant. La terreur qu’Andrew lit dans ces pupilles perdues lui serre le cœur. Il est bouleversé par la détresse de son ami. A nouveau, il sent les émotions le submerger dans une confusion des plus totales, frappé par l’impression que tout lui échappe.

Il ne supporte pas l’idée que quelqu’un ait pu faire du mal à Kenny. Andrew est secoué par une pulsion violente lorsqu’il songe à ce salaud de psychopathe qui lui a volé deux longues années d’une amitié profonde. Pendant un instant, il scrute les alentours d’un regard particulier et songe. Allez viens connard ! Viens nous chercher ! C’est un pur instinct qui lui fait espérer la confrontation. Il est traversé par un fantasme entre deux battements de cœur rapides. Il se voit lui arracher les yeux, le mordre jusqu’au sang, l’entendre hurler de douleur, lui briser les os en frappant d’une rage sans limite. Une rage libératrice qui lui apporte grande satisfaction et soulagement.

Ça ne dure qu’un instant pourtant, parce que Kenny se détourne de l’angoissante obscurité et adresse un air débordant d’angoisse au jeune Dean. Alors Andrew est soudainement infiniment reconnaissant. Il se sent capable de lever les mains au ciel et de remercier le destin pour le reste de la nuit toute entière. Enfin ! L’attente insupportable prend fin. L’angoisse de ne pas savoir est finie. Est-ce qu’il est mort ? Est-ce qu’il vit ? Est-ce qu’il souffre ? Est-ce qu’il va bien ? Que fait-il ? Ou est-il ? A quoi pense-t-il ? Parfois Andrew a levé les yeux au ciel en espérant secrètement que son frère de cœur regardait les mêmes étoiles que lui au même moment. C’était la seule façon qu’il avait trouvé de se sentir encore proche de lui. Dieu, merci ! Merci d’avoir rendu Kenny ! Il le crie si fort dans sa tête que pour toute réponse à la larme qui coule sur les joues sales du fils Holland, Andrew échappe un sourire soulagé. « Ok, c’est pas grave. Ça va aller maintenant. » Il se sent si heureux, soulagé, libéré, d’avoir retrouvé celui qui lui manquait tant. Plus rien n’a d’importance mise à part cette présence indispensable. Alors il s’efforce de rassurer son ami. D’un geste plus assuré, il le prend dans ses bras pour le réconforter, et le contact lui fait l’effet d’un second souffle.

« Je ne laisserai plus rien t’arriver. » Andrew lui promet tout bas, comme pour sceller un serment solennel dont seuls eux deux et les forces mystiques auraient connaissance. Le blond se le jure, à la vie à la mort. Il n’y survivra pas s’il doit encore subir une perte pareille. Il le sait sans pouvoir l’expliquer. Ça le détruirait, une bonne fois pour toutes. Combien de fois est-ce qu’il s’est senti écrasé par le poids du deuil en croyant son frère mort pour de bon ? L’effet de solitude était alors si intense qu’il avait rendu toute forme de réconfort superflue. Andrew s’était senti si seul qu’il en avait pleuré des nuits entières. Lorsqu’on avait retrouvé le corps d’Amelia Pike, il en avait prié pour que Kenny n’ait pas connu pareilles souffrances. Son désespoir avait alors été à peine supportable.

A ce souvenir pénible, la crainte de perdre à nouveau son plus proche ami la frappe de plein fouet. Plus jamais ça. Andrew ne peut pas laisser une chose pareille arriver encore. Kenny ne se souvient pas comment il a réussi à s’échapper – probablement le résultat d’un sévère état de choc. Cependant, l’idée que le psychopathe qui l’a enlevé puisse être un habitant d’Aster Cove et puisse encore traîner dans le coin l’inquiète soudainement. Maintenant que la colère est retombée, il ne subsiste plus que l’éventualité de voir ce monstre réapparaître pour reprendre sa proie. Il faut fuir, le danger n’est pas loin. En plus de ce brillant constat, Andrew porte enfin un intérêt à l’état général de son meilleur ami. S’il avait pu seulement se douter que la chose rampante du départ était son ami, il aurait commencé par appeler à l’aide. « Avant tout, il faut que tu voies un médecin. » Le grand blond finit par faire remarquer dans un élan de lucidité. Il a la tête qui tourne, mais la vue du sang de Kenny le pousse à la concentration. Allez Andrew, focus, tu peux gérer ça. La petite voix dans sa tête continue de le guider. « On devrait aller à la clinique. Là-bas on pourra appeler chez toi. » Il n’est pas certain que la mère de Kenny n’ait pas simplement oublié son fils depuis le temps. Alors il ne rajoute rien à ce sujet.

« Est-ce que tu peux te lever ? » Le jeune Dean demande en se redressant à moitié tout en lui tendant une main. « Putin Kenny, on m’a volé mes clés de voiture tout à l’heure, si je retrouve celui qui a fait ça demain, je te jure que je lui fais bouffer ! » Andrew s'exclame sur un ton d'exaspération profonde parce qu’il n’y avait pas pire moment pour finir la soirée à pied. Il est vraiment en colère, mais quelque part, la situation lui semble si surréelle par son enchaînement d’inattendu que ce coup du sort lui semble aussi cocasse, presque normal. « Allez tu peux pas rester ici dans cet état. »  Il encourage son frère, bien décidé à ne pas le laisser seul ne serait-ce qu’une seconde, même pour aller frapper à la porte la plus proche. Andrew hésite à appeler à l’aide. Dans cette petite ville paumée, on attire plus vite les ennuis que de l’aide lorsqu’on hurle dans la rue à minuit passé. Et si jamais le psychopathe les cherche, quelque part dans les petites rues ? Il sera le premier sur eux, avant que quelqu’un d’autre ne daigne sortir de son lit pour jeter un coup d’œil mal réveillé par sa fenêtre. Stupide ville. Mais Andrew n’a ni le temps ni la force de pester plus longtemps. Il mobilise toutes ses forces et sa concentration pour rester debout et venir en aide à son meilleur ami sans s’écrouler lui aussi. Il l’encourage à passer un bras par-dessus son épaule pour pouvoir l’aider à se soulever malgré l’instabilité du sol sous ses pieds. Le duo de choc est de retour !
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MessageSujet: Re: [Libre] - « A lost road will remember your footsteps »    Sam 31 Mar - 23:21

