Dans la petite ville d'Aster Cove, des choses étranges se passent...

 
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 Songe d'un jour d'hiver. [ft. Andrew Dean]

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MessageSujet: Songe d'un jour d'hiver. [ft. Andrew Dean]   Mar 27 Fév - 0:24

Cela faisait bientôt une semaine qu'il n'avait pas neigé et que les flocons s'étaient métamorphosés en gouttes éparses. Cela faisait bientôt trois semaines que Jessica n'avait pas remis les pieds à la bibliothèque et, lorsqu'elle regardait autour d'elle, la jeune femme n'était plus sûre de le regretter tout à fait. Un sourire nonchalamment posé sur ses lèvres, elle avançait sur un sentier gelé par le froid et presque impraticable. C'était parfait. Moins l'accès à son lieu de recueillement était aisé, plus les gens trouveraient un tout autre itinéraire. Non, vraiment, c'était parfait. Un soupir quitta les lèvres gercées de Jessica tandis qu'elle évitait une plaque de glace un peu trop large. La quiétude de ce lieu valait à peu près celle qu'elle trouvait lorsqu'elle se perdait dans ses romans, à croire que la nature pansait un peu des plaies qui lui perçaient le cœur depuis trop longtemps.

Et c'était bien normal, lorsqu'on osait lever les yeux du sol pour admirer le paysage alentours. Çà et là, les arbres, vaillants jusque dans l'adversité qui leur avait volé leur feuillage, s'élevaient vers des cieux dont ils imploraient le soleil. Seuls les pins, couverts de neige et d'épines, semblaient se plaire dans l'hiver. Imposants d'une beauté dont Jessica ne se lassait jamais, ils veillaient sur sa route dans le plus beau de tous les silences. Seuls le bruit de la pluie et le chant de quelques oiseaux plus farouches que les autres brisaient la quiétude alentours pour lui donner ses lettres de noblesse. Au sol, si l'on prêtait attention aux détails, il était possible de remarquer quelques empreintes laissées par les habitants des lieux. Jessica ne les craignait pas. Ça faisait longtemps qu'elle savait que les hommes étaient des monstres bien pires que tout ce qui peuplait ces bois. Ours ou lapin, écureuil ou sanglier, personne ici ne pouvait égaler leur cruauté. C'était donc sereine que Jessica avançait, délaissant ses démons au bord des bois pour ne les retrouver que lorsqu'il faudrait rentrer. Un sac sur les épaules, elle avait décidé qu'elle ne retrouverait les enfers que le soir et s'était emparée d'eau, de sandwichs et de chocolats. Si elle était honnête, il lui fallait ajouter qu'elle n'avait pas pu s'empêcher d'emporter l'un de ses livres, bien à elle ceux-là, afin de le relire dans cette ambiance abandonnée des hommes.

Elle savait déjà où elle voulait se rendre. Dans quelques mètres, il y aurait un carrefour, l'un rapprochant de la route tandis que le second l'en éloignerait. C'est celui-ci qu'elle emprunterait, rêvant des espaces vides de tout autre qu'elle. Après quelques centaines de mètres se trouverait une souche qu'elle savait confortable pour y avoir passé des après-midis entières. Avec un peu de chance, le sapin qui l'abritait aurait limité les dégâts et elle n'aurait pas besoin du tissu qu'elle avait emporté avec elle au cas où. Peu importait, au final. Tissu ou pas, humidité ou pas, tout serait mieux que dans cette ville qu'elle haïssait plus que tout au monde.

Une dizaine de minutes plus tard, Jessica atteignit son objectif et s'installa prestement, presque trop pressée de quitter cet univers pour un autre, beaucoup plus tendre, beaucoup plus utopique et certainement un peu onirique. Sortant le précieux roman de son sac, elle en caressa la couverture. Les livres qu'on avait aimé étaient comme de vieux amis, de ceux qui ont séché trop de larmes et caressé trop de sourires, de ceux qu'on peine à oublier et qui restent à jamais ancrés dans la chair. Cet ouvrage faisait partie de ceux-ci et Jessica en connaissait certains passages sur le bout des doigts. Pour autant, elle ne s'était jamais lassée. Il était l'un des remparts de son existence, noyant ses pleurs lorsqu'ils en devenaient trop étouffants, trop lourds à porter.

Mais au lieu de se jeter dans sa lecture providentielle comme elle l'avait tout d'abord prévu, Jessica reposa son ami littéraire et se laissa couler sur la souche. Ses yeux se fermèrent d'eux-mêmes et ses oreilles se tendirent, à l'affût des bruits de la forêt, de cette quiétude qu'elle enviait de façon incertaine, sans savoir si elle voulait la voler ou la voir perdurer pour l'éternité. Il était huit heures du matin, le soleil montrait timidement quelques vagues signes d'existence et Jessica s'endormit au cœur de son berceau de bois. Là, au moins, personne ne la trouverait jamais. Là, au moins, les cauchemars non plus ne pourraient pas l'emporter.
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MessageSujet: Re: Songe d'un jour d'hiver. [ft. Andrew Dean]   Mar 27 Fév - 2:08

On se pèle comme jamais à Aster Cove. Andrew est blotti dans son grand manteau, les mains réfugiées dans ses poches et le visage enfoui dans une large écharpe. Pourtant, les gens trouvent encore le moyen d'abandonner de pauvres animaux à leur triste sort. Livré à la cruauté de la rue, il y a ce petit chien - un berger australien encore tout jeune et surtout tout maigre - qui erre près des poubelles lorsque Andrew le voit pour la première fois. Le grand blond revient de la bibliothèque où il a lu un chapitre du bouquin qu'il ramène sous le bras. Voilà deux semaines que Jessica a déserté les lieux, et l'héritier Dean n'a rien trouvé de mieux pour s'occuper, seul là-bas, que de s'adonner à la lecture d'un livre choisi un peu au hasard. Ironie du sort. Depuis le temps que la lycéenne disparue se battait pour le faire lire, il avait suffit qu'elle lui fasse la gueule de manière intensive pour qu'il s'y mette vraiment.

