Dans la petite ville d'Aster Cove, des choses étranges se passent...

 
AccueilAccueil  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Event#3 - Funeral

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2, 3  Suivant
AuteurMessage
Admin
avatar
Messages : 131
MessageSujet: Event#3 - Funeral   Ven 9 Fév - 22:51

Rappel du premier message :


Visages tristes de circonstance et silence de plomb. Le ton est posé et l'ambiance n'est certainement pas à la plaisanterie. Ils sont nombreux à s'être rendus au funérarium pour assister à la cérémonie. Les habitants d'Aster Cove défilent sur le parvis et dans le hall d'entrée, la mine grave. Ils piétinent, ne sachant trop où se mettre, comme s'ils n'osaient pas s'avancer de trop près, de peur de devoir affronter la vérité en face. Cette cérémonie funèbre vient mettre un terme à un événement terrible qui a secoué la communauté en cette fin d'année 1984 et c'est un peu pour faire leur deuil et pour laisser derrière eux ces sombres mois que tous les habitants de la ville sont venus dire un dernier au revoir à Amelia Pike.

Mais est-ce vraiment la fin ? Observez ce groupe de vieilles dames massées dans un coin et les regards voilés qu'elles jettent à la famille. Les commérages vont bon train, chuchotés à voix basse derrière des mouchoirs en dentelle. Tout le monde joue le jeu mais personne n'est dupe. Ce soir, chacun rentrera chez lui mais rien ne sera rentré dans l'ordre. On murmurera toujours dans les maisons, on regardera toujours par dessus son épaule, comme si le coupable de ce crime atroce n'avait pas été arrêté et mis sous les verrou. D'ailleurs, est-on véritablement certains que Wyatt Barrow soit le coupable de toute cette histoire ? Et pourquoi attendre des mois pour des funérailles? Officiellement c'était pour les besoin de l'enquête, mais qui sait en vrai?

Vous êtes venu mais l'impression tenace que rien n'est fini vous hante. Il y a quelque chose. Vous êtes incapable de mettre le doigt dessus mais quelque chose vous dérange. Est-ce l'atmosphère étouffante ? Le ciel gris et lourd de ce mois de février qui semble peser sur vous de tout son poids ? Ou tout simplement votre imagination trop fertile ? Difficile à dire. Mais tout semble trop bien orchestré. Les fleurs artificielles qui débordent autour du cercueil, une photo de la disparue souriant de toutes ses dents, la famille silencieuse mais digne. Vous avez l'horrible impression d'assister à une pièce de théâtre dont vous êtes le pion.

Mais il est trop tard pour faire marche arrière, vous êtes déjà là. Le dernier acteur de la pièce s'est avancé et le rideau est sur le point de se lever.

Citation :

- Event guidé par maître de jeu qui interviendra tous les dix jours.
- Prochaine intervention du PNJ: le 20/02

Event #3 -
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://astercove.forumactif.com

AuteurMessage
avatar
Messages : 61
Emploi : Apprenti directeur au sein de l'entreprise familiale.
Sur ton walkman : Bringin' On The Heartbreak - Def Leppard
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Sam 24 Fév - 0:20

On a rarement vu l'héritier Dean plus agacé. En un regard, on comprend qu'il ne faut pas lui parler. En fait, voilà plusieurs jours qu'il mijote dans une colère sourde pour finalement exploser aujourd'hui.

D'abord, il y a son père, qui le cuisine depuis que la date de la cérémonie a été annoncée officiellement. Selon lui, il fait bien d'être présent à un événement de cette ampleur. Transmettre ses condoléances et se montrer respectable, voilà ce que le père Dean attend de son fils. Rien de plus, rien de moins. Lorsqu'Andrew avait tenté de protester, la discussion avait été sans appel. Ainsi vont les choses dans cette famille, tout est dans la représentation. Il faut avoir l'air bien, alors Andrew va à cette putin de cérémonie.

Pourtant, le jeune Dean déteste cet endroit, le funérarium. A dire vrai, il n'y a pas remis les pieds depuis la mort de sa mère il y a des années. Y retourner contraint et forcé, c'est une punition des plus injustes à ses yeux. Il redoute ce lieu comme la peste, même s'il n'en dira rien. En plus de ça, Andrew n'était pas vraiment proche d'Amelia Pike. Il la connaissait même à peine, par l'intermédiaire de Victoria, qui l'avait profondément gonflé avec des histoires cheloues au sujet de ce meurtre. Au final, Vicky avait bel et bien pété les plombs à ce sujet, puisque ce n'était rien d'autre que ce looser de Barrow qui avait fait le coup.

Et puis cerise sur le gâteau, il y a Mackenzie. Cette petite garce rousse qui le fait courir dans toute la ville sans daigner donner signe de vie à qui que ce soit. Andrew était censé passer la chercher chez elle avant la cérémonie, mais après avoir interrogé tous les visages qu'il avait pu y croiser, il est devenu clair que personne n'a aperçu la fille de la journée. Elle a pété les plombs Vicky's style ou quoi ??

C'est donc avec le monde contre lui et sans Mackenzie qu'Andrew arrive en retard au funérarium. Il claque la porte de sa voiture comme si elle était coupable, et avale la distance qui le sépare encore de la porte d'entrée en quelques pas fâchés. Rien ne semble pouvoir calmer la tornade qu'il est devenu, pas même ce sentiment de malaise qui le prend quand il pose une main sur la poignée. Il met ça sur le compte des mauvais souvenirs qui menacent de resurgir et pousse la porte sans ménagement.

Il entre sans discrétion et à grands pas. On aurait pu le croire pressé de prendre place, mais son regard noir ne témoigne d'aucune gêne. Il lui faut encore quelques secondes pour comprendre que quelque chose ne va pas. Le portait d'Amélie Pike est fracassé, le prêtre atterré, et la foule bouleversée. De toute évidence, Andrew vient de rater quelque chose de gros. Il hausse un sourcil. Son regard change pour l'incompréhension, balaye à nouveau la foule, et s'arrête sur quelques visages connus - tous plus ou moins choqués.

Lorsqu'il repère Victoria, aussi chamboulée que les autres sinon plus - quelle surprise -, il s'approche sans une hésitation. "Hey, t'as pas vu Mackenzie ?" Il l'interroge sans s'inquiéter un instant des larmes qui roulent sur ses joues alors que sa mère la conforte. Vicky est la dernière personne qu'il n'a pas encore interrogé dans sa recherche intensive de Miss-Univers-qui-se-fait-désirer. Alors profondément gonflé par ce début de journée où rien ne va comme il veut, il ne se doute pas un seul instant de la cause réelle de la détresse de Vicky. A vrai dire, il en a de toute façon rien à foutre.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
avatar
Messages : 241
Emploi : Aucun.
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Sam 24 Fév - 0:39


Funeral
« La mort détruit mais la vie dégrade. »

« Tu vois, Jessica. Les monstres sont toujours là où on ne les attend pas. Personne ne viendra te sauver. »

Personne. Il n'y aurait personne pour la sauver. Personne ne regarderait, personne ne s'inquiéterait de la voir porter des pulls en été, personne ne relèverait les cernes sous ses yeux, personne ne se poserait la question de savoir pourquoi elle boitait ou pourquoi elle évitait de poser le bras sur la table.  Personne ne creuserait la question, et encore une fois, la douleur serait la plus forte. L'horreur la submergerait, et les ténèbres se refermeraient sur elle, comme toujours.

Personne. Il n'y aurait personne pour la sauver. Il y aurait des gens pour la martyriser en dehors de chez elle, pour ne pas réagir, pour rire de ses souffrances ou pour appuyer dessus, volontairement ou non. Il y aurait des regards curieux, des sourires en coin, et l'effroyable solitude au milieu de la foule. Il y aurait la peur au ventre, les retours aux casiers, le désir de fuir, loin de chez elle et à tout jamais, mais il n'y aurait jamais personne pour la protéger. Rien qu'un peu, rien qu'une fois, pour lui permettre de respirer, de trouver un peu d'air au cœur de ses suffocations, de regarder l'espoir en face et pour une fois le saisir. Il n'y aurait personne pour elle, comme il n'y avait eu personne durant toutes les années passées. Il n'y aurait personne pour elle comme il n'y avait eu personne pour sa mère. Sa mère, qui l'avait abandonnée, jetée en pâture dans les bras d'un monstre qui la tirait toujours davantage vers une obscurité grandissante. Viendrait un temps où elle n'en pourrait plus. Viendrait un temps où tout ça serait trop lourd. Elle avait toujours craint cet instant, et tout autour d'elle lui soufflait qu'il était venu.

Elle n'aurait jamais rien connu, au final. Jamais rien d'autre que la souffrance, les coups, et la perte. Elle n'aurait jamais rien vécu d'autre que l'horreur, les pleurs et la mort. Elle aurait goûté à toutes les ténèbres d'un monde en une fois et n'en aurait jamais vu la lumière autrement que par de rares sourires échangés avec des personnes tout aussi rares. Elle n'aurait jamais connu l'amour ou les amitiés si violentes qu'elles en déchirent les âmes pour les recoller ensemble. Elle n'aurait jamais connu les études dont elle rêvait tant, elle n'aurait jamais quitté Aster Cove et n'aurait jamais réussi à se souvenir d'autres choses que du malheur de son existence. Elle n'aurait jamais rien eu d'autre que de la souffrance, à loisir, à volonté, sans autre prix que ses larmes.

Ce n'était pas une vie. Ça n'en avait jamais été une. Ce n'était pas juste. Ça ne le serait jamais plus.

« Prête pour le grand saut... ? »

Non. Elle n'était pas prête et ne le serait jamais. Elle n'avait pas envie de mourir, pas après avoir souffert autant de temps pour si peu de moments de joie. Elle n'avait pas envie de finir comme sa mère, triste et malheureuse au point d'en appeler la mort de toutes ses forces. La flammèche d'espoir qui avait réussi à se faire une place au cœur d'un océan de douleur brillait comme elle le pouvait, illuminant les contours d'une obscurité grandissante et dévorante. Non. Elle n'était pas prête. Elle ne voulait pas de cette fin-là, pas aujourd'hui, pas demain. Elle voulait vivre, ne pas mourir, continuer de croiser le regard d'Ange pour rire des tâches bleutées qui recouvraient leurs deux corps, continuer de se perdre dans le sourire d'Andrew lorsqu'il décidait de crâner, continuer de rêver de toutes ces universités qui la sortiraient de l'horreur et respirer. Respirer même quand ça faisait mal à en crever, respirer pour se rappeler qu'elle existait et qu'il y avait un espoir, un jour, celui de quitter cet enfer pour ne jamais y revenir. Respirer pour continuer de lire, de se perdre dans tous ces mondes qu'elle ne visiterait jamais, dans tous les aspects de l'histoire pour mieux la revivre, dans tous ces rêves qu'elle nourrissait tout au fond de son âme, ces rêves si protégés qu'elle-même ne les voyait pratiquement jamais. Respirer, elle le voulait, du plus profond de son être, elle le voulait plus que tout le reste, elle voulait respirer pour espérer. Jessica n'avait jamais été heureuse. Jessica ne méritait pas de mourir maintenant, et ce fut ce maigre flambeau, naissant, presque timide, qui lui permit de relever un regard quasi mort.

« N-non... »

Sa voix était faible, n'était qu'un murmure au milieu du néant, mais elle résonna suffisamment pour que le monstre l'entende. La réaction fut immédiate et lentement, il s'arrêta. La chaise retrouva ses quatre pieds et Jessica se remit à trembler. Autour d'elle, l'air se satura de tension.

« Pardon Jessica... ? »

Le silence retomba sur eux comme une chape de plomb. Un temps, il n'y eut plus que lui, coupé uniquement par les respirations des deux présents. Puis, progressivement, le bruit des sanglots revint.

« J-je... »

Il s'accentua tout en douceur, à mesure que la peur, elle, reprenait le trône d'où elle avait été éjectée par l'espoir.

« J-... »

Les larmes ne se firent pas prier pour maculer des joues qui n'avaient jamais séché. Elles ruisselèrent sur un territoire déjà conquis depuis longtemps. Et derrière elle, Jessica put deviner un soupir. Elle connaissait ce soupir. Il était le signe qu'elle dépassait les limites, qu'elle ne pourrait pas se protéger, pas désamorcer la bombe et qu'il était déjà trop tard. Son corps entier se crispa pour accueillir un coup qui ne vint pas.

« Pardon. Jessica. »

Deux mots comme autant de lames. Deux mots qui tranchèrent le peu de silence restant pour lui faucher la vie aussi durement que possible.

« J-je ne v-veux pas... »

Un peu d'un courage rebelle refit surface et les mots chutèrent des lèvres terrifiées pour rencontrer l'attention d'un monstre qui n'avait jamais rien eu d'un père.

« Tu ne veux pas. »

Le ton utilisé n'admettait pas d'interrogation. Il était froid, cassant, déjà violent avant même qu'il ne devienne tangible. Le ton utilisé était une menace à lui seul, plus physique encore que ne seraient les coups, plus terrible encore que ne seraient ses craintes.

« Tu ne veux pas, Jessica. »

Un énième frisson parcourut les épaules de la jeune femme. Puis le monstre éclata de rire. Ce fut un rire lent, traumatisant en ce qu'il ne semblait pas avoir de fin et terriblement cassant. C'était l'un de ces rires qu'ont les clowns lorsqu'ils frisent avec l'horreur. Le monstre ne frisait pas avec l'horreur. Il était l'horreur.

« Tu ne veux pas ! Tu ne veux PAS ! »

Le rire reprit, entrecoupé par cette unique phrase. Il s'interrompit après quelques minutes qui lui semblèrent être des heures, aussi brusquement qu'il avait commencé.

« Mais Jessica, je n'en ai rien à faire, de ce que tu veux ou non. Je suis ton père, ma pauvre fille. Et à ce titre, j'ai tout pouvoir sur toi. »

Il allait la tuer. Cette fois, c'était certain, et le cœur de Jessica se serra. Presque mollement, elle tenta de quitter cette chaise d'où elle ne parvenait à rien, en vain. Et alors qu'elle remuait, celle-ci se pencha de nouveau, prête à repartir vers ce qu'elle devinait être la fin de tout. Alors, il se produisit quelque chose d'impensable, que Jessica n'avait jamais osé faire, pas même en pensée. Alors que le monstre redémarrait, alors qu'il repartait vers un monde qu'elle se refusait à accepter.

« N-NON ! »

Ses bras se levèrent et cherchèrent à arracher les mains de celui qu'elle craignait plus que tout au monde. Ses bras se levèrent et cherchèrent à repousser celui qui l'emportait vers l'oubli.

« J-je ne veux pas, je ne veux pas mourir, j-... »

Mais ses mains ne rencontrèrent que du vide. Jessica écarquilla les yeux tandis que son cœur loupait un battement. Dans son dos, le souffle s'éteignit, puis reprit, sifflant. Autour d'elle, l'obscurité se perça de lueurs, vagues et mouvantes. Le néant s'émietta, et le souffle prit de l'ampleur pour devenir une voix. Cette voix devint de plus en plus aiguë avant de se briser dans un cri qui se répercuta en milliers d'autres. La chaise retomba brusquement, comme si elle n'avait jamais quitté le sol. Les lumières percèrent un peu plus du néant agonisant et Jessica ferma les yeux, de peur de rencontrer un spectacle pire encore que celui qu'elle venait de quitter. Sur ses joues, elle sentit la trace encore salée de trop de larmes. Sur sa langue, elle sentit le besoin de boire, né d'une peur trop intense. Tout n'avait été qu'illusion. Le monstre ne la tuerait pas ce soir. Tout n'avait été que mensonge. Elle n'était pas seule dans la salle. Il n'y avait rien eu de tangible. Tout allait bien. Tout. Allait. Bien. Un soupir de soulagement quitta les lèvres de Jessica, qui souhaitait plus que tout au monde se rassurer et se convaincre qu'elle ne craignait plus rien.

Mais tout autour d'elle, les voix hurlaient de peur et son cœur, malgré tous ses soupirs, ne parvenait pas à refréner l'allure folle qu'il avait fini par acquérir. Jessica ne savait ce qu'elle trouverait lorsqu'elle ouvrirait les yeux, et l'idée de rester là, dans son ignorance, mordit un peu de son courage.

Puis deux bras saisirent ses épaules pour la secouer aussi violemment que certains soirs dont elle refusait de se souvenir. Prise de court et paniquée à l'idée d'un retour dans le monde cauchemardesque qu'elle venait de quitter, Jessica ouvrit aussi brusquement que possible son regard resté clos.

Alors, ce qu'elle vit la fit hurler aussi fortement que les autres.

Celui qui la maintenait de force n'était nul autre que son père.

code by bat'phanie
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
bee nice
Messages : 214
Emploi : ❝ étudiante (senior), cheerleader (voltigeuse), déléguée, et private investigator extraordinaire.
Sur ton walkman : ❝ for what it's worth, buffalo springfield (1967)
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Sam 24 Fév - 2:18


1. APOCALYPSE


Claire ne se souvenait même pas de la dernière fois où elle avait assisté à des funérailles. Peut-être même n'y était-elle jamais été, après tout. On entendait parler des pertes humaines aux informations, à Aster Cove, ou dans les films, ou à la radio. Jamais vraiment on était confronté à la tragédie, et même si le choc de perdre des dizaines de disparus avait frappé deux ans auparavant, la plupart des habitants, dont la jeune blonde, osaient garder espoir. Espoir que les enfants n'auraient à enterrer leurs parents qu'une fois leur tête grise, espoir que ces enfants n'auraient pas à pleurer leurs amis avant leurs grand-parents. Claire envoya un regard douloureux d'empathie à River, la belle brune au regard stoïque un peu plus loin. Elle ne sembla pas remarquer. Même si ça faisait mal d'admettre le décès d'Amelia, il serait cruel et inconsidéré de même croire qu'aucune jouvence d'Aster Cove n'avait connu de drame. La voltigeuse se mordilla la lèvre, prise d'une vague de tristesse. Il n'y avait même aucun goût de victoire au fait que la police ait trouvé le meurtrier de la petite Pike, et de ce fait, qu'ils avaient relâchées leurs suspicions de la famille Shepard. Non, parce que Claire, elle l'aidait en maths. Claire, elle avait grandi dans le même coin, elle l'avait invitée à au moins un sleepover. Et ça faisait mal, à dix-sept ans, de se rendre compte à quel point elle avait des regrets, et des remords à s'en pendre avec. Elle enfonça ses ongles manucurés à la parisienne dans ses paumes, volontaire de colorer les croissants immaculés de rouge. Profonde inspiration. Elle avait mal, entre les parois de sa myocarde. Avoir découvert les secrets que partageaient Scott et Amelia lui faisait encore mal. Mais ça n'était plus une douleur cuisante, éprise, mais plutôt une sourde infamie teintée de mépris pour son copain. Amelia, elle, était morte. Lui, le vrai monstre, ne torturerait personne encore longtemps, Claire se le jura. Elle le laisserait seul, parce qu'il en était temps, et elle s'arrangerait pour devenir une meilleure personne. Lorsque le prêtre se mit à rédiger ses paroles, un discret sourire ensoleilla le visage de l'Abeille, illustré d'une larme de soulagement qui lui roula sur la joue. Salut, se dit-elle en silence. Je suis heureuse de faire ta connaissance, nouvelle Claire. Et ravie que nous soyons enfin, après toutes ces années, douces envers nous-mêmes. L'adolescente leva les yeux vers sa mère, vers son père, et se promis de ne jamais finir comme eux.

De ne jamais se laisser brimer par l'existence, à défaut de rechercher le bonheur.

Elle oublia presque de calmer ses espoirs soudains dans un moment aussi inapproprié. La jeune fille remarqua de nombreux visages connus, qu'elle s’empresserait d'accoster une fois les dures épreuves passées. Elle avait perdu une amie, officiellement, aujourd'hui. Mais Vicky méritait un têt-à-tête. Jessica, un biscuit. Et Claire ? Claire, elle méritait une nouvelle existence.

Alors que les paroles religieuses glissèrent vers son âme, elle joint ses mains pour se recueillir quelque part au Paradis. D'une main astrale, elle guida Amelia vers le royaume meilleur. D'un souffle éthéré, elle lui chanta une berceuse pour la rassurer. D'une prière, se donna un peu de courage. Au revoir, mon amie. Au fond, elle considérait Amelia plutôt comme une protégée, en tant que membre du conseil étudiant. D'une certaine manière, elle avait failli à sa tâche, peu importe si cette protégée l'avait blessée. Je te pardonne pour tout, et vas en paix. Ces paroles lui allégèrent son fardeau, même si elle savait les funérailles plus pour les vivants que pour les disparus.

D'un bras, elle entoura les épaules de son petit frère. De son point de vue, le pauvre enfant devait être bien chamboulé, alors qu'il ne désirait sûrement que retourner à l'arcade. Il lui sembla sur le coup bien loin, si loin qu'elle dû étirer les doigts pour l'enlacer. Claire fronça les sourcils. Il lui semblait également relever une discrète odeur de terre humide. Le discours du curé lui paraissait plutôt lointain, comme les paroles parasitées d'une radio laissée dans une autre pièce, plutôt semblable à une douce mélodie qu'aux dictons prêcheurs. Et la musique, magnifique, hélait les cieux à la recherche d'une salvation honteuse. Il lui semblait même entendre les anges. On dirait qu'ils voulaient la contacter, lui murmurer un message d'un langage si ancien qu'il en perdait tout sens, et elle reconnu presque le chuchotement au creux de son oreille.

Elle ferma les yeux de délice illuminé, et quand elle les rouvrit, son frère avait disparu.

La pénombre était devenue plutôt dense, mais la main de la jeune fille reposait le long de son corps, et il n'y avait aucune trace de son benjamin. Peut-être n'arrivait-elle pas à voir aussi bien qu'elle ne le pensait dans la soudaine noirceur (elle était pourtant certaine d'être arrivée en journée). Peut-être aussi avait-il fui pour un peu de liberté, mais quand Claire se retourna pour en faire part à sa mère, ses parents aussi s'étaient volatilisés.

Ça n'était rien. Elle lâcha un rire nerveux. Ils étaient quelque part, proche. Seule l'ambiance maussade pouvait être responsable, ou cette commotion cérébrale qu'une chute de cheerleading lui avait refilé deux ans plus tôt. Même si les tripes de la jeune fille se tordirent d'une inquiétude bizarre. Les dents serrées, elle lâcha un sourire poli à Vicky dont elle croisa le regard.

Et profitant d'une fraction de seconde d'inattention, le Papillon Bleu s'effaça.

Claire lâcha un glapissement estomaqué. Aucun doute possible, cette fois. Son ancienne amie s'était dématérialisée sous ses yeux, avalée par l'obscurité vorace dont les doigts glacials lui remontaient le dos. À droite, à gauche, les gens étaient arrachés à l'existence, une expression placide toujours sur le visage. Terrifiée à l'idée que son tour ne vienne, elle recula vers un mur qui ne vint jamais.

Et bientôt, les ténèbres avaient dévoré tout le monde.

À dire vrai, il n'y avait aucune église non plus.

La blonde couinait pour de l'air, tentait de calmer la terreur confuse qui venait de l'assaillir. Son corps entier tremblait, secoué de profondes remises en question. Un esprit désespéré qui sautait d'explication en explication, seulement interrompu par l'horreur d'en avoir aucune. Autour d'elle, il n'y avait plus que l'obscurité vide, éternelle. Et jamais, jamais, n'avait-elle été aussi seule.

Oh, non...

Elle leva les yeux au ciel (absent, muet, comme tout autour). Sa vue brouillée de larmes de panique semblait créer des reflets signes de faux espoirs constants. Était-ce la fin des temps ? Claire était croyante, mais elle avait toujours préféré voir le monde sous un œil scientifique, préférant entendre en métaphores ce que son entourage se répétait avec ferveur. Jamais elle n'aurait cru à la Fin des Temps telle qu'annoncée. Elle prit sa première profonde inspiration.

La Rapture.

Si c'était le cas, ça voulait dire qu'elle était laissée derrière. Elle coupa court à ses pensées. Je ne dois pas être une aussi mauvaise personne, tenta-t-elle de se rassurer.

L'adolescente, les bras autour de sa robe noire au collet blanc, se résigna à s'enfoncer dans les ombres. Il n'y avait rien d'autre à faire. Sinon espérer que les réponses tomberaient du ciel, et elle se retrouvait plutôt méfiante de ce qui viendrait du ciel, dans les prochains instants.

Si seule.

Ça ne lui parut pas si ridicule. D'être la dernière sur Terre. Si la Terre existait toujours.

La pénombre, loin d'être confinée, donnait l'impression d'être si immense qu'elle en était inenvisageable. Si... vide. Si... vulnérable.

Claire n'aurait pu affirmer à partir de quand elle remarqua qu'elle était suivie.

Elle avançait à tâtons, dans l'inexistence totale, depuis un moment lorsqu'un insidieux froid prit le contrôle. Son corps entier était crispé, ses muscles douloureux de la réalisation que quelque chose rôdait. Elle se mit à progresser plus vite, de plus en plus inquiète. La vérité semblait sur le point d'être révélée, comme un secret dont la réponse est connue de tous mais trop taboue pour être proférée.

Il était là avec elle.

Il était déjà trop tard. Claire ne pouvait plus s'enfuir. Déjà tout près, si près.

Une main lui saisit brutalement les cheveux et lui tira la tête vers l'arrière. Impossible de résister. Non, non, non, non...

« Shh, shh, shh...  »

Un frisson de terreur accompagna les sifflements doucereux au creux de son oreille. Il envahissait son être, ses lèvres frôlaient les petits diamants à ses lobes, sa cruauté suintait jusque dans son corps à elle. Elle tenta de faire un son, n’importe lequel, de pousser un cri à l’aide alors qu’elle sentait son heure approcher ; mais, dans la noirceur, seul le silence lui demandait écho. D’un geste poisseux du visage, il vint baiser le bas de sa nuque, secoué d’un rire répugnant.

« Tu t’attendais à quoi, Claire ?  »

Sa voix grinçait, rauque et incapable de sortir un véritable bruit. C’était la voix d’un monstre.

« Tu t’attendais à être différente ?,  » siffla-t-il. « Tu pensais… Haha. Hahahaha. HA. HA. HA. Tu pensais être… meilleure que moi ?  »

Elle secoua la tête. Impossible de dire si elle répondait à la question ou refusait de croire ce qui se passait ; elle-même n’en était pas certaine.