J’avais voulu faire la maline en m’inscrustant à la grande fête annuelle organisée par les Jumeaux. C’était une institution lorsqu’ils étaient au lycée mais, apparemment, ils n’avaient pas vraiment intégré le fait qu’ils avaient quitté les bancs de l’école à présent. Si Braden avait bien entendu été invité, bizarrement, ils avaient du oublier de me prévenir car tout le monde évitait d’évoquer le sujet devant moi. Ils me prenaient vraiment pour une idiote ? Merci les cousins, vraiment sympa, ca fait plaisir.

Par pur esprit de contradiction, j’avais donc décidé d’accompagner Braden et en plus, de mettre la tenue qui avait fait grincer des dents les jumeaux lorsqu’ils m’avaient vu avec au Diner quelques semaines plus tôt. J’avais décidé de laisser paraitre ma Sandy intérieure, mais plutôt celle de la fin du film avec un pantalon en cuir moulant et une chemise nouée. Braden s’était contenté de pousser un profond soupir. Il avait fini par s’habituer à mes ‘provocations’ comme il disait. Il préférait ne pas me braquer et pouvoir me garder à l’œil. Soi-disant que je m’attirerais moins d’ennuis comme ça.

Il était déjà 23 heures et la fête battait déjà son plein lorsque Braden et moi étions arrivés. Je soupconnait Braden d’avoir retardé exprès l’heure du départ pour me décourager ou espérer que ses parents nous en empêchent. Mais, j’étais toujours aussi motivée. Graviter avec ceux qui avaient été le haut du panier de la société lycéenne il y a quelques années était plutôt intéressant. Pour la plupart, ils ne semblaient pas avoir tellement changé depuis le lycée. Tout le monde faisait toute une affaire de la graduation mais cela ne semblait pas avoir tellement d’importance quand on voyait ça. Braden s’était renfrogné à mon côté. Je ne comprenais pas vraiment pourquoi avant de voir les regards insistants de deux anciens coéquipiers d’équipe de foot d’Evan. Bon, le pantalon n’était peut-être pas la meilleure des idées finalement. Il y avait du monde partout et c’était difficile de circuler. Ils étaient tous déjà bien alcoolisés et je ne voyais pas les jumeaux. Braden n’avait pas l’air pressé d’aller à leur rencontre, préférant échanger des poignées de main avec tout le monde. C’était vraiment le golden boy d’Aster Cove. Il était impossible de ne pas l’aimer tant son charisme suintait de tous les pores de sa peau. Même parmi les étudiantes, je pouvais voir les filles se pâmer devant son sourire. C’était hilarant de le regarder totalement imperméable aux tentatives de séduction. Il allait en briser des cœurs ! Je ne pouvais masquer mon sourire moqueur tandis qu’il me fusillait du regard. Je me retenais de lui tirer la langue en un geste puéril lorsque les Jumeaux se rendirent compte de ma présence avant de fondre sur nous tels deux anges vengeurs. Ils n’étaient pas contents, pas contents du tout.

« Riv mais qu’est ce que tu fiches ici ? » « Et c’est quoi cette tenue ? »

Je l’avais senti venir mais ça n’en restait pas moins vexant. Je savais qu’ils jouaient juste les grands frères protecteurs. Ils l’avaient toujours fait. Ils ne se rendaient pas compte qu’avoir six gardes du corps surprotecteurs, cela pouvait être épuisant.

« Je suis majeure. Je vais où ça me chante et je m’habille comme je veux. Et il faudrait vraiment que vous vous y fassiez. »

Ce ne serait malheureusement pas pour aujourd’hui. Ils étaient en train de se disputer et de reprocher à Braden de m’avoir emmenée. Alors qu’il tentait de leur expliquer qu’on ne pouvait pas me mettre sous cloche, je me rendais compte qu’ils ne faisaient plus du tout attention à moi. Leur petite scène avait attiré une attention malvenue et je ne me sentais plus d’humeur à faire la fête. Attrapant par le bras la copine du moment d’un de mes cousins, je lui expliquais que j’allais rentrer et de l’expliquer à mes cousins quand ils auraient fini leur cirque.

Marcher dehors me ferait du bien et, sur le coup, je ne pensais même pas à toutes les disparitions et aux risques que je courrais à me balader seule la nuit. J’en entendrais bien assez parler dès le lendemain.

Je traversais trois ruelles et deux patés de maison à vive allure pour canaliser ma frustration. J’avais juste envie de retrouver Ange ou Aaron. Eux au moins m’acceptait comme j’étais, sans chercher à me contrôler ou à m’imposer la façon dont je devais me comporter. Mais je ne pense pas qu’Ange apprécierait que je la réveille à minuit passé. Aaron serait peut être plus réceptif…

Alors que j’hésitais entre la droite (mon ancien quartier et la maison des Burnham) et la gauche (pour retourner chez Braden), des bruits de pas maladroits et des voix résonnèrent dans la nuit. Bon. Ce n’était pas trop rassurant. Je prenais soudainement conscience que je me baladais la nuit dans une ville rendue célèbre par ses disparitions. C’est donc avec précaution que je prenais la direction gauche, misant sur la sécurité offerte par les divers arbres plantés le long du trottoir. Cela me permettait de ne pas trop être exposée… Jusqu’à ce que la lueur d’un réverbère révèle la présence d’Andrew Dean qui semblait trainer un autre jeune homme qui semblait en bien mauvaise posture. Bon, Dean n’était à ma connaissance pas un psycopathe, il devait donc avoir besoin d’aide. Je sortais donc du couvert de l’arbre pour me diriger vers eux. Ce n’est qu’une fois à devant eux que je reconnaissais l’autre jeune homme.