Alors dans sa grande habitude d'ouvrir les portes de sa demeure trop vide à tous les animaux dans le besoin qu'il croise, Andrew ramène ce pauvre petit animal avec lui. Il lui donne le nom de Darcy, un personnage auquel il aime s'identifier dans sa lecture. Dès son arrivée à la maison, il est forcé de lui donner le bain du siècle, parce que Martha crise à propos de la crasse que le canin laisse derrière lui. Alors l'héritier Dean y passe la moitié de la nuit, à frotter le chien dans tous les sens. Mais Darcy est heureux, au chaud, entre les mains d'un maître bienveillant. Très vite, il prend ses aises dans la maison, et reprend du poil de la bête en dévorant ses croquettes à chaque repas. En quelques jours seulement, le toutou est réglé comme une horloge et court dans la chambre de son maître à l'heure du réveil.

Ce matin là néanmoins, ça n'est pas un matin comme les autres. C'est celui du weekend, celui de la grasse-matinée. Darcy est choqué de ne pas voir son maître émerger, et il lui saute dessus en aboyant et couinant tout ce qu'il peut. La scène dure plusieurs minutes, lorsqu'enfin une complainte agacée se fait entendre. La grande perche blonde daigne enfin remuer sous sa couette. Darcy remue la queue, impatient, mais après avoir grogné des insultes incompréhensibles pour la race canine, Andrew s'immobilise à nouveau. Mais le chien n'a pas dit son dernier mot. Il recommence à s'exciter jusqu'à ce que son maître râle à nouveau, un peu plus fort. Le cirque dure de longues minutes avant qu'enfin le jeune Dean daigne abandonner l'idée de se replonger dans un sommeil profond. Après un large soupir, il abandonne finalement sa couette.

"Tu sais quoi ? Je vais te faire faire la balade la plus longue de ta vie, et ensuite tu dormiras tout le reste de la journée." Andrew grogne à l'attention du chien, encore à moitié réveillé seulement. Il enfile ensuite plusieurs couches de vêtements, organise négligemment ses cheveux d'un passage de la main, et avale un petit déjeuner rapide avant de quitter la maison, silencieuse comme à son habitude.

"Tu sais Darcy, t'as de la chance que j'ai pas autant de préjugés qu'Elizabeth sur toi." Il commente à l'adresse du chien alors qu'ils marchent depuis un certain moment déjà dans le froid. Il ne lui a visiblement pas encore pardonné de l'avoir tiré si tôt du lit. Au lieu de son habituelle balade au bord de la mer, Andrew a cette fois opté pour une balade en forêt. Darcy est surexcité. Il court d'un bosquet à l'autre en reniflant toutes les odeurs. A cette heure-ci, les traces des animaux sauvages sont encore fraîches.

Et puis soudain, Darcy s'immobilise un instant et remue la truffe. Andrew l'observe en silence, incrédule, mais le chien semble soudainement certain de lui. Il fonce droit vers un chemin terreux et verglacé. Génial. "Darcy ! DARCY AUX PIEDS !" Andrew a beau l'appeler, l'animal est déjà lancé en pleine course. Le grand blond se lance alors à sa poursuite en espérant qu'il n'est pas en train de courser quelque chose de trop dangereux.

Quelle n'est pas sa surprise lorsqu'il rattrape l'animal en train de tourner autour d'une jolie brune qu'il connait bien. "Jessica ?" C'est bien elle, le doute n'est pas permis, mais la surprise le fait parler sur le coup. Il faut dire que cette rencontre ne pouvait pas être plus inattendue. Après tout ce temps qu'elle avait passé à l'éviter, il fallait qu'elle se trouve sur ce chemin précis, ce jour précis, à cet instant précis. "Est-ce que ça va ?" Il demande par réflexe, surpris de la trouver là, seule, et à cette heure. Elle est peut-être perdue, ou en train de fuir quelque chose ? Même si elle n'a pas l'air particulièrement pressée et plutôt préparée à une escapade en forêt. C'est donc ça, sa nouvelle lubie ? Se promener en solitaire dans la forêt, à l'aube ? Voilà une idée bizarre qui serait bien digne d'elle.

"Tu me suis ou quoi ?" Il questionne finalement en mimant l'air méfiant, mais sans parvenir à retenir un léger sourire en coin. En réalité, il se moque surtout de l'improbabilité de cette rencontre, et des efforts qu'elle avait fait pour l'éviter, réduits à néant en une promenade par le berger australien.
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MessageSujet: Re: Songe d'un jour d'hiver. [ft. Andrew Dean]   Mar 27 Fév - 20:37