« La Rapture est venue, et tu es toujours derrière. Avec moi. Nous deux, seuls. C’est plutôt poétique, tu trouves pas ? Et ça en dit long sur t’es qui. C’est pas grave, je sais que j’ai fait du mal, aussi. On s’équilibre, même si j’suis plutôt admiratif des horreurs que tu peux sortir.  »

Il éclata de rire dans sa non-voix. Son corps poisseux semblait vouloir dissoudre celui de la jeune fille, marionnette entre ses mains acérées. Des mains qui avaient déjà fait tellement de mal. Les sanglots secouèrent violemment le corps de Claire, le visage figé sous le choc.

« Toi, moi, et la Fin des Temps.  »

Impossible de crier.

« Shhhhh… Tu sais que je préfèrerais te voir morte plutôt qu’à quelqu’un d’autre. Maintenant, personne peut se mettre dans notre chemin. Oh ! Je veux te montrer quelque chose.  »

Impossible de refuser.

Scott la menait comme une poupée de chiffons, ou une chienne en laisse. La gorge sèche, Claire devait suivre du mieux qu’elle le pouvait les mouvements soudains et brusques de la main de Scott, toujours agrippée à sa tête. Elle se sentait désacralisée. Utilisée. Moins importante qu’un jouet.

La blonde ne savait pas comment il pouvait se retrouver dans le vide absolu, dans les ténèbres totales. Pourtant, il avait un but, un objectif précis : il serpentait entre des parois imaginaires, évitait des obstacles invisibles, et la menait de plus en plus loin. Puis, après quelques minutes, sembla trouver satisfaction.

Devant eux, un étang d’encre noire, à l’eau miroitante et immobile. Comme s’il avait été découpé d’un magazine pour être collé sur un tissu d’antimatière, il se découpait parfaitement des ténèbres. Même si tout dans l’être de Claire lui hurlait que les ténèbres étaient dix fois plus épaisses dans cette eau stagnante, sinon en provenaient. Et l’origine même de l’Apocalypse, contenue dans un espace si petit, c’était une pensée qui lui donnait la chair de poule.

« Regarde-nous...  »

Elle n’eut le temps de rien faire avant de se faire lancer de l’autre côté du miroir.

Claire plongea tête première dans le liquide d’obsidienne, beaucoup plus épais que de l’eau. Le  contact avec l’épaisse glue lui provoqua un violent haut-le-cœur, comme si le simple fait de toucher cette aberration était contre-nature. Puis, elle se sentit tirée vers le fond alors que l’étang prit la forme d’un million de bras d’ombre, à la texture d’un organique dérangeant. Comme les hurlements de toutes les âmes damnées, au plus profond des niveaux de l’Enfer, elle fut par la suite poussée vers le haut.

La jeune fille surgit de l’eau comme si le monde s’était retourné à l’envers, poussée du bas vers le haut. Elle toussa l’épais liquide noire, croyant même y voir des ongles, mais fut rapidement ramenée à ce qu’il y avait devant elle.

Un temple d’argile et de paille, rudimentaire et couvert d’idoles répugnantes qui grouillaient d’asticots. Et au sommet, un Scott déformé.

Levant les bras vers le ciel, la glaise qui composait son corps tombait en claquements mous sur le sol. Son visage frappé de clous semblait sourire malgré le sang qui y suintait, dansant au rythme du chœur des anges que Claire avait entendu plus tôt.

« Je suis dans tout ce que tu touches, ma douce. Jamais tu ne pourras fuir mon influence. Je revêts le visage de tous, et rampe dans l’obscurité vers ta couche. Regarde-moi, créé de l’argile, golem qui doit la vie à un souffle clément. Tu m’as créé, Claire. Je suis ton prince, ton roi, ton fils. Ton dieu.  »

Et une force titanesque la força à s’agenouiller.

À le vénérer.

À l’adorer.



« J͇̭ͦͧͤḘ̠̫̫̪̫͂ͮ͞ ͈̪̼̇̈́͊͋͛ͩ͟S̲̦U̹̙̤ͦ̃͡I̩̘̯̻̬̒̎͑̏͜S̼̩̣̥̋ ̶͕̩͌̋̉ͧ̔̉͊L̴̤̱̜̺̙̘̒̾̽ͨE͇̱̠̹̻̎̐ͅŠ̮́̏ͬ͐ͣ͟ ̷̗̣̳̇͋̽͋̓T̰̬͇̦͚Ḙ͉̼̙́ͫ̄̕N̙͕ÈͨB̹͓̦̆͆ͨ̌͑̚R̥ͬ̿ͫ̎E̞̜͓̣̺̲ͫͭ̆̏͠S҉̦͎̺͖ ͦͫͤ̈̕É̻͎͋L̹̥͓͚̻͉͍ͨͪ͌͜L̼̆͗ͧ͒ͮ̌E̫͆̈́̉̀S̨̲̪̾ͤ-̸̤̖͖̻͚͙́̒ͥͫ̓M̲̻̰̊ͮͯͪͧ̉Ể̖̟̖͌ͩṂ͙̯͔̻̘͊͋̌E͇͈̺͚̺̒̈́ͣ̅́S̘̰̯̽̀̎ͩ.̛̜͖͈̰̭̜̻͗͌͐  »


AVENGEDINCHAINS

_________________
courage is grace under pressure.
ernest hemingway
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
avatar
Messages : 282
Emploi : Zoologiste de formation, il écrit des articles pour un magazine spécialisé
Sur ton walkman : Bad Moon Rising des Creedence Clearwater Revival
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Sam 24 Fév - 9:34

FuneralEvent
Like those who curse their luck in too many places
And those who fear a loss
( → Shape of my heart )
•••


Il s'était bien vite désintéressé de la cérémonie, le discours du prêtre se transformant en un bruit de fond sans rime ni raison alors que son regard parcourait l'assemblée, détaillant chacune des personnes qu'il croisait. Qui pleurait ? Qui affectait un air triste de circonstance ? Qui avait perdu le fil ? Drôle de situation un peu surréaliste que de voir tous ces gens réunis par les circonstances, chacun avec sa motivation propre qu'il se garderait bien d'étaler au grand jour. Mais le mensonge n'était pas aussi discret qu'ils l'auraient voulu. E la sienne alors ? Lui aussi comme beaucoup d'autre n'était venu là que pour céder aux conventions. Parce que ça faisait bien et qu'il n'avait pas le choix. Cela ne faisait-il pas de lui un menteur comme tous les autres ?

Et puis la situation avait basculé sans prévenir. Il aurait du s'en  rendre compte, les signes étaient pourtant là. Mais perdu dans ses pensées, Joshua était passé à côté de l'atmosphère étouffante qui s'était doucement installée. Pas remarquées les bougies qui s'éteignaient les unes après les autres. Encore moins l'agitation qui gagnait tout doucement la foule. Non. Ce qui le tira brutalement de ses pensées fut le grognement qui déchira l'air. Il ne l'avait pas entendu depuis plus de quinze ans mais le souvenirs était inscrit en lui si profondément qu'il ne l'avait jamais vraiment oublié. Joshua se figea, tétanisée. Soudainement, il avait de nouveau douze ans et il n'était qu'un petit garçon terrorisée, une nuit de nouvelle lune, au fond des bois de Forest Pine. Et la bête était de retour. Ce fantôme avait attendu, tapie dans l'ombre de ses souvenirs, pour ressurgir. Et son heure était venue.

Il se retourna sur son siège, avec l'étrange sentiment d'évoluer dans un film au ralenti. Pénombre au sein du funérarium, la nuit était tombée au dehors et avec les bougies soufflées, ne subsistaient plus que les ombres incertaines des gens qui l'entouraient. Mais Joshua ne s'en rendait pas compte, son regard était fixé sur la silhouette qui remontait l'allée. Son pas était lourd et ses griffes grattaient le sol au son de ses grondements qui n'avaient rien d'animaux. Elle était de retour. Elle allait accomplir ce qu'elle avait échoué à faire des année auparavant, se saisirait de lui et l'entraînerait au loin pour ne plus jamais le relâcher. Et le petit garçon serait porté disparu pour toujours. Peut-être qu'il deviendrait comme l'un des douze ? Qu'on le chercherait pendant quelques semaines avant de l'abandonner parce qu'on avait conclu qu'il ne reviendrait pas ? Il se senti soudainement tout petit, si tétanisé qu'il ne parvenait pas à fuir. Pour aller où ? Trop de monde autour, trop de gens tout aussi en danger que lui. Mais elle était là pour lui et seulement lui. Joshua en était intimement persuadé. Ce rendez-vous raté vieux de plus de dix ans, ils allaient le rejouer ce soir.

Et brutalement la bête fut sur lui. Elle avait bondi en un éclair, bousculant les rangées de siègeS et leurs occupants comme on l'aurait fait d'un banal jeu de quille. Et il se jeta en arrière dans un cri de terreur qui lui échappa bien malgré lui. Des pattes pleines de griffes ne firent qu'effleurer son torse alors qu'il se jetait en arrière, une mâchoire aux crocs acérés se refermant sur de l'air, à l'exact endroit où il s'était trouvé quelques secondes avant. Grondant toujours, prête à mordre et à tailler en pièce. Dans sa chute, son dos heurta durement quelqu'un ou quelque chose et il tomba au sol, se cognant la tête au passage. Il n'entrevit qu'un éclair roux dans la pénombre, une mèche de cheveux longs et une seconde silhouette aux cheveux courts juste avant qu'il ne se sente partir. Evie ? Penny ? La question se perdit dans les limbes.

Ca ne dura que quelques secondes avant qu'il n'émerge et Joshua attendit. N'osant bouger d'un pouce, de peur qu'elle soit là. Cris et hurlements tout autour, le bruit des sanglots, une explosion de verre au loin, une ambiance de chaos. Mais plus de grognements ni de griffes labourant le plancher. Rien que le spectre d'un souffle chaud sur sa nuque, comme un fantôme s'effaçant déjà.   
© 2981 12289 0

_________________


Bad Moon RisingDon't go around tonight, well, it's bound to take your life. There's a bad moon on the rise.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Messages : 620
Emploi : Lycéenne (senior) et animatrice sur Radio Aster Cove.
Sur ton walkman : Laura Branigan - Self Control
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Sam 24 Fév - 13:24





FUNERAL

« Great paté, but I'm gonna have to motor if I wanna be ready for that funeral. »


Ok, c'est pas parce que je venais de penser que je ne souhaitais pas ça à Andrew qu'il fallait qu'il débarque à la minute. Sérieusement, s'en était presque flippant. Alors que j'étais tremblante et suffoquante contre ma mère, lorsque je remarquai son entrée dans la pièce sans ménagement, instinctivement, j'essayais de reprendre mes esprits. Je ne savais pas à quel point c'était efficace, mais ma mère me secouait un peu plus. Je commençais à bien l'entendre.

« Qu'est-ce qui t'es arrivé ? Victoria ?

Aïe aïe aïe, c'était plutôt sérieux quand elle m'appelait comme ça. Je devais être dans un sale état. J'étais dans un sale état, en vérité, vu que mon coeur était si resserré que j'avais l'impression que ma respiration allait se couper d'une minute à l'autre. Je devais être pâle comme la mort. Comme le cadavre d'Amelia dans le cercueil. Je tressaillis sous un frisson.
Puis la silhouette imposante d'Andrew fit son entrée dans mon champ de vision. Je n'avais pas tous mes esprits pour me poser trop de questions, mais il n'allait pas tarder à me les rendre à la manière bien particulière des Dean. J'ai simplement le temps de lever ma tête pour voir son visage, mes yeux rougis par les larmes.

- Hey, t'as pas vu Mackenzie ?

... Hey, t'as pas vu Mackenzie... la phrase résonnait dans ma tête. T'as pas vu Mackenz... c'est tout ce qu'il avait à dire ?! Alors que je clignai des yeux pour essayer de comprendre son petit raisonnement, je vis qu'il était tout à fait sérieux, et même très irrité. Comme d'habitude, il n'en avait pas grand chose à foutre de tout ce qui tournait hors de son petit monde. La colère m'envahit presque aussitôt. Comment il osait débarquer ici en me demandant où était MACKENZIE ?! Alors que je venais de vivre quelque chose que mon cerveau ne comprenait toujours pas mais qui m'avait fait l'effet d'avoir été projetée comme un boulet de canon ? (référence bien trop proche de ce que j'avais vécu, qui me retourna le coeur) MACKENZIE ?! Alors qu'il s'était ouvertement affiché avec elle devant moi, tous les deux rigolant à mon insu, une sorte de carte de voeux de fin d'année à leur sauce ? Il avait le don, putain, il avait le don... Me détachant de ma mère, j'allai me planter devant lui, la haine dévorant mon regard maintenant dépourvu du trauma que je venais d'expérimenter, le toisant sans aucune peur. Ma taille n'égalerait jamais la sienne, mais dans ma tête, je flottais au-dessus de sa misérable existence.

- Mackenzie ?! Mais qu'est-ce que j'en ai à foutre de Mackenzie ?! Ta nouvelle petite princesse de secours t'a foutu un vent, elle aussi ?

Je lui criais littéralement dessus, il allait encore me dire que j'étais hystérique, mais je m'en foutais royalement de son avis. J'étais au bout, et il m'avait gentiment poussé d'un doigt dans mes retranchements. Il en fallait peu, surtout aujourd'hui. J'allais continuer à m'égosiller mais je me coupai net dans mon début d'argumentaire totalement subjectif et animé par tout ce qu'il me faisait vivre. Je venais de remarquer le chaos qui régnait autour de nous. Je n'avais pas entendu les plaintes et les cris quand j'étais sortie de ma propre torpeur d'horreur vu que le sifflement avait couvert mon ouïe pendant un moment. Le sifflement... je pris une grande bouffée d'air, tremblante, me forçant de chasser cette pensée. La frayeur et l'incompréhension se lisait sur mon visage. Mais je revins bien vite sur Andrew, et la colère revint instantanément, lui offrant un des regards les plus noirs que je pouvais faire. Et j'étais plutôt douée à ça. Il m'aidait beaucoup.

- Donc toi, tu arrives comme ça, à la bourre dans un enterrement. Et tout ce que tu trouves à faire c'est me demander où est cette PUTAIN DE MACKENZIE ?! j'avais recommencé à crier. Au cas où sa petite tête haut perchée dans les nuages ne m'entendait pas bien.

Mes lèvres se serrèrent, tout comme mes dents durcissaient ma mâchoire et mes mains formaient des poings tremblants de haine. Je le revoyais au bal de Noël, avec la rousse démoniaque à son bras. Ils me regardaient comme d'un seul oeil, le mépris et la vengeance placardés sur leurs lèvres. Regarde Vicky, on est bien mieux sans toi. Pas un mot, même pour se moquer. J'avais écourté ma soirée sous leurs jubilations. Je les détestais, tous les deux, et Mackenzie pouvait bien pourrir en enfer, ça m'était égal. Bien sûr, sous la colère, je ne mesurais aucunement mes pensées.
Ma main me démangeait. Mon coeur appelait à la violence comme un murmure irrésistible. Ce visage suffisant, j'avais envie de le chambouler, de le transformer en du rien du tout. Alors mon bras fendit l'air. Je voyais déjà ma main écraser la joue parfaite d'Andrew Dean et la rougir avec une belle trace méritée. Mais ma mère venait de bloquer mon bras en pleine action. Cependant, je ne montrai aucune trace de surprise ou de déception. Je soutenais toujours le regard qui, auparavant, me faisait fondre de ses iris clairs qui sondaient mon âme. Maintenant ils attisaient ma haine, braises dans mes entrailles.

- Ca ne sert à rien, Victoria, entendis-je dire ma mère à côté de moi.

Elle reposa doucement mon bras le long de mon corps, où il était censé être. Mes yeux disaient à Andrew, S'il n'y avait pas eu ma mère, t'aurais pris cher, Dean. J'aurais aimé te péter deux dents au passage. J'avais presque un minuscule sourire en coin qui se dessinait, mais cela relevait plus du spasme qu'autre chose.

- Désolé Andrew, mais ce n'est vraiment pas le bon moment... continua-t-elle, sa voix douce contrastant avec mon état. Puis elle se tourna vers moi. Ma chérie, qu'est-ce que tu as vu tout à l'heure ?

Seule l'inquiétude dans son timbre me fit détourner le regard de l'insupportable héritier. Ma colère semblait seulement graviter autour de lui, lorsque mes yeux se posèrent sur ma mère, j'étais comme redevenue moi-même. Mais j'avais froncé les sourcils. Comment savait-elle que j'avais vu quelque chose ? Je ne lui avait parlé de rien. Après avoir hésité un instant, je répondis.

- Vu ? Tu as vu quelque chose toi aussi ?

Ma mère se pinça les lèvres en évitant de répondre, signe que j'avais très probablement raison. Mes yeux se réduisirent légèrement, exprimant mon doute. Elle me cachait visiblement quelque chose.

- Tu as crié, Vicky. De quoi avais-tu si peur ?

J'étais sur le point de révéler les dernières minutes passées en enfer, mais à peine avais-je ouvert la bouche que, comme si les paroles de ma mère avaient prédit l'avenir, un cri déchirant se fit entendre juste à côté de nous. Si fort que cela me fit sursauter et presque perdre l'équilibre, au point que je m'étais raccrochée au bras d'Andrew devant moi. Mais je le retirai aussitôt, comme si j'avais touché quelque chose de brûlant. Je le toisai une nouvelle fois, mais un peu différemment. Comme une enfant qui priait, irritée, qu'on arrête de l'embêter.
Ma tête se tourna vers la source du cri. C'était Jessica, qui était assise juste devant. Un homme la secouait. C'était peut-être son père. Enfin, j'espérais. N'empêche qu'il avait l'air de lui faire mal, qu'il n'arrêtait pas, et que cette soudaine interruption avait ravivé mon exaspération. Je pris le dossier d'une des chaises pour m'appuyer dessus et interpella l'énergumène.

- Hey ! criai-je presque à l'intention de l'homme. Qu'est-ce qu'y vous prend, là ?! Vous voyez bien que vous lui faites mal ! »

Je savais pertinemment que je n'avais pas à me mêler de ça, mais il envahissait clairement mon espace avec ses conneries. Andrew m'avait poussée à bout et n'importe qui allait en faire les frais. C'était comme si c'était plus facile de crier sur n'importe qui d'autre à part lui. Même si, quand je me souvenais qu'il se trouvait à côté de moi, mes doigts serraient un peu plus le bois jusqu'à devenir blancs. Pour une fois, dans un élan de chaos et d'emportement, je pouvais peut-être prétendre à aider Jessica, d'ordinaire fermée comme une huître cachant ses secrets.


HJ : J'ai pas résisté, j'ai mis le gif. mdr Big up à la team Aaron-Andrew-Jay !

_________________

    And I'm head over heels
    First time in years to drench your skin in lover's rosy stain. A chance to find the phoenix for the flame. A chance to die, but can we dance into the fire ? That fatal kiss is all we need. Dance into the fire to fatal sounds of broken dreams.+ buckaroo.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
avatar
Messages : 241
Emploi : Aucun.
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Sam 24 Fév - 16:10


Funeral
« La mort détruit mais la vie dégrade. »
C'était son père. Le monstre était là, face à elle, dans toute la violence de sa puissance. Il enserrait ses bras à lui en faire mal, en public, sous les yeux de tout le monde, et elle n'était rien d'autre qu'une enfant trop déçue, qu'une poupée de chiffon abandonnée depuis trop longtemps par l'existence. Presque par réflexe, Jessica sentit son corps se raidir et sa bouche s'ouvrir pour crier des mots qu'elle regretterait sans doute à tout jamais.

« J-je suis désolée ! J-je suis désolée, pardon ! »

Mais rien n'y fit, et les bras la secouèrent un peu plus fort, l'emprisonnant davantage et cherchant une réaction qui n'était visiblement pas celle qu'elle venait d'offrir au monstre. Ses yeux s'humidifièrent tandis que son regard restait figé sur le visage face au sien. L'horreur n'avait pas besoin d'illusion pour composer la vie de Jessica. L'horreur régnait déjà sur toute son âme et continuait de se multiplier au delà des cauchemars. L'horreur n'avait rien d'un songe pour la jeune fille. Elle laissait des traces colorées sur son corps et se répétait encore et encore. Jessica n'avait pas besoin d'illusion pour souffrir. La souffrance avait fini par devenir son quotidien et de quotidien, elle avait pris les traits de l'habitude.

« Katherine, réponds-moi, je t'en supplie, réponds-moi, réponds-moi ! N-non, non... J-...
- Hey ! »


Deux sursauts pour un corps trop éprouvé sortirent Jessica de ses automatismes et c'est le cœur au bord des lèvres qu'elle tourna le visage vers Victoria, qui n'était visiblement plus non plus en transe.
Pourvu qu'elle-...

« Qu'est-ce qu'y vous prend, là ?! Vous voyez bien que vous lui faites mal ! »

Elle avait tout vu, tout entendu. Le regard de Jessica se voila d'horreur tandis que son père continuait de la secouer, comme il l'avait déjà fait et comme il le referait.

« Katherine, je t'en supplie, Katherine ! T-tu ne peux pas, t-tu n'as pas le droit, j-je ne veux pas ! »

Mais alors que Jessica priait tous les dieux pour que Victoria n'ait pas compris, n'ait pas suivi ce qui se déroulait sous ses yeux, le monstre prononça à nouveau un nom sacré et honni à la fois. Celui de sa mère. Un autre sursaut s'empara de la jeune fille qui rendit brièvement son attention à son père. Celui-ci levait la main, comme s'il avait voulu la baffer. Alors, tout se passa très vite. Trop vite, peut-être. Dans un réflexe surhumain, pour protéger le secret du regard de Victoria et sans qu'elle ne comprenne comment, Jessica parvint à se libérer et repoussa le monstre de toutes ses forces. Celui-ci, déséquilibré, s'écrasa sur le sol en faisant voler les chaises alentours. Puis, depuis le sol qu'il venait de rencontrer si durement, le monstre grogna de douleur. Ce fut léger, sans doute muet pour qui ne tendait pas l'oreille à sa manière. Rien qu'un murmure, même, pour qui n'était pas suffisamment alerte. Mais Jessica l'entendit. Elle recula d'un pas.

« Qu'est-ce que... ? »

Le monstre reprenait ses esprits. Jessica le savait. Jessica le sentait. Le monstre reprenait ses esprit,s et personne, jamais, ne devait voir ou comprendre. Elle recula d'un second pas et tourna la tête en direction de Victoria. C'est en esquissant un simulacre de sourire qu'elle le vit. Andrew Dean était là et avait certainement tout vu. Il lui fallait une excuse, tangible et absolue, qui parvienne à convaincre deux personnes au lieu d'une. Au sol, l'homme se prit la tête entre les mains et chercha ses repères. Jessica recula. Encore.

« I-il hallucinait e-et j-je... J'ai eu un réflexe, p-parce que j-...
- Jessica... ? »


Un sursaut s'empara de tout son corps lorsque la voix tant redoutée s'éleva, presque clairement, cette fois. Dans le même temps, la jeune fille s'insulta mentalement alors qu'elle esquissait un énième pas en arrière. Il ne fallait pas qu'il la voit. S'il comprenait qu'elle l'avait poussé, i-il allait...

« B-bref, j-j'ai besoin de prendre l'air. »

Soufflée comme un murmure, cette ultime réplique annonça son départ. Terrifiée, plus encore que dans l'illusion qu'elle venait d'affronter, Jessica recula, trébucha, jusqu'à s'éloigner d'une scène qu'elle n'était pas capable de gérer. Pas maintenant. Pas maintenant. S'il comprenait, ce soir serait l'un de ces horribles soirs, peut être encore pire que tous les autres. Alors, Jessica se laissa tomber au sol, contre l'un des coins les plus éloignés de son père, et pleura. Tout autour d'elle, le chaos tairait sa douleur. Tout autour d'elle, le chaos serait son alibi. Tout autour d'elle, le chaos la protégerait, puisque la paix n'avait jamais su le faire.
code by bat'phanie
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Messages : 177
Emploi : Lycéenne
Sur ton walkman : Lionel Richie - All night long
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Sam 24 Fév - 16:47

Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Je ne comprenais pas pourquoi j’avais fait ça. Pourquoi il avait fait ça. Mais il qui déjà ? Tout se mélangeait. Tout se mêlait. A l’image de tout ce sang qui maculait le sol malgré mes efforts désespérés. Je ne pouvais plus retenir les pleurs et les gémissements d’angoisse. C’est un cauchemar. Un vrai cauchemar. Et la voix rauque et grave de mon oncle résonnait dans mes oreilles « Préparez le massacre des fils, A cause de l'iniquité de leurs pères! ». Je voulais qu’il se taise. J’avais tellement besoin qu’il se taise. Je ne voulais pas mourir. Je n’avais rien fait pour mériter ça. Pourtant, la voix de mon oncle continuait de me hanter. Intérieurement cette fois. Me rappelant comme j’avais tourné le dos à ma religion et à tout le système de valeur des O’Leary. Pourtant, je ne me sentais pas coupable d’avoir enfin commencé à faire mes propres choix. Mais, comme pour me punir un peu plus, alors que je continuais de rejeter tout ça, la douleur dans mes bras se faisait de plus en plus forte, comme si on écartait mes plaies pour les faire saigner un peu plus. La douleur, tant physique que psychologique en devenait insoutenable. Et cette voix, raisonnant toujours, citant des passages de l’Ancien Testament pour mieux me torturer. « S'il détourne sa main de l'iniquité, s'il n'exige ni intérêt ni usure, s'il observe mes ordonnances et suit mes lois, celui-là ne mourra pas pour l'iniquité de son père; il vivra. ». C’était grotesque et pourtant… Balancer des citations bibliques à tout va, c’était une spécialité familiale. Mon père le faisait également. Pourtant, il semblait avoir oublié celles là lorsqu’il avait décidé de mettre fin à ses jours. Mais… à en juger par l’état de mes bras est-ce que je valais réellement mieux ? Est-ce que remettre les pieds dans un lieu consacré après tout ce temps avait rouvert mes blessures au point de me faire commettre l’irréparable ?

Et soudain, une pression se fait sentir sur mes avant bras. D’instinct, je tentais de me détacher mais j’étais bien trop faible pour cela. Et puis, une petite part de moi, seule et perdue au milieu de tout ce brouillard trouvait cela rassurant. Je me concentrais sur cette lueur d’espoir. De toutes mes forces. Comme un moyen de me sortir du chaos. Je n’entends que quelques mots, mais ils sont comme une caresse pour ma conscience troublée. Aaron. Sécurité. Il était mon havre de paix dans ce monde brutal. Me concentrant sur cette impression, je sens ma conscience refaire surface peu à peu. C’est une lutte de chaque instant mais la chaleur de son contact se faisant de plus en plus présente, je me sens capable de m’extirper de l’enfer. Les larmes dévalaient toujours mes joues tandis que ma respiration s’apaisait. Je finis enfin par reprendre suffisamment de pouvoir sur moi-même pour pouvoir rouvrir les yeux.