« Nom de Dieu ! Kenny ? »

Oui, oui, j’avais juré. Mais bon, je n’étais plus à ça près ci ? Il faut dire que je ne m’attendais pas à revoir le jeune homme. Suite à sa disparition, beaucoup avaient pensé qu’il avait juste mit les voiles. A voir son état, mon cœur se serra. Il semblait sortir tout droit de l’Enfer.  Je jetais un regard paniqué à Andrew, incertaine sur ce que je devais faire. Attrapant l’autre bras de Kenny, je mettais à mon tour toute ma force dans l’entreprise de le soulever tout en tâchant de ne pas lui faire mal dans l’opération.

« Ca va aller ? »

La question pouvait s’adresser autant à l’un qu’à l’autre. Je me sentais dépassée par la situation mais prête à faire tout ce qu’il faudrait pour aider. Il fallait juste que j’arrive à déterminer comment.
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MessageSujet: Re: [Libre] - « A lost road will remember your footsteps »    Mer 30 Mai - 12:21



A lost road will remember your footsteps
Kenny Holland

« Mist to mist, drops to drops. For water thou art, and unto water shalt thou return. »
Andrew avait l'air soulagé et heureux, si heureux qu'un instant Kenny oublia toute la gravité de leur situation. Un instant, ils n'étaient plus deux idiots perdus dans les rues froides d'une petite ville paumée, l'un blessé l'autre bourré. Un instant, il n'y avait plus de raison d'avoir peur. C'était idiot, idiot et primitif, mais une part de lui - celle qui n'avait jamais vraiment grandi, celle qui était encore un enfant gorgé de rêves – trouvait dans ce sourire une consolation salvatrice.

« Ok, c’est pas grave. Ça va aller maintenant. »

C'était fou d'y croire. Ils étaient isolés, poursuivis peut-être, incapables de se défendre en cas de problème, et le seul qui pouvait les y préparer ne se souvenait même pas de ce dont il s'agissait. Ils étaient des gosses, au final, et rien de ce qu'ils faisaient ne les aiderait vraiment ce soir. Cette nuit. Quelle heure était-il, d'ailleurs ?

La confusion marqua les traits du garçon tandis qu'il lançait un énième regard derrière lui, cherchant bêtement dans la pénombre une réponse à ses questions. Il ne comprenait pas. Il ne comprenait rien. Cette situation était complètement irréaliste, impossible. On ne perdait pas tout simplement des morceaux de sa mémoire. On ne finissait pas dans un état aussi lamentable sans s'en souvenir. Sa main courut jusqu'à ses cheveux en quête d'une plaie éventuelle. Avait-il pris un mauvais coup ? Cela expliquerait au moins en partie son état... Peut-être avait-il été tabassé dans une ruelle ? Un choc au crâne, une vilaine chute. Commotion cérébrale.

Mais sa main ne rencontra rien, et Kenny fronça davantage les sourcils. Que se passait-il, bon sang ?! Il ne... Il n'arrivait pas à mettre le doigt sur ce qui n'allait pas, sur ce qui clochait, sur ce qui faisait qu'il avait la sensation de rêver quand c'était tout l'inverse. Il avait trop mal pour ne pas être dans la réalité. C'était juste... C'était juste tellement étrange... Il se sentait perdu.

La voix de son meilleur ami l'interrompit dans ses sombres pensées :

« Je ne laisserai plus rien t’arriver. »

Un éclat de rire lui échappa. Il envoya un regard amusé à son interlocuteur, secouant la tête d'un air incrédule.

« Sérieux 'Drew ? Tu m'as pris pour quoi, une princesse Disney ? J'en ai vu d'autres, mec, t'en fais pas. Le jour où tu devras m'porter comme une d'moiselle en détresse n'est pas près d'arriver. »

Kenny parlait en partie parce qu'il était indigné d'être considéré comme une chose à protéger, en partie pour rassurer cet ami qu'il sentait terrorisé. Bizarre, ça aussi. Andrew l'aimait, autant que l'inverse, mais il n'avait jamais été du genre surprotecteur. Les deux jeunes hommes étaient plutôt du genre à s'embarquer mutuellement dans une variété de galères, à s'amuser de leurs conneries d'enfants et à les réitérer en pire. Ce soir... Ce soir, son ami était effrayé par les ombres d'une ville qu'il connaissait pourtant par cœur. Et il n'avait pas peur pour lui-même. Ce constat noua sa gorge et un soupir chargé d'émotion lui échappa tandis qu'il baissait les yeux, honteux d'une faiblesse dont il ne se souvenait plus de la cause. Quel bordel...

Quelques secondes plus tard, Andrew se redressa, animé d'une détermination nouvelle, fort d'une proposition si évidente qu'un éclat de rire secoua ses épaules. Oui, effectivement, voir un docteur semblait être une idée lumineuse. Sa jambe le lançait prodigieusement, et son corps tout entier menaçait de l'emporter dans un océan de ténèbres. Kenny ne se faisait aucune illusion : c'était l'hôpital ou la mort. Cette réalisation le glaça, et il hocha la tête sans attendre.

« On devrait aller à la clinique. Là-bas on pourra appeler chez toi. »

Le jeune homme laissa son frère de cœur l'aider à se redresser, chancelant sur des jambes qui refusaient de le soutenir. Aux paroles qui lui furent adressées, il ne répondit que par un éclat de rire, bref et incisif. Amer.

« Parce qu'on a remarqué mon absence, chez moi ? »

C'eut été une première. Chez les Holland, on n'en avait pas grand chose à faire des enfants. Son frère tout comme lui avaient été seuls durant la majeure partie de leur vie, l'ombre d'une mère en guise de modèle. Et les choses n'étaient pas allées en s'améliorant. Son aîné ayant quitté le foyer familial, il ne restait désormais que sa droguée de maternelle pour constater ses absences. Ce n'était pas en quelques heures qu'elle aurait pu percuter. À cette idée, il secoua la tête, réprobateur.