Tout autour d'elle, il y avait l'eau. Les fines gouttes de pluie ruisselaient sur son visage, n'osant l'approcher qu'en de rares occasions. Mais leur caresse était bienvenue. Apaisante, aussi. Jessica se découvrait un goût pour la nature qu'elle n'avait développé que par nécessité de lire tranquillement. Mais aujourd'hui, allongée sur la souche qui avait hébergé sa demie-heure de sommeil, la jeune femme savourait une quiétude qu'elle ne trouvait nulle part ailleurs. C'était agréable, de sentir le vent glisser dans les branches pour leur murmurer des secrets qu'elle ne pouvait qu'imaginer. C'était agréable, d'écouter le chant d'un rossignol, fièrement perché au dessus d'elle. Si elle ouvrait les yeux, elle était certaine de pouvoir l'apercevoir. Mais Jessica n'en avait pas envie. Elle souhaitait profiter des sons tout autour d'elle pour se ressourcer. Timidement, elle entrouvrit les lèvres pour laisser échapper un soupir de bien être. C'était comme si la forêt qui l'accueillait avait quelque chose de... salvateur. Le mot la fit sourire. Salvateur. C'était quasi risible, lorsqu'on savait ce qu'elle fuyait. Elle avait cherché une solution, de l'aide tout autour d'elle sans jamais l'apercevoir avant ce jour. Il avait fallu qu'on la blesse à nouveau pour qu'elle comprenne. Tout ce qu'elle avait toujours désiré n'était qu'à un pas. Tout ce qu'elle avait toujours désiré se trouvait dans le bois d'à côté.
Un animal fit craquer une branche non loin d'elle, et Jessica se prit à essayer de deviner de quoi il s'agissait. Un ours ? L'idée fit sourire la jeune fille, qui décida d'ouvrir les yeux et de se redresser. Quelques flocons, tombés là par hasard, s'accrochèrent à sa chevelure en douceur. Le bruit venait de suffisamment loin pour qu'elle ait le temps de fuir, de toute façon. Et puis les ours hibernaient, non... ? Comme les écureuils. Ça éliminait donc la présence de l'ami des arbres. Les sangliers étaient des animaux nocturnes, si elle se souvenait bien. À part si celui-ci était un couche-tard, il n'y avait aucun risque. Un lapin, alors... ?

Mais il ne s'agissait pas d'un lapin, et Jessica le découvrit lorsqu'un chiot, visiblement très heureux de la voir, vint lui faire la fête et tourner tout autour d'elle. Un sourire enfantin vint caresser les joues de Jessica, tandis qu'elle prodiguait quelques caresses au nouveau venu.

« Bah qu'est-ce que tu fais là, toi ? Tu t'es perdu... ? »

Pour toute réponse, le chien se mit sur ses pattes arrières et réclama davantage d'attention. Jessica éclata tendrement de rire et se redressa tout en lui offrant ce qu'il demandait.

« Tu veux bien venir avec moi ? On va chercher ton maîtr-...
- Jessica ? »


Si c'était une blague, la plaisanterie n'était pas bonne. Le rire se tut et les caresses se stoppèrent, au grand dam du chiot qui se mit à japper. Jessica glissa donc une nouvelle fois sa main dans son pelage, sans lâcher des yeux le nouveau venu. Depuis quand se baladait-il en forêt ? Pourquoi ici ?

« Est-ce que ça va ? »

Sans répondre, Jessica récupéra le sac qu'elle avait emporté avec elle et y rangea son livre. Inconsciemment, son corps s'était figé. C'était fou, ce que des disputes pouvaient la marquer, c'était fou, comme des mots pouvaient la blesser. Le chien fit un tour sur lui-même et vint lui réclamer d'autres caresses.

« C'est lui ton maître... ? »

Comme s'il avait compris, celui-ci aboya gentiment, et Jessica se baissa à sa hauteur.

« Tu sais, la dernière fois, il n'a pas été très gentil, avec moi. Tu peux me dire ce que vous faites-là, tous les deux ? »

C'était vrai que c'était bizarre, toute cette histoire. Elle avait choisi un chemin détourné, exprès pour ne surtout rencontrer personne. Elle s'était enfoncée dans les bois jusqu'à rejoindre une souche abandonnée où jamais personne ne venait. Elle avait vérifié qu'aucun habitant n'allait si loin et avait avancé plus en profondeur à chaque fois que ça avait été le cas. Et comme par hasard... Andrew Dean, riche héritier pas vraiment amateur de forêts, se retrouvait sur son chemin et trouvait sa souche du premier coup. Ça avait quelque chose de louche, cette histoire.

« Est-ce-que tu me suis ?
- Tu me suis ou quoi ? »


Mais le sourire, celui qu'elle aimait tant et qui faisait battre son cœur un peu trop fort, revint et leva tous ses doutes. S'il l'avait suivie, Andrew n'aurait pas formulé ça sur le ton de l'humour. Il l'aurait regardée de ses grands yeux trop expressifs lorsqu'ils étaient en colère et aurait utilisé un tout autre registre. Au lieu de ça, il lui souriait, et c'est en voyant ce sourire que Jessica sut qu'il lui avait manqué.

« Bien sûr que non, je ne te suis pas. J'étais là la première, de toute façon. »

Un mince sourire vint illuminer les traits de la jeune femme, qui rendit son attention au chiot mécontent.

« C'est toi qui lève Andrew aux aurores, hein... ? C'est bien, c'est un bon chien. Un très bon chien. »

Un clin d’œil amusé glissa en direction du propriétaire de l'animal, et elle reprit, après un temps d'arrêt.

« Quand tu retourneras le voir, tu lui diras que je suis désolée, pour la dernière fois. Moi aussi, j'ai sans doute été trop loin. »

Une bouteille à la mer. À croire qu'ils ne fonctionnaient que comme ça.
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MessageSujet: Re: Songe d'un jour d'hiver. [ft. Andrew Dean]   Ven 2 Mar - 1:34

C'est une rencontre qu'Andrew n'espérait plus. Après avoir passé autant de temps sans nouvelle, sans une apparition, même pas de loin, le grand blond avait fini par lâcher l'affaire. Jessica avait officiellement mis fin à leurs rendez-vous hebdomadaire en oubliant de s'y rendre pendant tout ce temps. Andrew est désormais de toute façon trop occupé avec Darcy pour songer à passer directement chez elle pour lui faire ses excuses. Tant pis pour elle si elle est si susceptible et qu'elle n'est pas capable de prendre du recul.