Et il était là. Mon sauveur. Je restais quelques secondes le regard perdu dans le sien. Puis, inquiète, je jette un œil sur mes poignets, à la recherche des marques de mon infamies. Et pourtant il n’y a rien. Tout n’était donc qu’un rêve ? Etais-je en train de devenir folle ? Mais Aaron est là et sa présence me permettais de ne pas sombrer. Toujours sous le choc, je murmurais, le regard dérivant douloureusement vers mes poignets.

« Du sang. Il y avait du sang… partout. »

Je ne sais pas s’il m’entend mais ce simple aveu suffit à faire remonter l’horreur toute récente et, sans même m’en rendre compte, voilà que je m’agrippe à sa chemise, le front contre son torse, essayant de puiser en lui la force qu’il me manque. Je ne pense même pas à ma famille à ce moment là. De toute façon, ils étaient en proie avec leurs propres démons. Tout ce qui compte, c’est la présence apaisante de celui qui est devenu un des piliers de mon existence. Je ne saurais dire combien de temps j’étais restée comme ça, tremblante, avant d’oser jeter un coup d’œil alentour, à la recherche d’Ange. C’est à ce moment que je prenais conscience que je n’étais plus du tout au même endroit qu’auparavant et que j’étais loin d’être la seule à afficher un regard hanté.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Messages : 61
Emploi : Apprenti directeur au sein de l'entreprise familiale.
Sur ton walkman : Bringin' On The Heartbreak - Def Leppard
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Dim 25 Fév - 1:44

Andrew est venu préparé au funérarium. Il craint tant cet endroit que le déni qu'il oppose à l'atmosphère anormale qui y règne est sans faille. Pourtant, la violence et le chaos des événements se rappellent rapidement à lui lorsque Vicky lève les yeux sur lui pour se transformer en furie. Avec la même véhémence qu'une de ces déesses infernales, elle hurle sur lui avec la voix suraiguë de la haine et provoque un très léger mouvement de recul. L'héritier Dean n'est surpris qu'une seconde cependant. Il a trop l'habitude d'échanger avec Victoria dans cet état depuis quelques semaines. L'instant de surprise passé, les traits du garçon se durcissent à nouveau et sa mâchoire se crispe. Elle a mis dans le mille, cette saleté de tarée. Pourtant MacNamara n'a pas l'air de mèche avec Mackenzie, montrant aussi peu de considération pour la rousse que pour le blond.

Andrew profite d'un moment d'hésitation de la part de Vicky pour en placer une : "Pas besoin de faire ton numéro de folle hystérique. Ça fait trois heures que je la cherche." Andrew grogne en haussant le ton aussi, sans atteindre encore les mêmes vibrations de fureur que son interlocutrice. Erreur monumentale ! Elle revient aussitôt à la charge, toujours plus enragée. Cerise sur le gâteau, elle souligne son retard alors qu'il vient d'expliquer qu'il cherchait Mackenzie. C'est sa faute à ELLE s'il vient d'arriver, et il ne tient clairement pas en prendre la responsabilité. Il allait trouver cette petite garce rousse et lui demander des explications en personne. Aujourd’hui n'était vraiment pas le jour pour lui faire un coup pareil, que ce soit son premier jour de règles ou pas. Le seuil de tolérance d'Andrew frôle le zéro.

"Mais t'es complètement tarée !" Andrew d'exclame de son ton le plus scandalisé et le plus méprisant possible. Il lève les mains au ciel en secouant la tête comme s'il ne pouvait pas y croire, et c'est le geste de trop. Il n'a pas le temps de poursuivre sa défense que déjà la main de Victoria s'élève vers lui. Pour elle aussi, c'est le geste de trop. Malgré l'intervention de la mère MacNamara, Andrew s'est senti attaqué. Il soutient le regard de la petite Vicky sans peine, la défiant de terminer son geste. Il la domine de toute sa hauteur, et sans une hésitation ni la moindre pitié, il est prêt à se défendre. Pendant une fraction de seconde, une pulsion de violence lui fait rêver d'encastrer Victoria dans le mur le plus proche. Il en tremble imperceptiblement, mais la mère de Victoria interrompe leur échange brutal sur un ton étonnamment doux qui ramène les deux enfants à eux.

Andrew, en particulier lorsqu'elle s'adresse directement à lui pour la première fois. Il se sent obliger de lâcher la petite peste blonde pour jeter un bref regard à la maman. Forcé d'adoucir ses traits, il n'en fronce pas moins les sourcils en répondant brièvement d'un ton acerbe. "Ouais." Mais l'échange qui suit entre la mère et la fille le retient sur place. Visiblement, quelque chose a effrayé Victoria, et Andrew théorise. Il s'agit probablement de la même chose qui a foutu un bordel monstre dans la salle. Il reste donc planté sur place, en espérant pouvoir comprendre enfin ce qui se passe, mais un nouvel événement coupe court à ses espérances.

Quelqu'un d'autre vient de hurler. Un cri d'horreur, qui vous transperce et raisonne dans tout votre squelette. Un cri qui fait basculer Victoria dans le vide. Pourtant, rien ne prédisposait qui que ce soit à hurler de la sorte cette fois. Andrew lui-même prend peur et fait volte-face alors que la blonde infernale lui tombe dessus. Elle le lui reproche même d'un regard, auquel il s'empresse de répondre avec colère. Pas un merci, ni même un pardon. Juste cet air accusateur et entièrement injuste, comme le reste de cette journée. Le père Dean allait devoir faire des efforts pour se faire pardonner d'avoir envoyer son fils dans pareille galère contre son gré.

Mais les choses prennent un nouveau tournant lorsqu'à la suite de Victoria, Andrew reconnait Jessica. Fidèle à sa hargne sans limite, la blonde furieuse s'en prend déjà à quelqu'un d'autre. Le père de Jess, en déduit Andrew. Et avec d'autres paroles, il aurait pu continuer à insulter Victoria de névrosée paranoïaque, mais ces paroles là bien précises qu'elle venait de prononcer interpellent l'héritier Dean. A son tour, il abandonne son premier combat pour analyser la situation qui se déroule dans le rang de devant. Le choc le cloue sur place. Le désigné-père lève une main en l'air, à la manière de Vicky, pour venir baffer sa propre fille. L'instant suivant, il vole à travers le rang. Andrew ne peut pas y croire. On lui reproche d'arriver en retard, mais personne ne va stopper un père et une fille qui se battent ?! Un peu désorienté, Andrew reste plongé dans le silence.

Jessica se tourne vers eux et explique comme elle le peut que son père vient d'avoir...une hallucination.. ? Les yeux du grand blond s'agrandissent. Alors quoi, il est venu complètement défoncé à la cérémonie ?! Pendant une seconde, Andrew regrette de ne pas y avoir pensé, puis Jessica prend la fuite. "Jess' !" Il l'interpelle, mais il la voit trouver refuge dans le fond de la salle en l'ignorant tout simplement. Pourtant, face à la violence de la scène, même l'héritier Dean ne peut pas ne pas se sentir concerné. L'instant précédent avec Victoria a si peu d'importance à côté de ce qu'ils viennent de voir qu'Andrew attrape Victoria par le poignet pour la retenir de se confronter d'avantage au looser au sol. "Laisse tomber, il est défoncé." Il lui fait remarquer au cas où elle n'ait pas entendu l'explication de Jessica, et pour lui éviter le moindre ennui avec l'homme (non pas qu'il s'inquiète pour elle, notez bien), il l’entraîne avec lui à la recherche de Jessica. Puisqu'elle avait été la première à intervenir, elle devait bien se sentir un minimum concerné elle aussi.

Cependant, alors qu'il repart dans l'allée principale et qu'il parcourt la foule des yeux en analysant chaque visage, Andrew est bien forcé d'admettre que quelque chose ne tourne pas rond. Ce n'est pas la tristesse qu'il lis sur les visages, mais la souffrance, ce n'est pas des cris de détresse qui sont poussés, mais de terreur. Certains tremblent, d'autres tombent. Quelques uns semblent carrément en transe. C'est encore pire que dans ses souvenirs. Pendant un instant, l'inquiétude d'Andrew prend le dessus, elle perce sa garde et il ralentit son allure. Le jeune Dean a peur. Il ne comprend pas ce qui se passe, à l'impression de cauchemarder éveillé. C'est trop de chaos pour être normal. Il cherche un visage serein, quelqu'un qui pourrait lui expliquer ce qui ne va pas, mais personne ne semble avoir de temps à lui accorder. L'atmosphère l’oppresse carrément lorsqu'il admet enfin que quelque chose ne tourne pas rond. Mais le danger reste invisible. Il y a eu une intoxication générale ? Est-ce que c'est encore dangereux ? Pourquoi les gens restent ?

Toutes ces questions se bousculent dans sa tête, et l'envie de fuir lui prend brusquement. Il resserre sa prise sur le poignet qu'il tient toujours en traversant les rangs, et se rappelle qu'il n'est pas tout seul. Victoria, cette présence qu'il connait bien et qui l'a accompagné pendant 3 longues années, dans cet instant critique, le rassure. Il connait bien Vicky, et elle le connait bien. Malgré leurs différends actuels, il serre ce poignet comme il s'accrocherait à une bouée pour s'ancrer dans la réalité. Jessica. Il faut trouver Jessica.

Il l'aperçoit lorsqu'ils atteignent enfin le fond de la salle. Andrew se tourne brièvement vers Victoria pour la pointer du doigt. "Elle est là !" Il daigne enfin lâcher le poignet salvateur pour se glisser entre les derniers sièges qui les séparent encore de la pauvre brune en pleurs, et s'accroupit aussitôt auprès d'elle. "Jessica ! Est-ce que ça va ?" Une première question rhétorique qu'il se sent aussitôt bête d'avoir posé. Mais la précipitation de l'inquiétude le fait réagir par instinct. "Il t'a fait mal ?" Il s'inquiète aussitôt d'une voix plus douce et moins pressée en la voyant recroquevillée sur elle-même. Il n'ose pas la toucher, de peur de l'effrayer ou de lui faire du mal. Néanmoins, il ajoute en jetant un coup d’œil derrière lui pour s'assurer que le supposé-père ne les a pas suivi :
"T'inquiète pas, on laissera pas ce connard t'approcher." Défoncé volontairement ou pas, ce mec risque la double-peine s'il entre dans le champ de vision de Victoria et Andrew.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Messages : 620
Emploi : Lycéenne (senior) et animatrice sur Radio Aster Cove.
Sur ton walkman : Laura Branigan - Self Control
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Dim 25 Fév - 13:30





FUNERAL

« Great paté, but I'm gonna have to motor if I wanna be ready for that funeral. »


 Il ne m'entendait pas. C'était absolument surréel cette scène, et je commençais à trouver tout ça encore plus étrange lorsque je me rendis compte que l'homme n'appelait pas Jessica par son prénom. Elle s'était retournée vers moi, la frayeur dans le regard, mais ce n'était pas un appel à l'aide. C'était comme si... je sais pas, c'était bizarre. Mais j'avais l'impression qu'elle me disait Victoria, pourquoi t'as dit ça ? Ca me rendit perplexe un instant, ne sachant que faire à part ouvrir ma bouche et regarder l'absurde spectacle devant moi. Après ce qui allait se passer, je m'en voudrais de pas avoir réagi un peu plus vite. L'homme leva la main sur Jessica et, à ce geste, j'aspirai l'air avant de porter mes deux mains à la bouche. Tout se passa super vite, et l'instant d'après, Jessica l'avait repoussé au sol. Wow. Bien joué, Jess, quelle force ! j'avais pensé, les yeux écarquillés. Mais elle était complètement sous le choc, et ça pouvait se comprendre facilement. Le truc, c'est qu'elle ressentait le besoin de se justifier alors qu'elle avait failli se prendre une sacrée rouste.

« I-il hallucinait e-et j-je... J'ai eu un réflexe, p-parce que j-...

Je fronçai les sourcils, me retournant lorsque l'homme l'appela en coupant ses balbutiements. Il hallucinait... assurément, il ne l'avait même pas appelée par son prénom. Et qu'il soit son père ou non, on n'appelle pas une personne par un autre prénom en la secouant et en... menaçant de la frapper ? Qu'est-ce qu'il avait vu pour pouvoir faire ça...
Mais lorsque je me retournai vers Jessica, cette dernière était déjà en train de partir. Je fis un pas par réflexe, mais la pauvre était tellement chamboulée qu'elle avait préféré fuir toute la scène. J'aurais sûrement fait pareil à sa place.

- Jess' ! appela Andrew.

Ca me fit tiquer. Jess ? Depuis quand Andrew connaissait Jessica et la connaissait assez pour l'appeler Jess ? Mais je n'eus aucun temps pour réfléchir ni à ce que je devais faire ni à cette étrange familiarité car ce dernier m'avait déjà attrapé par le poignet, ce qui eut le don de me couper le souffle, style surprise de l'année.

- Laisse tomber, il est défoncé. me dit-il pour simple explication avant de me tirer en avant.

Que... que... quoi ?! J'avais l'impression de pas avoir trop le choix, là, de toute manière, mh, d'accord ? Je jetai un rapide coup d'oeil à ma mère qui hocha simplement la tête (?? d'où c'était une bonne idée ?) et se dirigea vers le supposé père de Jessica. J'allais pas dire que j'étais hyper tranquille à ce moment là, mais j'ai dû suivre et trotter pour rattraper les pas qu'Andrew avait déjà fait avec ses grandes jambes. What the fuck, c'était quoi cette journée ?!

- Andrew, qu'est-ce que tu fais...

Pour une fois, ma voix était exempte de quelconque reproche, j'étais juste... je comprenais pas du tout ce qui se passait. Ma voix était faible et j'étais sûre qu'il n'allait pas pouvoir m'entendre dans le chaos ambiant, mais les mots sortaient tous seuls.
L'état de tout le monde était misérable, je croyais à peine ce que mes yeux me donnaient à voir. À un moment j'ai carrément dû ignorer tout le monde parce que mon coeur me semblait peser une tonne face au macabre caranaval qu'était devenu le funérarium. Mais de toute manière, la plupart ne me regardaient pas non plus. Ils regardaient le vide, parlaient dans le vide, criaient au vide, essayaient de toucher le vide. Ca brisait le coeur. Qu'est qui se passait ici ?! Andrew me serre le poignet un peu plus. À ce moment je comprend que lui non plus n'est pas indifférent à tout ce qui se passe autour de nous. Ca serait bien une première... mais là, maintenant, je pouvais pas le blâmer.

- Tu me fais mal... murmurais-je.

Mais d'un autre côté, je ne me débattais pas non plus pour qu'il me lâche. J'aurais pu, mais je ne tournicotait même pas mon poignet pour qu'il désserre sa prise. J'avais même pas envie qu'il entende ce que je venais de dire, car, comme tout à l'heure, je contrôlais pas vraiment mes mots.

- Elle est là ! s'écria-t-il avant de me lâcher.

Je portai mon autre main à mon poignet comme pour effacer le contact. Mais en vérité, c'était simplement parce qu'il l'avait serré un peu trop fort. Pas jusqu'au point d'être rouge, ça va. J'étais vraiment perplexe face à tout ça. Pourquoi Andrew, Andrew le mec le plus égoïste que j'ai pu connaître pour le moment, se mettait à protéger Jessica comme ça ? Je ne me sentais vraiment pas à l'aise dans cette situation, surtout que je savais qu'elle ne me portait pas dans son coeur. C'était justifié. Est-ce qu'elle allait vraiment avoir envie de me voir, là, à côté d'Andrew pour la consoler ? J'étais carrément intruse à tout ça, et la dernière chose que je voulais faire c'était la braquer davantage.

- Jessica ! Est-ce que ça va ? Il t'a fait mal ? la voix d'Andrew était teintée de sincère inquiétude.

Et c'était à mon tour d'avoir mal. J'eus les pensées les plus égoïstes du monde à mon insu. Pourquoi se montrait-il si inquiet avec elle alors que... Oh bah c'est parce qu'il en a pas grand chose à faire de toi, au final. Ca fait mal de se dire que c'est peut-être toi qui valait pas le coup plutôt qu'il soit un connard égoïste, hein ? Regarde, au final, y'a des trucs qui le touchent. Toi t'en valait juste pas la peine. Ok, d'accord, il fallait que je me calme. Une dangereuse marée était en train d'aller jusqu'à secouer mon coeur en d'inquiétantes palpitations, et je m'efforçai de porter mes paumes à mon front dans l'espoir de faire taire ces affreuses pensées. Victoria, on a pas le temps pour tes conneries d'histoires de coeur à deux balles.

- T'inquiète pas, on laissera pas ce connard t'approcher.

Oui, c'était Jessica qui avait besoin d'aide, pas ma moitié de coeur qui pendouillait dans le vide. Il saignerait un peu plus tard. Je finis par acquiescer à la phrase d'Andrew. Chose encore plus improbable que toute la folie qui régnait autour de nous.
Je commençai à frotter mon bras sous la nervosité, et aussi parce que je me rendais compte qu'il faisait vraiment froid, maintenant. Une des fenêtres était ouverte, une autre était brisée... j'eus un frisson, de peur ou de glace, ça c'était à voir. Mon regard se balada dans la salle, et je ne pus m'empêcher de jeter de réguliers coups d'oeils à ma mère au loin qui s'occupait de relever l'homme de tout à l'heure. Dans son raisonnement, je pense qu'elle était soulagée de voir les enfants s'éloigner de lui pour qu'elle ait plus de chances de lui remettre les pieds sur terre... j'étais quand même inquiète pour elle. Puis, profitant de ce moment de réflexion, j'essayais de faire le lien entre tout ça. C'était pas facile, mais ça se faisait dans ma tête. Les gens avaient l'air, ils avaient vraiment l'air de voir des trucs. Le père de Jessica l'appelle Katherine. Ma mère ne me répond pas quand je lui pose la question. Et moi... Le rire du clown hanta ma mémoire et se propagea tel un fantôme dans mes oreilles. Je raclai ma gorge sans trop le faire exprès pour faire partir cet horrible son de mon esprit. Comme beaucoup de gens ici, je n'allais pas dormir ce soir... Oui, beaucoup de gens. Ils étaient tous. Tous en train d'halluciner. C'était évident, maintenant. Mais pourquoi étaient-ils toujours dans cet état alors que moi, Jessica et Andrew avaient l'air d'être parfaitement réveillés ? Une peur commença à s'inssufler en moi. Que ça recommence. Il fallait que j'arrête d'être seule avec mes pensées à ce moment.

- Tu as dit qu'il hallucinait, dis-je enfin. Regardez tout autour, j'ai bien l'impression qu'il est pas le seul.

Je frottai un peu plus mon bras. J'avais vraiment, vraiment froid. Je venais de me souvenir que j'avais laissé mon manteau sur ma chaise près de ma mère. En tout cas, je me disais que parler de ce qui nous avait tous mis dans un état pas possible était la meilleure chose à faire, au moins pour Jessica. Peut-être que... si elle savait qu'elle n'était pas totalement seule...

- Et puis j'ai... j'ai vu des choses, moi aussi. » achevai-je d'une seule traite, comme si le dire très vite m'évitait de trop y penser, à la manière qu'on arrache un pansement d'un seul coup.

Je voyais toujours le cercle du canon quand je clignais des yeux.


_________________

    And I'm head over heels
    First time in years to drench your skin in lover's rosy stain. A chance to find the phoenix for the flame. A chance to die, but can we dance into the fire ? That fatal kiss is all we need. Dance into the fire to fatal sounds of broken dreams.+ buckaroo.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
avatar
Messages : 143
Emploi : Assistant du shérif
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Dim 25 Fév - 17:43


Funeral

○ Event n°3

C'était comme si tout, brusquement, s'était concrétisé. Comme si toutes ses peurs s'étaient cristallisées dans la réalité et comme si ses cauchemars s'étaient métamorphosés pour contaminer jusqu'à ses journées. C'était comme si plus rien ni personne n'existait autour de lui, comme si le monde entier avait choisi de le punir pour des crimes qu'il ignorait.

C'était comme si la fin de toute chose avait été annoncée sans qu'il ne l'entende. Alors, la brume s'était levée, et elle avait tout emporté. Tout s'était passé trop vite. Trop vite pour qu'il agisse, trop vite pour qu'il protège ceux qu'il aimait et désormais, il semblait de retour en enfer, dans cette brume compacte qui illustrait tous ses traumatismes et les rendait tangibles.

« Evie.. ? Joshua... ? Penny ? Quelqu'un ? »

Mais il n'y a personne. Walter se rappelle encore les secondes qui ont précédé le grand vide, ce même vide qui revient tous les soirs, de façon plus ou moins poussée dans ses cauchemars. Il se souvient avoir vu les lumières s'éteindre une à une, et le froid pénétrer la bâtisse. Il se souvient avoir eu une curieuse impression de déjà vu, comme si le gris des cieux n'avait été pour lui qu'une habitude de plus, sans pour autant qu'il ne puisse remettre le doigt dessus. Il ne s'était pas formalisé, avait tenté de rationaliser, mais c'était plus fort encore qu'il avait serré la main d'Evie. Puis dans son dos, il y avait eu le bruit. Les portes s'étaient ouvertes brusquement, sans crier gare et c'était alors qu'il l'avait vue. La brume. Dehors. Partout. Le monde effacé par elle et dévoré par son avidité. Doucement, elle s'était introduite dans les premiers rangs à la manière d'une caresse. Personne n'avait fui. Personne n'avait compris. Et comme si la réalité n'avait été qu'un mirage, comme si le rêve avait été vérité, Tout avait disparu jusqu'à Evie, dont les doigts l'avaient lâché malgré ses efforts pour la retenir. La brume était revenue et lui avait tout pris.

« Putain... »

Mais cette fois, quelque chose semble différent. Walter ne met pas le doigt dessus, mais il en est certain. Il y a quelque chose qui a changé, depuis sa propre escapade en enfer. Il a la sensation, presque absolue, qu'il... n'est pas vraiment reparti. Ce n'est pas comme s'il n'avait jamais quitté les limbes. C'est plutôt comme s'il était coincé entre les deux réalités. Comme s'il s'apprêtait à vivre quelque chose d'horriblement difficile. Comme si la brume n'était là que pour le torturer davantage en lui volant quelque chose de très, très précieux. Ou quelqu'un.

Son cœur se glace à cette pensée, et Walter Bishop reprend ses habitudes de policier. Il faut qu'il rationalise, qu'il enquête et qu'il avance. C'est impossible. Il s'est sans doute endormi durant la cérémonie -Evie le tuera bientôt pour ça- et il se réveillera sous peu. Il imagine déjà le regard colérique de sa fiancée penchée sur lui, les multiples coups dans les côtes qui lui feront serrer les dents et le regard désapprobateur du père O'Leary posé sur lui. Il imagine déjà les commères, qui le jugeront ou l'excuseront selon leur humeur mais qui n'oublieront jamais. Un sourire, timide et sans doute motivé par le besoin presque vital de se rassurer, glisse sur ses lèvres. Oui, ça ne doit être que ça, rien d'autre qu'un mauvais rêve oublié sur un banc. De toute façon, il ne peut en être autrement. Mais bon sang...

« Evie ? Joshua ? Penny... ? »

Ce fut comme un déclic. Comme une baffe retentissante sur la joue qui cherche à s'apaiser en vain. Ce fut comme un terrible vent d'hiver qui serpente jusqu'au creux de l'âme. La voix qui lui répond n'appartient ni à Evie, ni à Joshua, ni à Penny.

« WALTEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEER ! »

Non. Cette voix, c'est celle de...

« LILYYYYYYYY ! »

Le cri qui lui rompt les cordes vocales est désespéré. Les pas qu'il précipite à la recherche de sa petite sœur le sont encore davantage. C'est impossible. Ça ne peut pas être réel. Ça ne peut PAS arriver. Pas à elle ! Pas à elle ! Pas à elle... !

« WALTEEEEEEEEEEEEEEEER ! AIDE MOIIIIIIIIIIIIIIII ! »

Walter presse l'allure, mais tandis qu'il s'enfonce dans une brume compacte, un son, venu tout droit du monde de ses cauchemars, mord son oreille plus sûrement que tout au monde. Un grognement. Sourd, repris par bien d'autres créatures de l'ombre. Un grognement qui se démultiplie et semble bientôt emplir l'air alentours. Un grognement, parti à la recherche d'une sœur trop aimée, trop vulnérable, aussi. Les larmes mangent le regard de l'aîné qui accélère encore.

« W-WALTEEEEEEEEEER ! »

Il doit arriver là-bas avant eux. C'est capital, nécessaire, absolument impossible autrement. Il doit réussir à retrouver ce précieux morceau de lui. Elle ne comprend sûrement pas. Personne ne peut comprendre l'horreur d'un monde pareil. Vite.

« AIDE MOIIII ! A L'AIIIIIIIIIIIIIDE ! »

Il faut qu'il la retrouve avant qu'il ne soit trop tard. Ses pas, encore une fois, s'emballent dans un objectif utopique. On ne court pas plus rapidement que ces bêtes-là. Quelque chose au fond de lui le sait, quelque chose au fond de lui le lui hurle, et chacun de ses gestes se désespère davantage. Il a mal. Dans tout le corps. Toutes ses cicatrices le lancent en même temps, toutes ses vieilles blessures se réveillent dans un chant terrible et meurtrier. Il a mal. Il a mal et l'idée que sa sœur connaisse la même douleur le tue à chaque seconde qu'il passe loin d'elle.

« W-WALTEEEEEEEEEEEEEEEEER ! »

Tout autour de lui, les grognements des monstres semblent avancer à la même allure, à cette même allure désespérée que son corps avoue avoir trop connu, à cette même allure dévorante qui joue la vie et la mort d'un personne en même temps. Plateau d'échec. Le fou s'avance, la reine s'éloigne. Les pions s'élancent, la reine s'enfuit. Il faut qu'elle court, qu'elle s'éloigne de cette horreur qui menace de la happer, qui ne la rendra plus jamais à ses parents, à ses amis, à lui.