« T'inquiète, j'rentrerai tout seul une fois r'mis en place. Ma mère aura même pas tilt. Tu la connais. »

Un soupir las échappa à ses lèvres. Une part de lui crevait d'apprendre le contraire, qu'on lui raconte les larmes de la femme qui l'avait enfanté, qu'on témoigne d'un amour sur lequel il avait fait une croix depuis trop longtemps. Mais cela n'arrivait jamais. Il se redressa donc du mieux qu'il pu et, acceptant l'épaule de son meilleur ami comme support, tenta de s'avancer de quelques pas. L'effet fut immédiat : un éclat de douleur se répandit depuis sa jambe dans le reste de ses membres, enveloppant jusqu'à son échine dans un brasier de souffrance qui lui arracha un grognement sourd.

« Putain... »

Il se força à respirer. Doucement. Longuement. Bloquer la douleur. Serrer les dents contre la torture que lui imposait sa blessure. C'était un cauchemar. Le moindre mouvement lui coûtait plus de force qu'il ne lui en restait. Ses genoux fléchissaient à chaque enjambée, menaçant de propulser les deux jeunes hommes dans une chute qui ferait plus mal encore. Après quelques mètres, Kenny n'en pouvait déjà plus. La honte. Il ne savait pas qui lui avait fait ça, mais c'était un bel enfoiré. Un nouveau juron lui échappa tandis qu'il se rendait compte que la majorité de son poids était appuyée sur son ami. Pauvre Andrew... Tenir de bout dans son état était déjà un petit miracle en soi, alors le traîner avec lui...

« Désolé... »

Serrant les dents de plus belle, il se força à esquisser de nouveaux pas. Son regard se cloua au bout de la rue, son objectif du moment, dans un effort pour rester concentré. Le silence tomba. Kenny venait de focaliser toutes ses forces sur ce but, si simple, qui pourtant lui semblait insurmontable. Sa respiration sifflante s'essoufflait à mesure qu'ils effectuaient ensemble la pénible avancée, une frustration croissante dévorant ses entrailles. Tout le faisait chier, tout l'irritait. C'était injuste, dégueulasse même, de le faire ainsi souffrir alors qu'il était déjà en mauvaise posture. Il n'avait pas besoin de ça. Il n'avait pas envie d'être ainsi humilié par un corps dont il tentait pourtant de prendre soin.

Comme souvent, ce fut dans sa colère que Kenny puisa la force d'avancer. Comme souvent, cela fonctionna. Il y avait dans cette émotion une puissance dont il n'avait jamais sous-estimé les effets. Elle était sa compagne depuis longtemps maintenant, alliée inconditionnelle d'un monde répugnant sur lequel il n'avait de cesse de cracher. Il lui devait beaucoup de choses, aussi. Une de plus aujourd'hui.

Malheureusement pour lui, la rage avait elle aussi ses limites, et rien ne pouvait semblait-il lutter contre la violence de ses maux. Ceux-ci gangrenaient progressivement tout son corps, effaçant tout le reste. Il n'eut bientôt plus aucun répit, aucune échappatoire. Les derniers mètres se muèrent bien vite en supplice. Il avait besoin d'une pause. C'était vital.

« Tu t'souviens, quand je t'ai dit que tu m'porterai pas comme une princesse... J'crois qu'j'ai changé d'avis... »

Un nouveau rire. Il prit une seconde pour s'allonger dans l'herbe.

« Fais chier, hein ? »

Inspirer. Expirer. Fermer les yeux quelques secondes, les rouvrir. Kenny puisait en lui les dernières forces dont il disposait. Il n'avait pas le choix, de toute manière. Peu importe à quel point ses membres le suppliaient d'arrêter, il n'avait pas d'autre moyen d'atteindre la clinique qu'en marchant. Demander de l'aide aux passants ne servirait à rien. C'était pas dans cette ville qu'on trouvait de l'aide passé vingt-trois heures. Tendant la main à son compagnon d'infortune, il se redressa en un grognement.

Les minutes suivantes furent à l'image du début de leur trajet : un putain de calvaire. Kenny regrettait sincèrement de ne pas avoir un pouvoir quelconque qui pourrait leur servir à se téléporter. Il aurait vendu son âme pour un trajet éclair jusqu'au médecin.

Lorsqu'une silhouette se dessina à l'horizon, le jeune homme crut d'abord à un mirage. Son esprit devait lui jouer des tours, une fois de plus, lui faire voir une aide à laquelle il n'aurait jamais droit pour lui redonner espoir. Ce n'était pas possible. Il n'y avait personne dans les rues d'Aster Cove le soir. Pourtant, faisant fi des habitudes, les pas continuaient de résonner contre le bitume. Kenny dut bientôt se rendre à l'évidence : quelqu'un arrivait bel et bien vers eux. Sa silhouette se dessinait un peu plus à chaque seconde et, s'il ne pouvait nier en avoir eu peur un instant, le jeune homme fut bientôt curieux de savoir à qui il avait affaire.

Une fille, s'avéra-t-il. Une fille sacrément jolie, d'ailleurs. N'eut-il pas été perdu dans un océan de confusion et de douleur, le garçon eut sans doute pris le temps de la reluquer. Elle avait l'air du genre à en jouer, en plus. Mais pour l'heure il ne pouvait se concentrer que sur un espoir, absolu, profond : celui qu'elle ait une voiture avec laquelle partir loin et vite. C'était son seul désir.

« Nom de Dieu ! Kenny ? »

Cette voix... Impossible. Son regard s'écarquilla sous la surprise, sa bouche s'ouvrant en un o parfait tandis que ses pensées s'arrêtaient un instant. Cette fille, là, c'était...