C'est toute cette frustration de leur dernière dispute qui revient en mémoire à Andrew lorsque Jessica ignore délibérément sa première question pour s'adresser directement à Darcy à la place. Elle continue son monologue avec le chien, en rappelant sa colère passée. Elle n'est visiblement toujours pas passée à autre chose. Andrew lève les yeux au ciel, rendu d'avance impatient par cette obstination bornée à lui en vouloir pour une simple vérité énoncée sans pincettes.

Pour briser la glace, il tente un peu d'humour en la soupçonnant de le suivre. De fait, malgré la tentative de la jeune brune pour revendiquer son statut de personne suivie, Andrew capte le sourire discret qui étire ses lèvres. Voilà une toute petite fissure est faite dans ce grand masque de glace. Il suffit désormais de continuer à creuser.

Alors que Jessica s'adresse à nouveau au chien, le maître prend un peu plus de temps pour observer la lycéenne. Elle est visiblement prête à une longue randonnée, transportant avec elle un large sac à dos, mais Andrew ne s'étonne pas de ne pas la voir accompagnée par un groupe. Pourtant, il ne peut pas s'empêcher de se rappeler des mises en garde de Vicky à propos de ces bois. Il n'a bien sûr jamais cru à ces histoires de gosse, mais le fait d'imaginer Jessica subir le même sort qu'Amelia le rend mal à l'aise. Alors il se décide à la convaincre de tolérer sa présence.

Il croise les bras dans un soupir faussement agacé lorsque Jessica félicite Darcy pour l'avoir réveillé si tôt. "Tss, je commence à comprendre pourquoi il a été abandonné. C'est une vrai pile dès que le soleil se lève. Si tu l'encourages je vais le laisser devant ta porte tous les matins." Andrew prévient en prenant un air grognon lorsqu'il reçoit le clin d’œil de la fille.

Ce qui suit en revanche, le laisse sans voix. Il en décroise même les bras. Jessica Banner vient de s'excuser. Sa fierté aurait donc t-elle une limite ? Pris de court, l'héritier Dean met quelques secondes à réagir. "Il s'appelle Darcy." Voilà tout ce qu'il trouve à dire. Suffisamment touché par l'attention de Jessica pour accepter ses excuses et pardonner son entêtement à l'ignorer. Trop fier en revanche pour s'excuser à son tour et tomber dans l'instant émotion de la journée dès le matin. Non, il était bien trop mal réveillé pour ça de toute façon. Le changement de sujet n'était pas très subtil, mais une idée lui vient pour captiver l'attention de la jolie brune matinale. "Comme dans le livre." Il ajoute en fixant Jessica pour observer sa réaction lorsqu'elle comprendra qu'Andrew a finalement lu un livre à la bibliothèque. Dommage pour elle qu'elle n'ai pas été là pour voir ça.

"Tu sais, Orgueils et Préjugés, de...Jane Austen." Il explique sans être certain que son interlocutrice ne connaisse le bouquin en question. Néanmoins, on lui a assuré qu'il s'agit d'un classique. "Je l'ai lu à la bibliothèque pendant que tu boudais." Il commente avec un air un peu victorieux, comme s'il était grandement honorable d'avoir franchi cette étape. C'est aussi une façon détournée de dire "moi j'étais là pour nos rendez-vous. Si tu étais venue avant,
je me serais excusé aussi
". Néanmoins, pour éviter un nouveau malaise alors que le sort vient tout juste de les rassembler, Andrew préfère insister sur le côté positif de la chose. "Je l'ai pris au pif, mais c'était pas mal." Il reconnait en haussant les épaules pour garder un air détaché. Faut pas déconner, Andrew Dean ne va pas se transformer en amoureux des livres du jour au lendemain.

"Mais bon, c'était moins bien que les chocolats." Il s'empresse d'ajouter, avouant implicitement que l'absence de la jeune brune à la bibliothèque fut regrettée, avant d'enchaîner : "Du coup tu viens lire dans la forêt maintenant ? Il fait pas un peu froid ?" Il prend un air surpris. Il a remarqué le livre que tenait Jessica lorsque leurs routes se sont croisées - à croire que ces maudits bouquins sont greffés à ses mains. Néanmoins, la froideur et l'hostilité des bois n'est pas le meilleur endroit pour s'adonner à la lecture. Particulièrement en cette saison. Alors Andrew a du mal à croire que Jessica le déteste à ce point pour s'infliger ça plutôt que de prendre le risque de le croiser à la bibliothèque. "Et puis tu sais, il y a des bêtes sauvages." Il assure le plus sérieusement du monde, avant de désigner Darcy comme si le jeune chien allait se transformer en bête sauvage d'une seconde à l'autre. Il ne retient cependant pas un sourire léger lorsque le toutou remue la queue en piétinant, quémandant de nouvelles caresses à Jessica.
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MessageSujet: Re: Songe d'un jour d'hiver. [ft. Andrew Dean]   Ven 9 Mar - 1:21

Il y a quelque chose chez Andrew qui lui fait bondir le cœur à chaque fois qu'elle le voit, à chaque fois qu'elle lui parle. Il y a quelque chose, au fond d'elle-même, qui ne sait pas vraiment s'expliquer ces réactions et qui surtout, ne les comprend pas. Jessica ne s'est jamais donné le droit de ressentir ça, de vivre ces émotions qui lui semblent presque effrayantes tant elles sont saisissantes. Pourtant, le moindre sourire qu'il lui décoche lui fait l'effet d'une flèche, tout droit venue d'un arc qu'on aurait bandé à l'extrême. Jessica a beau chercher à gérer ce flot qui la submerge intolérablement, elle n'y parvient pas. Les mots d'Andrew sont des coups plus forts que les autres. Ils sont aussi des réconforts plus intenses. Les mots d'Andrew sont une source dont elle s'abreuve un peu, rien qu'un peu, sans oser s'avouer qu'elle a l'impression d'avoir le droit de vivre, lorsqu'ils sont ensemble.