« LILYYYYYYYYYYYYYYYY ! »

Il hurle son nom comme on murmure une prière, il hurle son nom comme on invoque les anges, aussi désespérément que l'assoiffé réclame un verre d'eau, aussi violemment que l'affamé arrache son repas. Il doit la retrouver. Les bêtes autour de lui la réclament, mais personne ne la réclame autant que lui. Il la veut, il la veut de toute son âme, de tout son corps, de toutes ses forces, il veut la retrouver, la prendre dans ses bras, caresser ses joues, essuyer ses larmes, donner sa vie pour elle, cent, mille fois si nécessaire, appeler Dieu à l'aide, et s'il ne répond pas, trouver quelqu'un d'autre pour répondre à ses prières. Pas elle. Tout, mais pas elle. Jamais. Il ne peut l'accepter. Il ne doit pas l'accepter. Sa vie pour la sienne, cent fois, mille fois, un milliard de fois si c'est ce qu'on lui réclame. Les pleurs, bientôt, ravagent son regard qui ne voit déjà rien et ses pas s'emballent, cherchent à dépasser ce qu'on ne peut contrer, cherchent à aller plus vite que la mort. Plus vite que la vie. Plus vite. Plus vite. Plus vite. Plus vite... !


« WALTEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEER ! »

Plus vite.

Mais alors que la rapidité de ses pas est telle qu'il ne l'a jamais connue, alors que ses poumons le brûlent, alors que ceux-ci sont prêts à exploser, Walter rencontre quelque chose sur le sol. Cette chose maudite qu'il n'identifiera jamais précipite sa chute. Toute la vitesse, tout l'espoir qu'il avait de rattraper sa sœur avant les monstre volent en éclat et s'effondre avec lui. Le désespoir grandit, les larmes coulent, et soudain, alors qu'il n'y croyait plus, elle apparaît. Son visage est angélique. Son regard est plein de cette terreur qu'il connaît trop bien pour la côtoyer tous les soirs. Ses vêtements sont immaculés, et lorsqu'elle ouvre la bouche, ce n'est pas un cri qui en sort, mais plutôt un murmure.

« Walter, sauve-moi... »

Puis soudain, une masse sombre, jamais vue par sa mémoire mais trop connue de son regard, se jette sur Lily. La dernière chose qu'il a le temps d'apercevoir est une gerbe de sang. Puis plus rien.

« N-non... Non, non, non, non... LILYYYYYYYYYYYYYYYYY »

Se relever est difficile. Courir est impossible. Mais Walter le fait, il oublie la douleur, il oublie la souffrance, perdu dans une course dont le goût de la défaite serait mortel, dont il n'accepte pas la fin, dont il ne peut pas voir l'échéance. Il se relève, déchire sa cheville plus violemment qu'elle ne l'est déjà, repousse ses limites et se jette sur la droite, là où le corps de sa sœur est tombé. Rien. Il n'y a rien. Ni monstre affamé, ni sœur désespérée. Rien. Il n'y a rien. Que des lambeaux de souvenirs, qui déjà s'estompent, comme si rien n'avait jamais été là. Walter secoue la tête, les yeux si pleins de larmes que tout est flou autour de lui. Ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible. Ce. N'est. Pas. Possible. Lily ne peut pas être morte. Tout, mais pas ça. Tout, mais pas elle.


« LILYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYY ! »

Sa voix se brise en sanglots, à mesure qu'il répète un nom qui n'est plus. La brume l'entoure, le caresse, de cette main chimérique qui appuie sur ses blessures. Walter se relève. Il ne peut pas accepter. La mort de cette partie de lui n'est pas envisageable. Sa cheville crie au supplice. Walter ne l'écoute pas. Il s'élance, fouille un monde onirique où il ne trouvera rien d'autre que ses craintes. Il ne relâche pas l'effort. Il la retrouvera. Il doit la retrouver. Il doit la retrouver... La douleur qui lui fait vriller la tête ne l'en empêchera pas.

C'est une promesse qu'il se fait.

(c) miss pie


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Dim 25 Fév - 18:13

Ce qui aurait du être une journée ordinaire pour le tout Aster Cove s’était transformé en une pantomime ridicule. Tout la semaine je n’avais vendu que du noir, du noir et encore du noir. Si d’ordinaire, j’étais le premier à vanter les mérites de l’élégance sobre et chic, j’étais un peu moins tolérant pour les robes noires trop couvrantes, les étoles, les voilettes et les gants de veuves douairières. A croire que rien ne rendait plus heureuses les vieilles rombières du coin qu’un bon petit enterrement. L’occasion idéale de se regrouper en meute afin de pouvoir librement laisser cour à leur fiel. Ici, on ne souhaitait pas tant rendre un dernier hommage à Amelia que critiquer la pauvre âme a qui on avait collé ce meurtre sordide sur le dos. Je le connaissais bien pourtant. Wyatt n’était pas un type méchant. Un poivrot notoire, certes, mais pas le plus dangereux. Ma mère était bien plus violente lorsqu’elle se mettait à balancer des assiettes sous le coup de la tequila que ce que je n’avais jamais vu ce pauvre bougre. Mais la voix totalitaire de la pseudo-justice de cette ville avait tranché. La masse populaire n’avait qu’à croire et la fermer. Face à cette ville en deuil, j’avais choisi de prendre le contrepied et de ne me vêtir que de blanc. Pas vraiment une profanation non plus. Plutôt une marque de respect pour une jeune fille qui en aurait mérité un peu plus. Je ne comptais pas aller à la cérémonie de toute manière. Pour quoi faire ? Je ne la connaissais pas cette fille. Oui, ce qui lui était arrivé était tragique mais ca ne voulait pas dire que tout Aster Cove devait se déplacer aux funérailles. J’étais donc allé travailler, à la surprise de ma patronne qui envisageait de fermer le magasin. J’avais donc assuré mes heures, vendant aux derniers retardataires du noir et encore du noir. Le magasin fermé, je m’accordais enfin une pause bien méritée, adossé à ma bécane, le regard fixé sur l’Eglise de l’autre côté de la rue. J’avais allumé une cigarette et en goutait enfin tous les aromes, bien décidé à profiter de ce léger moment de paradis, une petite brise effleurant mon visage. Seulement voilà, là où il y a le paradis, il y a l’Enfer et bientôt, des cris monstrueux résonnèrent de l’intérieur de l’édifice consacré.

La religion n’étant pas le fort de ma mère, j’avais assez peu de notions sur le déroulement d’un office, mais je doutais que des hurlements de paroissiens terrorisés soit quelque chose de courant dans ce genre de cérémonial. Des pleurs surement, des cris de terreurs indicibles résonnant jusque de l’autre côté de la rue ? Nan. Je ne pense pas.

Poussé par une curiosité sans doute un peu morbide, je m’approchais donc jusqu’à me retrouver devant la porte. Toujours les mêmes bruits et même des gémissements sourds. Ca n’augurait rien de bon. Jetant mon mégot de cigarette dans une espèce d’énorme vasque en pierre qui trainait là, je me décidais à pousser les portes de l’Enfer.

Je restais abasourdi face au spectacle qui s’offrait à moi. Tout le monde avait l’air d’avoir sacrément pété un plomb. Certains courraient en tout sens, tenant des propos incohérents, d’autres semblaient sur le point de défaillir et tremblotaient. Rien n’avait l’air de tourner rond. Je savais qu’ils se targuaient de pouvoir changer l’eau en vin mais si j’avais su qu’apparemment ils possédaient aussi la capacité de changer l’encens en puissant hallucinogène, je me serais peut être intéressé de plus près aux Ordres. Blague à part, je ne comprenais absolument rien à ce foutoir.

A ma droite, je pouvais voir Jessica accompagnée de deux têtes vaguement connues. Dean et McNamara. Ils étaient de ma promotion après tout. Enfin… peut être pas elle. Je ne m’intéressais pas vraiment beaucoup aux autres à l’époque de toute façon. M’approchant du petit groupe, je ne faisais pas dans la discrétion, interrogeant la jeune fille.

« C’est quoi ce foutoir ? J’ai entendu des hurlements depuis l’autre bout de la rue. »

Curiosité. Agacement. Je ne savais pas exactement sur quel pied danser tandis que je parcourais la salle du regard. Je ne savais même pas ce que je cherchais exactement jusqu’à ce que je la trouve. Ce halo d’un blond trop blanc. Elle était à genou et je ne comprenais pas pourquoi mais il n’était pas question que je fasse un pas vers elle. J’étais l’ombre et elle la lumière, notre relation (quelle relation d’ailleurs ?) n’était pas faite pour apparaitre aux yeux de tous. Je me forçais donc à détourner le regard. Tant que c’était possible du moins. Pour une fois, ce n’était pas moi qui édictait les règles du jeu. Et je n’avais toujours pas compris comment un aussi petit bout de femme avait à ce point pu prendre de l’ascendant sur moi. Parce que tu la laisse faire triple crétin.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Messages : 91
Emploi : Serveuse à l'Aster Clover
Sur ton walkman : Led Zeppelin - Immigrant Song
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Dim 25 Fév - 20:28

Funeral
ft Everyone
« On ne craint rien tant que la mort, tout ce qui nous en approche nous effraye ; il n'est cependant pas de jour où l'on n'ait des motifs de soupirer après le lendemain. » ▬ Sahl

Les ténèbres étaient bercés d'une étrange clarté qui, même dans les lueurs fantomatiques qu'elle diffusait, parvenait à demeurer sombre. On se fût cru dans un orage, au cœur des plus obscurs cumulus qui hantaient le ciel, dévoré par les nuages.

Dévoré, oui.
Dévoré.

La brume, comme une caresse, lancinante, langoureuse, presque tendre, engloutissait tout avec une tendre voracité. Tout, sauf sa poupée. Tout, même son âme. Tout, surtout Lui.

Walter semblait pris au piège, lui aussi. Il s'agitait dans sa chaise sans parvenir à se mouvoir, le regard animé de cette détermination si fidèle à l'image d'un homme de loi, s'agitait avec le désespoir de celui qui veut s'en sortir, avec la rage du protecteur qui veut sauver. C'était vraiment typique de Walter, ça. Même en danger, il voulait toujours aider les autres plus que lui-même.

Soudain, il parla. Il hurla. Il se débattit. Elle crut comprendre, peut-être, qu'il l'avait appelée. La forme de ses lèvres s'exprimait plus que ses mots. Elle n'entendait rien, plus rien. Privée de tous ses sens, arrachée au monde par tous les côtés, elle n'avait perçu de lui que son propre prénom, dernier rempart de son existence.

La poupée de cire, bloquée dans une éternité de mutisme, gardait aux lèvres ce petit air candide. Seule une larme noire, vagabondant le long d'une joue pâle, trahit la détresse qui broyait son cœur. Elle ne pouvait bouger. Elle ne pouvait parler. Elle ne pouvait rien. Peut-être ne le pourrait-elle plus jamais. Resterait-elle alors seule, avec les ténèbres d'un monde ravageur pour se jouer de son corps ? Deviendrait-elle folle ?

… L'était-elle déjà ?

Son fiancé parlait encore. Ça va aller, qu'il disait. Ça va aller. C'était la seule chose qu'elle avait pu comprendre, la seule étincelle d'espoir qui parvint à s'arracher aux ténèbres. Le reste avait été avalé par le néant.

Et il mentait. La brume, caresse reptilienne et mortelle, s'aventurait toujours plus haut sur le corps de Walter. Les grands yeux bruns en étaient les impuissants spectateurs, rougis par les sanglots désespérés qui s'étaient coincés dans la gorge muette. Walter allait être dévoré.

Et elle le connaissait, Evie, son Walty. Elle voyait la peur agiter ses mains, elle sentait le traumatisme qui hantait ses nuits le percuter de plein fouet à mesure qu'il tentait de se tirer des griffes immatérielles du monstre. La poupée, bien que silencieuse, était à l'écoute de tout ce qu'il se passait. La poupée, bien qu'immobile, percevait parfaitement les événements qui brisaient lentement sa vie.

Walter, va-t-en, je t'en supplie, je sais ce que ça t'a fait, je sais ce que ça va te faire, je me souviens, je sais que tu en as peur, je sais que tu as mal, je sais, tu m'entends, je sais ! Je sais ! Va-t-en Walter, mon amour, va-t-en, je t'en supplie, ne te laisse pas dévorer, ne te fais pas emporter, ne retourne pas en Enfer, va-t-en, laisse-moi, ce n'est pas grave, je te le promets, je te le jure, ça ira, je te rejoindrai, je te jure que je te rejoindrai, ça ira, mais si tu repars je ne m'en remettrai pas, et puis je sais, je sais que ça te détruirait Walter, et je ne veux pas. Jamais. Jamais, tu m'entends ? Laisse-la me prendre, je reviendrai, je reviendrai, ça ira, mais ne la laisse pas, ne la laisse pas te faire du mal, je t'en supplie, je t'en supplie...

La poupée, bien qu'aphone, en avait des choses à dire. Mais Walter, sans qu'elle n'y puisse rien, était déjà enfoncé dans l'océan grisâtre jusqu'à la taille.

Le froid l'avait envahi. Ses lèvres bleuissaient. Sa main tremblait dans celle d'Evie. Sa respiration semblait douloureuse. Et puis il avait cette peur dans le regard, une peur dévorante qu'il cachait sans parvenir à l'éteindre, qui ravageait son cœur et qu'elle aurait tout donné pour apaiser. Rien qu'un mot, rien qu'un baiser, rien qu'une caresse, juste une, une fois, pour éradiquer la terreur qui bouffait l'homme qu'elle aimait.

Mais une poupée n'est pas faite pour bouger, alors elle regarda.

Elle regarda, prisonnière du silence, le buste de Walter se faire ronger par les ténèbres. Elle regarda lorsque, la panique dévorant son self-control, il lui adressa des paroles qu'elle ne comprendrait jamais. Elle regarda lorsque, lentement, la caresse mortelle grimpa le long de son bras musclé pour le réduire à néant.

Les larmes ne se comptaient plus sur le visage figé, noirci par le maquillage qui refusait de rester.

Seule sa main, encore, réussissait là où tout le reste échouait. Seule sa main parvenait à retenir Walty, son Walty, par delà l'angoisse qui envahissait tout. Elle serrait, serrait de toute la force qu'on lui dérobait, de toute son âme, de tout son cœur, refusant l'idée même de le perdre à nouveau, bouffée par l'idée qu'on lui arrache encore son bonheur.

Ne me le prenez pas, je vous en supplie, je ferai tout ce que vous voulez, je vous donnerai mon âme, je vous filerai mon corps, je m'arracherai le cœur puisque de toute façon il ne me servira plus à rien sans lui, je vous en supplie, pas lui, tout mais pas lui, pas encore, pas encore... Ne lui faites pas de mal, il ne le mérite pas, il est génial, il est génial et je l'aime, je l'aime de toute mon âme, il est le plus merveilleux des hommes, il fait le bien dès qu'il le peut, il est tout mon monde, il est tout ce que j'ai, je vous en prie...

La brume, pour toute réponse, tira. Et tira encore, lorsque cela ne suffit pas à l'arracher à son étreinte.

C'était une force gargantuesque qui n'acceptait aucun refus, un mouvement irrépressible, une poussée immuable qui défoncerait tout sur son passage, sa vie si c'était nécessaire, elle le sentait. Evie tenta de lutter, de toute ses forces, tenta de supplier encore, de prier un dieu auquel elle ne croyait même pas, hurla dans le silence qui envahissait sa tête les pires insultes de son répertoire. Dans le rien, et alors que Walty se débattait, désespérément, contre les forces qui le dérobaient encore à elle, elle invoqua les plus grandes malédictions du monde, puisa dans ses retranchements la force de juste tenir, tenir encore, tenir plus fort.

Walter échangea un regard avec elle. Une larme s'échappa de son œil brun, gorgé d'un désespoir qui devait se refléter en son âme.

Il lâcha.

La poupée essaya, en vain, essaya à en briser ses membres rigides, essaya désespérément de le rejoindre, de tendre à nouveau la main broyée, de rattraper l'amant enlevé. Mais il était trop tard. La chaise de l'être aimé reculait, centimètre par centimètre, emportée par la caresse de la brume qui le dévorait avec délice et candeur. Ce fut d'abord le cou. Et il hurlait, le pauvre garçon, il hurlait pour rejoindre sa belle sans doute, hurlait pour la sauver, animé par la même peur, par le même désespoir, par la même impuissance peut-être. Son visage était gorgé d'une rage mêlée d'horreur, une horreur qui s'imprimerait à jamais dans le regard rougi de son amour.

La brume mangea sa tête. Et la poupée, soudain, ne pouvait même plus se persuader que le silence était factice. Non, le néant cette fois était partout, partout, et peut-être allait-il la manger aussi. C'était mieux pour elle. Mieux valait être morte qu'ainsi seule, dévorée par le chagrin, crucifiée par le désespoir qui la couronnait dans une ambiance de mort.

Mais Walter tendait la main. Il tendait une main vouée à disparaître, la tendait dans un dernier sursaut d'amour sans doute. Et elle eut tout donné, tout, tout, pour la prendre. Elle aurait voulu la chérir. Elle aurait voulu l'embrasser. Elle aurait voulu la caresser à jamais, la couvrir de cadeaux et passer une bague sur le doigt prévu pour l'éternité de leur amour. Elle aurait voulu entrelacer la sienne avec. Elle aurait voulu voir les ridules s'inscrire sur cette peau encore trop jeune pour être dévorée, voir le temps marquer de son empreinte chaque petite parcelle, chaque petit centimètre. Elle aurait voulu la voir tenir celle d'un bambin qu'elle aurait sorti de son ventre arrondi, elle aurait voulu pouvoir les prendre toutes les deux, en allant au parc ou au restaurant. Elle aurait voulu la sentir contre sa peau dans la chaleur des nuits d'été, soupirer à son contact lorsqu'elle aurait su trouver les plus beaux morceaux d'elle-même. Elle aurait voulu l'avoir, pour toujours, à jamais, jusqu'à la voir s'unir à son autre main lorsqu'on l'enterrerait, vieux et ridé, mais surtout beau.

Le bras s'évapora comme s'évaporait tout le reste.

Il n'y avait plus de Walty.

Plus rien.

Et la poupée, figée dans l'horreur, affichait toujours ce semblant de sourire qu'ont les objets qui n'existent pas vraiment.

Quoi de plus beau qu'un visage qui sourit quand les larmes le submergent ?




« NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON !!! RENDEZ-LE MOI !!! RENDEZ-LE MOI !!! »

Plus de respiration. Plus de souffle. La gorge éraillée. La gorge blessée, arrachée, brûlée. La voix saccagée. Le corps rompu. La panique croissante, la panique encore, partout, et le désespoir comme maître d'un univers de chaos.

« RENDEZ-LE MOIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII !!! WALTEEEEEER ! »

Plus fort.

« WALTEEEER !!! »

En larmes.

« REVIENS ! REVIENS !!! LAISSEZ-LE REVENIR !!! »

La rage.

« VOUS N'AVEZ PAS LE DROIT !!! VOUS N'AVEZ PAS LE DROIT !!! RENDEZ-LE MOI!!! »

Puis la voix crucifiée atteignit les oreilles sifflantes. Choc. Incompréhension. Le souffle perdu dans l'antre de la terreur. La poitrine vrillée. Le regard hagard.

Retour à la réalité.

Réveil.

Evie était perdue au cœur d'un monde anarchique. Les cris l'assaillaient de toute part et accentuaient la panique que son retour à la normale ne parvenait pas à apaiser. Il y avait des bruits, des chocs, des claquements, encore, partout. Elle posa ses mains sur ses oreilles, se recroquevillant sur elle-même pour se préserver de l'anarchie qui lui vrillait les tympans. La transition du silence absolu à l'explosion fut trop courte, trop violente. Elle ferma les yeux.

Inspirer, expirer. Encore. Plus fort. Plus profondément.

Elle tremblait, de tout son corps rendu étrangement frêle par la crispation trop longue de ses muscles endoloris. Les sanglots coincés dans sa gorge menaçaient à tout instant de la submerger. L'horreur habitait encore le moindre recoin de ses pensées. Il fallait qu'elle se calme. Il fallait qu'elle revienne, définitivement.

Que s'était-il passé, bordel ?

Ses paupières s'ouvrirent à nouveau, précautionneusement, comme si la réalité pouvait venir la mordre au visage. N'importe quoi. La frustration se mêlait au reste pour mieux ajouter à son agitation, la prenant à la gorge sans qu'elle n'y puisse rien. Elle avait besoin d'une ancre.

Walter.

Elle avait besoin de le voir, de savoir qu'il était là et pas bouffé par un nuage. C'était ridicule, mais elle avait besoin de reprendre sa main, de le sentir à ses côtés, de savoir que tout ça n'avait été qu'une horrible, horrible illusion.

Et celui qui avait refilé une drogue à toute l'assistance allait entendre parler d'elle.

Elle se redressa et alla chercher, enfin, la présence adorée de son fiancé. Qui n'était plus sur sa chaise. Une angoisse renouvelée noua sa gorge tandis qu'elle se retournait, son regard scrutant le chaos qui régnait sur la salle dans l'espoir de discerner la silhouette familière.

Non plus.

« Putain... Putain, putain, putaiiiiin... »

L'hystérie au bord des lèvres, Evie regarda derrière elle. Josh, Penny... Ils seraient là, non ? Il fallait qu'ils soient là. Ils sauraient où était allé Walter. Ils avaient forcément vu quelque chose, ils lui diraient. Ils devaient être là.

Ils ne l'étaient pas.

« MERDE ! FAIS CHIER ! »

La jeune femme se mordit la lèvre pour ne pas éclater en sanglots, l'agitation qui lui bouffait les entrailles menaçant de la submerger définitivement. Elle inspira, expira, en quête d'un calme qui l'éludait désespérément. Il fallait qu'elle retrouve Walter. Coûte que coûte. La tâche était devenue vitale, absolue, nourrissant une crainte croissante qui allait la tuer.

Se redressant sur des jambes chancelantes, elle détailla la salle ruinée de son regard brun. Là, on courait, autre part on sanglotait, les vivants semblaient mort et la seule personne calme de l'assistance devait se trouver dans le cercueil dont elle n'avait honnêtement plus rien à faire. Walter n'était pas de ce côté là.

Elle pria silencieusement pour qu'il ne soit pas sorti. Si lui aussi était prisonnier de l'horrible cauchemar dans lequel elle avait évolué, il allait se mettre en danger comme un débile et elle refusait de le perdre pour quelque chose d'aussi stupide. Ils avaient trop traversé, ensemble. Elle l'avait déjà perdu trop longtemps.

« LILYYYYYYYYYYYYYYYYYY ! »

Cette voix. Ce nom. Elle aurait pu les reconnaître entre mille, les yeux bandés et les oreilles à demi bouchées. Son phare dans la nuit, sa corne de chasse, son appel, sa bouée de sauvetage. C'était lui.

Walter.

Elle se rua vers l'origine du son, bousculant les gens qui se mettaient sur son passage, trébuchant sur les obstacles qui jonchaient la voie, hurlant le nom de l'homme qu'elle voulait plus que tout retrouver. Un inconnu s'écroula au sol lorsqu'elle le poussa. Tant pis. Elle devait trouver son Walty.

« WALTEEER ! WALTER ! »

« LILYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYY ! »

Des sanglots dans la voix d'or, un désespoir qui lui mordit l'âme. Evie courut plus vite encore. Elle avait besoin de le rejoindre. Maintenant. Elle n'avait pas de temps à perdre. Il avait mal.

Essoufflée, chancelante, tremblante encore de la peur qui envahissait sa poitrine, elle suivit. Parce que c'était ce qu'elle avait fait et ce qu'elle ferait toujours, parce que c'était lui et parce que l'avoir à ses côtés était aussi évident que respirer, parce qu'elle devait l'aider et qu'il suppliait par ses mots qu'on le sorte d'un cauchemar qu'elle ne souhaitait à personne.

Finalement, elle l'aperçut. Désorienté, paniqué, perdu dans un monde qui n'était pas le sien, mais là. Bel et bien là. Son cœur crut fondre du soulagement qui se planta dans ses entrailles. Ses pas, naturellement, vinrent le retrouver, vite, toujours plus vite. Elle l'appelait, encore, toujours, de toute son âme.

Sa main s'enroula autour du poignet, tremblante des émotions qui la transperçaient de part en part. Elle secoua.

« Walter. »

Il n'entendait pas. Bien sûr qu'il n'entendait pas. Les sons ne l'atteindraient pas, pas ici, et certainement pas comme ça. Il aurait besoin de plus. Il était coincé, comme tant d'autre, dans un traumatisme qu'il ne méritait pas, prisonnier d'une illusion qui risquait de le détruire. Les larmes sur les joues adorées étaient autant de poignards pour lui briser le cœur.

Evie lança un regard au visage chéri et, du bout des doigts, vint caresser les traits cent fois embrassés. Dieu, qu'elle l'aimait...

Elle le gifla.

Puis elle le gifla à nouveau.

« WALTER BISHOP !!! REVEILLE-TOI !!! »

De ses bras souffrants, elle le secoua, de toutes ses forces. Reviens-moi. Reviens-nous. Je t'aime.

« SORS DE LA, ABRUTI !!! »

Elle martela ses lèvres sur les siennes, s'accrochant à ses épaules avec toute la force de son désespoir, toute la volonté de son amour, se pendant à ce corps qu'elle avait cru perdu à nouveau, perdu pour toujours, refusant de respirer si ce n'était pas le même air que lui. Elle l'embrassa pour toutes les fois qu'elle avait craint de louper, encore, à jamais. Elle l'embrassa violemment, trop peut-être, parce qu'elle avait encore tellement peur de le perdre que ses côtes semblaient broyés par la douleur fantôme de ce deuil qu'elle n'aurait jamais fait.

Elle le serra dans ses bras, lorsque l'air vint à lui manquer, le serra fort comme elle avait serré la main arrachée à la sienne.

Cette fois, elle ne lâcherait pas. Jamais. Jamais plus.

« WALTER !!! »


©️ Gasmask

_________________

Freedom
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
avatar
Messages : 241
Emploi : Aucun.
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Dim 25 Fév - 21:41

Avant de lire:
 


Funeral
Il n'y avait rien d'autre que la mort. C'était la seule issue, le seul espoir, la seule appartenance à laquelle elle pouvait prétendre. Il n'y avait rien d'autre que l'incroyable souffrance qui serrait son cœur et le nécrosait progressivement. Il n'y avait rien d'autre que l'effroyable peur qui motivait tous ses gestes, tous ses mots, toutes ses actions, jusqu'à la plus risible d'entre elles. Et il y avait la fuite, aussi. Loin. Il fallait qu'elle parte loin, qu'elle s'enferme dans une illusion, n'importe laquelle, qui la maintiendrait au delà de cette réalité à laquelle elle ne voulait pas participer. Elle ne pouvait plus. C'était trop. Trop de tout, pas assez de bonheur pour trop de malheur, et Jessica vomissait cette douleur qui se riait d'elle jour après jour. Contre ce mur, à l'autre bout d'un monde ravagé par le chaos et la haine, Jessica pleurait. Et les larmes brûlaient, et les larmes blessaient, les joues de l'enfant qui n'avait jamais connu la joie. Et les larmes étaient infinies, uniques témoins des horreurs qu'elle rencontrait jour après jour, comme si l'illusion qui les touchait tous se répétait éternellement derrière les murs de la maison Banner. Et les larmes brillaient, de cet éclat unique que seule possède la souffrance la plus absolue qui soit.