« River ?! »

River. Si différente qu'il ne l'avait pas reconnue. Comme changée, transformée par quelque chose qu'il n'avait jamais su. Kenny laissa un éclat de rire incrédule lui échapper, ses yeux fixés sur cette jeune femme qu'il peinait à identifier.

« T'es déguisée pour Halloween ou quoi ? »

Une part de lui savait que c'était faux. Une part de lui se souvenait qu'elle avait osé jurer, profaner le nom d'un Dieu qu'elle vénérait d'ordinaire. Une confusion grandissante s'empara de son cœur, enserrant sa poitrine dans un étau de crainte. Les dernières heures étaient floues, trop floues, et l'empêchaient de comprendre. Ce n'était que cela. Ça ne pouvait être plus... Pas vrai ?

Secouant la tête, il revint sur terre lorsqu'elle saisit son bras pour l'enrouler autour de ses épaules. Le soutien le soulagea immédiatement, aussi humiliant fut-il. Se faire traîner par une fille... Quel homme ! La fatigue qui l'étreignait l'empêcha toutefois de se plaindre. Il accepta sans broncher l'aide offerte, trop endolori pour la refuser. S'il était tout à fait franc avec lui-même, qu'on veuille prendre soin de lui lui faisait du bien. C'était débile, complètement con même, mais il avait l'impression d'avoir été touché pour la dernière fois il y avait des années de cela. Son corps réclamait ce contact autant que des bandages pour ses plaies.

T'es qu'un faible, Kenny.

Il fronça les sourcils et serra les dents. Cette pensée lui venait de nulle part et était repartie aussi vite qu'elle était arrivée, semblable à un fantôme. Il n'y prêta pas attention, blâmant la fatigue et l'instabilité émotionnelle, et avança.

« Ca va aller ?
- Euh... Ouais, ouais... »

La vérité, c'était qu'il n'en avait aucune idée. Il était éreinté, effrayé, souffrant et amnésique en plus du reste, ne savait pas du tout évaluer la gravité de sa blessure et n'avait pas conscience de la distance qui les séparait de l'hôpital. Un soupir s'échappa entre ses dents serrées. Le trajet lui semblait soudain insurmontable.

« T'as pas de voiture, je suppose ? »

Non, bien sûr que non. Elle était trop jeune pour avoir le permis. Kenny secoua la tête, frustré par son propre manque de discernement et par l'espoir qu'il venait de décevoir tout seul. Abruti. Grognant doucement, il entama un autre pas. Ses pensées, elles, tournaient en boucle : il voulait du repos. Tout son corps le suppliait, et il n'avait plus le cœur de s'y refuser.

« Tes cousins ? Ils sont loin ? »

Sa voix se brisa sur l'écueil d'une terrible frustration. Il n'y pouvait rien : un désir illusoire et douloureux s'était niché au creux de ses entrailles. Hors de question de se l'arracher sans avoir vérifié qu'il était impossible de l'assouvir. Une voiture, n'importe laquelle, voilà qui était devenu son plus grand fantasme. Pouvoir s'asseoir et juste attendre les secours qui viendraient . S'évanouir, peut-être. Kenny n'en était pas loin, il le savait.

Un nouveau soupir lui échappa.

« Et puis merde, vous avez pas une clope ? »

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MessageSujet: Re: [Libre] - « A lost road will remember your footsteps »    Lun 2 Juil - 3:00

Le sarcasme avec lequel répond Kenny n'est pas nouveau. En temps normal, il aurait même arraché un petit sourire à Andrew, ravi de retrouver cette forte tête qui lui a tant manqué. Cette fois cependant, il se contente de hausser les épaules avec un léger regret dans le regard. Malgré l'alcool qui altère son sens de la logique, l'idée que Kenny puisse minimiser son état pour le rassurer fait rapidement son chemin. L'état de sa jambe est tout particulièrement inquiétant. Alors Andrew joue le jeu et n'en rajoute pas. Mais au fond, en secret, il proteste et hurle au désespoir. Que quelqu'un fasse quelque chose ! Le destin est trop cruel de lui rendre son frère agonisant dans un moment comme celui-là. Le jeune Dean se sent plus qu'impuissant. Il est dépassé et il déteste ça.

S'il ne trouve pas une solution rapidement, il ne se le pardonnera jamais. Prisonnier de ce moment irréaliste, il revivra chaque seconde en se répétant "et si...". Déjà il se sent assailli par une colère sourde dirigée contre lui-même. Idiot ! Quelle idée de se saouler pour rien à cette soirée infernale. Quel incapable ! Même pas fichu d'aider celui qu'il considère pourtant comme un frère... Accablé, il choisit finalement de se relever et convainc Kenny de le laisser l'aider. Non, il ne sera pas un looser jusqu'au bout ce soir !

Animé d'une force nouvelle, bien décidé à donner tort au destin, Andrew fixe un nouvel objectif : la clinique la plus proche. Dieu merci, il a encore assez de neurones pour se rappeler du chemin le plus court. Voilà au moins un avantage à traîner dans les rues au lieu de réviser comme un acharné. Il ne relève pas la nouvelle dose de sarcasme que lui sert Kenny au sujet de sa mère. Andrew sait que trop bien comme le sujet peut être explosif. Malgré tout, après avoir passé autant de temps en plein cauchemar, la réponse du jeune brun serre le cœur du blond. Il aurait aimé une meilleure famille pour lui. Il en a déjà beaucoup trop bavé alors qu'ils ne sont que de jeunes enfants. La vie est ainsi faite, injuste, mais ensemble, les deux garçons y tracent leur route à leur manière, animés par l'arrogance des rêveurs.

Malheureusement pour eux, ils ont à peine fait quelques mètres que la réalité les rattrape vite. En ce soir funeste, le destin a visiblement décidé de jouer contre eux. Kenny ne peut plus masquer la douleur qui le tiraille derrière un beau sourire. Le supplice lui arrache des grimaces qui déforment son visage et le désespoir fatigué se devine aisément dans les insultes qui lui échappent. A chaque pas, sa douleur semble se faire plus grande. Andrew se noie dans le désespoir de l'impuissant. Il ne s'est jamais senti plus inutile et ressent la douleur de son meilleur ami comme s'il était lui-même blessé. Le supplice est interminable.