Bien sûr, tout s'effondre à la lumière du jour, comme la neige qui, effrayée par un peu de chaleur, préfère disparaître plutôt que de s'y confronter. Le lien entre Jessica et Andrew est fait de ces mêmes flocons. Personne ne doit voir ni savoir. Personne ne doit comprendre ni entendre. Personne. C'est la condition de ces journées qui n'appartiennent qu'à eux, et qui pourtant réussissent à mourir à la moindre secousse. Avalanche de mots, avalanche de maux, conséquences en pagaille, mort et renaissance. Andrew et Jessica, ça n'a rien de solide, c'est même peut-être éphémère. C'est parfois ce que se dit la jeune femme, lorsqu'elle se rappelle de la pudeur qu'ils ont l'un pour l'autre. Pas de contact, aucun public, pas d'amis en commun, et si tout est caché, ce sera pour le mieux.

Jessica sait bien qu'il n'y a aucun avenir à cette relation qu'ils ont lié autour d'une douleur commune. Pourtant, parfois, lorsque tout est trop noir et que la douleur est aveuglante, elle se prend à rêver d'une vie loin d'ici. Et durant quelques instants, elle a l'impression d'y lire son sourire.

Un soupir glacé quitte ses lèvres, tandis qu'elle caresse le chiot qui ne comprendra jamais les tourments des hommes et qui pourtant, a déjà trop vécu. Il est un peu comme eux, au fond, ce chien.

« Il s'appelle Darcy. »

Abandonné par ceux en qui il croyait. Délaissé par ceux qui étaient censés le protéger. Blessé par ceux qui ne devaient jamais être la cause de ses douleurs.

« Comme dans le livre. »

Le regard de Jessica se redresse brusquement, absolument, et un sourire naît sur ses lèvres tandis que les mots s'imprègnent en elle. Andrew Dean a lu un roman. Et pas des moindres.

« Tu as aimé ? »

Bien sûr qu'il a aimé, suffisamment pour nommer un chien d'après l'un des personnages. Le sourire de la jeune fille grandit davantage à mesure qu'elle s'imagine son vis-à-vis le nez dans un bouquin. C'est presque jouissif, de se dire qu'il est enfin entré dans l'univers des mots et qu'il a compris un peu du rapport qu'elle a pour eux. Andrew Dean a fait un pas vers elle.

« Je l'ai lu à la bibliothèque pendant que tu boudais. »

Deux pas vers elle. Jessica y est sensible, et ses yeux murmurent un désolé qu'elle rend muet, frère des excuses qui ont précédé. Elle regrette, de ne pas être revenue plus tôt. Elle regrette, mais ne dira rien. C'est comme ça que marche vraiment leur relation. Les mots sont dérisoires, seuls comptent vraiment les regards. Ils avouent et désavouent, prouvent et confirment, murmurent et délivrent des milliers de messages. Les formulations sont adroites au cœur de leur maladresse, hurlent des vérités inavouables, qu'aucun d'eux ne sera jamais prêt à formuler à voix haute. Chacun y va de son message codé, et chacun se complaît dans ces moyens détournés qui stabilisent paradoxalement leur relation. Les non-dits disent davantage que tout ce qui peut être dit, et tant Jessica qu'Andrew jongle habilement avec cet état de fait. Et surtout, ils s'en accommodent très bien.

« Je l'ai pris au pif mais c'était pas mal. »

Andrew ne va pas se transformer en lecteur assidu du jour au lendemain, elle le sait bien. Mais désormais, la brèche est ouverte et elle compte bien s'y engouffrer.

« Mais bon, c'était moins bien que les chocolats. »

L'aveu la touche en plein vol, arrache son cœur pour le lui rendre plein d'un affolement qu'elle ne maîtrise pas vraiment. Son sourire s'élargit, et un temps, les caresses qu'elle prodigue au chien s'arrêtent.

« Moi aussi, les chocolats m'ont manqué. »

C'est une façon d'avouer, déclarer, affirmer que la présence du garçon à ses côtés est importante et peut-être même nécessaire à l'équilibre précaire qu'est sa vie. C'est une façon de dire toutes ces choses qu'elle ne pourra jamais ne serait-ce que murmurer au risque de briser toute son existence. Heureusement pour elle, Andrew lui-même crée une diversion bienvenue et Jessica peut poursuivre sans crainte sur un sujet tout autre.

« En fait, j'ai découvert que j'aimais bien les grands espaces. La nature, tout ça, ça... me détend. Et avant ton arrivée, je... faisais une sieste. Là-bas. »

Elle indique sa souche, sachant déjà qu'Andrew va la regarder comme si elle était un ovni. Peu importe. Elle aime même ces regards venant de lui. Un sourire se greffe à ses lèvres, tandis qu'elle poursuit.

« Il fait un peu froid, c'est vrai, mais quand on est bien couvert, ça va. »

Un bonnet sur la tête, des gants aux doigts et une écharpe autour du cou, la jeune femme poursuit, sans plus jamais se départir de son sourire. Ça fait du bien, de revoir cet idiot. Ça fait du bien, de le côtoyer à nouveau. Pour le coup, elle remercie celui -ou celle- qui l'a mis sur sa route. Elle prodigue de nouvelles caresses à Darcy, pour la peine.