Mais personne ne regardait. Le chaos alentours protégeait les démons en même temps que l'enfant, protégeait un secret qui ne devait être dévoilé sous aucun prétexte. Ce serait pire, si ça finissait par se savoir. Jessica en était persuadée, et elle sentait déjà la mort caresser son échine alors qu'elle repensait au fiasco qu'avait été son moment de paix. Elle était venue trouver la faucheuse pour écouter ses promesses mais n'avait été reçue que par la vie, terrible et maligne, qui avait mordu dans ses défenses pour mieux les arracher.

Alors, Jessica décida qu'elle pouvait bien s'abandonner un peu à ces ténèbres qui la ravageaient de toutes leurs forces, et c'est dans le lot de ses horreurs qu'elle se terra pour mieux pleurer.


♠️



Le choc avait été rude et son esprit cherchait encore des repères qu'il peinait à trouver. Une main sur son front, l'autre le soutenant, Jack Banner laissa ses pensées se stabiliser. Peu à peu, les murs cessèrent de tanguer et le visage d'une femme lui apparut. Contrairement à ce qu'il avait cru, ce n'était pas Jessica. Si sa mémoire était bonne, il s'agissait de Madame McNamara.

« Est-ce que tout va bien... ? »

Son ton, bien qu'inquiet, le fit tiquer. Il y avait quelque chose, au delà de l'inquiétude. Il y avait quelque chose comme une forme de distance, comme si elle avait vu ce qu'elle ne devait jamais voir. Ses traits s'obscurcirent tandis qu'il tentait de se souvenir de ce qu'il avait pu faire lors de son hallucination. Ça avait été horrible, dramatique et presque diabolique. À cette vague pensée, une moue consternée mangea les traits de son visage.

« P-pas vraiment... »

Parvint-il à articuler, sonné. L'illusion vécue avait été assez traumatisante pour que son esprit refuse d'y revenir immédiatement. Il prit donc quelques secondes pour se remémorer le corps de sa femme, allongée sur le lit dans un repos éternel. Il prit quelques secondes supplémentaires pour se souvenir de la panique qui l'avait saisi lorsqu'il l'avait découverte pour la seconde fois. Après ça, il avait attrapé ses épaules et secoué, secoué, secoué... En vain. Katherine n'avait jamais répondu. Ses yeux se teintèrent de tristesse.

« J'ai... revu ma femme. Le jour où... j'ai retrouvé son corps.
- ... Je vois. Vous n'êtes pas seul à avoir vu... ce genre de chose. »


Madame McNamara avait donc vu quelque chose, elle aussi, et ce même si elle restait vague. C'était donc forcément autre chose qui l'avait choquée. Mais avant que Jack n'ait le temps de réfléchir davantage à la question, elle lui donna la réponse.

« Mais M. Banner, j'ai bien peur que vous ayez failli faire du mal à votre fille pendant ce temps... »

Merde. La femme en face de lui en avait trop vu et Jack devait étouffer les soupçons qu'elle pourrait développer à son insu dans l'oeuf. Si son visage se teinta de toute la contrariété du monde, ce fut à l'idée qu'elle découvre une vérité qui ne devait jamais faire surface. Ses yeux lancèrent une oeillade désespérée à la mère de Victoria et lorsqu'il parla, Jack Banner fit en sorte que sa voix trébuche.

« D-du mal à ma fille... ? »

Tout en répondant, Jack prit le temps de repasser l'épisode traumatique en sa mémoire. Oui. Il situait le moment de la méprise. C'était lorsqu'il avait essayé de rév-... C'était au moment de la gifle.

« O-oh non... J-je vois de quoi vous voulez parler et-... C-c'est à dire que... lorsque j'ai découvert le corps de ma femme, j-j'ai frappé sa joue dans l'espoir de la réveiller. J-je n'arrivais pas à y croire e-et... »

Alors qu'il racontait son histoire, les larmes humidifièrent son regard. Il n'avait jamais voulu la mort de Katherine. Jamais. Il n'était pas violent par plaisir. Ses coups, sans exception, étaient là pour punir. Jamais sans raison. Il avait besoin de faire comprendre aux femmes de sa vie qu'elles étaient en tort, et il n'y avait toujours que comme ça qu'elles comprenaient. Seulement... Katherine avait fini par craquer. Un soir, il était rentré du travail et l'avait trouvée allongée sur un lit, inanimée. Au sol, plusieurs boîtes vides étaient éparpillées. La suite avait été dramatique. Il s'agissait, de loin, de son pire souvenir. Madame McNamara comprit et Jack Banner fit d'une pierre deux coups. Il obtint un réconfort sur lequel il ne cracha pas et éteignit tous ses doutes de façon définitive.

♠️


Ça avait quelque chose de réconfortant, les ténèbres. Lorsqu'elles enveloppaient tout le corps, il n'y avait plus besoin de lutter. Ça avait quelque chose de réconfortant, de pouvoir enfin craquer pour toutes ces fois où on le lui avait interdit. Ça avait quelque chose de réconfortant, même si ça sous-entendait revivre des cauchemars bien réels. Dans la tête de Jessica, les images défilaient. Les coups pleuvaient, le sang coulait, les bleus naissaient, et toujours, il y avait cette voix, l'horrible voix du monstre qui arrachait son esprit un peu plus à chaque fois qu'elle résonnait.

« Tu te fous de moi Jessica ! Tu te fous de moi ! »

Elle avait supplié, mais ça n'avait pas suffit. Elle avait juré, puis le coup était parti.

« Putain de menteuse de merde ! Je t'ai pas élevée comme ça ! Qu'en penserait ta mère ?! Tu y penses, parfois ?! »

Elle avait connu le noir, la peur, la douleur, aussi, comme de vieux amis qu'on rencontre régulièrement pour boire un verre. Elle, elle buvait la tasse à chaque fois qu'elle les revoyait.

« Jessica... Je peux savoir où tu étais ? »

La bibliothèque n'avait jamais été une réponse adéquate. Les coups avaient plu sans qu'elle puisse les empêcher, et les bleus avaient duré longtemps. Il l'avait dispensée de sport, cette fois-là. C'était cette fois où il lui avait brisé une côte avec un coup de pied.

« T'es qu'une putain de traînée, Jessica ! Une traînée ! Je sais même pas comment je peux encore oser te regarder et t'appeler ma fille ! »

Ça n'avait pas arrangé les choses, les propos qu'il lui avait adressés. Pas plus que le traitement que ses petits camarades de classe lui avaient infligé. Pour ça non plus, elle n'avait pas pleuré. Elle ne s'y était pas autorisée, n'avait jamais trouvé le répit nécessaire pour craquer, et avait enduré. C'était pour ça que les ténèbres étaient douces. Elles ne jugeaient pas et ne jugeraient jamais. Elles acceptaient ses larmes sans les lui reprocher. C'était confortable, les ténèbres. Jessica se sentait le désir de les laisser l'emporter, se sentait rêver d'une paix qu'elle ne trouvait jamais qu'en leur sein, depuis toujours. Elles apaisaient tout, à chaque fois que le monstre allait trop loin. La douleur était trop forte, mais ne l'était jamais pour elles. Elles venaient la prendre, caressaient ses joues baignées de larmes et apaisaient tout. C'était reposant, c'était apaisant, et cette tranquillité dont elle avait toujours rêvé ne lui venait jamais qu'ainsi.

La lutte était trop rude. Toujours. Jessica ne comprenait pas pourquoi elle n'abandonnait tout simplement pas. Elle entendait la décision de sa mère, finalement. C'était tellement plus simple, d'accepter la douleur. C'était tellement plus simple, d'arrêter de la rejeter. C'était tellement plus simple, de se faire happer, entièrement, et de tomber dans les abysses. Lutter, nager de toutes ses forces pour essayer de ne pas couler, c'était épuisant. Et Jessica avait tellement, tellement lutté... Elle ne voulait rien d'autre qu'un peu de repos, qu'un peu plus de cette caresse contre sa peau, si rassurante, presqu'enivrante.

« -...Là ! »

La voix, familière, arracha une moue au désespoir de Jessica. Si elle relevait la tête, on la tirerait de force vers une vie qu'elle ne voulait pas. Si elle relevait la tête, on l'obligerait de nouveau à essayer, à justifier les crimes qui ravageaient son corps et à sourire. Si elle relevait la tête, elle devrait donner le change, et Jessica n'avait plus envie. Elle n'avait plus envie de rien, à part ce précieux réconfort qu'elle trouvait dans l'obscurité de sa douleur.
Mais Andrew était plus têtu que ça, et il ne se contenterait pas de la désigner. Au lieu de ça, elle le sentit approcher et s'accroupir. Sans qu'elle ne comprenne vraiment, les larmes redoublèrent alors qu'elle tentait vainement de les refréner.

« Jessica ! Est-ce que ça va ? »

Non. Ça n'allait pas, et ça n'irait jamais plus si elle ne mentait pas. Il le fallait. Il fallait qu'elle construise un mensonge tangible, qui gommerait leurs certitudes naissantes et les métamorphoserait en quelque chose de plus acceptable. Alors, les yeux pleins de larmes qui n'en finissaient pas de couler, Jessica mentit.

« O-oui. Ç-ça va... »

Mais elle n'eut pas le temps d'approfondir. Andrew la prit de court et posa la question fatidique, celle qui, jamais, ne devait surgir.

« Il t'a fait mal ? »

Cette fois, Jessica n'eut aucune difficulté à prononcer les mots qui suivirent. Des sanglots toujours plein la voix, elle secoua doucement la tête.

« N-non... Ç-ça m'a juste secouée... »

C'était la vérité. Il avait simplement appuyé sur d'innombrables bleus de toutes les époques et de toutes les intensités. Il n'avait fait qu'appuyer sur ce qu'il avait lui-même créé, mais sans en rajouter. Ça n'était pas ça, la douleur. La douleur, c'était bien pire. La douleur, c'était ce que Jessica subissait lorsque la nuit tombait et que personne ne regardait.

« T'inquiète pas, on laissera pas ce connard t'approcher. »

Il fallait qu'elle approfondisse. Vite. Il fallait qu'elle crédibilise ses propos, leur donne une consistance qui tuerait tous leurs doutes et les apaiserait. Il ne fallait pas qu'on apprenne. Il ne fallait pas qu'on devine. Il fallait qu'on oublie, qu'on imagine que tout était normal. Jessica ne supporterait pas que cela devienne pire. Elle n'en avait pas la force. Elle ne l'avait jamais eue.

« J-... »

Mais Victoria la coupa, et Jessica sursauta. Dans sa souffrance, alors même qu'elle n'avait toujours pas retrouvé le courage de relever la tête, elle ne l'avait pas entendue, pas devinée comme elle l'avait fait avec Andrew. Doucement, ses bras se resserrèrent sur ses pauvres jambes. Elle n'avait pas besoin de ça. Pas maintenant...

« Tu as dit qu'il hallucinait. Regardez tout autour, j'ai bien l'impression qu'il est pas le seul »

Mais le destin était ironique et la vie se moquait d'elle. Celle qu'elle craignait lui donna une porte de sortie, dans laquelle elle s'engouffra désespérément. Elle releva la tête, rien qu'un peu, juste suffisamment pour apercevoir les visages. Les traits d'Andrew lui firent l'effet d'une bouffée d'air frais.

« Et puis j'ai... j'ai vu des choses, moi aussi. »

Jessica eut envie de se jeter dans les bras du garçon, mais elle ne se le permit pas. Jamais. Si elle osait, ça ne fonctionnerait pas. Si elle osait, elle rompait le voile du mensonge encore fragile qu'elle s'efforçait de créer.

« V-Victoria a raison... »

Murmura-t-elle tout d'abord. Les mots, étrangement, lui faisaient plus mal qu'à l'accoutumée. Les mots, étrangement, avaient le goût du sang.

« O-on... Il s'est passé quelque chose, ici e-et... O-on a tous halluciné... M-mon père aussi, e-et comme je sortais de mon cauchemar, j-j'ai réagi trop fort. J'ai crié, et j'ai supplié, m-mais ce n'était pas vraiment à lui que je m'adressais. Je m'adressais à-... Au Clown. J'avais juste... encore peur. C'est tout. »

Oui. Comme ça. Personne ne comprendrait la réalité de son existence. Personne ne saurait jamais. C'était ce qu'il fallait, peu importe ce que ça lui coûterait. Mais alors qu'elle tentait de se convaincre que ce choix était le bon, elle laissa tomber l'une de ses mains à la recherche de celle d'Andrew. C'était un risque qu'elle prenait. Mais une part d'elle lui hurlait qu'elle ne surmonterait pas l'absolution de leurs doutes. Une part d'elle lui hurlait qu'elle en souffrirait plus qu'elle l'imaginait, et Jessica était persuadée qu'elle avait raison.
code by bat'phanie
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Messages : 192
Emploi : Journaliste à l'Aster Cover.
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Lun 26 Fév - 22:53





FUNERAL

« You really know how to put the "fun" in "funeral". »


J'étais vite attendrie devant Walter et Evie. Les petites piques ne faisaient qu'accentuer le fait qu'ils s'aimaient vraiment, et ça me rassurait de voir mon cousin entre de bonnes mains. J'essayais de ne pas rire de bon coeur quand ce dernier m'ébouriffa les cheveux. Je me contentai de me recoiffer en fermant un oeil, faussement agacée. C'était comme si on ne s'était pas quittés depuis toutes ces années... Et on en avait à rattraper. Ca me tardait. Et quand Evie proposa d'aller manger un burger après la funeste corvée, j'acquiesçai presque furieusement, montrant mon enthousiasme à cette idée parfaite. Ce sera toujours mieux que de rester assis ici, sans pouvoir parler sous peine de regards emplis de jugement à droite à gauche. Je me redressai sur mon siège par la suite et attendit donc patiemment que tout cela se termine. Que tout cela commence, même, car malheureusement ce n'était que le début.

Comme à mon habitude, le discours du prêtre ne m'inspirait franchement pas, et j'étais bien plus occupée à observer les rangées de visages, comme si le temps allait passer plus vite de cette manière. Mais certains me rappelaient des souvenirs, bons comme mauvais, et repasser des petites scènes que j'avais parfois oublié dans ma tête me paraissait être une bonne idée pour tuer le temps. Mais quand ma tête se retourna une nouvelle fois vers le discours (il fallait bien faire genre, un petit peu), je notai que les bougies étaient éteintes... C'était bizarre, j'aurais juré qu'elles étaient allumées il y a même pas une minute. Et le vent qui sifflait tel un ridicule fantôme, c'était assez fort pour que je m'en rende compte et que mon attention soit détournée (bien que ça, c'était plutôt facile à faire). À peine eus-je le temps de lever la tête et froncer les sourcils que le noir envahit toute la salle dans un claquement. Je m'attendais à ce que certaines personnes crient, ou aient quelques hoquets de stupeur. Mais... mince... je me sentais vraiment... seule ?

C'est parce que je l'étais. Avec la pénombre, c'était pas facile de le vérifier, mais il y avait pas le moindre bruit de la moindre petite respiration. Rien qu'un silence, un silence qui remplissait la pièce et qui commençait à m'étouffer par son vide. J'essayais de trouver une présence, en l'occurence celle de Josh à côté de moi, mais ma main ne rencontra jamais son épaule. J'étais seule, j'étais incroyablement, et sans aucun doute... Seule. Sans lumière, sans repère, sans rien. Une sensation de vertige me prit lorsque je réalisai ce fait, et bien que j'étais encore assise, l'équilibre qui me maintenait en place me fit défaut, et je dus m'accrocher au dossier devant moi pour ne pas que ma tête devienne trop lourde et me fasse tomber à la renverse. Ma respiration était difficile, mais je m'efforçai d'inspirer et expirer à grandes goulées. Du calme, Penny. T'es dans une situation super bizarre là, mais, doit y avoir une explication. C'est ce que ça fait quand on s'évanouit, peut-être ? Pas étonnant, tu travailles trop et tu dors peu en ce moment. Courage. Respire.

Je me risquai à lever lentement la tête pour voir ce qui m'attendait maintenant que mes yeux s'étaient un peu plus habitués à l'obscurité. Mais je ne m'attendais pas à voir quelque chose d'aussi clair, cela m'arracha un hoquet de surprise très mal dissimulé. C'était comme si elle défiait la pénombre, je n'avais aucun autre moyen de décrire ça. Mais c'était certainement pas quelque chose que j'avais déjà vu dans ma vie. La lumière, ça marchait pas comme ça. Et pourtant...
Elle se tenait assise sur le cercueil, les jambes pendant dans le vide. Je jetai quelques coups d'oeils autour de moi, mais il n'y avait qu'elle. Et moi. Sauf qu'elle... était moi... Je me reconnaissais. Je devais avoir 14 ou 15 ans quand je ressemblais à ça. Les cheveux encore longs qui tombaient en casacades sur mes épaules. Mes yeux noisette avaient toujours ce petit éclat, mais il avait l'air de briller comme s'il avait été poli dans le regard de la Penny du passé. Elle avait un petit sourire. Le sourire que je faisais quand je me moquais de quelqu'un. Mais il avait soudain pris une toute autre dimension. C'était une sensation... Je ne savais pas, mais c'était comme si j'étais rentrée dans un miroir. La voir... me voir, c'était comme regarder une proche étrangère. Une goutte d'eau qui ne devrait pas être là. Ma voix juvénile parvint à mes oreilles vieillies, ce qui m'arracha un frisson terrible.

- Tu t'es plantée Penny, laisse tomber tout ça, tu ne seras jamais qu'une perdante. T'as jamais été faite pour New York et tout le monde finira par t'oublier. T'es qu'une ratée.

J'ouvris la bouche mais ne trouvais rien à dire. Qu'est-ce que ça signifiait ? Est-ce que je devais aller voir un psy et en parler pour qu'il trouve avec quel parent j'ai eu des problèmes ? J'avais vraiment pas accepté mon échec à New York et d'une certaine manière, c'était la première fois que je me confrontais moi-même là dessus. Les mots de mon pendant enfantin me frappèrent en plein visage. Une gifle qui m'avait donné des rides et des creux, chose qui m'angoissait au plus haut point. J'aurais pu pleurer, mais je me retenais fortement. Je n'avais pas le temps de pleurer. Il fallait que je trouve ce qui se passe. Et tant qu'à faire, pourquoi pas parler à la personne qui me connaissait le mieux.

- Je sais que ça a pas marché à New York. Mais toi t'es pas censée le savoir. Tu n'as plus d'espoir ? Tu ne le referais pas ?...

Je savais déjà la réponse. Mon rire cristallin résonna dans la salle et me mettait mal à l'aise au plus haut point. Quelque chose dans ce son me disait que rien de tout ça n'était censé arriver. No shit, Sherlock.

- Bien sûr que non ! Si j'avais le choix, j'essaierai de pas rater ma vie, mais merci de nous avoir bien foutu dans la merde toutes les deux, Penelope ! Si j'avais su que j'allais devenir comme ça, je me serais tuée ! Regarde toi !

Je m'appelais Penelope toute seule, je... mon cerveau ne suivait plus tout ça. Le court-circuit du paradoxe commençait à l'atteindre, et peut-être qu'il allait griller bientôt. Je devrais m'inquiéter quand je sentirais de la fumée, même si une sale odeur régnait déjà dans la pièce. Je me serais tuée. J'étais aussi détestable que ça ? Je commençais à penser qu'en plus du cerveau à point, j'avais maintenant une descente d'organe, mais j'avais peut-être tout simplement envie de vomir car mon corps n'acceptait rien de ce que je voyais ni n'entendait. Est-ce que j'étais en train de me rejeter ? De rejeter ce que j'étais devenue ? La jeune Penny finit par descendre du cercueil en un bond souple pour venir me faire face. Je n'étais pas très loin, à vrai dire, je m'étais instinctivement rapprochée vers ce que j'étais. Enfin, ce que je fus.

- C'est fini, Penny, tu seras plus jamais comme moi ! criais-je maintenant. T'as tout raté et maintenant tu ressembles à une vieille truite déssechée ! Tu me dégoûtes.

Je ne savais quoi faire devant tant de violence. Une boule étranglait ma gorge à mesure que je me rendais compte que je pensais peut-être vraiment ces choses là de moi-même. Ou alors mon esprit me le persuadait. Je devais combattre tout ça... non ? Parce que c'était pas possible ce que je voyais... Pourtant... Le désir de revenir en arrière... Il était tellement fort. Je me rendais compte que j'aurais tout donné pour redevenir la Penny que je voyais devant moi, aussi étrange que c'était. Je n'arrivais plus à parler, ma respiration était saccadée, et finalement les larmes étaient montées. Je tendis une main fébrile vers mon moi, vers ma jeunesse, vers mon passé. Mais il cracha par terre.

- Impossible de rembobiner, ma vieille.

Un énorme souffle froid vint dans mon dos et la vision de moi-même s'effaça et s'envola comme du sable fin. Par réflexe, j'essayai d'empêcher sa disparition et tentai de récupérer ne serais-ce qu'un petit grain éparpillé, en vain. Non, avais-je pathétiquement gémi en faisant un pas en avant. Mais c'était fini. Mon Dieu... J'avais réussi à retenir mes larmes. Mais j'étouffais encore un peu. J'avais sorti la tête hors de l'eau, mais je savais tout au fond de moi qu'il fallait que je continue à vivre avec moi-même... et ça me tordait le ventre. Je pensais avoir tout perdu, mais au final, tout était revenu. La présence de la foule était là, mais quelque chose clochait. Le portrait d'Amelia devant moi était brisé, et quand je me retournai, un spectacle effroyable s'offrit à mes yeux ébahis. J'avais rêvé pendant combien de temps ? Pourquoi tout le monde était comme ça ? C'était le chaos, le chaos total. Étais-ce mieux d'être seule avec mes pensées ou bien entourée de folie pure ? Le deuxième. Définitivement le deuxième.

Notre rangée était vide... Mais elle n'était pas la seule. Par chance, je ne mis pas longtemps à repérer Joshua et alla immédiatement à sa recherche. Il n'avait pas l'air dans son assiette lui non plus, et je commençais à comprendre un peu que tout le monde faisait face à ses démons. Je ne me demandais pas encore de quoi il s'agissait pour les autres... je n'allais jamais raconter le mien, pour sûr. Prenant prudemment les épaules de mon ami, je plongeai mes yeux erratiques malgré moi dans les siens.

- Tu vas bien ?! m'enquis-je. Est-ce que tu as vu Walter et Evie ? »

J'avais soudain un sentiment d'angoisse à l'égard de mon cousin. Si lui aussi il lui était arrivé quelque chose... il n'en avait certainement pas besoin. Et je n'arrivais pas encore à le percevoir dans mon champ de vision, ce qui ne fit qu'accroître mon inquiétude.


_________________

    never queen of the hill
    Youth is like diamonds in the sun, and diamonds are forever. So many adventures couldn't happen today, so many songs we forgot to play. So many dreams are swinging out of the blue. We let them come true.+ buckaroo.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Messages : 61
Emploi : Apprenti directeur au sein de l'entreprise familiale.
Sur ton walkman : Bringin' On The Heartbreak - Def Leppard
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Mar 27 Fév - 0:47

Jessica est en larmes. Elle essaye de minimiser les choses, de se la jouer cool, mais ses yeux rouges, ses joues mouillées et sa voix tremblante montrent bien qu'elle est en état de choc. Andrew n'est pas sûr de tout comprendre, mais il saisit l'essentiel : il se passe quelque chose de grave. Quand les parents se mettent à halluciner au point de lever la main sur leur propre enfant, la ligne rouge est franchie. Une irrésistible envie de fuir l'endroit sans se retourner le prend, comme un instinct de survie. Un cri intérieur l'empêche de penser convenablement. Il répète en lui, avec une force résonante dans tous ses muscles tendus "FUIS, CASSE TOI, NE TE RETOURNE PAS".

Il reste accroupi pourtant, malgré le rythme cardiaque inquiet qui bat dans sa poitrine. La mélodie des cris derrière lui ne l'aide pas à trouver le calme, mais il s'efforce de rester concentré sur l'essentiel : Jessica et Victoria, qu'il entend juste derrière lui. Alors que celle-ci les invite à constater la situation chaotique au milieu de laquelle ils se trouvent, Jessica se replie un peu plus sur elle-même, comme apeurée. Andrew pose sur elle un regard compatissant qu'il ne dévoile (vraiment) pas souvent. Il ne peut pas la blâmer, car en cet instant tout va de travers, pour tout le monde.

Mais lorsque Victoria enchaîne en révélant qu'elle a aussi halluciné, Andrew se retourne brusquement vers elle. "Quoi ?" Le mot lui a échappé, sortit du cœur, alors que le choc de l'inattendu le frappe. Le mot résume tant de questions qu'Andrew ne saurait par où commencer pour toutes les poser. Comment ça Vicky aussi a vu quelque chose ? Qu'est ce qu'elle a vu ? Pourquoi elle l'a vu ? Est-ce qu'elle aussi elle s'en est prise à quelqu'un ? Est-ce que c'est pour ça qu'elle a essayé de le frapper ? Est-ce qu'elle va mieux ? Andrew lui demande tout en un regard, bouleversé par la nouvelle. Il n'oserait jamais poser cette dernière question cependant, rattrapé par la réalité de leur relation actuelle malgré tout. Il avait beau se faire du soucis pour la jolie blonde, il ne devait surtout pas l'admettre. D'ailleurs, il lui tourna rapidement à nouveau le dos pour se recentrer sur Jessica.

Elle eut droit au même regard atterré. Mais pourquoi est-ce-que tout le monde avait halluciné sauf lui ??? De plus en plus perplexe, la petite voix inquiète à l'intérieur d'Andrew en devint carrément paniquée. S'ils hallucinent tous, les uns après les autres, la logique voudrait sans doute que son tour vienne bientôt. C'est à cet instant, qu'Andrew su qu'il était vraiment en danger. Ou plutôt un danger. L'horreur le frappa à l'idée qu'à son tour il puisse être saisi par une psychose injustifiée qui le pousserait à s'en prendre à Jessica - comme elle a rejeté son père - ou à Vicky - comme elle a tenté de le gifler lui-même.