Lorsque Kenny déclare forfait et réclame une pause en s'allongeant dans l'herbe, Andrew est dépassé par la consternation. Il retient de nouvelles larmes, furieux de se sentir aussi inutile. Il ne trouve même pas le cœur à faire semblant de rire à la blague légère de son ami. Il voudrait le rassurer, l'encourager, trouver les mots justes pour le soulager ne serait-ce qu'un peu. Mais le remords de ne pas pouvoir en faire plus pour Kenny le fige dans l'incapacité d'agir. Immobile et silencieux, il se contente de subir la souffrance de son meilleur ami jusqu'à ce que celui-ci se décide à repartir.

A chaque pas, Andrew s'effondre un peu plus sur lui-même. C'est à se demander qui tire l'autre vers l'avant. Il fait de son mieux pourtant, s'efforçant de mettre un pied devant l'autre sans chanceler pour ne pas provoquer plus de souffrance que Kenny n'en subit déjà. L'angoisse de perdre son meilleur ami lui retourne l'estomac cependant. La moindre avancée lui coûte davantage que la précédente. Il a la tête qui tourne, dangereusement. La détestable impression que le sol se dérobe sous ses pieds le guette. Il est proche du malaise. A ce rythme, ils foncent tous les deux dans le mur. Alors le grand blond s'efforce d'inspirer l'air frais de la nuit et fixe le sol avec obstination. Ça va le faire. Ça va le faire.

Dieu merci, le destin a soudainement pitié d'eux et envoie une messagère de l'espoir ! La voix de River tire Andrew de sa torpeur cauchemardesque. Arraché soudainement à ses pensées les plus sombres dirigées vers un échec éventuel, il n'a pas vu la jeune fille venir. Par chance, elle semble comprendre aussitôt la gravité de la situation et s'empresse de servir d'appui à son tour. C'est un véritable soulagement pour les deux garçons. Alors que Kenny joue encore le rôle du grand caïd, Andrew casse l'ambiance aussitôt : "Faut aller à l'hôpital." Il ne parle pas davantage, sous peine de vomir tout ce qu'il a dans l'estomac. Concentré sur la conversation qui se fait entre Kenny et River, il se dissuade de faiblir complètement et reste silencieux et mortifié, accroché à Kenny jusqu'à ce que ça passe.

La dernière demande du grand brun sert de déclic. Projeté dans une impression de déjà-vu, Andrew visualise soudainement toutes les scènes de films où cette phrase est prononcé par celui qui voit la mort. Kenny vient de demander la cigarette du condamné. Une dernière pour la route, comme on dit. La gravité et l'urgence de la situation frappent Andrew de plein fouet et ont l'effet d'une douche glaciale. "Attend là." Il prononce d'une voix à peine audible et rend son bras à Kenny avec douceur, pour s'assurer qu'il ne va pas s'effondrer.

L'instant suivant, le jeune Dean se jette contre la porte la plus proche. Il frappe, hurle et fracasse la sonnette avec toutes les forces qui lui restent. "EEEEEEEEEEEEEEEEEEEH ! ON A BESOIN D'AIDE ! S'IL VOUS PLAIT ! S'IL VOUS PLAIIIIIIIT !" Qui aurait cru le voir un jour dans cet état, lui qui se serait d'ordinaire plutôt laissé mourir que de demander de l'aide à qui que ce soit. Seulement il ne s'agit aujourd'hui pas de lui. Pour une fois enfin, Andrew tient à quelqu'un plus qu'à lui-même. Et le temps joue contre lui. A chaque seconde qui passe, il sent que Kenny menace de lui glisser entre les doigts. Alors submergé par un trop plein d'émotions, il joue le tout pour le tout.

"S'IL VOUS PLAIT, C'EST URGENT !!" Il tambourine encore, décidé à ne jamais lâcher l'affaire. Il aurait pu chercher à enfoncer la porte si enfin elle ne s'était pas ouverte devant un homme à moitié réveillé, posant un regard à la fois méfiant et inquiet à la fois. "S'il vous plait il faut absolument nous emmener à l'hôpital en voiture, c'est vraiment hyper urgent, on peut pas y aller à pied !" Andrew se met à parler très vite d'une voix tremblante qui trahit aisément son manque total de contrôle. Pourtant, il reste étonnamment lucide, accroché avec obstination à son idée de voiture. "Tenez, prenez ça et emmenez nous. On s'en fout de votre pyjama, il faut partir maintenant !" Il met le contenu de son porte-feuille dans les mains du pauvre homme assailli et l'attrape par le col pour le secouer et le tirer tout à fait des bras de Morphée. "ALLEZ !!" Le grand blond perd patience et l'homme agressé émerge tout à fait. Il prend conscience des billets qui ont été glissé dans ses doigts et finalement il va chercher ses clés.

Victorieux, Andrew lance un regard qu'il n'a jamais eu à Kenny. Un regard lourd de sens, qui n'a pas besoin de mots, et qui veut dire "si tu meurs, je t'te fracasse en enfer."
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MessageSujet: Re: [Libre] - « A lost road will remember your footsteps »    Lun 2 Juil - 15:59


A lost road will remember your footsteps
Andrew, River & Kenny

Tes parents te faisaient bien trop confiance. Même toi le savais, et tu en profitais énormément, ingrat que tu étais ! Les Alessandro n'avaient sûrement pas mérité le fils que tu étais. Leur laxisme cependant aura causé la perte de leur enfant... Ce soir-là comme à ton habitude, tu avais quitté le domicile familial afin de préparer tes affaires d'échanges illicites près du lycée. Tes produits ne te tombaient malheureusement pas du ciel, et tu devais les chercher en personne chez tes fournisseurs. Vous y gagniez au final tous dans cette histoire, et les profits étaient plutôt bons ! Tes parents n'étaient même pas un problème. Ils te laissaient volontiers sortir de la maison et parfois même prendre leur voiture. Après tout, tu semblais être un garçon tout à fait raisonnable ! Tes notes n'avaient jamais chuté depuis ton redoublement, et tu étais voué à une superbe université... Les Alessandro faisaient passer cette gentillesse pour de la reconnaissance face à ton travail. Tu savais cependant pertinemment qu'il s'agissait là d'une grosse hypocrisie ! Ils ne souhaitaient simplement pas se prendre la tête, et acceptaient ainsi n'importe quoi...

Tu avais pris le chemin de nuit, et à pied. D'après toi, tu n'avais que peu de soucis à te faire dans les rues de ta ville. Les gens te connaissaient, les plus mauvaises compagnies aussi... Tu devais avoir quelques relations un peu partout à travers les lieux malfamés d'Aster Cove, aussi semblais-tu posséder une certaine immunité aux agressions nocturnes -du moins c'est ce que tu pensais-. Tu connaissais la route par coeur, et n'avais pas besoin de prendre la voiture de tes parents. Généralement, seules une dizaine de minutes te suffisaient afin de te rendre sur le lieu de rendez-vous hebdomadaire, suivie de dix autres minutes afin de procéder à l'échange... Tu te permettais souvent d'en apprendre plus sur le métier, discuter de même des potins de la ville. Il semblait important pour toi de comprendre ce qui se tramait dans cette merde dans laquelle tu étais né ! Après tout, tu ne détestais pas foncièrement Aster Cove, seuls les derniers événements avaient eu un effet plutôt négatif sur ton humeur... Tu n'en pouvais plus de ces fous, de cette peur ambiante et inutile... Ta ville était devenue le théâtre de malades et d'illuminés venus mettre Aster Cove à feu et à sang ! Tu tentais tant bien que mal de continuer ta petite vie de roi, jouant l'imbécile dans ton établissement scolaire, sortant faire la fête la nuit et gagnant de l'argent par toi-même... Seulement cette vie semblait se ternir peu à peu. Tu avais déjà pu l'entrevoir avec la disparition de Kenny Holland...

Ce fut sur ta route nocturne que tu entendis des cris. Des appels à l'aide, à vrai dire. Oh, tu avais pour habitude d'écouter les petites conversations un petit peu partout, aussi avais-tu déjà repéré un groupe de trois personnes un peu plus loin. Tu n'avais pas vraiment fait attention à eux jusqu'à entendre clairement leurs plaintes. L'un d'eux s'était jeté à la porte d'une maison, frappant de toutes ses forces en hurlant... Comme à ton habitude, tu n'avais premièrement pas pris au sérieux le petit groupe. Après tout, Aster Cove était peuplé de fous... Tu t'étais simplement approché d'eux, allumant une cigarette afin de faire évacuer un stresse dont tu ne souhaitais pas faire face. Ta marche était assez lente, silencieuse et prudente. Tu t'approchas plus particulièrement de l'individu à terre. C'était vraisemblablement le centre des appels à l'aide... Tes yeux s'étaient peu à peu habitué à leur ombre, jusqu'à finalement discerner des visages presque distincts. Il ne te fallut que peu de temps avant de reconnaître les individus... Kenny était à terre, en très mauvais état... Kenny Holland le roi du lycée. Kenny Holland le bully. Kenny Holland le disparu... Kenny Holland ton ami.

Tu tiras longuement sur ta cigarette, observant le survivant sans mot... Tu étais désormais posté devant eux, tes yeux jonglant entre tous les acteurs de cette scène invraisemblable... Kenny avait disparu depuis maintenant deux ans. Pourquoi revenir aujourd'hui ? Pourquoi ici et pourquoi dans cet état ? Tu avouas n'avoir jusqu'alors jamais pensé à un enlèvement... À vrai dire, tu avais toujours supposé qu'il s'était tiré de chez lui. Que Kenny avait finalement laissé tomber toute la merde dans laquelle il semblait vivre afin de s'échapper d'Aster Cove ! En quelques secondes cependant, d’innombrables questions s'étaient introduit dans ta tête... Tu n'avais même pas pris la peine de dévisager la jeune fille qui se tenait aux côtés de ton ami, c'était pour dire... River était toujours aussi vulgaire à tes yeux... Ton regard se posa alors quelques instants sur le garçon un peu plus loin, frappant désespéramment à la porte. Tu crus alors reconnaître un ancien élève d'Aster Cove... Celui-ci pouvait auparavant être aperçu la plupart du temps en compagnie de Kenny.

« Salut toi... » lanças-tu de façon hésitante à ton ami, posant une fois de plus ton regard sur sa carcasse sale et sanglante...

Tu n'avais même pas pris la peine de lui demander si tout allait bien. Tu n'aimais pas ce genre de question, et de toute évidence, cela n'allait pas ! De la même façon, tu évitas de lui faire part de tous les doutes que tu avais à son encontre. De toutes les questions qui te trottaient dans la tête et dont tu souhaitais inévitablement une réponse... Tu restas seulement planté là, attendant désespérément une illumination qui ne viendrait pas.

« Je viens avec vous ! » ajoutas-tu en criant vers l'ancien élève afin qu'il t'entende...

Ce fut là les seuls mots que tu te permis d'ajouter. Trop de choses bouillonnaient dans ta tête... Si tu étais prêt à en lâcher une, toutes les autres se feraient une joie de s'échapper de ta bouche dans un flot sans fin. Non ce n'était pas le moment de parler... Tu tendis seulement une cigarette à Kenny avec un air interrogatif...
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MessageSujet: Re: [Libre] - « A lost road will remember your footsteps »    Mar 10 Juil - 0:39

Il était là. Il était vivant ! Comme Walter il n’y a pas si longtemps voilà qu’il réapparaissait. Ou étaient-il ? Qu’est ce qui s’était passé pendant tout ce temps ? Le retour de Walter avait été traumatisant pour tout le monde et encore, j’avais juste pu observer la scène de loin. Cette fois j’étais aux premières loges et bien décidée à aider mon ami. Son ton dubitative face à mon apparition ne me vexa pas. Pas plus que sa remarque sur mon apparence. Son retour lui donnait une forme d’immunité après tout, c’est vrai que j’étais bien différente la dernière fois que nous nous étions croisés.

« Désolée mais non. Mon costume d’Halloween avait moins de tissus. »

Bon au final vu ce qu’il s’était passé ce fameux soir, mon costume de Velma Kelly qui avait tant agacé mon cousin Braden n’avait pas été l’attraction qu’il craignait. A force de s’inquiéter en permanence, il finirait vieux avant l’âge de toute façon. La vie était bien trop courte pour perdre son temps à suivre des normes idiotes. Surtout si elle finissait par vous ôter tout espoir d’un avenir meilleur comme elles l’avaient fait pour mon père. De ça non plus, Kenny n’avait pas la moindre idée. Tant de choses s’étaient passés depuis sa disparition. Ses amis avaient gradués, nous avions tous grandis et certaines personnes qu’il avait connu n’étaient plus de ce monde. Cela ferait sans doute beaucoup à encaisser le moment venu. Mais pour l’heure, c’était son état physique qui m’inquiétait tandis que j’aidais Andrew à le soutenir. Ce dernier avait raison, il fallait l’emmener à l’hôpital et très vite.

A sa question sur la voiture, je hochais négativement la tête. Non, je n’avais pas de voiture. Et puis j’avais bu de l’alcool donc je n’aurais pas pu conduire de toute façon. Je n’étais pas sure qu’il ai vu mon geste alors je tachais de répondre à sa question.

« Ils organisent une fête à quelques rues d’ici. C’est de là que je viens mais je ne pense pas qu’ils soient en état. »

Pas besoin de plus de détail. Kenny connaissait très bien les habitudes festives de mes cousins. La graduation n’avait pas changé cela au contraire. C’était même pire qu’avant. Mais il fallait que je l’aide à se concentrer sur autre chose que la douleur. Kenny se faisait de plus en plus lourd et je sentais qu’il n’en pouvait plus. Je me sentais tellement impuissante, incapable de l’aider. C’est alors qu’il réclame une cigarette ce qui me fait ouvrir de grand yeux. Andrew le relâche alors et je ravale pour un temps ma réplique le temps de nous stabiliser. C’est qu’il pèse son poids tout de même !

« Je te promets que je te laisserai mon paquet une fois que tu te seras fait examiner à l’hôpital d’accord ? Mais là, c’est pas une bonne idée. »

Cela aussi allait sans doute le surprendre. Je n’étais pas le genre de fille à fumer avant. Enfin fumer était un bien grand mot. Je me baladais avec ce paquet depuis déjà plusieurs semaines. C’était seulement quand les souvenirs et le poids du deuil était trop fort. Ca faisait du bien et ça me donnait l’impression de me rapprocher de mon père, de fumer sa marque favorite.

Pendant ce temps, Andrew s’en va en guerre pour nous trouver un véhicule. Il frappe, hurle et j’espère vraiment que ça suffira à instiller un peu de bonne volonté chez les âmes méfiantes d’Aster Cove. Des gamins qui hurlent en plein quartier résidentiel de nuit, ce n’est jamais bien vu. Certains de mes oncles l’auraient par exemple accueilli avec le canon d’une arme à feu. Entre temps, une autre visage connu est arrivé. Alessandro. Un des cauchemars de mon amie Ange. Un des cauchemars des moins heureux socialement d’Aster Cove. Dealer à ses heures perdues d’après ce qu’on m’avait dit. Je ne touchais pas de ces trucs-là. L’alcool était ma limite et en bonne irlandaise, je dépassais rarement le stade de la perte de contrôle. Contrairement à bon nombre de rumeurs ridicules.

Et alors que je suis là à tenter tant bien que mal de maintenir Kenny dans une position ne lui permettant pas de sombrer dans les bras de morphée si l’envie l’en prenait, l’autre grand dadais restait planté là comme s’il ne savait pas quoi faire de son propre corps.

« Super, tu restes. Tu pourrais peut être m’aider à le soutenir ou tu préfères rester planté là ? »

Oui, on m’avait connue de meilleure humeur mais je n’avais pas le temps de faire des ronds de jambes, là tout de suite. Un riverain avait fini par sortir et je le voyais discuter avec Andrew. L’air pas franchement convaincu. Je tournais la tête vers Stan et Kenny, lançant un regard mauvais à la cigarette. Mais le cri d’Andrew me fait réagir et je me déciide à tourner la tête vers celui qui doit nous secourir. Il est rentré à l’intérieur récupérer ses clés et se dirige à présent vers nous. Pourtant, en voyant l’état de Kenny, il semble hésiter, triturant machinalement ses clés. « Je suis pas sûr… » A bout, je me sens exploser.

« Bon ça suffit les conneries maintenant. Si dans DIX SECONDES on est pas en route pour l’hôpital mon oncle vous coffrera pour non-assistance à personne en danger. C’EST CLAIR ? »

L’homme cligne alors des yeux comme s’il me remettait enfin. Je me souvenais l’avoir croisé plusieurs fois à l’Eglise à l’époque où j’y allais encore. Il était temps de diriger notre petite troupe vers la voiture qui, malheureusement, n’était pas un break familial. Et si on voulait que Kenny puisse souffrir le minimum possible, il allait falloir faire preuve de logistique. Le riverain et Andrew à l’avant et… oh merde. Si j’avais su que j’allais devoir me retrouver sur les genoux de Stan Alessandro, j’aurais sans doute choisi des vêtements plus couvrants.
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