« Et puis j'ai prévu un pique-nique. D'ailleurs, si tu veux qu'on le partage... On pourrait ? »

Bouteille à la mer dans un océan tumultueux qu'aucun ne sait dompter. Des je t'aime moi non plus qui n'en finissent pas, des sourires qui donnent naissance à des rictus de colère, qui, en mourant, rendront la joie sur les visages. Leur amitié ne laisse pas droit au calme, elle est faite de vagues et d'ouragans, mais Jessica aime ça. Peut être un peu trop, cependant qui pourrait l'en blâmer ?

« Et puis tu sais, il y a des bêtes sauvages. »

La remarque finale d'Andrew la prend de court et un temps, son sourire s'avorte sur le creux de ses lèvres. Ses yeux s'écarquillent.

« Des bêtes sauvages ? »

Sa voix est incrédule. Puis Andrew indique Darcy, très sérieusement, pour illustrer ses propos. Alors, le regard se teinte d'amusement, et sa voix se dévoile dans un éclat de rire hilare.

« Darcy ? Une bête sauvage ? »

L'élan de joie s'étire en longueur, tandis qu'elle imagine des Darcy féroces un peu partout autour d'elle.

« Il n'y a plus de bêtes sauvages à cette heure, Andrew, elles dorment toutes, je te rassure. »

Soudain, un buisson s'agite et le rire prend fin aussi vite qu'il a commencé.

« Andrew, c'est vraiment pas drôle. »

L'image d'un sanglier prêt à les courser s'impose à son esprit. Doucement, Jessica se prépare à courir.
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MessageSujet: Re: Songe d'un jour d'hiver. [ft. Andrew Dean]   Mer 14 Mar - 23:21

Alors que Jessica se borne à s'adresser au chien plutôt qu'au maître, le changement est curieusement notable lorsque Andrew fait mention du livre qu'il a lu en l'attendant à la bibliothèque. Sous le simple effet de la surprise peut-être, elle daigne enfin trouver le grand blond un peu plus intéressant que le chien et relève les yeux vers lui, le regard éclairé d'une joie nouvelle.

Fier de son petit effet, Andrew prend son air victorieux alors qu'elle lui adresse un sourire. Il s'empresse de jouer les désinvoltes pour ne pas avoir l'air trop impliqué dans la lecture. Il est néanmoins secrètement soulagé de voir que Jessica est encore capable de lui pardonner. Il faut dire qu'il lui en a fait voir des vertes et des pas mures depuis qu'ils se connaissent. A chaque nouvelle dispute, il n'est jamais très certain de ne pas avoir franchi une limite. Mais c'est un peu comme un jeu. Après des jours de suspens, aujourd'hui encore il est gagnant.

Dans un timide et court échange, chacun avoue avoir regretté la présence de l'autre. Andrew change pourtant rapidement de sujet. L'important, c'est que la chose soit pardonnée aux yeux de tous. En pleine rupture avec Victoria, la dernière chose que l'héritier Dean ait envie de faire ces jours-ci, c'est d'avouer qu'il tient à quelqu'un. Que ce soit à Jessica ou à lui-même, il se refuse de l'admettre avec une force qui frôle le déni. Après tout, la jolie brune a prouvé la rapidité et l'aisance avec laquelle elle pouvait se débarrasser de lui dans son quotidien – juste comme Vicky l'a renié avec brutalité quelques semaines plus tôt. A chaque abandon, Andrew a l'impression qu'on lui arrache quelque chose de précieux et de vital. Ça a commencé par la mort soudaine de sa mère, qui l'a véritablement brisé. La disparition de Kenny a achevé de le convaincre de garder ses distances dans toute nouvelle relation. Mais à l'époque, Vicky avait déjà fait son petit bout de chemin avec lui, et il a tout autant perdu lors de leur violente rupture. Face à Jessica, il ne se sent donc clairement pas serein. Malgré ce quelque chose qui marche secrètement bien entre eux, Andrew se protège. Il ne se permettra pas un nouvel attachement qui lui coûtera encore.

Mais Jessica....c'est Jessica. Il s'est peut-être déjà habitué à elle avant de songer à devoir faire attention. Il ouvre de grands yeux surpris sans s'en rendre compte lorsqu'elle lui avoue avoir fait une sieste sur une souche d'arbre. A cette heure-ci. Dans un lieu pareil. « Ah... » Il n'a pas d'autre mot, parce qu'il ne s'attendait vraiment pas à ça. Vraiment, elle ne cessera jamais de le surprendre, et c'est peut-être aussi ce qu'il aime chez elle. Elle est à côté de la plaque, mais le sourire qu'elle affiche en parlant laisse penser qu'elle le vit bien. Elle finit par lui faire une proposition inattendue en l'invitant à partager un pique-nique en forêt. Pour toute réponse, Andrew plisse les yeux d'un air suspicieux. « Alors tu avais vraiment prévu de passer la journée dehors malgré ce temps ? » Qui est assez taré pour quitter sa couette un samedi matin contre une balade dans la froideur de la forêt ?

Par-dessus le marché, il souligne le danger de la forêt en mentionnant les potentiels animaux sauvages qui pourraient croiser sa route. Mais Jessica comprend rapidement la blague en suivant le regard d'Andrew jusqu'à Darcy. Un rire franc et cristallin échappe à la lycéenne et étire un peu plus les lèvres du jeune Dean. Il s'efforce pourtant de reprendre son air inquiet lorsque la jolie brune refuse de le prendre au sérieux. « C'est ce qu'elles te font croire pour que tu baisses ta garde. Mais elles sont tapies dans l'ombre... » Il explique en prenant une voix alarmiste, comme pour la mettre en garde. Cependant, il n'a pas fini son show que déjà la nature lui donne raison. Un bruit se fait entendre, le rire de Jessica cesse subitement et trahit sa surprise. Elle accuse même Andrew de faire bouger les buissons (par la force de l'esprit sans doute), mais celui-ci se défend dans un murmure prudent : « J'ai rien fait... » Lui aussi a rivé son regard vers l'endroit suspect, et lorsque des grognements distincts se font soudainement entendre, Andrew n'hésite plus.

« C’est un putin de sanglieeer… » Il murmure tout bas en faisant signe à Jessica de reculer. Malheur à lui, il n’a pas fait trois pas en arrière que déjà Darcy bondit vers l’animal en aboyant. « DARCY ! » Andrew appelle en hurlant alors que déjà la suite des événements s’impose à son esprit. Ils vont mourir, chargés et piétinés par un sanglier. Le chien a rapidement fait demi-tour alors que le sanglier, surpris par la rencontre frontale, se met à pousser des cris clairement mécontents. Cet enfoiré de toutou a tôt fait de dépasser son maître qui a commencé à courir. Il faut mettre le plus de distance possible avec l’animal sauvage. Avec un peu de chance, il renoncera à les courser s’il réalise que les humains prennent la fuite. Grâce à ses grandes jambes et à son entraînement d’ancien joueur de football américain, Andrew dépasse Jessica à son tour. Il creuse la distance en l’encourageant à continuer : « Cours ! COURS !! » C’est le sprint de leur vie s’ils ne veulent pas mourir piétinés par un putin de cochon sauvage.

Et puis vient ce moment inattendu. Andrew, qui par principe pense toujours à lui en premier, jette un regard par-dessus son épaule pour s’inquiéter de la position de Jessica. Enfer et damnation. Il réalise avec horreur que la chose – bien que courte sur pattes – leur court après et plutôt vite par-dessus le marché. Alors fidèle à lui-même, il prend tout de même la peine d’informer la pauvre fille, sans ralentir pour autant : « Il nous suit ! Cours !! » Enfoiré de cabot ! Andrew se revoit l’adopter en revenant de la bibliothèque. Il se revoit quitter sa couette le matin en râlant. Il se revoit hésiter entre le chemin de l’océan ou celui de la forêt. Il revoit Jessica qui se moque de lui lorsqu’il blague sur la présence des animaux sauvages. Et il revoit ce moment terrible où ce chien stupide a provoqué le sanglier – à la base simplement de passage. Il revoit tous ses choix qui l’on conduit jusqu’à cette situation très critique, et il est trop occupé à se demander comment est-ce qu’il aurait pu éviter d’en arriver là pour remarquer la petite racine qui dépasse sur son chemin.

On dit que parfois, c’est simplement pas sa journée, et qu’il vaut mieux rester sous sa couette. C’est un jour comme celui-là qu’Andrew est en train de vivre. Lorsqu’il réalise qu’il va tomber, c’est déjà trop tard pour se rattraper. Par réflexe, il a à peine le temps de s’enrouler pour anticiper la violence de la chute. Rattrapé par le destin, le grand blond est forcé à l’arrêt alors qu’il se fracasse par terre. Difficile de dire ce qui fait le plus mal : sa cheville tordue dans la chute, ou son égo brisé par une racine perdue ? Enfoirée de forêt, sur l’instant, il rêve de la voir rasée et brûlée jusqu’à la dernière brindille. Mais rapidement, une autre préoccupation chasse son instinct rancunier : LE SANGLIER.

Jessica a tout le loisir de le rattraper et de le doubler, le laissant seul face à l’animal en furie. C’est que la bestiole a couru vite ! Il n’aura pas le temps de se relever avant d’être embroché par une défense du monstre sanguinaire. Andrew s’est retourné, bien que sonné par le choc, prêt à voir la mort en face. Même s’il trouvait la force de se redresser en toute hâte, sa cheville le ferait beaucoup trop souffrir pour démontrer sa grande aptitude à fuir rapidement selon les instructions de son instinct de survie. C’est la fin…

L’angoisse le saisit dans le regard, et c’est le moment que choisit Darcy pour faire son grand retour héroïque. Il court subitement tout droit vers le sanglier et lui saute dessus, tout crocs dehors. Il s’en suit une courte bataille pendant laquelle le cochon sauvage s’est arrêté et cherche à mettre un coup de défense au chien. Mais celui-ci est jeune et malin. Il court autour de l’animal sauvage qui peine à suivre le rythme, probablement affaibli par la course et le manque de nourriture en cette saison. Finalement, il renonce après une courte minute de bataille à peine. Une fois le monstre mis en fuite, le toutou revient fièrement vers son maître, toujours assis par terre. « Après nous avoir mis dans un pétrin pareil tu me devais bien ça ! Hein ! SALE CABOT ! » Andrew gronde mais couvre l’accusé de caresses en même temps. C’est ça, sa faiblesse ultime. Il est le serviteur de tous les animaux.

Et puis pour faire bonne figure, l’héritier Dean décide de se relever avant que Jessica ait le temps de se remettre de ses émotions et de se moquer de lui. « Est-ce que ça va ? » Il demande à la randonneuse tout en se redressant. Mais pas de pot pour lui, quand le destin a décidé de s’acharner, il ne fait pas semblant : sa cheville est toujours douloureuse. Il s’est probablement fait une entorse dans sa chute précipitée et lorsqu’il tente de poser le pied par terre, il ne peut pas retenir une grimace de douleur. « Merde… » Il serre la mâchoire un instant, visiblement en proie à une intense réflexion. Il évalue mentalement la distance qui le sépare de chez lui, et enfin il relève le regard vers Jessica. « Je crois qu’il va falloir que tu me portes. » Il déclare alors en mimant un air à la fois grave et désolé. Mais blague à part, le chemin risque d’être long. « C'est un gros pique-nique que tu as prévu ? » Il ajoute ensuite, parce que l’envie de s’asseoir dans un coin tranquille de la forêt lui semble soudainement plus enviable que celui de se taper tout le chemin du retour en sautillant sur un pied.
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MessageSujet: Re: Songe d'un jour d'hiver. [ft. Andrew Dean]   Lun 28 Mai - 22:59

La vie n'a rien de simple. La vie n'a rien d'aisé. La vie n'est qu'un enchaînement de difficultés croissantes, et surtout, elle attaque au moment où vous n'y pensez plus, manquant de vous tuer de toutes ses forces. La vie est une salope, et ça, Jessica le sait depuis toute petite, depuis son tout premier souvenir, dans ce placard trop connu, sans doute rongé par trop de larmes, à réciter une chanson qui n'a jamais rien eu d'une formule magique. La vie ne laisse de repos qu'aux macchabées. Jessica le sait mieux que personne. Et ce qui se passe aujourd'hui n'est qu'une confirmation de plus. Les grognements de la bête sauvage lui font écarquiller les yeux et c'est machinalement qu'elle fait un pas en arrière, tandis qu'Andrew marmonne l'évidence. L'animal s'extrait de son buisson, et un temps, la jeune femme se dit que tout ira bien, que cet air groggy de sommeil les sauvera tous et qu'ils auront de quoi fuir sans soucis. Doucement. Reculer lentement. Sans bruit. Aussi calmement que possible. Il n'y a aucune raison pour que le sanglier s'en prenne à eux. S'ils sont suffisamment inoffensifs, tout ira bien.

Mais comme d'habitude dans la vie de Jessica, rien ne va jamais. Au premier pas qu'elle esquisse, Darcy bondit fièrement vers ce qu'il doit penser -bêtement- être une proie. Ce n'est ni du goût de Jessica, ni de celui d'Andrew. C'est encore moins du goût de la bête sauvage qui grogne aussi fort qu'elle le peut et... charge de toutes ses forces. Son partenaire de galère n'a pas besoin de le lui dire deux fois : Jessica se met à courir et se découvre un don pour l'athlétisme. Elle refuse de mourir d'une façon aussi stupide. La vie est-elle si sadique qu'elle veuille la faire trépasser sous les sabots d'un sanglier alors qu'elle résiste quotidiennement à la violence de son existence ?!

Dans son dos, les grommellements du sanglier s'accentuent. C'est qu'il gagne du terrain, sur ses quatre pattes lancées au galop. Jessica le maudit, lui et toute cette matinée qu'elle espérait si belle et si tranquille. Elle maudit également le chiot d'Andrew, qui s'est pris pour un prédateur alors qu'il n'a fait que les transformer en proies. Elle maudit le hasard qui a fait passer le cochon sauvage précisément à leurs côtés, et prie tout ce qui peut bien se trouver aux cieux de les sauver de ce mauvais pas. C'est l'instant précis que choisit Andrew pour chuter sur une racine. Jessica le prend comme une attaque personnelle. Celui qui vit en haut la déteste précisément.

Le temps qu'elle s'en rende compte, la jeune femme l'a déjà dépassé, entraînée par tout l'élan qu'elle accumule depuis quelques centaines de mètres. Faire demi-tour lui demande tant d'effort qu'elle a tout juste le temps de voir passer Darcy, comme une flèche. Le chiot s'est soudain mué en héros et lorsque Jessica atteint Andrew, le sanglier nasille sa défaite en s'enfuyant. Mue par un courage illusoire, elle ouvre la bouche et hurle à l'animal vaincu.

« C'est ça ! Va-t-en ! »

Lorsque le sanglier leur lance une dernière oeillade, son cœur loupe un battement. Heureusement pour elle, il ne s'agissait là que d'une coïncidence. Darcy, quant à lui, revient fièrement vers son maître, trop heureux d'être la raison de leur survie. Ce qu'il oublie, c'est qu'il est aussi la cause de leurs malheurs. Mais ni Andrew, ni Jessica ne lui en veulent vraiment, comme en attestent les trop nombreuses caresses reçues par le chiot de la main de son maître. Reprenant son souffle, Jessica s'apprête à aider le concerné, mais celui-ci a tôt fait de faire le fier et de se relever sans aide. Idiot.

« Moi oui. Toi, par contre... »

Elle indique la cheville de son ami d'un doigt. Celle-ci, rouge et enflée, implore une pause qu'ils ne pourront pas lui offrir avant un moment. Andrew adopte alors la moue la plus grave de tout son répertoire et décide de s'amuser de la situation.

« Puisque tu le demandes... »

Jessica se baisse, une lueur d'amusement dans le regard, et fait mine de passer son bras sous les jambes d'Andrew. Elle éclate ensuite de rire, mais retrouve bien vite son sérieux.

« Oui, j'ai de quoi te nourrir, Andrew Dean. Je prends toujours deux sandwichs. »

La vérité, c'est qu'elle espère, très secrètement, peut être même inconsciemment, rencontrer Andrew au détour d'un chemin, depuis quelques semaines. Un sourire se glisse subrepticement sur ses lèvres tandis qu'elle glisse un bras -pour de vrai, cette fois- autour des épaules de son ami.

« Par contre, on va à l'hôpital, là. On ne va pas continuer la balade, ce sera pour une autre fois. »

C'est sans lui demander son avis qu'elle l'entraîne comme elle peut en direction du sentier préalablement abandonné.

« Mais tu auras droit à une pause toutes les dix minutes, si tu ne râles pas trop. »
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MessageSujet: Re: Songe d'un jour d'hiver. [ft. Andrew Dean]   

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Songe d'un jour d'hiver. [ft. Andrew Dean]
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