Alors qu'il s'inquiète de ressentir les premiers symptômes d'un moment à l'autre, il confesse la source de sa confusion. "C'est bizarre. J'ai rien vu du tout...pour le moment." Il se sent obligé de rajouter d'un air un peu plus inquiet, mais préfère s'imaginer immunisé, plus fort que tous les autres. Voilà quelque chose qu'il sait faire aisément, et qui lui permet de garder la face dans ce moment de débâcle totale. La main que pose Jessica sur la sienne achève de le convaincre.

En temps normal, le grand blond n'aurait jamais permis un tel geste en public, dans l'éventualité où un acte de sympathie de sa part envers Jessica pourrait nuire à sa réputation. Leur amitié instable a toujours été discrète, bien qu'assurée par un point commun solide dont ils ne parlent jamais. Et puis d'habitude bien plus réservée, Jessica elle-même n'aurait pas été capable de ce genre d'initiative. Pendant une seconde, Andrew est surpris du contact. Mais en ce jour et moment si particulier, il referme finalement sa main sur celle de Jessica, comme pour lui faire la promesse silencieuse de ne pas la laisser tomber cette fois. Il prend sa main avec douceur, comme celle d'un malade qu'on rassure, et affirme d'un air plus assuré : "Ça va aller, il faut juste que les effets se dissipent."

C'est Alexander Bloomingdale qui apparaît soudainement et interrompt ce grand moment où Andrew montre enfin un sens de la compassion qu'on croyait inexistant. Sans avoir l'occasion de continuer dans sa lancée, l'héritier Dean se retourne vers le nouveau venu qui semble encore plus perdu que lui et l'analyse d'un rapide coup d’œil critique. Il n'a pas l'air à l'aise (qui le serait ?), alors Andrew éclaire rapidement sa lumière : "La cérémonie pour Amelia est partie en vrille, les gens se sont mis à halluciner. Il y a un problème avec cet endroit, il faut appeler les secours et faire évacuer." Il suggère dans un élan de lucidité inspiré par le nouveau, mais songe tout de même qu'il est un peu tordu d'être venu après avoir entendu des cris. "Ils deviennent agressifs, il faut faire gaffe." Il se sent obligé de préciser, en repensant à la scène entre Jessica et son père, et à la baffe qu'il avait évité de justesse. Il jette d'ailleurs un regard suspicieux à Victoria et questionne, juste au cas où : "Tu te sens mieux ? Tu vas plus essayer de m'en coller une hein ?"
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Messages : 620
Emploi : Lycéenne (senior) et animatrice sur Radio Aster Cove.
Sur ton walkman : Laura Branigan - Self Control
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Mar 27 Fév - 13:27





FUNERAL

« Great paté, but I'm gonna have to motor if I wanna be ready for that funeral. »


 « Quoi ?

Andrew s'était immédiatement retourné vers moi, l'oeil encore plus inquiet qu'auparavant. Franchement, je m'attendais pas une telle réaction, c'était la première fois depuis longtemps qu'il se souciait de ma pomme. Je le regardais presque effrayée par ce soudain revers de médaille, ne sachant juste pas comment réagir. Qu'est-ce qu'il lui prenait, à Andrew Dean d'être aussi prévenant aujourd'hui ? Il fallait le plonger dans l'enfer lui-même pour qu'il retrouve un semblant d'humanité ? Au moins peut-être que les événements d'aujourd'hui allaient le convaincre que quelque chose tournait pas rond dans cette ville, et j'aurais peut-être gagné un semblant de respect. Mais j'y croyais qu'à moitié... Devant moi, je voyais un mirage, une superbe oasis qui allait bientôt disparaître à mesure que je m'en approcherais. Alors je me contentais de pincer mes lèvres en réponse, lui signifiant que ouaip, c'était bel et bien arrivé. Mais curieusement, ce n'était pas ce cher Dean qui allait me chambouler le plus à cet instant.

- V-Victoria a raison...

Je crois qu'avec Andrew, nous nous retournâmes comme un seul homme vers Jessica.

- O-on... Il s'est passé quelque chose, ici e-et... O-on a tous halluciné... M-mon père aussi, e-et comme je sortais de mon cauchemar, j-j'ai réagi trop fort. J'ai crié, et j'ai supplié, m-mais ce n'était pas vraiment à lui que je m'adressais. Je m'adressais à-... Au Clown. J'avais juste... encore peur. C'est tout.

Je me pétrifiai au mot "clown". C'est pas vrai... Jessica l'avait vu elle aussi ?! Ca voulait dire... Je lançai des regards frénétiques autour de moi. Tout le monde l'avait vu ?! Il était vraiment là ?! Oh putain, ça aurait dû me rassurer de voir que quelqu'un avait partagé ma vision, mais absolument pas. Ca le rendait encore plus... réel.

- Tu... tu as vu un clown toi aussi ?! demandais-je à moitié paniquée.

J'espérais au fond qu'elle s'était trompée ou que j'avais mal entendu. Mais son rire, son rire résonnait dans ma tête une nouvelle fois, et je n'arrivais pas à le faire taire. Ses mains gantées étaient en train d'enserrer mon torax et la peur me picotait désagréablement le haut du corps. Shit... j'avais l'impression que je pouvais le voir à chaque recoin. Que si je levais la tête, il serait là, accroché de manière absurde au plafond, son horrible sourire barbouillé de rouge sang me serait destiné et il me sauterait dessus sans aucune hésitation. Comme dans...
Leurs mains. J'avais peine à croire que quelque chose venait de me distraire de ma psychose. Cependant, Jessica avait bel et bien pris la main d'Andrew et ce dernier l'avait serrée. Ouch. Rien qu'un petit geste, un petit geste qui avait entaillé le côté gauche à l'intérieur de ma poitrine, organe dont j'aurais bien voulu me débarrasser à force. Que je l'arrache, le jette à terre et lui ordonne de me laisser tranquille avec ses conneries. Je pouvais pas regarder ça. C'était au dessus de mes forces. Je m'étais rapidement détournée, voulant oublier instantanément ce que mes yeux me faisaient voir. Ce qui m'énervait le plus, c'est que ce genre de petites choses sans importance m'affectaient toujours.

En me retournant, je tombai nez à nez avec quelqu'un, ce qui me valut, au moins, une distraction convenable au spectacle indésirable. C'était... Alexander Bloomingdale, il me semblait bien. Je le connaissais vaguement, mais je savais qu'il travaillait dans une boutique de fringues, maintenant. Il avait toujours le style, d'ailleurs, et je ne pus m'empêcher de regarder son accoûtrement de haut en bas. Avec ses cheveux clairs et son habit immaculé, il contrastait terriblement avec la scène qu'il venait de rejoindre. Je lui affichai un petit sourire amusé. C'était bizarre, mais ça faisait du bien de voir quelqu'un qui ne s'appitoyait pas en portant le deuil jusqu'au bout des pieds. Enfin, malheureusement, ce ne serait probablement pas de son habit que les commères parleraient en sortant d'ici. Quoique certaines en étaient capables... En tout cas, il avait réussi à me faire penser à autre chose que le clown, que la main de Jessica dans celle d'Andrew et que le chaos qui régnait dans la salle, bien que j'avais l'impression que tout commençait à s'estomper un peu, mais je pouvais bien me tromper. Peut-être que le sommet avait été atteint, en tout cas je l'espérais fortement. Je sentais encore la menace du clown pas très loin malgré tout.
Je voulus expliquer la situation à Alexander. D'ailleurs, je me demandais s'il comptait vraiment venir à la base, vu comment il était habillé justement. Est-ce qu'il avait remarqué que quelque chose clochait ici ? Mais ma réflexion fut interrompue par Andrew qui m'arracha les mots.

- La cérémonie pour Amelia est partie en vrille, les gens se sont mis à halluciner. Il y a un problème avec cet endroit, il faut appeler les secours et faire évacuer. Ils deviennent agressifs, il faut faire gaffe.

Je le regardais avec un peu d'effarement. Il me surprenait, c'était certain. Je savais pas que c'était encore possible, à vrai dire. Mais il réfléchissait vite, il prenait des décisions, il était... en contrôle. C'était hyper rassurant d'un côté, mais il y avait plus que ça. J'étais... impressionnée. Et c'était plutôt dangereux lorsque j'étais bluffée par Andrew Dean. C'était aller vers une pente glissante qui m'amenait là où j'avais généralement pas envie d'aller. Alors que je pensais ça, il finit par croiser mon regard.

- Tu te sens mieux ? Tu vas plus essayer de m'en coller une hein ?

Je retroussai mon nez. J'aurais dû être en colère, à ce moment là. Il pensait que ma gifle avortée était dûe à mon hallucination. Alors que c'était juste parce que j'en avais plus qu'assez qu'il se foute de ma gueule. Mais j'avais l'air d'avoir oublié tout ça. En fait, c'était drôle de le voir penser que je pouvais pas agir de cette manière toute seule. S'en était presque attendrissant. Des fois, il ne comprenait vraiment rien, mais des fois, j'arrivais plus à lui en vouloir. Je ne pus m'empêcher de sourire, comme si j'allais en rire, mais je me mis à parler à la place.

- Ca dépend à quel point vous me poussez à bout, monsieur Dean.

Je venais... je venais de l'appeler monsieur Dean et de le vouvoyer. Ca faisait une éternité que je l'avais pas fait. Je... Il y a cinq minutes j'étais sur le point de le tarter, et là j'étais en train de jouer avec lui comme je le faisais quand on sortait ensemble. Vicky... Putain... Mais t'es CONNE ! T'es ultra conne, t'es la reine des connes, t'es la connerie personnifiée. Qu'est-ce qu'il me prenait, là ? J'étais tellement perturbée que je contrôlais plus rien de ce que je disais ou quoi ? Je bloquai mes lèvres immédiatement après avoir sorti cette immonde bourde pour que rien d'autre ne sorte. J'en avais déjà fait assez. Ma honte était maximale, j'y croyais pas moi-même. Je plissai mes yeux pour arrêter de regarder sa tête et ses yeux qui témoignaient de mon existence, détournant mon visage pour rouvrir mes globes dans le vide.

- Je... Il faut que j'aille m'asseoir, soufflai-je.

Je préférais encore parler de clowns avec Jessica que de vouloir m'enfermer sous le plancher de la salle devant les deux gars. Je fis un petit geste de salut à Alexander sans le regarder avant d'aller m'asseoir au sol, non loin de Jessica. Je n'osais pas trop m'approcher non plus, ceci dit. Jessica, c'était l'oiseau blessé qui s'envolait à ma vue parce que je sous-estimais toujours sa force. Je ne me souvenais pas avoir déjà pu tenir une conversation avec elle. Après tout, ça ne faisait que quelques mois que j'avais réellement mesuré à quel point cette fille pouvait être malheureuse. Je n'ai jamais su pourquoi, même si je voyais qu'elle se faisait souvent emmerder au lycée. Jessica était un énorme mystère, et en ce moment, j'aimais bien les résoudre. Mais plus que ça, j'avais du mal à supporter de la voir ainsi quasi quotidiennement. Comme si sa tristesse commençait à me faire souffrir par procuration, même si c'était un peu idiot. Je la regardai un moment, pesant mes mots, ayant conscience que si j'en ratais un, je n'aurais droit à rien du tout et elle s'envolerait une nouvelle fois. Peut-être que... peut-être que parler de ce que j'avais vécu, ça pourrait l'aider plus que de lui demander si elle allait bien. Andrew l'avait déjà fait, de toute manière.

- J'ai l'impression que je vais le voir à chaque fois que je pose mes yeux quelque part. Le clown.

Je regardais mes pieds à présent. Ca faisait aussi du bien de parler un peu à quelqu'un.

- Quand j'étais petite, je le voyais souvent dans mes rêves. Très souvent, même. Puis il a cessé de me hanter jusqu'à y'a pas très longtemps. Et maintenant je l'ai vu alors que j'étais réveillée.

Un petit rire dénué de toute trace d'humour sortit de mon nez. J'avais ommis de dire qu'il avait pris la place de mon père quand il a décidé que notre famille était plus assez bien, et qu'il était revenu au moment où les disparus commençaient à revenir. Mais j'étais pas encore assez proche de Jessica pour lui dévoiler ma vie. Au contraire. Cependant, je finis par rouler mes yeux inquiets sur les joues baignées de larmes de ma camarade.

- En tout cas, s'il revient, on sera pas seules face à lui. Je te promet. »

Je n'avais aucune idée du poids de ma promesse à cet instant. Je n'avais aucune idée que le clown signifiait tout autre chose pour Jessica. Quelque chose de beaucoup plus réel et de beaucoup plus effrayant qu'un maniaque maquillé qui régnait dans mes songes. Et je ne savais absolument pas si mes mots étaient assez. Si je disais les bonnes choses, si je savais comment m'y prendre. J'essayais. Mais parfois essayer était bien trop peu.


_________________

    And I'm head over heels
    First time in years to drench your skin in lover's rosy stain. A chance to find the phoenix for the flame. A chance to die, but can we dance into the fire ? That fatal kiss is all we need. Dance into the fire to fatal sounds of broken dreams.+ buckaroo.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Messages : 95
Emploi : Etudiante, 12th grade.
Sur ton walkman : Madonna - Material Girl
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Jeu 1 Mar - 0:00









Highway to Hell




Demain allait être une merveilleuse journée. Enfin, aussi merveilleuse qu’une cérémonie d’enterrement puisse l’être. Quelqu’un était mort après tout, même dans son immoralité la plus profonde, Mackenzie ne s’en réjouissait pas. Mais, il fallait l’avouer, ça arrangeait bien ses affaires. Tout le monde allait être là. Alors, arriver au bras d’Andrew pour pleurer la mort de leur très chère amie décédé, ça allait être une scène qui allait faire pleurer dans les chaumières pour le reste de l’année. Sans oublier la réaction de Vicky...

Elle lui avait fait du mal en s’affichant avec lui au bal de Noel. Elle l’avait bien vu, elle connaissait sa meilleure amie après tout. Et c’était bien le but. Si elle continuait comme ça, elle savait qu’elle arriverait bien à la faire craquer, à un moment ou un autre. Et là, deux solutions s’offraient à elle. Soit Vick’ s’effondrerait et reviendrait vers elle en rampant, soit elle la briserait totalement et lui ferait du mal. Autant de mal qu’elle, elle lui en avait fait en la virant de sa vie du jour au lendemain. Elle voulait l’écraser, la faire souffrir. Lui faire payer. Bien sûr, au fond d’elle, elle espérait que ce soit la première solution, mais le peu de lucidité qui résidait en elle lui faisait se douter que non.

Mais elle s’en fichait bien pour l’instant. Même si sa campagne de future reine du bal de la promo n’était pas son objectif principal pour l’instant, puisqu’il lui restait encore du temps, elle savait que ce qui se passerait demain influencerait les résultats des élections. Et elle n’allait pas laisser ses distributions de friandises à son nom et ses différents services rendues à diverses personnes influentes se perdre. Même si au final, la disparition d’Amélia ne l’avait pas plus affecté que ça.

La rouquine se donnait beaucoup de mal pour apparaître plus gentille qu’elle ne l’est en réalité. Elle se fichait bien de ce que la plèbe de ce lycée pensait d’elle, mais bon, chaque politicien pourra vous le confirmer, ce n’est pas comme ça qu’on gagne une élection. Alors, elle faisait semblant d’aimer les bonnes personnes, et en échange, tout le monde l’aimait. Certes, il y avait quelques ratés, mais ils étaient entièrement calculés. Il est bien plus rentable de se faire détester par les “ freaks “, les gens bizarres, les exclus, parce qu'on est, justement, la source de leur exclusion, que d’être associée avec eux.

Même si au fond, elle n’était pas si différente qu’eux… Mais ça, elle se gardait bien de le montrer. Et elle s’en portait très bien, au final. Cela pouvait même se voir à l’air fier qu’elle arborait tout en rentrant chez elle. Air fier qui causa peut-être sa perte. En effet, si elle avait regardé ou elle mettait les pieds, elle aurait pu remarquer le trou béant et gluant dont elle se rapprochait doucement.

Mackenzie poussa un cri de surprise en sentant le sol se dérober sous ses pieds, alors que son stilleto s’enfonçait directement dans l’espèce de membrane qui protégeait le trou. Qu’est-ce que ce qu’il se passait ?! Un autre cri suivit celui-ci, de douleur cette fois, la chute était loin d’avoir été agréable, et absolument pas amortie. La rouquine pesta encore une fois, mais qu’est ce qu’il venait de se passer ?! Elle posa doucement les mains au sol en fonçant les sourcils. Elle était pourtant bien sur le trottoir, sa chute n’avait pas été si grande qu’elle en avait eu l’air… Mais pourtant, c’était vraiment l’impression qu’elle avait eue, et puis elle était passé à travers ce truc...

Visqueux. Ses yeux s’écarquillèrent lorsqu’elle réalisa. Elle était. Couverte. D’un liquide. Visqueux. Tous ses membres se contractèrent alors qu’elle se retint de hurler de rage. C’était immonde ! C’était gluant, et froid, et visqueux et urgh ! Elle déchira rageusement l’emballage cadeaux contenus dans un de ses sacs de shopping, pour s’essuyer de le visage avec la robe qu’il contenait. Tant pis, elle rachèterait la si jolie robe qu’elle avait trouvé, elle ne pouvait pas rester comme ça. Même si, pour ses vêtements, si elle avait réussi à rendre les choses un peu meilleures, ce n’était pas ça quand même…

Mack regarda finalement autour d’elle, relevant ses lunettes de soleil sur son front. Pourquoi est ce qu’il faisait si sombre d’un coup ? Et si froid… La rouquine frissonna en réalisant le froid qu’il régnait autour d’elle… Et puis cette atmosphère… C’était comme si tout était beaucoup plus ternes, beaucoup plus… Mort. Elle n’entendait aucun oiseau. Aucun petit animal, rien. Et elle devait l’avouer, elle n’aimait pas trop ça… Pas du tout même. Et puis tout était recouvert de végétation, même le trottoir sur lequel elle était. Est ce qu’elle hallucinait ? C’était la seule solution envisageable, la nature ne pouvait pas avoir repris ses droits sur le laps de temps d’une si petite chute. Mais tout le reste semblait réel, le froid, le… Appelons ça du mucus, la douleur de son coude écorché… Tout semblait réel et… Effrayant. Il n’y avait pas d’autres mots.

Et ça commençait à l’atteindre. Elle qui se vantait de toujours garder son sang-froid et de n’avoir peur de rien, elle avait juste envie d’hurler, de se rouler en boule, et d’attendre là en pleurant que quelqu’un vienne la chercher. Après tout, il y aurait bien quelqu’un qui passerait par là. Et même si ce n’était pas le cas, on finirait bien par remarquer sa disparition. Sa mère n’était peut-être pas la meilleure du monde, mais elle se rendrait bien compte que sa fille n’était pas rentrée… Ou alors elle penserait qu’elle était simplement sortie. C’est vrais qu’il y avait bien longtemps que Mackenzie ne la tenait pas au courant de son programme… Et même Victoria n’était plus là pour s’inquiéter de sa disparition.

C’est donc avec une moue rageuse que la rouquine se releva, rester ici ne l’avancerait à rien. Et puis, l'atmosphère avait changé si brusquement que, même si ça pouvait sembler stupide, elle n’était même pas sure d’être encore à Aster Cove… Elle se releva donc. Qu’est-ce qu’elle pouvait bien faire ? Elle essayait de penser à la meilleure des choses à faire, tel une Alice venant d’arriver au pays des Merveilles, mais fut vite distraite lorsqu’elle entendit, pour la première fois, du bruit. Elle se tourna immédiatement vers la direction dont il venait, mais, ne bougea pas. Quelque chose la tétanisait, cet endroit la mettait terriblement mal à l’aise. Et ça, ça ne lui arrivait jamais. Elle se força donc à combattre ce sentiment, et avança, doucement vers la source du bruit. Bruit qui était, lui aussi, étrange et malaisant. Comme des bruits de mastication ? C’était peut-être le dégoût que lui inspirait ce bruit qui la fit avancer si lentement, avec autant de discrétion… Et c’est sûrement ce qui lui sauva la vie.

Car, ce qui faisait tout ce bruit était un… Un monstre. Elle n’avait pas d’autre mot. Ce n’était pas un animal, clairement pas, mais ça ne pouvait pas être humain non plus. Pas vu la façon dont il... Dévorait ce pauvre animal. Mackenzie retint un haut le coeur en portant la main à sa bouche, pour ne pas crier. La terreur s’empara réellement d’elle à ce moment précis. Bordel, qu’est ce que c’était que cette chose ?! Il fallait qu’elle fuie, vite. Mais elle n’y arrivait pas. Elle ne bougeait pas, et restait là. Pendant de longues, très longues, minutes.

Mais, finalement, la terreur pris le pas, et elle finit par reculer. Lentement. La dernière chose qu’elle voulait était que cette chose la remarque… Et par on ne sait quel miracle, ça n’arriva pas. Peut-être que la chance était avec elle, ou que la bête était trop préoccupée par son repas pour remarquer le claquement de ses talons sur le pavé, mais, elle parvint à reculer assez loin pour être en sécurité. Une multitude d’émotions se bousculaient en elle, même si l’une d’elle dominait clairement les autres : la peur. Elle voulait fuir, loin, le plus loin possible. Et c’est ce qu’elle fit. Elle retira ses talons hauts, abandonna ses sacs et couru. Aussi vite, et aussi loin que ses jambes le lui permirent. Et elle se fichait bien d’avoir mal aux pieds, ou de se salir.

Après tout, elle était toujours recouverte d’un truc visqueux, et il y avait un foutu monstre dans pas très loin d’elle, et il fallait qu’elle fuît. Instinctivement, elle courut jusqu’à chez elle. Ou d’autre pouvait elle aller ? Et puis, peut être qu’elle hallucinait juste, qu’elle croiserait quelqu’un... Ou même que sa maison ferait exception ! Mais c’était peine perdue…

Sa maison était aussi atteinte que les autres. Pourtant, elle y entra quand même. Qu’avait-elle d’autre à faire après tout ? Elle monta directement dans sa chambre, arracha les racines qui recouvraient son lit et se cacha sous la couette. Il fallait qu’elle se rende à l’évidence… Elle était toute seule. La ville était déserte, recouverte par une nature qui semblait avoir repris ses droits de la pire façon et il faisait froid, si froid… Même sous sa couette, elle tremblait. Ou alors, c’était la peur ? Elle n’en avait aucune idée. Alors, elle fit la seule chose à faire qui lui restait à faire pour le moment…

Elle se mit à pleurer. Sans retenues, de toutes ses forces. Elle n’avait sûrement jamais pleuré de la sorte, ou du moins, pas depuis des années. Mais là, c’était trop. Sa vie s’écroulait de toute part. Et puis de toute façon, personne n’était là pour la voir, puisqu’il n’y avait personne tout court. Elle était seule, toute seule… Est ce que ça changeait vraiment de sa vraie vie au final ? Elle ne préférait pas y penser. Et puis, c’était sûrement un cauchemar de toute façon. Voilà, un cauchemar. Elle allait se réveiller dans son lit douillet, et rien de tout ça ne serait arrivé… Elle s’endormit donc du mieux qu’elle pu, priant pour que tout s’arrête à son réveil…

Mais non. Lorsqu’elle se réveilla et ouvrit enfin les yeux, c’était pour mieux constater qu’elle n’avait pas bougé. Que rien autour d’elle n’avait bougé d’un pouce. Elle était toujours dans cette étrange version de son monde… À la différence près qu’elle sentait quelque chose lui attraper les chevilles. Elle poussa un cri en commençant à se débattre, qu’est ce que c’était que ça bon sang ? Un remake des griffes de la nuit ? Mais non, Freddy n’avait rien à voir là-dedans, c’était plutôt des racines qui semblaient décidées à grandir le long de ses jambes. Mais Mackenzie n’était pas de cet avis et s’empressa de les arracher. Elle serra ses genoux contre sa poitrine, bordel, qu’est ce que c’était que ça encore…

Elle en avait marre. Elle voulait que tout s’arrête, fermer les yeux assez fort et rentrer chez elle. Mais ça ne semblait pas marcher, elle ne se téléportait pas miraculeusement, malgré tout ses efforts. Elle restait là, à se lamenter. Mais, au bout d’un moment, elle finit par prendre une décision. Elle n’allait pas rester là à attendre de mourir de faim ou que le monstre trouve où elle était et décide de lui faire subir le même sort qu’à ce pauvre animal… Elle jeta donc sa couette par terre et partit de chez elle.

Si elle était arrivée ici en passant par un espèce de trou dégoutant, il devait forcément y avoir un autre trou tout aussi dégoutant qui lui permettrait de rentrer, pas vrais ? Bon sang, pourquoi est ce qu’il avait fallu que ce soit de la bave… Le trou ne pouvait pas être rempli de, je ne sais pas, de paillettes par exemple ?! Mais non, il fallait que ce soit un truc gluant et dégoulinant ! Rien que cette idée lui donnait envie de retourner se cacher sous sa couette aussi vite qu’elle en était sortie. Mais elle se retint de succomber à cette idée, il fallait qu’elle soit forte ! C’était peut-être la première fois de sa vie de petite princesse pourrie gâtée qu’il le fallait, mais ce n’était pas le moment de céder… Et puis, si elle restait ici, le monstre pourrait la retrouver…

Mais elle ne pouvait pas y aller dans cette tenue. Elle attrapa une paire de bottes de son placard et les retourna une à une pour mieux les secouer et en chasser la terre et les potentielles bestioles dedans. Les yeux fermés pour ne pas penser à ce qu’elle faisait, elle se força à enfoncer les pieds dedans. Des bottes sales et potentiellement pleines de larves, c’est mieux que d’être pieds nus, pas vrais ? Pas vrais ? Elle-même n’en était pas sur, mais c’était mieux que rien. Tentant le tout pour le tout, elle se dirigea vers l’armurerie… Puisque tout était en place, les armes de chasse familiales devraient l’être aussi non ?

Et elles y étaient. Mais inutilisable. Les plantes s’étaient infiltrées dans les canons, et de toute façon, elle n’avait pas le courage de trouver la clé du cabinet à munitions. À la place, elle attrapa son arc. Inspectant la corde, elle réalisa qu’il ne lui serait sûrement pas d’une grande utilité… La corde n’était pas usée, mais avait l’air de ne pas avoir été entretenus depuis des années et des années... Un peu comme tout ce qui trouvait ici d’ailleurs. Tout avait l’air vieux, comme ces maisons scellées qu’on rouvre des années après la mort de quelqu’un… Elle décida de tout de même prendre l’arc et un carquois. Psychologiquement, ça la rassurait...

Elle entreprit donc d’arpenter la ville, observant tout autour d’elle. Mais plus les heures passaient, plus elle se sentait abattue et avait le sentiment que c’était peine perdue… Il n’y avait rien, pas un trou… Ni même une âme. Enfin, quoi que, elle avait cru apercevoir une silhouette au loin, mais… Pour le même prix, c’était le monstre qu’elle avait vu dans la forêt, et pour rien au monde elle ne s’en serait approchée. Et puis, si ça avait été une vraie personne, pourquoi ne serait il pas venu la voir ?

Elle commençait à désespérer. Cela faisait des heures qu’elle errait dans les rues. Elle avait froid, faim, mal aux pieds. Elle n’avait croisé personne, elle avait même frappé à quelques portes, sans réponses. Elle avait envie de tout arrêter, à quoi bon s’acharner ? Ses chances de retrouver un portail dans l’immédiat étaient si minimes... Et effectivement, ce fut loin d’être le cas. A la place, elle trouva quelque chose de bien pire. Quelque chose de si horrible, que son cerveau n'enregistra pas ce qu’il se passait. Elle se contenta de secouer la tête, la main sur la bouche pour retenir un cri d’horreur.

Elle recula, d’abord doucement, ensuite en courant, de toute ses forces. Il fallait qu’elle parte d’ici, le plus vite possible. Et dans son désespoir, elle ne voyait qu’un lieu qui lui donnait un tout petit peu d’espoir : l’église. Après tout, depuis toute petite on lui racontait que Dieu existait, elle allait à l’église comme toute-bonne famille riche américaine, alors, si quelqu’un pouvait l’aider, c’était bien Lui, non ? Et que ce soit le cas ou non, elle trouva ce qu’elle cherchait en y allant. Un portail.

Cette fois-ci, Mackenzie s’arrêta pour l’observer de plus prêt. C’était… Si étrange. Elle poussa son doigt à travers et un frisson de dégoût la secoua. Elle n’avait aucune envie de replonger là-dedans. Et puis, après tout, elle n’avait aucune garantie que, de l’autre coté, se trouvait son monde à elle. Si ça se trouve, elle allait atterrir dans un endroit encore pire que celui-là. La peur commença à l’envahir, à lui tordre les entrailles.

Elle ne savait plus quoi faire. Et puis, elle entendit un bruit. Un bruit terrifiant. Les yeux écarquillés, elle ne réfléchit pas une seconde de plus et troua la membrane à l’aide de ses deux bras pour mieux la traverser. Elle tomba, encore une fois. Mais cette fois, elle ne perdit pas de temps à regarder autour d’elle. Il fallait qu’elle parte, elle devait fuir. Se mettre à l’abri. Sans tergiverser une seconde plus, elle courut vers le bâtiment le plus proche, se jetant contre les portes de l’église pour mieux les ouvrir dans un énorme fracas. Immédiatement, elle sentir des regards sur elle.

La cérémonie, merde.

La main sur la bouche, elle étouffa un hoquet de surprise. Une multitude de sensations l’envahit. Elle était soulagée, de voir tous ses visages familiers lui prouver qu’elle était bien rentré chez elle. Mais elle était aussi totalement désemparée, de se retrouver dans cet état devant tout le monde. Elle était frigorifiée, sale, gluante. Elle n’avait pas vérifié dans un miroir mais son mascara avait très certainement coulé et ne parlons pas de son rouge à lèvre. Ne vous méprenez pas, aussi superficielle qu’elle soit, ce n’était pas son apparence qui l’effrayait…

C’était qu’elle n’avait aucune explication pour ça. Elle ne savait pas elle-même ce qu’il s’était passé. Ils allaient la prendre pour une folle. Et ça semblait logique. Si ça se trouve, elle l’était après tout… Ou alors, la chose qu’elle fuyait était derrière eux, et dans ce cas-là, tout le monde serait obligé de la croire. Mais cette idée la terrifiait. Jetant un oeil sur l’assemblée, elle laissa retomber sa main et ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais se retrouva muette. Les sons refusèrent de sortir de sa bouche, et à la place, elle s’effondra par terre, en larmes.

Pour quelqu’un qui voulait se faire remarquer, c’était plutôt réussi.


Citation :
- Cette réponse compte comme un post MJ.
- Les hallucinations de vos personnages sont toutes terminées. Ils assistent consciemment au débarquement de Mackenzie.
- Prochaine intervention du PNJ: le 11/03.









_________________

::Secret::
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité
Invité
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Jeu 1 Mar - 13:06


Annunziata & The World

Funeral


Aster Cove était une de ces petites villes de province où tous les habitants se connaissaient sans que ce soit réellement le cas. C’est pour cette raison que même si elle ne lui avait jamais véritablement parlé, Annunziata voyait qui était la jeune Amélia Pike. Elle l’avait déjà vu à plusieurs reprises à la bibliothèque municipale et se souvenait parfaitement de son sourire et de sa voix claire et fluette qui trahissait son jeune âge. Néanmoins et malgré ces quelques souvenirs, la petite brune d’un mètre cinquante sept avait initialement prit la décision de ne pas assister à l’enterrement de la lycéenne. Pour la simple et bonne raison qu’elle n’était n’avait jamais eu aucun lien avec la défunte, qu’elle n’était même pas une amie de la famille et qu’elle ne se sentait tout simplement pas assez légitime pour aller présenter ses condoléances à de parfaits inconnus. Et même si la bibliothécaire savait parfaitement que son absence ferait jaser et que son colocataire allait sans doute l’engueuler en lui disait qu’elle aurait dû venir, pour montrer aux parents que toute la communauté était solidaire et qu’elle allait les soutenir… bref des bêtises dans ce genre ! Puisque la réalité des faits était totalement différente. La plupart des gens endeuillés allaient penser à la disparue pendant quelques semaines, peut-être quelques mois, au mieux pendant quelques années…. Mais il allait forcement commencer à penser à autres choses, à d’autres causes plus ou moins nobles, cette pauvre Amélia retomberait finalement dans l’oubli et ses parents se retrouveraient de nouveau seul.

Plutôt que de faire comme tout le monde et se de rendre à l’Eglise pour être vue de toute la ville, peut-être même de toute la région, la Garaffi préféra écrire une lettre ses quelques souvenirs – positifs évidemment – d’Amélia et envoyer tout cela à Monsieur et Madame Pike qui allaient avoir besoin de beaucoup de courage pour traverser tout cela. Bref… Elle écrivit sa lettre pendant une partie de la matinée sans faire réellement attention à son colocataire – avec qui elle était en froids depuis déjà quelques semaines – et la termina en début d’après-midi. Après quelques relectures, elle la mise en plis et quitta l’appartement pour aller la poster. Sobrement vêtue d’une robe et d’un long manteau noir, elle se dirigea vers le centre-ville et s’est en passant devant l’Eglise qu’elle comprit que l’enterrement d’Amelia Pike ne se passait pas comme prévu… En effet elle entendait des cris et de hurlements alors qu’elle se trouvait sur le trottoir d’en face ! Des bruits qui s'arrêtèrent brusquement seulement quelques secondes plus tard... étrange ! Très étrange !

Elle pensa immédiatement à Joshua et à toutes les personnes, toutes celles qu’elle connaissait et qui étaient potentiellement en danger ! Sans trop attendre, l’européenne se dirigea vers le lieu de culte et ouvrit rapidement la grande porte en bois… là elle arriva juste derrière une lycéenne, la fameuse rouquine qui semblait être la « fille en place » de la ville… la bougresse était là en pleure… presque stoïque… Mais même si cela n’était sans doute pas très sympathique, Annunziata ne s’attarda pas vraiment sur la malheureuse qui était de toute façon déjà dévisagée par le reste des personnes présentes à l’enterrement. En réalité ces gens-là semblaient aussi perturbés qu’elle ! Ils semblaient tous plus ou moins sous le choc… comme s’ils venaient assister à une véritable scène de guerre, comme s’ils venaient de voir la mort en face ou qu’ils venaient de retomber d’un Bad Trip ! Ni une ni deux elle balaya la salle du regard pour essayer de trouver Joshua… Ce dernier – qui était accompagné de Pénélope – était clairement dans les vapes ! Elle s’approcha prudemment d’eux alors qu’un long silence pesant s’était installé dans le lieu saint. Enfin long… Il aurait pu durer une minute comme une heure, elle n’aurait sans doute pas vu la différence tant elle était concentrée sur le duo qu’elle avait en face d’elle. « Joshua ! Vous allez bien tous les deux ? » Demanda-t-elle inquiète tout en se demandant s’il ne valait mieux pas appeler la police ou les pompiers ! Et puis de toute façon elle ne pouvait pas faire cela… elle n’avait rien vu ! Qu’aurait-elle pu dire aux médecins ? Elle n’en savait absolument rien ! Bien qu’étant une vraie cartésienne, elle se sentait totalement dépassée par cet évènement qui dépassait son entendement… Qu’est-ce qui avait bien pu la précéder ? Qu’avaient-ils tous bien pu voir pour tirer de telles tronches ? C’était tellement surréaliste et beaucoup plus dérangeant que ces bêtes histoires de brumes mystiques qui fascinaient Joshua… Quoi que… Peut-être que tout était lié ? Amélia, Walter, les brumes, la bête que Josh’ avait vu étant enfant ? Peut-être que tout cela avait un lien avec cette chose qu’elle n’avait pas vu et qui venait de se dérouler dans cette Eglise ? Essayant de garder son calme et de se montrer rassurante elle posa sa main sur l’épaule de Pénélope tout en fixant son ex-petit ami et colocataire :

« Putana ! Mais bon dieu de merde qu’est-ce qu’il s’est passé ici !? J’ai l’impression d’arriver sur un champ de bataille après la guerre… Il faudrait peut-être appeler les pompiers non ? Vous n’avez vraiment pas l’air dans vos assiettes tous les deux… »

Quelle question conne ! Evidemment au vu de sa tronche et de ses yeux écarquillés, Joshua n’allait s’en doute pas se souvenir de tout ce qui avait bien pu se passer avant l’arrivée de la jolie petite italienne. Mais bon cela ne coutait rien de lui demander ! Elle était curieuse, elle était effrayée par les bruits qui avaient précédés son arrivée – et sans doute celle de la rousse qui n’était apparemment pas là depuis très longtemps – et par l’horrible silence de mort qui régnait maintenant dans la salle ! Elle voulait savoir ! Elle priait pour que quelqu’un ou que quelque chose lui fasse retrouver son esprit rationnel ! Lui donne une explication logique à ce chaos ambiant…
AVENGEDINCHAINS

Revenir en haut Aller en bas
Admin
avatar
Messages : 143
Emploi : Assistant du shérif
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Jeu 1 Mar - 19:19


Funeral

○ Event n°3

C'était comme un mirage, comme une douleur dont on ne sort jamais vraiment, le sentiment d'une perte absolue, irrémédiable, déjà passée alors qu'elle vient tout juste de survenir. C'était comme un radeau sur un fleuve de larmes, comme la caresse d'une vieille amie, d'un vieux souvenir, d'une triste vie. C'était comme si rien n'était réel mais comme si tout l'était un peu trop fort, un peu trop durement. Il y avait la brume, terrible, infernale, vengeresse, venue punir son évadé de la pire manière qui soit. Il y avait ses hurlements, affolés, désespérés, cherchant une sœur qu'on lui avait volée. Mais surtout, il y avait le silence. C'était fou comme le silence pouvait briser le cœur, arracher la chair et dévorer l'espoir. C'était fou comme le silence pouvait être la pire de toutes les peurs. Walter n'en prenait conscience que maintenant, et il avait beau fouiller la brume, il n'y trouvait rien d'autre que le vague souvenir de ses terreurs.

« L-Lily... T-tu n'as pas le droit de disparaître... P-pas comme ça, Lily, je t'en supplie... »

Ses cris se muent en murmures suppliants, qui ne trouvent aucune réponse. La brume, froide et impitoyable, ne lui rendrait pas sa sœur. Elle ne rendait que la mort et la douleur, et sa sœur ne lui reviendrait jamais. Un sanglot déchire le cœur du pauvre homme alors que la souffrance la plus absolue qui soit vient le cueillir tout contre sa joue. C'est une morsure qui ne lui rappelle rien, mais c'est une morsure qu'il accepte. Il ne veut plus de ce silence, il ne veut plus de cette impression de vide, et préfère être dévoré vivant plutôt que d'errer à jamais dans la brume. Alors, Walter attend.

Il n'a pas longtemps à patienter, car la douleur revient lui mordre la joue, plus sévèrement encore. Mais cette fois, c'est différent. Le temps d'un instant, la brume se brise et laisse paraître un visage trop aimé, trop connu, trop adoré. Des mèches rousses envahissent son champ de vision et marquent sa rétine, tandis qu'il replonge dans la brume.

« E-Evie... ? »

Mais il n'y a déjà plus rien. Ses yeux se sèchent et son regard fouille ce monde qu'il ne comprend pas, qu'il sent à cheval entre deux dimensions et qu'il voudrait abandonner, quitter, aussi vite que possible. Il tente un pas, mais une force invisible le tient en place. Sur ses bras s'accroche un contact qu'il ne saisit pas avant de se sentir secoué dans tous les sens. Alors, la brume se brise à nouveau et le visage inquiet d'Evie refait surface. Durablement. Absolument. Ses lèvres sont prises d'assaut, dévorent les siennes dans un baiser qui achève de le rendre à la vie. Il est de retour, perdu dans une église où les gens pleurent et crient, une église ouverte sur l'Enfer. Il ne croit pas si bien dire...

« E-Evie... ? Tout va bien ? Est-ce que tu vas bien ? »

Doucement, il desserre l'étreinte de sa fiancée qui semble décidée à ne plus le lâcher. Doucement, il pose une main sur sa joue, qu'il caresse. Doucement, il lui sourit, dans l'espoir de l'éloigner du désespoir qu'il sent grandir en elle. Lui-même est sonné, mais Walter a l'avantage de l'habitude, de tous les cauchemars qu'il fait lorsque le soleil se couche. Celui-ci n'est rien d'autre que l'un d'entre eux, en plein jour cette fois. Alors, Walter endure et se laissera dévorer plus tard. Dans l'instant, il doit comprendre, reprendre ce rôle qu'il aime tant et pour lequel il tuerait, protéger sa future femme de tous les dangers qui hantent ses pensées.

« Evie, Evie, je t'aime, d'accord... ? »

Ses bras se resserrent à nouveau sur sa belle, tendrement, de tout son cœur. Pendant qu'il continue de lui murmurer des paroles apaisantes, Walter laisse errer son regard sur la salle. Il faudrait qu'il repère Joshua, Penelope et River. Il ne sait pas ce qui se trame ici, mais une partie de lui hurle de toutes ses forces que ça a rapport, de près ou de loin, avec lui. Il reconnaît certains visages, mais jamais ceux qu'il recherche, ce qui a tendance à le frustrer considérablement. Evie contre lui, il persévère. Celle-ci commence à se calmer.

Mais avant qu'il n'ait vraiment le temps de fouiller la salle plus en amont, les grandes portes s'ouvrent sur une jeune femme en larmes que Walter reconnaît immédiatement. Mackenzie Chandler. Dernière année de lycée, dont le père aspire à devenir maire. Doucement, il se penche sur Evie.

« Evie, Evie, il faut que j'aille l'aider... C'est mon travail, mais je reviens de suite. D'accord... ? »

Tendrement, il la convainc de le lâcher. Mackenzie est visiblement en sale état et terrorisée. Quelques pas seulement suffisent à le rapprocher de la jeune fille.

« Mackenzie... ? C'est Walter Bishop, tu sais ? L'adjoint du shérif. Tu me connais. Tu te souviens ? Tu veux bien venir avec moi pour m'expliquer ce qu'il vient de t'arriver... ? »

Sa voix est calme, douce, rassurante. Ses doigts, lentement, se rapprochent de l'épaule de la jeune femme, recouverte d'une drôle de substance. Il ne veut pas la faire paniquer, mais il a besoin de pouvoir s'assurer de son état. Le contact est primordial, dans ce genre de cas.

« Je vais te toucher, Mackenzie, d'accord... ? Je ne vais pas te faire le moindre mal, c'est promis. Tu te souviens de la fois où on a discuté tous les deux ? Tu sais que je ne te veux pas de mal. Pas vr-... »

Walter ne terminera jamais sa phrase. Le monde s'efface au moment où ses doigts entrent en contact avec la substance. La bave. Le cauchemar. La réalité.

Puis tout s'effondre. Dans son dos, à sa droite, à sa gauche, devant lui, partout, des grognements, des hurlements inhumains, et l'odeur de la peur. Terrible. Infernale.

« COURS, JE VAIS LES RETENIR ! »

Le bruit de pas qui s'éloignent et disparaissent dans la brume. Soulagement.

« EH ! JE SUIS LA ! »

Un autre hurlement, celui d'un être qui rassemble. Puis ses pas s'emballent, s'enfuient, cherchent un refuge qu'ils ne trouveront sans doute jamais. Il ne survivra pas. Pas cette fois. Dans son dos, une meute de créatures qui ne sont ni des hommes, ni des loups. Des monstres.

Le froid de la mort qui déjà, caresse les épaules. La nuit. Partout. Absolue. Décisive. Les éclairs. Innombrables, dévorant les cieux à la manière de ceux qui le poursuivent. Il les sait dangereux, mortels. Walter joue sa vie. Les silhouettes sont horribles, inhumaines, déformées, monstrueuses. Affamées. Ses pas accélèrent sur le bitume. Les leurs aussi. Les éclairs lui montrent un destin qui deviendra sans doute le sien, ce soir. Evie. Lily. La sensation d'être désolé, puis soudain, la morsure.

Un hurlement dans la nuit. Le sien, cette fois. De douleur. Halètement auquel il ne peut pas répondre. Plus vite. Le bruit des griffes qui raclent le sol. Celui des grognements qui emplissent l'air. Plus de balle. Juste l'espoir d'avancer plus vite. Mais Walter le sait. On ne dépasse pas ces créatures. Jamais.

Un éclair brise la nuit. Un monstre, là. Juste devant lui, qui doucement, se redresse. Le mouvement est d'une effroyable lenteur. Il n'en est que plus glaçant encore. La chose est inhumaine, mais elle tient à la fois la position de l'homme et de l'animal. Sa bouche se déploie, et Walter y voit soudain la mort. Puis plus rien.

Le visage pâle et le regard mort, Walter tourne les yeux vers Mackenzie.

« L-la bave... C-c'est... »

Premier souvenir de deux années de vie perdues. Terrible. Effroyable. Mortel. Trop réel. Imminent. Evie.

« I-il faut évacuer. Immédiatement. »

La certitude de l'homme qui a frôlé la mort trop de fois pour le dire et qui sait la reconnaître au bruit de ses pas.

« Il faut fuir. »

Un regard vers Evie. Le ton est perclus de terribles certitudes. Si quelque chose doit venir, il faut qu'ils soient loin.

« Va chercher Joshua, Penny et River. Sortez par l'entrée du pasteur. Je vais faire évacuer. »

Puis doucement, il se tourne vers Mackenzie, revenue d'un monde qui fait toujours hurler ses nuits.

« Evie va t'emmener loin de tout ça. C'est promis. Tu veux bien aller avec elle... ? »

Walter ne rigole pas. La peur dans son ventre lui murmure à l'oreille la terreur des temps passés. Que celle-ci soit fondée ou non, l'adjoint du shérif sait de source sûre qu'il vaut mieux prévenir que guérir.

(c) miss pie


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Jeu 1 Mar - 20:22

Non content d’arriver en pleine séance d’exorcisme, il semblerait que j’étais également en train d’interrompre une grosse séance de malaise adolescent. A l’air gêné/coincé de McNamara (oui, je savais qu’elle était sortie avec Dean, Aster Cove n’était malheureusement pas assez grande pour me permettre d’ignorer ce genre de détails inutiles) et vu la façon dont se tenaient Jessica avec son sauveur du dimanche, je pouvais dire sans trop me tromper que ça puait le malaise. Dans d’autres circonstances, j’aurais pu m’en amuser mais vu le sketch alentour, tous ces petits sentiments sucrés avaient autant leur place qu’une bonne chanson de Van Halen en plein milieu de l’office. Et les sommets de l’absurde furent atteint alors que les jeunes filles se mettaient à parler clowns. DES CLOWNS ? Sérieusement ? J’admettais que chacun pouvait avoir ses phobies mais de là à se mettre dans des états pareils… Je doutais que des gens comme Walter Bishop ou le père O’Leary se retrouvent tétanisé par un humanoïde bourré de maquillage.

Comme s’il prenait enfin conscience de ma présence, Andrew Dean s’adressa finalement à moi. Il ne me dit néanmoins rien que je n’avais pas deviné tout seul comme un grand.

« Ouais alors, sachant qu’une bonne partie du bureau du shérif et du personnel soignant est en train d’halluciner… Je vois pas trop ce que les secours vont bien pouvoir faire de plus. »

Not helping. Je l’admet, mon côté cynique avait toujours tendance à prendre le dessus en situation de crise. J’avais toujours été plus orienté vers l’action que la réflexion. C’est pourquoi on considérait à tort que je n’étais pas intelligent. Et, comme on ne se sent pas menacé par les idiots, il m’arrivait bien souvent d’en jouer. Encore une fois, mon regard se porta du côté de Claire. Mon inquiétude ne me rendant pas franchement discret. Mais les atermoiements adolescents ponctués de menaces reprenaient déjà et je décidais d’y couper court en m’intéressant à la tête blonde, qui venait de s’asseoir.

« Fais voir tes yeux. »

M’agenouillant aux côtés de Victoria, je laissais une certaine distance de sécurité avant de sonder son regard, à la recherche de pupilles dilatées ou de n’importe qu’elle signe indiquant qu’elle aurait pu être droguée. J’affichais une moue perplexe, ma seule théorie valable s’envolait. Et les voilà qui recommençait à parler clowns. Bon décidemment, il fallait que je m’éloigne avant de définitivement vexer les jeunes filles. Je me décidais à me relever, gracieusement, sans même m’aider de mes coudes. Je n’étais pas doué pour respecter les règles et le fait que Claire ne sorte pas de son état de transe comme c’était le cas pour de nombreux autres paroissiens m’inquiétait bien plus que ce que je m’admettais à moi-même. Je partis donc d’un pas décidé, le regard braqué sur ma cible… Que je ne pu jamais atteindre.

L’arrivée fracassante de la MackenBitch locale marqua la fin des festivités. Chacun semblait brusquement avoir repris ses esprits (et pour beaucoup cela voulait dire fixer la nouvelle arrivée ainsi que ma tenue avec un degré variable de consternation). De mon côté, je ne pu m’empêcher de plisser le nez en voyant les habits de créateurs qu’elle portait complètement ruiné par ce qui ressemblait à du mucus de troll. Non vraiment, on avait déjà vu la rouquine incendiaire avec plus de classe. Je ne pouvais qu’imaginer qu’elle avait eu une sale journée. Si j’avais été un gentleman, ou plutôt, s’il elle m’avait inspiré la moindre considération, je lui aurais peut-être fait don du mouchoir qui agrémentait la poche de ma veste. Seulement voilà, j’étais ce qu’on appelait communément un petit con et parfois, il faisait bon de voir les puissants choir de leur piédestal. Quittant cette vision pittoresque, j’essayais de capter le regard de celle qui était, depuis quelques mois, devenue ma complice lorsque le besoin d’adrénaline se faisait plus pressant. Toute cette situation est inquiétante et ce ne sont pas les propos délirants d’un Walter Bishop sorti de son hallucination qui me feront penser le contraire. Mais dans quel pétrin est-ce que je suis encore venu me fourrer ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Messages : 91
Emploi : Serveuse à l'Aster Clover
Sur ton walkman : Led Zeppelin - Immigrant Song
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Ven 2 Mar - 0:39

Funeral
ft Everyone
« On ne craint rien tant que la mort, tout ce qui nous en approche nous effraye ; il n'est cependant pas de jour où l'on n'ait des motifs de soupirer après le lendemain. » ▬ Sahl


« E-Evie... ? Tout va bien ? Est-ce que tu vas bien ? »

Walter avait ouvert les yeux. Il avait quitté son Enfer pour pénétrer dans celui, bien réel, qui avait envahi la petite église d'Aster Cove. Evie se le jurait, plus jamais elle ne mettrait les pieds dans une cérémonie quelle qu'elle soit. Plus. Jamais. Mais pour l'heure, ce qui comptait, ce qui importait plus que tout au monde, c'était le regard terrifié qui hantait le sien.

Il était de retour. Enfin. Pour de vrai. Il était là. Elle le touchait, elle le sentait, l'avait embrassé, s'était perdue dans une étreinte qu'elle avait crue arrachée, encore. Elle le savait désormais : elle ne pourrait plus supporter de le perdre à nouveau. Plus jamais. Ce... Ce cauchemar, il l'avait complètement déboussolée, et elle sentait encore les tremblements hystériques nés de son angoisse agiter ses membres. Elle avait eu tellement peur...

Un sanglot lui échappa, et elle se jeta dans les bras de Walter, ne trouvant pas les mots pour décrire le soulagement absolu qui la traversait. Evie s'en moquait. Tant pis si on la voyait, tant pis si on la jugeait, tant pis si son image était bafouée. Plus rien n'avait d'importance, elle avait eu trop mal, trop fort. Elle avait vécu l'insupportable, s'était crue folle, seule, perdue, sans lui surtout. Le seul souvenir de son calvaire lui arracha un nouveau sanglot, et elle resserra son étreinte sur son fiancé, dissimulant sa faiblesse au creux de son cou.

Un hoquet désespéré agita sa frêle stature lorsqu'il tenta de se défaire de son étreinte. Il ne pouvait pas. Elle ne voulait pas le lâcher. C'était impossible. Si elle le lâchait, elle... elle avait l'impression qu'elle allait le perdre, encore, et elle s'y refusait de toute son âme. Elle ne le lâcherait plus jamais. Plus jamais. Il fallait qu'il le comprenne.

« Walty, walty, non, arrê-
- Evie, Evie, je t'aime, d'accord... ? »

Les mots apaisèrent son cœur en perdition, et elle hocha doucement la tête, concédant à relâcher son emprise. Son regard se perdit dans celui de Walty, y cherchant un calme qu'elle ne parvenait plus à trouver en elle-même, y puisant une force que ses membres n'avaient plus. Elle se sentait pareille à une poupée de chiffon, ironiquement, ballottée par le chaos qui régnait sur l'assemblée.

Les bras de son fiancé étaient un refuge dans lequel elle se lova, fermant ses paupières pour s'échapper de l'odieux cauchemar qui régnait sur la salle, glissant ses propres doigts dans les cheveux bruns pour y esquisser de doux massages. Car par delà sa propre peur, Evie n'oubliait pas celle de son amant. Le laisser souffrir était impensable, l'avait toujours été, et c'était si simple de se prendre au jeu d'une étreinte salvatrice, si simple de se perdre dans la tendresse au cœur des ténèbres qu'elle s'exécuta sans problème.  

Mais le destin, savant marionnettiste, se jouait d'eux du haut de ses fils couleur de sang. Ils n'auraient pas de répit. Pas ce soir. Pas tant que son amusement se situerait dans l'obscurité abyssale dans laquelle il se permettait de plonger la ville entière. Pas tant qu'il pourrait être metteur en scène d'une comédie horrifique.

Les portes s'ouvrirent, brusquement, dans un fracas qui la fit faire volte-face. Là, une gosse. En larmes. Une gosse aux longs cheveux incandescents, son mascara creusant des sillons ténébreux sur ses joues blêmes, tremblante d'une terreur qui semblait avoir contaminé l'extérieur. Evie la reconnut instantanément.

« Mackenzie... ! »

Walter avait eu la même idée qu'elle. Et il avait raison. Il fallait qu'il l'aide. Il était le mieux placé, le plus à même de la calmer. Comme toujours. Il avait un travail à accomplir, et elle... elle devait l'accepter, dût-elle sentir son cœur s'arracher lorsqu'elle lâcha sa main, forçant un sourire sur son visage encore noirci par les larmes.

« Vas-y. Juste, ne me refais pas une peur, OK ? »

Evie rangea son bras ballant dans sa poche, observant d'un œil inquiet la suite des événements. Ses pensées, moins embrouillées depuis le retour de son futur mari, vinrent s'immiscer dans la décadence qui dégoulinait des entrailles de la bâtisse. Quelque chose clochait. Quelque chose clochait salement. Tout le monde était parti en vrille, tout le monde avait paniqué. Il n'y avait pas eu d'exception. Hallucinogène ? Qui aurait eu intérêt à faire ça ? Et puis ça n'expliquait pas l'arrivée de Mackenzie, dans cet état qui plus est. Pauvre gosse... Elle ne méritait pas ça, pas avec tout ce que lui faisaient déjà subir ses camarades de classe. Après une pareille entrée en scène, elle craignait les représailles. Et puis il y avait ce... ce truc qui enduisait entièrement la gamine. Quoi, au juste ?

Ses yeux, fixés sur Walter, étaient soucieux. Quelque chose lui soufflait que rien n'était fini, que tout au contraire venait de commencer, et une angoisse renouvelée empoignait un peu plus sa poitrine à chaque instant.
Puis elle vit.
Walty s'était raidi, soudain, tout entier, absolument.

Et merde.

Elle avança vers lui, le cœur battant et une nervosité croissante nouant son estomac. Qu'avait-il vu ? S'était-il souvenu de quelque chose ? Le retour d'une hallucination ? Evie ne savait pas et l'incompréhension rongeait ses entrailles à la manière d'un acide.

« Walt- »

Son appel mourut dans l’œuf. Car déjà, il parlait, ses mots aussi hantés que son regard, sa peau blême ravagée par une panique qui dégoulinait par tous les pores de sa peau.

« L-la bave... C-c'est... »

De la bave ? Qu'est-ce que... Le regard d'Evie coula sur le liquide visqueux qui semblait enduire Mackenzie, la curiosité se mêlant à la terreur qui se couronnait dans l'ignorance de tous les présents. Une certitude, pourtant, la prenait à la gorge.
Walty savait quelque chose. Et ça avait beau être digne des pires divagations de Josh, les derniers événements teintaient ses paroles d'une réalité à laquelle elle n'aspirait pas le moins du monde.

« I-il faut évacuer. Immédiatement. »

Ok. Donc c'était la merde.

« Il faut fuir. »

Carrément la merde.

D'ordinaire, Evie n'était pas du genre à obéir aux ordres. D'ordinaire, elle était même plutôt du genre à les fuir, à déroger aux règles et à en faire fi de la plus belle manière. Mais pas là. Là, c'était une question de vie ou de mort, c'était un problème de santé publique, c'était surtout quelque chose qui concernait chaque personne présente dans cette église et peut-être même dehors. Alors elle ne réfléchit pas, mit de côté ses états d'âme et alla tendre une main à Mackenzie sans vraiment la toucher. Dormir avec un homme souffrant d'un traumatisme lui avait appris à ne pas avoir le contact trop facile.

« Tu as entendu Walty ? On va te sortir de là, Mackenzie, c'est promis. OK ? Ça va aller. C'est promis. »

Elle était persuadée de proférer le pire mensonge du siècle, mais préféra s'enfoncer dedans que l'admettre.

« On va s'en sortir, oublier cette connerie et... Tu as l'air de crever de froid, minette. Tiens, attends... »

Retirant sa veste de ses épaules, d'un geste à la rare douceur, elle l'offrit à la jeune fille. Un moyen de sentir autre chose que la substance horrible qui la recouvrait, de la calmer aussi, en espérant que ça marche. Il fallait qu'elles se dépêchent, mais la brusquer les ralentirait plus qu'autre chose. La main toujours tendue, elle sourit doucement.

« Tiens, c'est quoi ta chanson préférée en ce moment ? Perso, c'est Don't You, de Simple Minds, elle vient de sortir mais je la trouve d'enfer. Je te la ferai écouter, si tu veux. »

Elle se laissa porter par les conneries qu'elle racontait sans vraiment chercher à leur donner un sens, désireuse avant tout de tirer Mackenzie hors de la panique qui la tenait prisonnière.  


©️ Gasmask

_________________

Freedom
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
avatar
Messages : 241
Emploi : Aucun.
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Ven 2 Mar - 0:41


Funeral
« La mort détruit mais la vie dégrade. »
Les doigts d'Andrew sont un havre de paix dans lequel Jessica voudrait se complaire. Son cœur désespéré cherche une attention qu'elle obtient, alors que d'ordinaire, ni lui ni elle n'oseraient montrer le lien qui les unit. Mais la situation est catastrophique, douloureuse, acide. La vérité a mordu, presque arraché son précieux équilibre et Jessica a peur. Elle a peur que les doutes perdurent et même qu'ils s'effacent. Elle ne sait pas ce qu'elle désire, a l'impression d'ouvrir des portes qu'elle redoute et de fermer celles qu'elle espère. Malgré cela, malgré tout, son choix est fait et le mensonge se tisse à partir de sa terreur.

Si les mots mettent tout d'abord du temps à venir, ils sortent bientôt en cascade, et c'est un clown qui se dessine. Le clown est une figure effrayante pour bien des gens, et le tout sera crédible. Dans sa poitrine, son cœur se serre, puis se fige, mais déjà les regards des deux autres se tournent vers le sien, et Jessica n'y sent pas de doute. Elle se sent même crue, surtout par Victoria, papillon dont elle ne sait pas si les ailes ont été déchirées ou si elle s'épanouit à l'idée de la détruire un peu plus. Pour aujourd'hui seulement, elle lui laisse le bénéfice du doute. Le temps est à l'orage et non pas aux craintes infondées. Mais alors que Jessica se raisonne, se perd dans l'étreinte des doigts d'Andrew, la voix de Victoria s'élève et vient briser son château de cartes fraîchement consolidé.

«  Tu... tu as vu un clown toi aussi ?! »

Merde est à peu près le seul mot qui lui vient. Ses yeux s'écarquillent, son corps se tend un peu et ses doigts se resserrent autour de ceux d'Andrew. Victoria a vu un clown. Victoria. A vu. Un clown. Le destin se moque d'elle et Jessica ouvre la bouche pour répondre mais n'en a pas le temps. Tout s'enchaîne trop vite. Alexander arrive, pose des questions, puis Andrew lui répond. Une phrase retient néanmoins son attention.

« Ils deviennent agressifs, il faut faire gaffe. »

C'est le moment ou jamais de hocher la tête et d'insister pour fortifier la forteresse dans laquelle elle souhaite enfermer la vérité. Celle-ci ne doit jamais paraître, et une œillade vers le monstre lui confirme qu'il travaille sur la même cause qu'elle. Madame McNamara le serre dans ses bras pour le consoler d'une vision qui l'aurait traumatisé. Et sans doute du coup qu'il a failli lui mettre en public. Sa poitrine lui fait soudain un mal de chien. Le mensonge est sévère et la vérité amère. Elle voudrait qu'on l'aide, mais parce qu'elle ne survivra pas si elle parle, elle tait ces cauchemars trop réels qui bleuissent sa peau. Déjà, les doutes s'estompent.

« O-oui, j'ai failli me faire baffer par... »

Les mots lui arrachent une gorge déjà trop abîmée de sanglots.

« Mon père e-et je l'ai violemment repoussé. J-je pense que c'est la peur qui fait ça. »

Son regard passe au vide, et pendant de longues secondes, le mot prononcé la fait souffrir. Elle ne veut pas l'appeler comme ça, ça fait terriblement mal et il n'a jamais été un père, pour elle. Un bourreau, un tortionnaire, peut être, mais pas un père. Cependant, si elle veut vraiment donner le change, elle se doit de mentir à ce sujet-là aussi. Elle se doit de crucifier son cœur pour ne jamais rien dévoiler. C'est le prix de sa vie. C'est le prix de sa liberté. C'est le prix de son existence.

Puis Victoria vient s'asseoir à ses côtés, se laisse tomber plus qu'elle ne s'assoit, d'ailleurs, et entame la conversation. Jessica ne sait pas quoi en penser. Le papillon aux ailes couleur de ciel cherche à se poser sur elle, et Jessica a peur d'un poison qu'elle ne sait plus repérer. Elle craint la morsure de l'araignée et la piqûre de l'abeille, le venin de leurs mots et le poids de leurs actes.

« J'ai l'impression que je vais le voir à chaque fois que je pose mes yeux quelque part. Le clown. »

Mais la blonde ouvre son cœur et les propos qu'elle tient sont sincères. L'avantage de vivre dans le mensonge, c'est aussi qu'on apprend à le repérer. Jessica décide que pour cette fois, pour cette fois seulement, elle laissera à Victoria le droit de l'approcher, et de tenter de réparer un peu des choses qu'elle a brisé en elle.

« Quand j'étais petite, je le voyais souvent dans mes rêves. Très souvent, même. Puis il a cessé de me hanter jusqu'à y'a pas très longtemps. Et maintenant je l'ai vu alors que j'étais réveillée. »

Mais soudain, tout se complique et la voix de Jessica meurt au fond de sa gorge. Victoria est terrifiée par la vision d'un clown qui lui rappelle les peurs de son enfance et même de son adolescence, visiblement. Elle le craint comme un monstre. Elle le craint comme elle peut craindre son père. Elle le vit comme un cauchemar, un traumatisme bien réel. Et elle, elle utilise cette crainte pour se construire des remparts. Puis vient le coup de grâce, celui qu'elle n'attendait pas.

« En tout cas, s'il revient, on sera pas seules face à lui. Je te promets. »

Victoria n'en a pas conscience, mais les mots qu'elle prononce sont à la fois source d'espoir et de désespoir chez Jessica. Elle rêve de ces mots depuis des années. Mais ces mots naissent de l'un de ses mensonges, et cette idée la tue un peu, écrasant son cœur sous des souliers de fer. Ceux de la culpabilité. Alors, Jessica ne répond rien, et se contente de hocher vainement la tête. Ses doigts enserrent un peu plus fort ceux d'Andrew, comme pour se donner un courage qu'elle n'a plus, qu'elle n'a peut être jamais eu, en vérité.

« J-... »

Sa bouche s'ouvre, mais les mots ne viennent pas et ne viendront jamais. Sa bouche s'ouvre, mais les paroles sont interrompus par l'entrée fracassante d'une rousse hystérique. Ses yeux cherchent un prénom qu'elle finit par trouver et qu'elle vomit tout bas.

« Mackenzie... »

C'est l'enfer qui débarque, mais ce n'est pas Jessica qu'il vise. Quelqu'un a décidé de lui faire payer ses années d'humiliation et l'a couverte d'une sorte de mucus qui maquille ses yeux de larmes. Un temps, Jessica s'inquiète. Du plus loin qu'elle se souvienne, elle n'a jamais vu la Queen Bitch aussi mal en point. Son regard cerné de noir, ses bras tremblants, sa bouche entrouverte, tout laisse à penser que celui qui s'est vengé l'a faite souffrir. Trop fort. Trop intensément pour qu'elle puisse s'en réjouir. Elle connaissait l'horreur de près et était capable de dire lorsque quelqu'un d'autre l'avait côtoyée. Même si elle détestait Mackenzie, sa douleur était légitime.

Avant qu'elle ne puisse esquisser le moindre geste, l'adjoint du shérif s'élance à la rencontre de la nouvelle venue. Si elle s'en souvient bien, c'est aussi lui qui s'est rendu sur place, le jour où il a fallu constater le décès d-...
Bref. On s'en fout de toute manière. L'important n'est pas là et seul le présent compte vraiment. L'arrivée de la bibliothécaire d'Aster Cove passe presque inaperçue et Jessica doit tendre l'oreille pour dépasser le brouhaha qui finit par naître du silence terrorisé des habitants.

« Vous entendez quelque chose... ? »

Tout ce qu'elle retient, c'est le regard horrifié qu'il lance à Mackenzie, de ceux qui se découvrent un point commun qu'ils n'auraient jamais voulu avoir. Jessica ne comprend pas, mais elle ne le sent pas vraiment. Ses yeux dévient sur les visages, notent les expressions et mesurent la probabilité d'un élan de panique général.

Mais avant qu'elle n'ait le temps de vraiment trouver ses réponses, ses iris rencontrent ceux de son père, désormais libéré de l'étreinte de la mère de Victoria. Son cœur loupe un battement. Il en loupe un second lorsque celui-ci lui fait signe de la rejoindre.

« J-j... »

Commence-t-elle, alors qu'elle ne lâche plus du regard le monstre de ses cauchemars. Lentement, ses doigts se dénouent de ceux d'Andrew. Lentement, elle se redresse un peu. Lentement, elle cherche une solution, une façon de dire les choses, pour se défaire de sa culpabilité et avouer sans rien dévoiler.

Puis soudain, elle trouve.

« J'ai menti. J-je n'ai pas vu de clown, Victoria. J-je ne peux pas expliquer ce que j'ai vu, mais je veux pas te mentir. J-je trouverais ça dégueulasse de ma part et j'aurais l'impression de jouer avec toi e-et je ne veux pas ça. »

Alors elle s'engouffre dans la brèche. Sa main lâche définitivement celle d'Andrew et son corps se relève comme s'il n'avait jamais rencontré le sol, à la manière d'un automate.

« B-bref. Désolée. Allez retrouver votre pote, elle a l'air d'avoir besoin d'aide. »

Et sans rien voir d'autre que les yeux qui s'impatientent, Jessica s'avance vers celui qui tient les démons en laisse et les laisse pleuvoir sur sa fille les soirs de grande colère. Peu importe ce qui vient sur eux. Quoique ce soit, ça ne vaudra jamais la terreur qui la ronge quotidiennement.

« Désolée... »

Est un murmure fantomatique qui ne trouvera sans doute jamais personne pour l'entendre. Peu importe, son cœur est libéré pour mieux s'enchaîner dans la crainte. Ce soir, si Dieu ne l'entend pas, les coups viendront. Et Jessica a la sensation qu'ils seront terribles.
code by bat'phanie
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Messages : 245
Emploi : professeur d'anglais/théâtre au lycée
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Ven 2 Mar - 19:49

Il m'avais bien fallu quelques minutes pour me remettre de mes émotions. Je n'avais toujours pas compris d'où venait ce petit garçon. Est ce que j'avais mangé quelque chose de périmé avant de venir ? Alors que je me relevais, effaçant les dernières traces de larmes sur mes larmes, je remarquais que je n'étais pas le seul dans un sale état. A vrai dire, la communauté toute entière semblait avoir participé à un délire. Je ne me souvenais pas que le prêtre avait utilisé de l'encens. Les bougies peut être ? En tout les cas, il y avait une fenêtre de cassé. Que s'était il donc passé ? J'avais pensé que mon hallucination avait été de courte durée mais manifestement pas assez.
Je restais tout de même encore un peu secoué, resserrant les pans de mon manteau autour de moi. La porte de l'église s'ouvrait brutalement sur la jeune Mackensie. Jusqu'ici, rien de choquant. Non, ce qui était bizarre c'était que l'adolescente était toute visqueuse. Comme si elle venait de sortir du ventre d'une limace.
Le policier Walter s'était déjà précipité pour s'occuper d'elle. Mais il faudrait peut être que quelqu'un pense à nous faire sortir de cette église. Ce lieu rendait manifestement fou. J'étais cela dit incapable de bouger, mes jambes ressemblaient à du coton et si je n'étais pas en train de m'appuyer sur le dossier d'un banc je serai surement tombé. Ce sentiment était encore pire que lorsque je faisais des malaises parce que je forçais trop. Je fermais les yeux, inspirant doucement. Comme m'avais appris le médecin. Ce n'était rien du tout. Juste un terrible moment à passer, il n'y avait pas lieu de paniquer pas vrai ? Je savais que j'aurai dû rester chez moi au chaud. Est ce que c'était Amélia qui cherchait à nous dire quelque chose ? J'étais très loin de croire au surnaturel mais je ne voyais pas comment - d'une façon logique - Mackenzie s'était retrouvé recouverte de bave.
Doucement mais surement, je quittais ma place pour rejoindre Evie et l'adolescente. Elle n'avait pas prononcé un seul mot depuis son arrivé. Peu importe ce qui s'était passé en dehors de ces murs, ça l'avait chamboulé.

- Qu'est ce qui s'est passé dehors ?


On allait me dire que ce n'était pas le moment de poser des questions mais en même temps, notre sort était peut être lié à celui qu'elle avait subi de son côté. Et puis, parler, faisait aussi du bien. S'assurer qu'elle n'avait pas eu un traumatisme qui lui aurait coupé la parole.

_________________
I believe in nothing
But the truth in who we are  ✽

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://astercove.forumactif.com/t242-barthou-i-want-to-break-fre
Admin
avatar
Messages : 143
Emploi : Assistant du shérif
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Ven 2 Mar - 22:17


Funeral

○ Event n°3
La situation était alarmante, dangereuse, affolante. Walter serrait les dents, pâle comme un linge et perdu dans un souvenir qui le terrorisait violemment. Walter serrait les dents et reprenait peu à peu le rôle qui était le sien. Mackenzie Chandler sortait tout droit d'un monde qu'il avait fréquenté trop longtemps, trop intensément pour que son corps n'en ait gardé aucune séquelles, et savoir que celui-ci pouvait s'ouvrir spontanément, sans prévenir, après deux ans d'inactivité, était problématique. S'il avait été honnête, Walter aurait certainement utilisé le mot terrifiant. Mais Walter n'avait pas envie d'être honnête, pas plus qu'il n'avait envie d'être lui-même.

Pour l'heure, il lui fallait être adjoint du shérif, puisque celui-ci n'était pas là, et prendre la responsabilité d'une évacuation d'urgence. Comme il pouvait s'y attendre, Evie se montra immédiatement responsable et prit Mackenzie en charge. Evie était parfaite et Walter l'aimait. Evie réagissait toujours de la matière adéquate, et Walter se promit de le lui répéter toute une vie.

Mais avant qu'il ne puisse s'en réjouir davantage, Bartholomew Caldwell, l'un des professeurs du lycée si sa mémoire était bonne, s'approcha et posa la question la plus idiote qui soit à une personne tout juste victime d'un événement traumatique. Walter eut envie de le baffer. Mais il restait un agent en fonction et il était hors de question qu'il agisse d'une telle manière dans une situation aussi précaire. Ce fut tout juste s'il s'autorisa une réponse amère.

« Caldwell, c'est clairement pas le moment. Je sais pas ce que vous pensez faire, mais c'est une mauvaise idée. »

Et sans lui laisser le temps de répondre quoique ce soit, l'adjoint Bishop décida d'utiliser les récents événements à son avantage.

« Votre attention s'il vous plaît ! Je suis Walter Bishop, adjoint du Shérif. En son absence, c'est à moi de prendre les décisions d'urgence. Nous allons procéder à une évacuation dans le calme et le silence. »

Posant chacun des mots, il poursuivit, non sans un regard en direction d'Evie. Il fallait qu'elle comprenne avant les autres qu'elle aurait un rôle à jouer.

« Toute personne majeure, à l'exception d'Evie Knott et de l'agent O'Leary, doit rejoindre Bartholomew Caldwell et attendre mes ordres. Toute personne mineure, toute femme enceinte ou toute personne handicapée physique est invitée à suivre Evie Knott et l'agent O'Leary vers une sortie annexe. Merci de votre compréhension. »

Sa voix porta dans toute la salle, et Walter fit signe à Evie de s'éloigner de Bartholomew. D'une pierre deux coups. Il éliminait une source de stress potentielle pour Mackenzie Chandler -qui ne devait surtout pas retourner dans un accès de panique- et entamait une évacuation capitale, voire même vitale.

« Toutes les questions que vous vous posez trouveront une réponse en temps et en heure. Pour l'instant, j'ai besoin que vous me fassiez confiance et que vous écoutiez mes ordres. Lorsque nous serons tous dehors, je confinerai l’Église jusqu'à nouvel ordre. Je compte sur chacun d'entre vous. »

Désormais, l'évacuation était lancée. Lui-même sortirait le dernier. Il était hors de question que quiconque risque quoique ce soit sous sa juridiction.

(c) miss pie


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Messages : 91
Emploi : Serveuse à l'Aster Clover
Sur ton walkman : Led Zeppelin - Immigrant Song
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Ven 2 Mar - 22:53

Funeral
ft Everyone
« On ne craint rien tant que la mort, tout ce qui nous en approche nous effraye ; il n'est cependant pas de jour où l'on n'ait des motifs de soupirer après le lendemain. » ▬ Sahl

La salle était plongée dans un silence presque tangible, obscur comme un soir d'orage, chargé d'une électricité qui tenait tout le monde à la gorge. Rassurer quelqu'un dans ces conditions n'était pas aisé. Apaiser une gosse lorsqu'on se sentait soi-même bien trop proche d'une panique croissante l'était moins encore.

Pour être tout à fait honnête, Evie passait une journée de merde.

« Entre nous, je ne sais pas ce que ça va donner, mais je trouve l'acteur vraiment pas mal. Enfin j'ai jamais lu Sherlock Holmes, mais... »

S'il était possible de se noyer dans l'absurdité, elle était morte. Mais ce n'était pas l'important. Il fallait garder le flux des mots constant, la voix rassurante, les sujets dérisoires, un semblant de normalité et une musicalité des paroles pour apaiser le cœur tourmenté de Mackenzie. Evie priait simplement pour que la demoiselle se calme. C'était là son seul objectif, au final, pour l'instant du moins.

Elle manqua de sursauter lorsqu'un grand homme se manifesta. Perdue dans ses pensées, concentrée sur le contrôle qu'elle devait obtenir sur ses émotions, elle ne l'avait ni vu ni senti venir, et son cœur bondit dans sa gorge lorsqu'il posa sa question fatidique. Et quelle question...

La jeune femme, soudain furibonde, lança un regard mauvais au professeur. Ne voyait-il pas qu'ils étaient occupés ?! Une moue blasée s'empara de ses traits, et c'est un soupir qui perça ses lèvres tandis qu'elle laissait Walty s'en charger. Il le ferait mieux qu'elle. La diplomatie, c'était son truc, la plupart du temps.

« Votre attention s'il vous plaît ! Je suis Walter Bishop, adjoint du Shérif. En son absence, c'est à moi de prendre les décisions d'urgence. Nous allons procéder à une évacuation dans le calme et le silence. »

Oh. Les paroles de son fiancé lui arrachèrent une expression de surprise tandis qu'elle se tournait vers lui, le temps d'une seconde. Walter avait changé de plan. Le regard qu'il lui adressa l'en informa sans peine, et elle hocha silencieusement de la tête pour lui signifier qu'elle avait compris. Pour cela, il fallait que Mack' soit prête. Rien n'était moins sûre.

« Donc, je te disais, ma série du moment. Enfin, je ne regarde pas beaucoup la télé, mais ça compte quand même non ? Tu regardes quoi toi ? »

Sa logorrhée avait au moins le mérite de la distraire elle-même, à défaut peut-être de réussir à calmer la demoiselle. Sur Walty, ça fonctionnait, mais tout le monde n'était pas constitué de la même manière et elle craignait de ne pas parvenir à lui changer les idées. C'était pourtant primordial.

« Toute personne majeure, à l'exception d'Evie Knott et de l'agent O'Leary, doit rejoindre Bartholomew Caldwell et attendre mes ordres. Toute personne mineure, toute femme enceinte ou toute personne handicapée physique est invitée à suivre Evie Knott et l'agent O'Leary vers une sortie annexe. Merci de votre compréhension. »

Lançant un nouveau regard vers son futur époux, elle offrit un sourire tendre à Mackenzie, désireuse de lui amener les choses en douceur.

« Tu as entendu ? On va pouvoir y aller Mack, c'est fini. Ça va aller. Tu veux bien venir avec moi ? On va s'éloigner de quelques pas, doucement, pour qu'on nous repère bien facilement. »

C'était important, qu'elle sache. Qu'elle soit prévenue. C'était ce que lui avait conseillé le psy de Walty lorsqu'elle était allée lui demander des conseils en cachette. Qui eut cru que ceux-ci eussent pu se révéler si utiles ?

« Je vais m'adresser à tes camarades, maintenant, je vais parler un peu fort. »

Raclement de gorge.

« Allez les gosses, vous repérerez facilement les deux tignasses rousses normalement ! »

L'humour, mère de toutes ses réussites, étreinte réconfortante contre tous leurs supplices.

Il était temps d'évacuer.


©️ Gasmask

_________________

Freedom
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   

Revenir en haut Aller en bas
 
Event#3 - Funeral
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 2 sur 3Aller à la page : Précédent  1, 2, 3  Suivant
 Sujets similaires
-
» event coupe du monde la semaine prochaine
» [Tori] - Event - A l'Abri des Masques
» Event 5 : Ecriture & Dessin
» Halloween event !!!
» L'event d'halloween sur FR

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Aster Cove :: Quartier Nord :: Rues-
Sauter vers: