Dans la petite ville d'Aster Cove, des choses étranges se passent...

 
AccueilAccueil  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Event#3 - Funeral

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2, 3  Suivant
AuteurMessage
Admin
avatar
Messages : 131
MessageSujet: Event#3 - Funeral   Ven 9 Fév - 22:51


Visages tristes de circonstance et silence de plomb. Le ton est posé et l'ambiance n'est certainement pas à la plaisanterie. Ils sont nombreux à s'être rendus au funérarium pour assister à la cérémonie. Les habitants d'Aster Cove défilent sur le parvis et dans le hall d'entrée, la mine grave. Ils piétinent, ne sachant trop où se mettre, comme s'ils n'osaient pas s'avancer de trop près, de peur de devoir affronter la vérité en face. Cette cérémonie funèbre vient mettre un terme à un événement terrible qui a secoué la communauté en cette fin d'année 1984 et c'est un peu pour faire leur deuil et pour laisser derrière eux ces sombres mois que tous les habitants de la ville sont venus dire un dernier au revoir à Amelia Pike.

Mais est-ce vraiment la fin ? Observez ce groupe de vieilles dames massées dans un coin et les regards voilés qu'elles jettent à la famille. Les commérages vont bon train, chuchotés à voix basse derrière des mouchoirs en dentelle. Tout le monde joue le jeu mais personne n'est dupe. Ce soir, chacun rentrera chez lui mais rien ne sera rentré dans l'ordre. On murmurera toujours dans les maisons, on regardera toujours par dessus son épaule, comme si le coupable de ce crime atroce n'avait pas été arrêté et mis sous les verrou. D'ailleurs, est-on véritablement certains que Wyatt Barrow soit le coupable de toute cette histoire ? Et pourquoi attendre des mois pour des funérailles? Officiellement c'était pour les besoin de l'enquête, mais qui sait en vrai?

Vous êtes venu mais l'impression tenace que rien n'est fini vous hante. Il y a quelque chose. Vous êtes incapable de mettre le doigt dessus mais quelque chose vous dérange. Est-ce l'atmosphère étouffante ? Le ciel gris et lourd de ce mois de février qui semble peser sur vous de tout son poids ? Ou tout simplement votre imagination trop fertile ? Difficile à dire. Mais tout semble trop bien orchestré. Les fleurs artificielles qui débordent autour du cercueil, une photo de la disparue souriant de toutes ses dents, la famille silencieuse mais digne. Vous avez l'horrible impression d'assister à une pièce de théâtre dont vous êtes le pion.

Mais il est trop tard pour faire marche arrière, vous êtes déjà là. Le dernier acteur de la pièce s'est avancé et le rideau est sur le point de se lever.

Citation :

- Event guidé par maître de jeu qui interviendra tous les dix jours.
- Prochaine intervention du PNJ: le 20/02

Event #3 -
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://astercove.forumactif.com
Admin
avatar
Messages : 282
Emploi : Zoologiste de formation, il écrit des articles pour un magazine spécialisé
Sur ton walkman : Bad Moon Rising des Creedence Clearwater Revival
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Sam 10 Fév - 14:52

FuneralEvent
Like those who curse their luck in too many places
And those who fear a loss
( → Shape of my heart )
•••


Froid dans les rues et dans les cœurs. Février était arrivé avec son cortège de chute de neige et de météo maussade et avec lui la conclusion d'une bien triste histoire à laquelle ils ne s'étaient certainement pas attendus. Joshua lorsqu'il avait lu le journal n'avait su quoi penser à l'annonce de la nouvelle. En l'espace de quelques heures, l'annonce avait fait le tour de la ville. Une vraie traînée de poudre. Le meurtrier d'Amelai Pike avait peut-être été retrouvé. Et Wyatt Barrow dormait en prison depuis trois jours déjà, attendant son transfert sous bonne garde vers Augusta. Etait-il étonné ? Difficile à dire. Le bougre traînait une réputation sulfureuse qui lui traînait à la peau, faite de soirées trop arrosée et de tout ce qui pouvait bien aller avec. Est ce que ça suffisait à faire de lui un meurtrier ? Joshua était loin d'être un enquêteur pour en avoir la certitude. D'autant plus qu'un cortège de commérages s'était élevé à la suite de son arrestation et que l'Aster Cover s'était fait une joie de relayer. De quoi faire le bonheur des conspirationnistes qui clamaient que tout ça ne tenait pas debout.

Mais aujourd'hui ils n'étaient pas réunis pour parler de Wyatt Barrow. S'il s'était rendu au funérarium c'était pour assister aux obsèques de cette pauvre Amelia qui n'avait certainement pas demandé à se retrouver au centre de toute cette tragédie. L'homme n'avait eut que peu de lien avec l'adolescente mais comme une bonne partie de la ville, il avait eut le sentiment qu'assister à la cérémonie, c'était un peu comme une façon de tirer un trait sur cette terrible histoire.

Mais piétinant maladroitement dans le hall, sans pouvoir se résoudre à aller s'asseoir sur une de ses chaises bancales qu'on avait alignées en rang pour la foule, Joshua se demandait s'il avait bien fait. Si toute cette histoire n'était pas en train de prendre des allures de mascarades et que lui même n'était pas un acteur dans une pièce de théâtre sordide. Mais jusque là rien à signaler. Les habitants de la ville entraient au compte-goutte, la tête basse et l'air maussade de circonstance. On se parlait à voix basse, sans trop oser se regarder dans les yeux, comme intimidé par le silence écrasant des lieux. Toute cette histoire ne prêtait pas à sourire et lui-même n'avait aucune envie d'attirer l'attention. Pourtant adepte des plaisanteries qui détendaient l'atmosphère, Joshua avait soudainement l'envie tenace d'en finir au plus vite et de rentrer chez lui. Quelque chose ici lui déplaisait mais il était bien incapable de dire quoi.  
© 2981 12289 0

_________________


Bad Moon RisingDon't go around tonight, well, it's bound to take your life. There's a bad moon on the rise.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
avatar
Messages : 143
Emploi : Assistant du shérif
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Lun 12 Fév - 18:23


Funeral

○ Event n°3
Tout ça n'était qu'un vaste ramassis de conneries. Walter le savait, et sans doute bien mieux que la plupart des habitants d'Aster Cove, tant par son statut d'adjoint du Shérif -qui lui avait permis d'accéder à l'enquête- que par son statut d'ancien disparu. Tout ça n'était qu'une mise en scène pour étouffer le manque de preuves, le manque de pistes, le manque de réponses quant à ce qui était arrivé à la pauvre gamine qui reposait désormais dans sa dernière demeure. Walter n'était pas dupe et c'était avec assurance qu'il était allé annoncer sa décision à Evie.

« Evie, je ne veux pas y aller, ça ne sert à rien, je refuse de participer à tout ça. »

Mais comme toujours, elle avait su trouver les mots, elle avait fait danser sa voix, l'avait hypnotisé par un sourire et il avait enfilé sa veste et ses nouvelles chaussures sans plus rechigner. Mais tout de même... Il était revenu couvert de sang, le soir d'Halloween, et il avait noté les morsures, les traces de griffes le long de ses bras, de son ventre, la mort qui avait caressé son échine pour mieux le ravager. Deux ans. Deux ans d'enfer dont il ne se souvenait pas pour en arriver à... ça. La gamine était indubitablement liée à son propre cas, et à celui de tous les autres, de tous ceux qui n'étaient jamais revenus. Il ne fallait pas s'appeler Sherlock pour le comprendre, et il était certain qu'Evie savait, elle aussi. La gamine, donc, était morte des mains, ou des griffes, ou des crocs de... Wyatt Barrow. Wyatt Barrow, l'ivrogne du coin, qui n'avait jamais rien fait de plus méchant que de pisser contre un pallier en crachant quelques chansons grivoises. Wyatt Barrow, qui s'était sans doute battu quelques fois pendant son absence. Wyatt Barrow, qui n'avait ni griffes, ni crocs pour l'avoir amoché autant qu'il l'était à son retour.
Non, vraiment, ça n'allait pas, ça n'était pas crédible. D'autant plus depuis qu'il avait vu les preuves, qui se résumaient à de maigres allégations pas toujours très fiables, qu'on avait autorisé le bureau du shérif à conserver.

« Un ramassis de conneries, toute cette histoire. »

Un regard noir venu de nulle part lui apprit rapidement qu'il devrait râler en silence et faire bonne figure à la cérémonie. C'était prévu, de toute façon. Ses fonctions le tenaient en laisse. On lui avait intimé de taire ses doutes, des doutes qui « ne regardaient que lui » selon son patron. Rien que cette pensée suffit à énerver Walter, qui shoota violemment dans une pierre. Ce n'était pas correct. Ni pour Amélia, ni pour sa famille, ni pour les habitants d'Aster Cove, ni même pour Wyatt Barrow. C'était une honte, mais une honte suffisamment bien orchestrée pour que chacun puisse s'y retrouver, puisse combler des manques aux allures de fossés et passe à autre chose. Sauf qu'il y aurait d'autres morts, ou d'autres retours. Et dans les deux cas, on ne les expliquerait pas.
Le funérarium, austère monument porteur de mort, se dressa cependant face à lui et fit taire pour un temps les doutes de Walter. Le silence, dans ce lieu rempli par les deuils d'innombrables familles, était de mise et vint cueillir le jeune homme jusque dans ses pensées. La neige, qui était tombée sans discontinuer ces derniers jours, recouvrait l'édifice d'un manteau de pureté qu'il semblait ne pas mériter. Autour de lui, les platanes dénudés de la rue ajoutaient à l'ambiance morne du lieu, rendant le tout plus triste encore.
Un peu de la révolte de Walter s'envola face à ce spectacle. Il pouvait bien laisser de côté sa colère durant les prochaines heures. Elle reviendrait plus forte encore, pas plus nourrie de preuves que la version officielle, plus secrète aussi, et ravagerait les mensonges pour faire naître la vérité. Comme sa mère le lui avait répété des centaines de fois alors qu'il s'offusquait d'une injustice quelconque : « Quand le mensonge prend l'ascenseur, la vérité prend l'escalier. Elle met plus de temps mais elle finit toujours par arriver. ». Walter n'en doutait pas.

Le bruit de ses pas contre la neige résonna un peu plus fort, plus rapidement aussi, à mesure qu'il accélérait. Il gagna la porte du bâtiment, grande ouverte pour l'occasion, et pénétra dans un hall pratiquement vide, à l'exception d'une silhouette inquiète dans laquelle il reconnut Joshua. Joshua, dont il s'était gentiment moqué bien des fois. Joshua, ami d'enfance, adoré, tant aimé, perdu et jamais vraiment retrouvé. Joshua, ignorant instigateur de tous ses doutes. Soudain, Walter prit conscience qu'il ne l'avait pas croisé, pas salué, pas revu depuis son retour imprévu. Alors, les mots se coincèrent dans sa gorge et vinrent à lui manquer. Une sorte de curieux silence s'installa quelques vagues secondes avant qu'enfin, il ose ouvrir la bouche.

« Salut, Joshua... »

Silence. Vague, redouté, détesté.

« Sale temps, hein... ? »

De pathétiques banalités ? Vraiment ? Walter se décevait lui-même. Prenant une rapide inspiration, il ne laissa le temps de parler à personne et reprit aussitôt.

« On s'en fout, du temps. Je... Je suis désolé. »

Un éclair, un soupir, un regard mal assuré, et les mots sortirent malgré les murmures désapprobateurs qui naîtraient après eux.

« J'ai pas réussi à venir te voir, je crois. Je me suis un peu... perdu ? Je ne sais pas trop l'expliquer, je ne comprends pas vraiment ce qui m'arrive. Bref, je suis désolé. Je suis désolé, parce que ça fait des mois que je suis... revenu. Et que ça fait des mois que je n'ose pas venir te voir. Des mois que je me dis que ton histoire d'ours n'était peut être pas aussi tordue que ça. Des mois que je n'ose rien faire, que je doute dans mon coin, que je me réveille en sueur et que je suis une plaie pour Evie, parce que je romps ses nuits et que je hurle dans mon sommeil. »

La moue mi-inquiète mi-colérique de la femme de sa vie lui arracha un pâle sourire mais ce furent des yeux pleins de doutes qu'il rendit à Joshua.

« J-je... Je sais que ça va sembler fou, m-mais j'arrive pas à me dire que c'est... »

Un temps. Puis d'une voix plus timide, plus basse, aussi.

« Que c'est Barrow qui a fait ça. Ça... ça colle pas, ça marche pas, c'est pas possible. J-je peux pas m'empêcher de voir des monstres, quand je ferme les yeux, je suis... sans doute devenu l'un de ces cinglés qui hurlent à la fin du monde, hein... ? »

Un éclat de rire amer, venu du fond de son âme. Puis la raison, la logique, le renoncement.

« Enfin bref. Je sais pas pourquoi je t'ennuie avec ça. Je me suis dit que... Je sais pas. Oublie. Je... te souhaite une bonne journée. »

Après ça, Walter lança un regard suppliant à Evie pour qu'elle le suive. Il était stupide et sa démarche l'était tout autant. On lui avait dit que c'était une réaction traumatique, nourrie par des hallucinations qui le faisaient imaginer un monstre. On avait insisté pour lui prescrire des médicaments qu'il ne prenait pas. On avait expliqué que les marques retrouvées sur son corps étaient humaines mais que son cerveau les muait en quelque chose d'inhumain, quelque chose d'inexistant. Mais Walter avait fait des photos, et les avait gardées. Et malgré sa thérapie, une petite voix en lui hurlait tout bas que tout ça n'était qu'un vaste mensonge, qu'une vaste théorie sur l'inexplicable. Cela semblait d'ailleurs encore plus vrai depuis qu'il avait mis les pieds au funérarium.

(c) miss pie


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
avatar
Messages : 241
Emploi : Aucun.
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Lun 12 Fév - 22:41


Funeral
« La mort détruit mais la vie dégrade. »
La journée était grise et le ciel neigeux. Les visages étaient maussades et les passants, pressés. Le vent était froid et la température négative. C'était une journée d'hiver comme beaucoup d'autres. C'était une journée d'hiver où la vie semblait se sceller dans la glace. C'était une journée d'hiver qui montrait le vrai visage du monde entier. Seule la neige était pure à Aster Cove. Le reste du monde était pourri, et Jessica était la première à le savoir. Spontanément, presque instinctivement, elle tira sur la manche de son manteau, afin de cacher ce que personne, jamais, ne devait comprendre. Ce que personne ne devait surprendre. Un soupir, rapidement transformé en buée par le froid ambiant, quitta les lèvres de la jeune fille tandis qu'elle se dirigeait vers le bâtiment morne et austère où se tassait une foule compacte. Aujourd'hui, c'était la veillée funèbre d'Amélia Pike. Jessica s'y rendait sans grande conviction, pour tout avouer. Pour elle, c'était surtout un moyen de fuir le quotidien, de fuir un foyer qui n'en avait jamais été un. Elle n'avait jamais été proche d'Amélia. Mais de toute façon, elle n'était jamais proche de personne.

« C'est vraiment horrible, cette histoire...
- En même temps, je ne suis pas surprise que ce soit Wyatt Barrow, le coupable.
- Moi non plus. Ces choses-là se voient. »


Ahaha. Non, ça ne se voyait pas. Les monstres portaient les traits les plus doux, les plus sécuritaires et les plus parfaits. Les monstres arboraient de grands sourires et tenaient la porte aux dames. Ils portaient les courses des personnes âgées et donnaient même de l'argent à de grandes causes. Les monstres portaient dans leur essence même la pire cruauté qui soit : celle de donner l'impression d'une bonté sans frontières au monde alentours. Celle qui faisait hurler d'horreur des victimes rendues muettes par l'image de ces abominations. Jessica passait ses journées, ses soirs aussi, à vivre aux côtés de l'un d'entre eux. Et ces dindes qui prétendaient avoir vu, presque senti que Wyatt Barrow était comme son père n'y connaissaient rien. Wyatt Barrow était très certainement innocent. Le coupable était l'un de ces m'as-tu-vu qui rôdaient justement là, pour montrer à quel point leur famille était la plus belle et la plus heureuse. Ou ils faisaient partie de ces gens sans histoire, qui faisaient profil bas sans jamais heurter l'opinion publique. Comme pour illustrer son propos, Jessica vit entrer son père dans le funérarium. Le nom de ce lieu prenait désormais tout son sens. C'est d'un pas qu'on aurait pu décrire comme résigné que Jessica gagna le hall à son tour. Alors soudain, le froid de l'hiver lui manqua. La foule était compacte et partout, elle reconnaissait des visages qu'elle haïssait. Là-bas, elle voyait la fille qui, depuis quatre ans déjà, se moquait d'elle à chaque fois qu'elles se croisaient. Ici, son racketteur attitré faisait mine de pleurer la disparue. Sortez les mouchoirs, vraiment trop triste. Dans le fond, la bande de demeurés attendait son heure pour se donner en spectacle. Mais le pire, le monstre de ses cauchemars, celui dont un seul sourire suffisait à glacer tout son sang, la fixait droit dans les yeux depuis sa place, tout devant.

Non, vraiment, les monstres n'étaient jamais là où on les pensait. Ils se cachaient dans l'émotion, montraient à quel point ils étaient respectables et assassinaient leurs victimes aux yeux et à la barbe de tout un chacun. Personne ne vit rien, lorsque son bourreau lui adressa un signe de main. Personne ne vit rien, lorsque les larmes rougirent son regard. Elle les refréna aussitôt. Montrer la moindre chose, c'était éveiller la colère du monstre. Son bastion était tombé et sa tranquillité envolée. Alors, en vain, Jessica chercha. Elle chercha la main tendue qui ne viendrait jamais, l'étincelle d'espoir qui était vouée à mourir, la lumière dans le noir qui s'éteindrait bientôt, la conviction certaine qu'un dieu, de n'importe où, viendrait la sauver. Les secondes passèrent à la manière des heures et ses yeux, suppliants, pleins de ce désir inavoué d'être sauvés, s'accrochèrent un peu plus à chaque visage, chaque chevelure, chaque stature, sans jamais rien rencontrer.

« … Non, vraiment, je l'avais dit voilà des semaines. Wyatt Barrow était trop suspect. »

Un éclat de rire amer, presque inaudible au milieu des murmures alentours, quitta les lèvres désespérées de Jessica. Personne ne comprenait rien. Et l'impression fugace d'être la seule à savoir, la seule à saisir la traversa tandis qu'elle esquissait un pas funeste vers les rangs de devant.  
code by bat'phanie
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Messages : 620
Emploi : Lycéenne (senior) et animatrice sur Radio Aster Cove.
Sur ton walkman : Laura Branigan - Self Control
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Mar 13 Fév - 0:58


FUNERAL
Great paté, but I'm gonna have to motor if I wanna be ready for that funeral.
Je regardais la neige tomber à travers la vitre du côté passager de la voiture de ma mère. Les flocons dansaient chaotiquement dans l'air, ressemblant plus que tout à une chorégraphie inquiétante plutôt qu'à un ballet magique. Noël avait levé son voile, et il en avait caché des choses moches. La neige, elle, continuait d'essayer de camoufler l'horreur, frénétiquement, presque en vain, comme si c'était sa mission désespérée. Presque tout Aster Cove serait en noir aujourd'hui, contrastant avec le paysage blanc dans lequel on évoluait. Cela annonçait une journée plus que spéciale. Personnellement, je n'avais pas envie de la vivre.

« Tu la connaissais ma chérie ? fit la voix de ma mère qui conduisait.
- Un peu... on se parlait de temps en temps, oui. »

Je n'avais pas vraiment parlé d'Amelia avec ma mère jusqu'à aujourd'hui. Jusqu'à ce que ce soit inévitable. Mais lorsque j'eus prononcé ma phrase, je savais qu'on pensait toutes les deux la même chose. Il n'y avait en fait rien à dire. Ça faisait bizarre, oui. Mais ça arrivait, oui. C'était un moment de la vie où on ne savait absolument pas où se placer. Totalement. On avait laissé Oliver à la maison. J'étais d'accord pour ne pas l'accabler d'une morte qu'il ne connaissait même pas. Mais ma mère avait jugé bon de m'accompagner. Au final, j'étais plutôt contente qu'elle le fasse.
Des silhouettes sombres s'engouffraient dans le funérarium lorsque maman gara la voiture. Bientôt, deux des McNamara allaient les rejoindre, l'habit noir parsemé de flocons immaculés. Je n'avais pas le cœur à les enlever une fois à l'intérieur. C'était bien trop beau, et j'avais envie de garder une belle chose aujourd'hui, même si elle allait fondre en moins de cinq minutes.

C'était tellement étrange, un enterrement. Comme entrer dans une dimension parallèle, avec les exactes mêmes personnes du quotidien qui portaient des masques jamais vus avant. Il y en avait beaucoup qui pleuraient, d'autres avaient un regard mélancolique dans le vide, et certains ne savaient pas trop ce qu'ils faisaient ici. C'est un peu ce que je ressentais, même si j'avais plutôt l'impression d'être dans un rêve malsain. Le genre qui reste ancré toute la matinée dans la tête après s'être réveillé. Sauf que rien ne pouvait me réveiller, et c'était sûrement pire.
Entrées dans la salle du cercueil, l'atmosphère lourde ne s'était pas arrangée. Mon regard était irrémédiablement attirée par le sanctuaire de bois dans lequel reposait Amelia désormais. Je ne pouvais m'empêcher de réfléchir à son sort depuis que sa photo hantait les pages en noir & blanc de l'Aster Cover. Depuis que la nouvelle était tombée, j'avais tellement de pensées contradictoires que j'en avais mal à la tête. Je ne savais absolument pas quoi penser de tout ça. Ça semblait si évident, et pourtant. Rien ne l'était vraiment jusque là, alors pourquoi maintenant ça devait l'être ? Je n'avais vu ni Mackenzie ni Andrew pour le moment, et je crois que j'aurais été tellement en colère de les voir ici, même s'ils en avaient le droit et peut-être même l'obligation. J'avais été une des seules à avoir été chamboulée par la mort d'Amelia. Et puis j'allais être en colère pour autre chose aussi. Quelque chose qui me tordait les boyaux et pressait le cœur comme un citron amer. Mais c'était tellement pas le jour d'y penser.

Un rire me tira de mes pensées. J'avais l'impression d'être la seule à l'avoir entendue, peut-être étais-ce tant mieux. Je reconnus Jessica Banner que je n'avais pas remarqué près de moi et qui finit par s'avancer vers les premiers rangs pour s'asseoir. C'était étonnant venant de sa part... Pas que je la connaissais vraiment, mais... Deux commères à côté d'elle l'avaient regardée s'éloigner méchamment, puis après s'être indignées en chuchotant, je réussis à capter qu'elles parlaient de Wyatt Barrow, le présumé meurtrier. Est-ce que Jessica savait quelque chose là-dessus ? Ou étais-ce seulement un rire nerveux ? Je penchais pour la deuxième option, même si tout cela me laissais perplexe. Avec ma mère, nous finirent par avancer et je me mis, plus ou moins inconsciemment, au rang juste derrière Jessica. Mon regard passait du cercueil à ma camarade de classe. Il y avait de quoi s'inquiéter en ce jour infernal.

_________________

    And I'm head over heels
    First time in years to drench your skin in lover's rosy stain. A chance to find the phoenix for the flame. A chance to die, but can we dance into the fire ? That fatal kiss is all we need. Dance into the fire to fatal sounds of broken dreams.+ buckaroo.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Messages : 91
Emploi : Serveuse à l'Aster Clover
Sur ton walkman : Led Zeppelin - Immigrant Song
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Mar 13 Fév - 20:44

Funeral
ft Everyone
« On ne craint rien tant que la mort, tout ce qui nous en approche nous effraye ; il n'est cependant pas de jour où l'on n'ait des motifs de soupirer après le lendemain. » ▬ Sahl

En éclatant un énorme bouton rouge qui avait trouvé bon de trôner sur son front, Evie se fit la réflexion qu'elle ne sentait pas du tout cette soirée. Même son corps semblait lui hurler de ne pas y aller, de faire comme si rien ne se passait et de se goinfrer devant la télé. Il en faisait même une réaction allergique, tiens. Si ce n'était pas une preuve que les funérailles étaient de mauvaise augure...

Soupirant, la jeune femme releva les yeux vers son reflet dans le miroir. Un petit filet de sang s'échappait du cadavre de son bouton.

« Oh, fais chier... »

Ce soir, elle sortait maquillée. Elle sortirait d'ailleurs maquillée de la douche aussi. Confiante, elle laissa sa serviette choir sur le sol tandis qu'elle tentait de camoufler le massacre. Deux traits d'eye-liner et la caresse d'un rouge à lèvres plus tard, elle quittait la salle de bain, nue, un peu boudeuse mais déterminée à accomplir le devoir qui incombait à tous les habitants de la ville. Son enthousiasme fut toutefois bien vite rattrapé par la réalité.

« Evie, je ne veux pas y aller, ça ne sert à rien, je refuse de participer à tout ça.
- Ah non Walty. Juste non. Tu crois que j'ai envie d'y aller ? Personne n'en a envie, à part les hypocrites qui vont aller raconter à quel point c'est triiiiiste. Moi non plus je veux pas, mais j'y vais. Et puis comme ça on va sortir. Ça ne nous fera pas de mal, ok ? »

Afin de bien marquer son opposition, elle posa fermement ses mains sur ses hanches. Son idiot de fiancé n'avait qu'à bien se tenir. Celui-ci se tourna vers elle pour mieux argumenter et, béni soit cet ange, il fit même mine de ne pas loucher sur la tenue d'Eve qu'elle arborait fièrement.

Elle ne saurait jamais si c'était la distraction de sa poitrine dénudée ou la puissance de ses arguments, mais elle gagna. Comme toujours.

♣️♣️♣️

Elle avait eu beau se convaincre que tout irait bien, Evie sentit une boule de nervosité se nouer dans sa poitrine à mesure qu'elle se rapprochait du lieu fatidique. L'endroit était austère, curieusement bondé de monde aussi, de gens venus comme eux pour honorer l'innocente victime du monstre qui rôdait. Rôdait, oui, car elle-même peinait à croire que la folie allait cesser avec l'arrestation du bouc émissaire de service.

« Un ramassis de conneries, toute cette histoire. »

Si elle adressa un regard entendu à son fiancé adoré, désireuse de lui faire fermer son clapet, elle n'en pensait pas moins. Wyatt Barrow, sérieusement ? De tous les hommes un peu trop penchés sur la bouteille qui fréquentaient l'Aster and Clover, c'était sans doute l'un des moins violents. Elle pouvait témoigner. Et puis une part d'elle – la part persuadée que l'assassin de la gosse et le kidnappeur de Walter étaient une seule et même personne – refusait de croire qu'elle avait fréquenté des années durant le bourreau de son fiancé. C'était tout simplement impossible. Mais là n'était ni l'endroit ni le moment d'en parler, certainement pas à voix haute, et Walty devrait l'entendre.

Ils parvinrent au funérarium bien trop vite à son goût, si elle devait être franche. C'était fou comme on pouvait marcher rapidement sans vouloir se rendre à un endroit. Accrochée au bras de son futur époux, en partie parce qu'elle ressentait depuis son retour l'inextricable besoin d'être collée à lui en permanence, en partie parce que les talons qu'elle avait choisi de porter s'étaient avérés bien trop haut pour son sens de l'équilibre, elle se calqua bien sagement à son rythme. Elle eut ainsi le loisir de les sentir accélérer à mesure que l'inéluctabilité de la situation se présentait à eux, sous l'impulsion d'un Walter étonnamment pressé d'entrer.

Ce n'était pas son cas.

Le funérarium était austère. Même couvert de neige, il restait maculé d'un sang métaphorique dans lequel tout le monde avait la sensation de tremper ses mains. Il planait sur la foule toujours grandissante une atmosphère gênante, pesante, gorgée d'une culpabilité que tous semblaient partager. Evie était à peine arrivée qu'elle mourrait d'envie de se barrer.

La silhouette de Joshua, droit au cœur de la masse grouillante des inconnus qui les entouraient, fit naître un sourire sur son visage. Ça faisait longtemps qu'elle ne l'avait pas vu. Trop longtemps. Encore. À croire que c'était devenu une habitude entre eux, même si cette fois les raisons qu'elle avait étaient... Evie adressa un regard inquiet à son compagnon, le laissant esquisser les premiers pas vers l'ami d'enfance qu'il n'avait pas osé retrouver.

« Salut, Joshua... »

Elle garda le silence, consciente que son amant risquait d'avoir besoin de temps pour faire sortir les mots qui se coinçaient dans sa gorge. C'était normal, après tout. Sa disparition était encore un sujet sensible, tellement douloureux aussi, et elle s'inquiétait chaque jour un peu plus de l'état de l'homme dont elle était folle. Peut-être que retrouver Josh l'aiderait...

« Sale temps, hein... ? »

… Pardon ? Elle tourna une expression incrédule vers son compagnon et lui adressa un coup de coude bien placé, trop tôt pour l'entendre se corriger. Oups.

« J'ai pas réussi à venir te voir, je crois. Je me suis un peu... perdu ? Je ne sais pas trop l'expliquer, je ne comprends pas vraiment ce qui m'arrive. Bref, je suis désolé. Je suis désolé, parce que ça fait des mois que je suis... revenu. Et que ça fait des mois que je n'ose pas venir te voir. Des mois que je me dis que ton histoire d'ours n'était peut être pas aussi tordue que ça. Des mois que je n'ose rien faire, que je doute dans mon coin, que je me réveille en sueur et que je suis une plaie pour Evie, parce que je romps ses nuits et que je hurle dans mon sommeil. »

Second coup de coude, mérité celui-ci. Evie l'accompagna d'ailleurs d'un regard assassin, désireuse de faire passer son message de mort. Et elle avait tellement de choses à dire, tellement de je t'aime, tellement d'arguments contre les idioties qu'il était parfois capable de proférer, cet idiot, elle avait tellement à souffler, à hurler au creux de son oreille qu'elle ne trouva rien à répondre tandis qu'il l'entraînait au loin. Au lieu de cela, elle se tourna vers Joshua et lui fit signe de les suivre, désespérée de ne pas voir la tristesse s'afficher sur les traits de l'homme de sa vie. Elle voulait voir les amis d'enfance se retrouver, les retrouver aussi, pouvoir passer des moments à trois devant leur vieille télé pourrie à regarder Magnum en mangeant des conneries, à débattre sur la véracité des fantômes et à rire, surtout.

Inconsciemment, elle serra plus fort la main de Walter, et les yeux qu'elle lui adressa étaient gorgés d'une émotion qu'elle refusait de dire.

« T'es qu'un con des fois. »

Elle l'embrassa.


©️ Gasmask

_________________

Freedom
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
avatar
Messages : 282
Emploi : Zoologiste de formation, il écrit des articles pour un magazine spécialisé
Sur ton walkman : Bad Moon Rising des Creedence Clearwater Revival
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Mer 14 Fév - 9:26

FuneralEvent
Like those who curse their luck in too many places
And those who fear a loss
( → Shape of my heart )
•••


Au début, de la joie. Peu importe la raison de sa présence ici, la vue de son ami d'enfance fut à deux doigts de lui arracher un sourire soulagé. Joshua était presque déçu que la situation ne se prête pas à une explication en bonne et due forme et une grimace désolée se dessina fugitivement sur ses traits. Walter n'avait rien à se reprocher. Comment s'en vouloir du malaise qui les avait saisit ? Comment reprocher à qui que se soit de se sentir déstabilisé après tout ça ? Il aurait voulu se confondre en excuses, lui dire qu'il était le fautif de l'histoire et que c'était lui qui aurait dû faire le premier pas. Mais les mots restèrent bloqués dans sa gorge. Sa main se tendit vers lui et il ne pu que lui effleurer le bras dans une pression rassurante, espérant qu'il comprendrait ce qu'il essayait de dire.

« Dis pas de conneries, protesta-t-il à voix basse, moi aussi j'aurais pu venir et je n'ai rien fait. S'il y a quelqu'un qui doit s'excuser ici c'est moi. J'ai eut toutes les occasions de venir et je me suis dégonflé comme un idiot. »

Et déjà le moment était passé. Walter en révéla peut-être plus que ce qu'il avait bien voulu dire au départ et Joshua fut bien tenté de le retenir après ça. Il n'aurait pas imaginé que le jeune homme dise à voix haute ce que chacun ne pouvait s'empêcher de penser tout bas. Cette arrestation ça ne tenait pas debout. Il n'y avait pas de preuve et ce pauvre Barrow lui faisait tout l'effet de servir de bouc émissaire. Mais au delà de ça, le mal-être apparent de Walter lui brisa le cœur et ses traits se pincèrent. Son regard croisa celui d'Evie, en plein dilemme également et il devina qu'il y avait encore beaucoup plus de choses qu'aucun des deux n'avait révélé. Pas ici, pas en public. Joshua ne pu se résoudre à en rester là, la conversation avortée avant même d'avoir réellement commencé lui laissait un terrible goût d'amertume. La foule l'empêcha de leur emboîter le pas aussi rapidement qu'il l'aurait voulu et Joshua dû jouer des coudes. Les premiers rangs étaient déjà bien remplis et il entrevit quelques visages connus, surtout des ado du coin. Peut-être des camarades de classe venus dire au revoir. Mais il était bien placé pour savoir que le temps béni du lycée pouvait s'avérer un monde bien plus cruel qu'il n'y paraissait. Une petite tête brune semblait broyer bien des pensées noires et il se demanda ce qui pouvait tourmenter cette jeune fille. Ils étaient décidément tous trop jeunes pour avoir l'air aussi sombre.

Walter et Evie se séparaient lorsqu'il les retrouva et Joshua ne pu s'empêcher de se sentir rassuré en les voyant. Au moins son ami n'était-il pas complètement seul face à ces fantômes qui semblaient le hanter. Il aurait eut beau faire de son mieux pour les cacher, leur ombre par dessus son épaule n'en était que plus visible et cela le désolait plus que tout. Aussi s'approcha-t-il d'eux avant de poser une main sur l'épaule de Walter.

« Tu n'es un poids pour personne, protesta-t-il, et ne t'excuse jamais de ça, on est aussi là pour s'aider les uns et les autres. Et si tu penses que tu es le seul à avoir besoin de soutien, tu te trompes. J'en ai besoin, Evie également, il n'y a rien d'égoïste à ça. Quant à toute cette histoire, tu n'es pas le seul, tout le monde ici doute et je veux bien en voir un pour dire qu'il a totalement confiance dans les résultats de l'enquête. On est tous complètement chamboulés et tout est arrivé trop vite. Mais ne t'excuse pas, parle en. Sinon j'en connais une ici qui serait bien prête à te botter le derrière. »

Humour encore. Mais la plaisanterie gardait un goût amer. Même lorsqu'il hocha la tête en direction d'Evie pour la désigner. Chacune de leurs paroles aujourd'hui était irrémédiablement ternie par le motif de leur réunion.  
© 2981 12289 0

_________________


Bad Moon RisingDon't go around tonight, well, it's bound to take your life. There's a bad moon on the rise.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Messages : 192
Emploi : Journaliste à l'Aster Cover.
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Mer 14 Fév - 18:43


FUNERAL
You really know how to put the "fun" in "funeral".
Des fois je me demandais pourquoi j'avais besoin de fumer. Même si cette cigarette allait me donner le courage qui me fallait pour entrer là dedans. Le froid qui me gelait jusqu'à mes entrailles me faisait sérieusement reconsidérer mon addiction à la nicotine. Si seulement c'était aussi simple, me direz-vous. Et vous auriez raison.
Je m'étais mise à l'abri de la neige sous les bordures de toit du funérarium, croisant le regard avec les têtes de six pieds de long qui prenaient tous la même direction, dans le même abri. Certains étaient embués de larmes, d'autres avaient l'air de juger ma pause cigarette. Non, ça non plus, ça ne faisait rien contre l'addiction, mesdames et messieurs. Essayez encore. En attendant, passez votre chemin.

Parfois, être journaliste c'était devoir venir à des événements auxquels on voulait n'avoir rien à voir. Aujourd'hui, c'était le cas. Même si c'était mal vu, l'appareil photo et le calepin dans un enterrement, j'étais quand même là. En civil, portant le noir traditionnel, évidemment. Mais l'Aster Cover allait pas laisser la chose se dérouler sans que quelqu'un de son rang ne soit dans la foule. Absolument pas. Peut-être que les regards noirs que j'avais croisés n'étaient pas qu'à l'intention de ma cigarette. Eh oui, mes petites gens. La fouine n'est jamais loin de votre terrier, que vous le vouliez ou non. Je finis par écraser mon mégot et l'enfouir sous quelques centimètres de poudreuse. La neige était douée pour cacher ce qu'on ne voulait plus voir. Alors que moi, même en ayant arrêté de fumer, j'expirais encore de la brume blanche.

Il fallait que je me bouge, la plupart des gens étaient presque tous rentrés. Je pressai un peu le pas avant de me retrouver coincée par une foule avançant religieusement à pas lents pour trouver une place assise. Le calme régnait, hormis les chuchotements qui faisaient un effet de bruit blanc. Quelques reniflements venaient parfois agrémenter le concert le plus calme du monde.
J'eus enfin le réflexe de balayer la foule du regard pour y dénicher un visage familier, et ce fut fait en moins de cinq secondes. Walter, Evie et Joshua. Bingo ! Je commençais soudain à me presser un peu plus, entrant dans un jeu périlleux qui oscillait entre se mouvoir dans une direction précise et ne pas importuner les spectateurs à fleur de peau. Mais ce fut un succès et ni une ni deux, j'allai m'asseoir à côté de Josh, me penchant pour avoir tout le monde dans mon champ de vision, interceptant au passage la fin de leur conversation.

« J'y crois pas, vous avez réussi à trouver un sujet encore plus déprimant pile aujourd'hui ? chuchotai-je à leur attention.

Je pinçai mes lèvres avant de leur offrir un sourire presque désolé en guise de salut.

- Contente de voir que je ne suis pas seule dans ce calvaire. » continuai-je en ponctuant ma phrase d'une moue gênée.

Alors que je ne l'étais pas du tout. Pensez que je sois insensible, je pense que ce n'est pas le cas, mais, vrai ou pas, je n'arrivais pas à me sentir triste pour cette Amelia Pike. Envie d'en savoir plus sur ce qu'il lui était arrivé, assurément, mais je n'allais certainement pas aller de pair avec les adeptes des larmes de crocodile que certains pratiquaient à la perfection aujourd'hui. Certains feraient n'importe quoi pour attirer l'attention. Pour ma part, quitte à être indésirable, autant ne pas être hypocrite.

_________________

    never queen of the hill
    Youth is like diamonds in the sun, and diamonds are forever. So many adventures couldn't happen today, so many songs we forgot to play. So many dreams are swinging out of the blue. We let them come true.+ buckaroo.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Messages : 177
Emploi : Lycéenne
Sur ton walkman : Lionel Richie - All night long
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Ven 16 Fév - 14:24

Un peu plus de six mois. Je n’avais pas mis les pieds dans ce lieu sinistre depuis plus de six mois. Si ça n’avait tenu qu’à moi, les mois auraient continué à s’accumuler les uns après les autres. Je m’étais pourtant juré de ne plus m’en approcher. Et pourtant la mort, pernicieuse et silencieuse avait encore frappé. Sa victime était plus jeune cette fois. Moins proche de moi, même si je la connaissais tout de même. Braden avait été plus atteint par la nouvelle. Cela n’avait fait que confirmer sa détermination d’entrer dans les forces de l’ordre. De mon côté, cela avait assombri mon humeur que la présence d’Aaron et d’Ange avait su égayer ces derniers mois. La mort était vraiment partout. Qu’on lui tende les bras ou qu’on n’y pense même pas, elle rodait, chasseresse, prête à récolter son dû.

Je ne voulais pas venir. Pourtant cette fois, même les plus compréhensifs de mes oncles et tantes s’en étaient énervés. Ne pas me déplacer serait une insulte à ma camarade et il serait tant que je change d’attitude. C’était leurs mots. Selon eux, je ne devais pas ressasser ma perte mais aller de l’avant. Soutenir la famille Pike serait pour eux une première étape.

Le clan O’Leary au grand complet s’est déplacé pour l’événement. Je sens leurs regards graves alors qu’ils détaillent ma robe noire au-dessus du genou. Trop courte selon leurs standards mais néanmoins suffisamment décente pour qu’ils ne me renvoient pas à la maison. Grossière erreur, j’aurais dû choisir une robe indécente. Cela m’aurait évité de participer à cette mascarade. Les funérailles ne servent qu’aux vivants. Les morts eux ne s’en préoccupent plus. Je connaissais Amanda mais pas sa famille. Je ne suis rien pour eux. Comment ma présence pourrait les apaiser ? Si mon père avait eu des funérailles décentes, je ne suis pas sure qu’un tel attroupement m’aurait réconforté. Cela faisait tellement longtemps qu’on avait retrouvé son corps ? A quoi bon ? Tout cela avait des airs de mauvaise pièce de théâtre. Comme si chacun avait un rôle à jouer. Celui du mouton acceptant la fatalité sans se poser de question. J’étouffe dans cette atmosphère de non-dits. Dans ces regards perplexes et suspicieux qu’échangent les gens. Comme si rien n’était fini, parce que, de toute façon, personne n’y croit à tout ça. J’aimerai croire que tout est derrière nous. Avec le coupable sous les verrous, la vie devrait reprendre son cours non ? Alors pourquoi la plupart des gens ont l’air si inquiets ?

Evitant habilement de me retrouver coincée entre mes oncles, je me place à l’extrême gauche de notre rangée. Une de mes tantes à ma droite semble plus intriguée par la famille Pike que par le fait de me surveiller. Tant mieux. Je jette un regard circulaire autour de moi, à la recherche de visages amis. N’importe quoi pour que la torture soit moins intense. J’aperçois quelques élèves du lycée se dirigeant vers les premiers rangs. Du coin de l’œil, je vois également Evie et Walter. Walter. Parti puis revenu. La seule lueur d’espoir dans les ténèbres des événements du dernier semestre. Tournant plus franchement la tête, je leur adresse un sourire fragile mais sincère.

Ne prenant pas part aux discussions de ma famille, j’observai mes mains. Toute cette atmosphère faisait battre mon cœur plus vite et me filait la nausée. Ma respiration était sifflante et je craignais de faire une crise d’angoisse, là, au milieu de l’assistance. Me donner en spectacle ne faisant clairement pas partie du programme, je m’acharnais à inspirer et expirer calmement, espérant que la crise passe.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
avatar
Messages : 143
Emploi : Assistant du shérif
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Sam 17 Fév - 16:47


Funeral

○ Event n°3
Il y avait eu plusieurs coups de coude, de nombreux regards appuyés et même un peu humides. Il y avait eu des fuites, aussi, de ces œillades lancées vers le sol ou vers le ciel, de ces mains qui se nouent, puis se dénouent, pour trouver un courage mort depuis trop longtemps, pour faire sortir des mots qui arrachent et qui blessent, qui avouent des faiblesses qu'on voudrait taire au monde entier. Il y avait eu des raclements de gorge, des airs désolés, tristes, révoltés, furibonds, le tout dans une ambiance de mort et de fausseté trop appuyée pour que l'air en soit vraiment respirable. Les cœurs à l'unisson n'étaient pas ceux qu'on croyait voir au premier abord. Si la caissière du Walmart pleurait toutes les larmes de son corps, elle avait critiqué la gamine pendant des mois avant sa disparition.

« Il faudrait qu'elle se mette au régime et se prenne un peu en main. »

« Vous avez vu sa nouvelle coiffure ? Celui qui a fait ça devrait finir en prison ! »

« Les femmes, ça se maquille, ça ne se transforme pas en clown ! »

Et tout un tas d'autres joyeusetés dont Walter gardait encore le brûlant souvenir. C'était ce petit côté pratique d'avoir une vie sur arrêt, une vie à laquelle deux années manquaient, une vie où rien ne s'était passé depuis une certaine date. Les souvenirs avaient la fraîcheur de ceux de la veille et Walter vivait en décalage avec les autres. Quand il était revenu, il s'était montré capable de citer quelle robe portait Evie la veille de sa disparition, quel parfum elle avait délaissé depuis, quel plat ils avaient mangé trois jours avant, et tout un tas de petits détails figés à jamais dans sa mémoire. C'était aussi ça, qui jouait sur son impression de fausseté, de mensonge. C'était aussi ça, qui jouait sur la peur qu'il avait, secrète mais pourtant absolue, lorsqu'il croyait voir une ombre qui n'était pas censée être là. Des mirages, lui avait-on dit, des cauchemars, lui avait-on répété, des traumatismes, lui avait-on diagnostiqué. Foutaises. C'était un ramassis de foutaises qu'il n'arrivait pas à accepter. On avait beau lui répéter, lui expliquer que c'était un processus normal, Walter n'entendait rien, rien d'autre que cette tendre terreur qui lui murmurait à peu près tous les soirs qu'il avait vécu en enfer durant deux ans. Aucun homme sur terre, fut-il le pire de tous les monstres, n'avait le pouvoir d'imprimer cela au fond de l'âme. Du moins le croyait-il suffisamment pour en douter. Au fond, sa vie, son histoire et son traumatisme, tout ça se résumait en une question unique. Était-il fou ou était-il conscient de choses qu'on voulait lui dissimuler ?
Un sourire amer se glissa sur ses lèvres tandis qu'Evie les touchait des siennes. Il se donnait la triste impression de n'être que l'un de ces théoriciens du complot, de ceux qui avaient un jour perdu pied dans leur paranoïa et n'avaient jamais su remonter à bord du navire de la raison. Mais quand même...

« Je suis désolé, je ne voulais pas te contrarier, Evie... »

Parvint-il à articuler dans une tentative certainement infructueuse d'éteindre l'angoisse qu'il sentait étreindre le cœur de sa belle. Il devait réussir à faire croire à tous qu'il allait bien, mais personne n'était jamais dupe. Joshua non plus, puisqu'il vint les rejoindre un instant plus tard. Ce serait mentir que de dire que Walter n'avait pas espéré son retour. Mais ce serait mentir aussi que de prétendre que Walter n'avait pas espéré pouvoir fuir. Ses yeux, encore une fois, comme tant d'autres auparavant, rencontrèrent ceux de cet ami qu'il avait toujours fini par retrouver. Ses yeux, encore une fois, se perdirent dans un temps qui n'appartenait qu'au passé. Ses yeux, encore une fois, le trahirent et firent passer tous ses doutes, toutes ses craintes, dévorant le peu de confiance qu'il parvenait à imprimer sur ses traits. La main qui se posa sur son épaule lui fit plus de bien qu'il ne l'avouerait jamais. Les mots qui naquirent alors imprimèrent en son âme un soulagement absolu, de celui qui fait monter les larmes au coin des yeux tant on l'a attendu.

« Joshua... »

Un temps.

« J-je... Merci. »

Merci d'être là, de ne pas me fuir, de ne pas m'abandonner au milieu des démons qui dévorent mes nuits pour mieux troubler mes journées, merci de ne pas laisser l'horreur m'emporter, de me tenir la main, le bras, de m'ancrer dans ce monde qui ne veut plus de moi, qui ne veut pas voir cette réalité que mes yeux voient malgré leurs promesses, de ne pas me quitter, de supporter mes cris dans la nuit, les larmes qui mangent mon regard lorsque je me crois reparti dans cet enfer, merci de ne pas oublier qui j'étais, qui je suis au delà de mes craintes, de ces peurs si terribles qu'elle me font douter de moi-même, de tout ce que je vois, de tout ce que je sens, de tout ce que je crois, merci de ne pas me laisser dans cet enfer que j'ai bien du mal à lâcher, que j'ai bien du mal à oublier, de ne pas me laisser me faire happer par cette brume aux sinistres murmures, qui revient dans mes nuits aussi bien que dans mes jours. J'ai peur, j'ai mal au cœur, mais vous êtes là, et c'est peut être tout ce qui compte, tout ce que je ne saurais jamais vous dire, tout ce qui ne pourra jamais dépasser mes lèvres sans me tuer d'abord, alors merci. C'était tout cela, et sans doute plus encore, que signifiait ce simple mot, porteur de tant de sens, porteur de trop de sens pour que quiconque au delà de ce cercle intime ne puisse le comprendre. C'était de ces mots qui dépassent la voix pour mieux s'inscrire dans le regard, de ce langage invisible qui ne passe que par l'âme. Ils comprendraient. Walter en était sûr. Il n'y avait de toute façon rien à rajouter, rien à dire qui puisse aller au delà de tous ces sens cachés, de toutes ces choses dissimulées loin, très loin de l'audible. Et ce fut comme si le ciel lui-même l'avait compris, comme si quelqu'un, quelque part, avait hoché la tête et fait apparaître les mèches folles de sa cousine, revenue en ville un peu après son propre retour. Comme toujours, ses mots surent lui arracher un sourire.

« Un enterrement ne serait pas un enterrement sans son lot de drames en tout genre, pas vrai...? »

Elle non plus, il ne l'avait pas revue. Il était resté dans sa bulle, cette bulle qu'il parvenait tout juste à éclater, difficilement, presque douloureusement. Pendant des mois, il n'y avait eu qu'Evie, ses enquêtes et ses cauchemars. Pendant des mois, sa vie s'était résumée à sa pseudo thérapie qui ne donnait vraiment rien, aux caresses remplies d'amour d'une partie de son âme enfin retrouvée et à cette jolie diversion qu'avait toujours été son emploi. C'était en faisant les choses bien qu'il oubliait ses terreurs. C'était en faisant régner la justice qu'il combattait l'anarchie dirigeant son esprit. Profitant de l'accalmie dont il était l'heureux bénéficiaire, il claqua un baiser sur la joue d'Evie et ébouriffa les cheveux de sa cousine par delà Joshua. À celui-ci, il lui fit simplement comprendre que le contact de sa main sur son épaule était terriblement réconfortant. Peut-être n'avait-il pas recollé toutes les pièces de lui-même, avec Evie. Peut-être en manquait-il d'autres, moins saisissantes d'intensité, mais profondes à leur manière. Joshua et Penny.

« Ça passera vite, tu verras. Amélia Pike n'est plus qu'un fantôme pour les hypocrites d'Aster Cove. Lorsqu'ils auront versé toutes les larmes qu'ils ont en réserve pour se donner bonne conscience, ils salueront les parents et partiront d'un même mouvement. »

Ce faisant, il croisa le regard affolé d'une River qui n'en menait pas large. Ça faisait longtemps, aussi, qu'il ne l'avait pas revue. Alors, d'un signe de la main, et parce qu'il savait à quel point lutter contre de sombres pensées pouvait être compliqué, il lui proposa de venir. Si le passé devait les hanter encore plusieurs heures, c'est ensemble qu'ils l'affronteraient.

(c) miss pie


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Messages : 245
Emploi : professeur d'anglais/théâtre au lycée
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Sam 17 Fév - 17:59

Je n'étais guère friand des enterrements. Em même temps qui l'était ? A part les croque morts et les prêtes parce que ça leur faisait du boulot. Mais comme la majorité du corps enseignant s'était déplacé à l'église, j'avais fait de même. J'avais quand même hésité un peu une fois devant l'édifice. Un frisson m'avais parcouru en pensant que j'avais failli y être aussi. Dans un cercueil, avec une photo de moi souriant posés dessus. Pas sur que tant de monde se serait bougé les fesses par contre. Oh après on voyait bien les hypocrites cela dit. J'étais certains que même des personnes qui ne connaissait même pas Amélia était là. Peut être que voir le malheur des autres les rendaient heureux. Je soupirai, resserrant les pans de mon long manteau noir autour de moi. J'avais froid. Même si on avait passé Décembre, ça restait tout de même un mois sans soleil presque. Et il y avait bien entendu aussi le lieu qui n'était pas vraiment très propice à se sentir réchauffé. Je serai beaucoup mieux au chaud sous ma couette. Mais bon. Amélia avait été une de mes élèves. Je sortais un élastique de la poche de mon manteau, m'attachant les cheveux. Allez Barthy c'était juste une heure ou deux à passer à écouter des discours larmoyants et les pleurs des autres.

A peine le pied posé à l'intérieur j'avais déjà envie de repartir. Je préférais encore les soirées mondaines de mes parents. Au moins il y avait du champagne et de l'animation. Là ce n'était que...visage caché par des mouchoirs. La mort de la jeune Amélia m'avais attristé, bien sur, je n'étais pas un sans coeur. Le coupable avait été arrêté. Enfin, je doutais sérieusement que le célèbre ivrogne d'Aster Cove ait pu commettre un meurtre. Dans son état il n'arrivait même pas à pisser correctement. Je l'avais déjà croisé dans la rue, et il faisait plus des tâches sur son pantalon que contre le mur. J'espérais simplement qu'il n'allait pas passer sur la chaise électrique pour rien alors que le vrai criminel courrait encore. Enfin, j'allai saluer les parents de la défunte, les gratifiant de mes condoléances les plus sincères. J'apercevais ensuite Joshua avec le flic revenant et deux autres jeunes femmes. Je ne voulais pas vraiment les déranger alors j'allai m'installer sur un banc en attendant que la cérémonie commence. Souriant à des élèves qui était aussi là. En espérant que ça ne tarde pas trop. Je levais les yeux vers Jésus sur sa croix. Ca faisait longtemps que je ne l'avais pas vu. Ma contemplation était arrêté par une respiration bruyante juste en face de moi. Je n'avais malheureusement pas de sac en papier sur moi pour aider la pauvre fille. Ou dame. De dos c'était assez difficile bien qu'il me semblait familier. Peut être que ma poche avait quelque chose d'intéressant ? J'en sortais un paquet de chewing gum. Et une barre de céréales périmée. Non, pas besoin d'une intoxication alimentaire aujourd'hui. Par chance les bonbons étaient encore consommables. J'avançais les fesses de mon banc, assez pour pouvoir tendre le bras et présenter le paquet devant les yeux de la demoiselle.

- Un petit chewing gum ? J'ai que à la menthe par contre

_________________
I believe in nothing
But the truth in who we are  ✽

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://astercove.forumactif.com/t242-barthou-i-want-to-break-fre
avatar
Messages : 67
Emploi : professeure de ballet au Studio Aïda
Sur ton walkman : ella fitzgerald, you don't know what love is
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Dim 18 Fév - 1:55


Funeral
Death's taking those that we love most. Its greed wants the best souls and leave the unworthy mortals. They stay around, so make no sound; They're trying to get through, all the voices whispering to you. Whisperers
Sa grand-mère disait toujours que des funérailles trop silencieuses, c’est ce qui retenait le mort sur Terre. Par chez nous, ma fille – elle avait toujours appelé Kahina « ma fille », parce qu’au fond elle était la seule approchant d’une figure maternelle pour la jeune femme – par chez nous, on pleure les morts. On les pleure si fort qu’ils en entendent parler jusque dans le village d’à côté. On pleure les morts, et les morts s’en vont, parce qu’ils entendent qu’ils sont regrettés. Par ici, les gens ne pleurent plus. Ils pensent qu’il y a de la dignité à garder sa douleur en dedans, alors ça vous ronge et vos morts finissent par vous hanter. Ça laisse partir ses proches en silence et puis ça vient pleurnicher pour leur dire adieu pendant une séance. Il faut pleurer les morts, ma fille. Quand je mourrai, je ne veux pas du silence. Laisse-moi partir, Kahina, promets-le-moi. Les funérailles silencieuses, c’est comme enchaîner un mort à son cercueil.

Tous ces conseils lancés par-dessus le souper, avant que mémé ne s’en aillent s’occuper des mères de famille éplorées d’Aster Cove, avaient fini par constituer dans l’esprit impressionnable de l’enfant qu’elle était alors une sorte de mythologie d’épouvante. Pourtant aujourd’hui, alors qu’elle mêlait sa présence à l’assemblée plongée dans un silence assourdissant, elle ne put empêcher un frisson de venir caresser le sillon de son dos. Légendes de vieille femme ou superstition ridicules, comme répétait toujours sa mère. Peut-être, mais la pauvre Amelia était de ces décès pas tout à fait résolu, voire pas du tout, car il se murmurait déjà que le coupable ne l’était pas. Sa grand-mère avait éclaté d’un rire claquant de sarcasme quand Kahina lui avait annoncé ce qu’elle avait lu sur l’arrestation d’un obscur dépravé local.

La jeune femme jeta un regard circonspect à l’assemblée. Elle pouvait sentir les regards qui se coulaient sur elle, glissant sur sa silhouette et celle de sa grand-mère qui clopinait à côté d’elle. Faussemment appuyée au bras de sa petite-fille, la très bien portante Titrit Ouaaki inspirait dans la population d’Aster Croce un mélange de dédain et de respect craintif que la concernée avait appris à attiser et manipuler juste à son avantage. Elle installa sa grand-mère aux côtés d’autres vieilles dames qui entamèrent aussitôt une intense conversation sur les tenants et aboutissants de cette jeune femme aux côtés de Titrit.

Ce n’est qu’une fois qu’elle se fut éloignée de la présence écrasante de son aïeule que Kahina remarqua combien elle détonnait dans ces gens qui se connaissaient depuis des années. Elle était la gamine new-yorkaise, qui revenait seulement pour les vacances, et qui revenait soudain s’installer à temps plein dans un patelin où tout le monde connaissait tout le monde. Avec son attitude trop confiante, ses cheveux laissés libre en une couronne de boucles brunes et son costume noir parfaitement coupé, elle tranchait dans ce décor qui fleurait bon l’Amérique profonde. Elle laissa un long soupir lui échapper. Elle ne voulait pas venir. Elle ne connaissait personne, si ce n’est pour quelques visages qui lui avaient été familiers dans son enfance. Plus encore, elle ne connaissait pas du tout la morte. Quoique là-dessus, il était fort probable qu’elle appartienne à une majorité de personnes dans l’assistance. Les funérailles avaient cette caractéristique d’attirer les faux amis et les amateurs de sandwich gratuits du voisinage.

Elle choisit finalement de rester à l’arrière, debout, appuyée contre un mur. Elle ne supportait pas bien d’être assise, et cela lui donnait le temps d’explorer l’assemblée du regard, à la recherche d’un visage un peu plus connu avec qui aller faire la conversation.

code by bat'phanie

_________________
SUPERNOVA n.f ; mort d'une étoile en une vive lumière
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
avatar
Messages : 211
Emploi : Ancienne garde-côte actuellement en convalescence après un grave accident de bateau.
Sur ton walkman : The sound of silence de Simon and Garfunkel
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Lun 19 Fév - 8:22

FuneralEvent
Hold my hand. Oh, baby, it's a long way down to the bottom of the river. ( → Bottom of the river ) •••


Elle n'avait pas voulu venir et ses parents n'avaient même pas tenté de l'en dissuader. Mallory s'était tenue prête à rester chez elle ce jour là. L'idée de participer à cette mise en scène macabre lui coupait les jambes et elle n'avait pas eut le courage de s'approcher de trop près de cet endroit. Ca aurait pu être elle. Il n'était pas difficile de se le représenter avec un peu d'imagination. Si on ne l'avait pas repêchée, si elle s'était laissé sombrer au fond de l'eau, ses proches auraient-il cédé au besoin d'organiser ce genre de cérémonie ? On aura exposé un cercueil vide - peut-être même quelques photos d'elle - et les gens auraient défilé en racontant sur un ton plus ou moins larmoyant à quel point ils l'avaient aimée et à quel point le destin était injuste. Peut-être même qu'ils auraient menti.

Et puis elle s'était retrouvée seule chez elle, à errer dans le salon tandis que le crépuscule jetait des ombres autour d'elle. Un souffle sur son épaule, comme un petit rire fantôme venu se moquer d'elle et de ses terreurs de petite fille. Et Mallory s'était sentie tétanisée par une colère qu'elle n'avait pu réprimer. Elle n'avait pas peur. Elle était revenue. La mort l'avait recrachée comme un objet abandonné sur une plage et il était temps de la regarder en face. Alors elle avait jeté son manteau sur ses épaules, bravant le froid glacial de cet après-midi de février. Ses pas avaient fait grincer le gravier de l'allée et la jeune femme avait refusé de lever les yeux sur la croix qui trônait en façade.  Ses parents l'avaient élevée comme une bonne petite chrétienne, l'amenant à la messe et aux célébrations. Mais après ce qui était arrivé, Mallory n'avait plus vraiment remis les pieds à l'église, mal à l'aise à l'idée de converser avec une présence invisible. Qui savait ce qui se cachait dans cet après dont personne n'avait pu témoigner ? Comment était-on certain de s'adresser à un dieu d'amour et de miséricorde ? Elle craignait presque que ses prière n'atteignent d'autres oreilles beaucoup plus malveillantes.

La cérémonie était sur le point de commencer. A la vue de tous ces gens rassemblés en pénitence, Mallory n'eut pas le cœur à se trouver un siège. D'ailleurs, une présence dans le fond, semblait l'attendre déjà. Et elle vint s'adosser près de Kahina, sourire narquois aux lèvres, comme pour cacher son malaise.

«  Kahina ! Chuchota-t-elle, on arrête pas de se croiser toi et moi ? Tu permets que je partages ton refuge ? »  
© 2981 12289 0
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
avatar
Messages : 386
Emploi : Lycéenne
Sur ton walkman : Serge Gainsbourg et la BO de Starmania
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Lun 19 Fév - 14:16





 

 

Depuis toute petite, et comme la plupart des enfants, Ange avait nourri une véritable fascination pour la neige. Cette couverture blanche aux allures douces et sucrées qui brûlait les doigts quand on voulait la tenir trop longtemps. Elle ne comptait plus les fois où j'étais revenu les mains rouges et gonflées à la maison parce que j'avais voulu faire une bonne femme de neige. Toutes les journées de rhume et de fièvre, à se faire dorloter par Camille. Puis, quand tu vivais chez Aoki, toutes ses petites attentions hypocrites qui te faisaient tout de même plaisir. La neige, c'était l'emballage qui sauvait les les apparences. La neige, c'était cette illusion de douceur qui cachait simplement la violence de la glace.

 

Cela pouvait paraître étrange mais Ange adorait les enterrements. L'ambiance mortuaire, le dress-code black chic, le silence des morts, les bougies, les sanglots parfois sincères, les retournements de situations, les photos du défunt exposé comme une véritable œuvre d'art et, bien évidemment, les commères qui s'en donnaient à cœur joie pour casser du sucre sur le dos des cadavres. Comme si vous vous doutiez toutes que ce petit merdeux de Wyatt Barrow était l'assassin. Evidemment, vous êtes toutes plus intelligentes que les autres, vous l'aviez deviné et vous n'avez rien dit. Pa-thé-tique. Tous les habitants de cette ville étaient pathétiques, à jouer les détectives en herbe, à donner un avis qui n'intéresse personne et surtout, à lécher les couilles d'une famille que vous connaissez à peine.  

 

L'avantage d'être une des bêtes curieuses de la ville était que la conversation de la plèbe avait toujours une place pour parler de toi. Mais pour le moment, les vermines étaient trop occupées à cracher leur venin sur ce plouc à peine capable de marcher droit. C'est pourquoi ton entrée se fit plutôt discrète, un ange tout de noir vêtu qui se mêle aux démons. Ange reconnait Walter au loin, qui semble être en pleine conversation sérieuse avec un autre homme et Evie en retrait. Elle irait peut-être le saluer plus tard, après tout, elle n'avait pas eu l'occasion de lui parler depuis qu'il était revenu en ville. Ni à lui, ni à Evie, d'ailleurs. Mais ça pouvait attendre. Elle reconnaît devant elle la silhouette de Jessica et en baladant son regard dans la salle, elle croisera brièvement le regard de Victoria. Tu hésites, à présent. Peut-être que tu aurais dut suivre Théodore et rester à la maison, loin des prédateurs présents à cet enterrement. Mais c'était plus fort que toi, tu avais besoin d'être vue, de montrer au monde que les personnes comme toi avaient un minimum de respect pour les morts et au passage, remettre à sa place une ou deux langues de vipères.  

Mais ton arrivée tardive t'avait gâché l'occasion de te moquer et ton attention fut bien vite captée par le profil de River. Tu n'osais même pas imaginer ce qu'elle pouvait ressentir. Après tout, toutes les merdes qui arrivent avec un enterrement, ton amie connaissait bien tout ça. C'est pourquoi tu n'hésita pas à te faufiler entre les O'Leary pour rejoindre River à qui on s'adressait déjà. Tu pris discrètement sa main tremblante et tu saluas d'un sourire le professeur Caldwell qui se montrait toujours aussi prévenant avant que ton regard ne se pose sur la photo d'Amélia Pike.  

Le sourire de cette fille que tu connaissais à peine, il te rend malade. Tu ne sais pas pourquoi, mais c'était juste le même genre de sourire en carton qu'on voyait sur les affiches publicitaires pour le dentifrice. Il y avait cette espèce d'atmosphère dérangeante autour de cette photo. Une chose que tu ne saurais expliquer. Et tous ces visages cachés derrière des masques de tristesse n'arrangeaient en rien le malaise que tu ressentais. Tu aurais put te dire que toi aussi, tu jouais les hypocrites, à venir saluer la famille d'une gamine à qui tu avais adressé deux mots en deux ans. Mais la main tremblante de ton amie ne fit que te faire réaliser l'importance de ton rôle dans cette comédie tragique.

 

 


_________________


Tout se mélange

Je suis en tête-à-tête avec un ange.  
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
bee nice
Messages : 214
Emploi : ❝ étudiante (senior), cheerleader (voltigeuse), déléguée, et private investigator extraordinaire.
Sur ton walkman : ❝ for what it's worth, buffalo springfield (1967)
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Mar 20 Fév - 8:31


EVENT 3


La neige recouvre d'un linceul le village qui pleure sa disparue, et j'essaie de suivre avec mes doigts le crash des flocons. Paralysie dans les couleurs, on dirait que l'hiver retient son souffle, et qu'il se réveillera de son apnée quand la pluie sera à nouveau coutume. Le blanc dans le ciel, le blanc sur terre, le blanc sur ma peau et sur le croissant de mes ongles ; alors le noir répond avec violence, son costume sobre de requiem porté par les dizaines d'âmes-en-peines qui viennent dire leurs adieux à Amelia. Et quand je vois son cercueil, drapé de la bataille du noir et du blanc (et seuls les échecs la revêtent mieux), ça me gifle comme celles que seul Scott peut bien tirer.

L'ouroboros a attrapé sa queue. La boucle est bouclée, disent les tantes de tout le monde, à Aster. Ce qui est fait est fait, et on tourne désormais la page vers un monde nouveau. Les morts seront enterrés et les coupables punis. La loi tu Talion frappe, mais quelque part, on a tous le ventre qui se tord un peu.

Un peu comme quand on sait pertinemment que quelqu'un nous ment.

Que pour le bien de tous, le silence est mieux.

Mais qu'au final, c'est le poison dans les veines qu'on comptera nos insomnies à la droite de nos regrets.

Je suis arrivée avec ma mère pour les funérailles. J'ai préparé des cookies, mais c'est moi qui les ait faits et pas maman, alors ils sont dégueulasses. Je me sens un peu mal pour chaque grimace crispée que me font les invités (hmmmmmmmmouiii, c'est... très bon !), même si en fait ça nous permet de décoller un instant de notre réalité crue et inefficace. Au moins, leur langue à eux fonctionne. La mienne est coulée dans le plomb, sauf les fois où elle répète les mêmes phrases d'une gentillesse exacerbée à tout le monde sauf à ceux qui le mériterait (je t'ai repérée, Jessica, là-bas).

La peur peut retomber. On peut pleurer nos morts.

Mais les disparus, les revenants ? J'ai rien compris aux explications de personne. Je comprends plus rien. J'ai mal à la tête.

Est-ce qu'au fond, je suis juste déçue que tout soit déjà fini ? Est-ce que je me suis laissée emporter par le fantasme de vivre quelque chose d'assez extrême pour me forcer à sortir de ma mélasse de vie ? Est-ce que j'ai peur, à ma façon, de dire adieu à une amie avec laquelle j'ai été plus proche dans la mort que dans nos vies ? Qui m'a donné quelque chose de concret à craindre, à contrôler.

N'empêche, le tueur et les réapparitions, ça me fait tiquer en plein sourire compatissant.

Est-ce que c'est le déni ? Ou suis-je en train de douter l'autorité ?


AVENGEDINCHAINS


Spoiler:
 

_________________
courage is grace under pressure.
ernest hemingway
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
avatar
Messages : 131
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Mar 20 Fév - 9:46


Pour tous ceux qui se sont réunis en ce triste jour, il n'est plus temps de revenir en arrière.  Les portes ont été fermées et cet étrange sentiment d'être retenu prisonnier qui vous étreint n'est peut-être pas si irrationnel que ça après tout. Prenez place, asseyez vous, la cérémonie peut commencer.

Et ce n'est pas le prêtre qui vient de faire son apparition qui vous dira le contraire. Il chemine jusqu'à l'estrade, penché sur son missel, si bas qu'on jurerait qu'il peut s'effondrer à tout moment. Et sa voix monocorde commence un long discours que vous n'écoutez que d'une oreille distraite, le regard fixé sur l'assemblée. Qu'ils soient sincères ou menteurs, hypocrites ou malveillants, qu'on leur ait forcé la main ou qu'ils soient ici de leur plein grès, le résultat sera le même. Voyez ces quatre jeunes adultes, penchés les uns près des autres comme une portée de moineaux abandonnés, ces jeunes filles recroquevillées sur elles-mêmes comme si elles auraient tout faire pour ne pas être venu aujourd'hui. L'enseignant ne vous dira pas le contraire, ni même la danseuse, cachée dans l'ombre au bout de la salle. Personne n'a envie d'être là. Et réunis par les circonstances et le hasard cruel, leurs destins sont sur le point de s'entremêler.

Le prêtre continue et sa voix vous hypnotise presque. Cela fait bien longtemps qu'il vous a perdu et que vous avez laissé votre regard dériver. Au bout du funérarium, un cercueil fermé sur lequel trône une photo de la défunte, souriante et insouciante. Une demi seconde et votre cœur se fige, vous jureriez que ce double de papier glacé vient de vous faire un clin d'oeil. Peut-être n'est-ce que la lueur des bougies qui vous joue des tours ? Mais les flammes vacillantes semblent trembler, incertaines, malmenées par un courant d'air inexistant avant qu'elles s'éteignent, les unes après les autres, comme soufflées par un esprit farceur. Personne n'a l'air de s'en rendre compte, pas un mot parmi le public. Peut-être exagérez-vous ? Et le mugissement du vent dans les combles, ne trouvez vous pas que sa plainte accompagne délicieusement les prières ? On jurerait entendre les sanglots d'un énième invité anonyme, petit clandestin venu se glisser dans l'ombre pour assister au spectacle.

Silence de tombeau. Les spots viennent de s'éteindre, plongeant la salle dans l'obscurité du jour finissant. Tout le monde s'observe dans la pénombre, se retournant sur sa chaise comme pour chercher le responsable de l'interruption. Et le prêtre a beau rappeler ses fidèles à l'ordre, il a définitivement perdu leur attention. Un long sanglot brise l'obscurité, une porte claque au loin et un courant d'air venu de nul part fait basculer le portrait d'Amelia Pike qui s'effondre au sol dans un fracas de verre brisé. Des doigts invisibles vous effleurent le bras, un souffle joueur vient vous chatouiller la nuque tandis qu'une voix chuchote à votre oreille.

"Je suis là. Ne m'abandonnez pas, je suis là. Pitié"

Ferme les yeux pauvre fou. Profite encore de ces quelques secondes de répit. Lorsque tu les rouvrira, tout aura basculé.
Event #3 -



Citation :

- Event guidé par maître de jeu qui interviendra tous les dix jours.
- Prochaine intervention du PNJ: le 01/03
- Vos hallucinations sont personnelles et personne ne peut les voir. Les plus chanceux arriveront à s'en extraire avant la fin du prochain tour et pourront interagir entre eux. A vous de décider pour votre personnage. Nous vous laissons le choix de la manière mais ces visions cesseront d'elle-même au bout de quelques minutes.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://astercove.forumactif.com
avatar
Messages : 177
Emploi : Lycéenne
Sur ton walkman : Lionel Richie - All night long
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Mar 20 Fév - 22:11

Ma petite crise passait inaperçue. Pour une fois, l’attention familiale était plutôt braquée sur le visage pâle de Braden. Il la connaissait bien Amelia. A quel point, je ne savais pas trop, mais à en voir son visage défait et coléreux, il y avait de quoi s’interroger. Alors que j’essayais de faire disparaitre mon malaise, un objet étrange, que j’identifiais vite comme un paquet de chewing gum fit irruption devant mes yeux. Surprise, je tournais la tête pour voir de qui ils venaient, tendant machinalement ma main tremblante pour en attraper un. Je découvrais Monsieur Caldwell, à qui j’adressais un pauvre sourire toujours aussi fébrile.

« Merci, Monsieur Caldwell. »

Je captais ensuite le regard de Walter et commençait à me lever pour le rejoindre quand la poigne de ma tante stoppa tout mouvement, me forçant à m’assoir. Comme je regrettais que ce ne soit pas la mère de Braden à mes côtés. Mais, elle couvait son fils comme une vraie lionne. Une chance que je ne sois pas d’un naturel envieux. Toujours est-il qu’on n’allait pas me laisser bouger. Dans le carcan de la bienséance façon O’Leary, cela ne se faisait pas. Comme par rébellion, je plaçais le chewing-gum sur ma langue avant de le mastiquer. Je pouvais sentir le regard réprobateur de ma voisine. Et je n’en avais rien à faire. Elle continuait de me tenir fermement le poignet à m’en faire mal. La douleur devint carrément dure à supporter. Relevant les yeux, Ange était là, devant moi. Jamais elle n’avait aussi bien porté son nom. Ange salvateur et pourfendeur de démons, prête à affronter les miens dans le seul but de m’apporter du réconfort. Je m’arrache brusquement à l’étreinte familiale pour me reposer sur elle. Puisant dans sa présence la force que je n’ai plus. Je n’ai plus assisté à un office depuis des mois. Depuis le dimanche ayant précédé ce funeste jour. Papa n’avait pas tout à fait eu droit au même cirque. Un enterrement civil sobre, silencieux. Mais les murmures, les curieux, les gens qui n’étaient là que parce qu’il s’agissait du dernier événement en date dans une petite ville… Je connaissais bien. Les condoléances vides de sens aussi. Comme si quelques mots pouvaient ressusciter les morts. C’était ridicule. Ridicule et à vomir. Tout ça, toute cette situation me révulsait. Même le mot simple mot condoléances était d’une rare hypocrisie. Partager ses souffrances avec. Est-ce qu’une seule personne ici pouvait se targuer de partager les souffrances des Pike en ce sinistre jour ? Non. Personne.

Et avant que je ne puisse échanger quelques mots avec Ange, me contentant de lui adresser le sourire le plus sincère dont j’étais capable en cet instant, bien qu’aussi tremblant que la flamme des bougies, mon oncle faisait son apparition. Prêt à jouer son rôle dans ce cirque funeste. Je sens son regard se poser sur moi, presque satisfait. J’avais pourtant juré que je ne reviendrai plus. Je lui avais craché toute ma haine et mon désespoir au visage ce jour là. De son côté, il n’avait jamais douté de ramener la brebis égarée. Il parle, mais je ne l’écoute pas. Je ne crois plus que le Seigneur soit notre berger, encore moins qu’il nous accompagne dans la vallée de l’ombre. L’ombre, elle est déjà partout autour de nous, prête à bondir. Et on meurt comme on nait. Seuls et dans la souffrance de nos proches. Pauvre Amelia. Partie trop tôt. Comme tant d’autres. C’est presque comme si elle était encore là, comme si son visage souriant sur papier glacé allait laisser place à un visage de chair et de sang. Et j’ai froid. Immensément froid. Mon oncle n’avait toujours pas réglé ce problème de courants d’air depuis le temps ?

Puis tout est allé de mal en pire, les lumières qui s’éteignent alors que je laisse échapper un couinement de surprise. C’est à peine si j’entends mon Oncle s’offusquer. On a ouvert la twilight zone. Sanglot, verre brisée. Effleurement et chuchotement. Ça y est, c’est la fin, je sombre à mon tour dans la folie. Pour toujours et à jamais. Je ferme les yeux, pour chasser toutes ces inepties. Malheureuse. Cela ne fait qu’ouvrir la voie du mal.

Tout se brouille et puis soudain, je l’entends. Quel est ce bruit ? Ce tintement étrange, métallique ? Et cette odeur étrange aux relents de rouille. Je plie les genoux et penche la tête, persuadée d’avoir fait tomber quelque chose. C’est la que je la voie. La lame. Qu’est ce qu’une lame de rasoir peut bien faire là ? Et ce liquide rouge ? Mais… c’est… du sang ? Je ne peux empêcher un mouvement de recul. Le sang m’a toujours dégouté. Mais depuis que j’avais entendu mes oncles parler de… ce jour. Sa simple vue me terrorisait. Et voilà que des gouttes semblait tomber de partout. Plic, ploc. Ploc. Je levais la tête, cherchant d’où cela pouvait venir. Rien en haut. Bizarre. C’est alors que je sens quelque chose de poisseux glisser le long de mes doigts. Un autre ploc, mais cette fois, ce sont mes bras que je regarde. Et ce que je vois fait naître une nouvelle vague de tremblement. Tandis qu’un cri strident résonne. Il me faudra du temps pour me rendre compte que cela venait de moi.

Alors que j’observe les entailles zébrant mes bras du poignet au coude. Ouverts. A vif. Sanguinolents. Puis vient la douleur insupportable. Ca ne s’arrête pas. Ca ne veut pas. D’une main j’essaie de refermer une des plaies mais cela ne fait que faire saigner un peu plus l’autre. Mais qu’est-ce que j’ai fait, par l’Enfer, qu’est ce que j’ai fait ? Je ne veux pas mourir. Pas comme ça. Pas cette fois. Est-ce que c’était aussi ce qui était arrivé à Papa ? Un trou noir, une arme à feu et puis il était trop tard ? Est-ce qu’un seul instant d’oubli pouvait mener à la mort ? Est-ce que, comme moi, il avait eu le temps de regretter ? Je paniquais totalement. J’hyperventilais. Avançait sans but, ne me rendant même pas compte de ce que je cognais pour ce faire. Je laissais derrière moi des trainées sanguinolentes. Je m’agitais, incapable de rester calme. J’étais au bord de la crise de nerfs et fixer la profondeur de mes blessures n’aidait pas. M’adossant au mur, je me laissais glisser, la tête calée sur les genoux et les bras le long du corps. Totalement perdue. Je vivais mon pire cauchemar. Le suicide, c’était le tabou suprême. L’ultime trahison envers des croyances auxquelles j’avais tourné le dos mais sans jamais vraiment les oublier. Catatonique, je secouais la tête de temps à autre, complètement fermée au monde. Tout ça, c’était bien trop pour moi. Etait-ce la perte de sang qui engendrait chez moi une telle torpeur ? J’avais l’impression de disparaitre peu à peu.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
avatar
Messages : 241
Emploi : Aucun.
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Mar 20 Fév - 23:16

Avant de lire:
 


Funeral
On ferme les yeux. On inspire. Fort. Tout ira bien. Il ne peut rien faire. Pas maintenant. Pas ici. Il n'y a pas de risque. Le monstre ne sortira pas. Il y a trop de monde autour de toi pour risquer la moindre douleur. Les gens verraient. Les gens sauraient. Et il n'a pas envie que ça se sache. Il n'a pas envie que ça se voit. Jamais. On inspire. On expire. Doucement. Oui, voilà, comme ça. Tout va bien se passer. Les gens sont là, ils écoutent, et ne le laisseront pas faire. Il n'y a rien à craindre. Rien. Personne ne peut rien contre toi, ici. Il y a trop de monde. Il ne tentera rien. D'ailleurs, si tu ouvres les yeux, tu les verras. Et puis, si tu tends l'oreille, tu les ent-...

Il y a un problème. Jessica n'entend plus rien, plus personne. Le silence qui vient de tomber sur le funérarium est absolu et n'accepte aucune condition. Il n'y a plus d'autre son que le bruit de sa respiration qui, lentement, s'affole. Il y a quelque chose qui ne va pas. Mais alors qu'elle doute encore, Jessica prend conscience d'autre chose.

Pschhht.

Un bruit.

Pschhht.

Un second.

Pschhht.

Puis un troisième.

Pschhht.

Le cœur de Jessica loupe un battement.

Pschhht.

Plus proche, cette fois. À sa droite.

Pschhht.

À sa gauche, maintenant. Quoique ce soit, il faut qu'elle ouvre les yeux.

Pschhht.

C'est capital.

Pschhht.

Maintenant.

Pschhht...

Puis plus rien. Les yeux de Jessica s'ouvrent sur un funérarium plongé dans le noir. Quelque chose ou quelqu'un a éteint chaque bougie très soigneusement. Une goutte de sueur dévale lentement son échine. Elle n'est pas seule. Puis soudain...

Tap.

Un pas. Tout au fond de l'allée. Là-bas. Jessica sent brusquement son sang se glacer. Un frisson la parcourt. Ce qu'elle aurait voulu théorie se révèle certitude.

Tap.

Plus près. Rien qu'un peu. Suffisamment pour assassiner sa conscience. Quelqu'un se rapproche et le spectacle est trop bien huilé pour que ce soit une farce. Ça signifie forcément que-...

Tap.

Cette fois, Jessica sursaute. Il faut qu'elle se tire. Si elle ne le fait pas, il va lui arriver quelque chose de grave. De très, très grave.

Tap.

Lentement, pour ne pas alerter celui qui la poursuit, Jessica lève une jambe. Essaye de lever une jambe. Ses yeux s'écarquillent alors que l'horrible réalité se fraie un chemin dans son esprit.

Tap.

Elle est paralysée. Ses jambes refusent de lui obéir et dans son dos, les pas se rapprochent. Bientôt, celui qui la poursuit sera là. Cette idée lui est insoutenable. Insupportable. La réalité fait mal et sur sa chaise, Jessica se sent paniquer.

Tap.

Un pas de plus, un pas qui la rapproche de la mort, ou pire encore. Mais alors qu'elle tend l'oreille, qu'elle cherche de toutes ses forces à jeter un coup d'oeil en direction de ce qui vient pour elle, elle sent son âme entière se déchirer. Si elle écoute attentivement, elle entend le froissement d'une veste qu'elle ne connaît que trop bien.

Tap.

Un énième frisson la dévore et les larmes montent à son regard. Celui qui vient à elle dans le noir, c'est le monstre de ses cauchemars. Celui qui vient à elle, c'est...

Tap.

C'est...

« Bonsoir Jessica. »

Son père.

« Je t'ai manqué... ? »

Alors, l'horreur se referme sur les épaules soudainement devenues frêles de Jessica. Alors, l'horreur happe le monde pourtant déjà noir, transforme la chaise innocente en échafaud et promet la souffrance à celle qui implorerait n'importe qui pour fuir l'instant présent. Alors, l'horreur devient tangible et le souffle contre sa gorge terrorise Jessica plus qu'elle ne l'admettra jamais. Et comme à chaque fois que le monstre est là, comme à chaque fois que sa veste se froisse, l'emprise se referme et les mots se font durs.

« Je. T'ai. Manqué ? »

Et Jessica ne sait pas quoi répondre. Elle redevient petite fille, comme tous ces soirs où la douleur a valeur de rituel, et ferme violemment des yeux débordants de larmes. C'est son corps qui répond pour elle. Un lent frisson la parcourt puis se brise en sanglot. Dans son dos, ce froissement si caractéristique reprend, signe que le monstre se redresse. Le souffle s'éloigne, mais donne à Jessica le désir absolu de gratter jusqu'au sang cette partie d'elle-même souillée.

« T-t-t-t-t... Jessica, Jessica, Jessica... »

Second sanglot. Ses joues deviennent un océan qui se déverse sur le monde. Derrière elle, Il bouge encore. Le bruit d'une veste qu'on retire retentit dans le silence et Jessica sait. Si le vêtement tombe au sol, c'est la fin.

Frsch.

Le bruit la traumatise aussi sûrement que celui d'un couteau, et à nouveau, son âme se perd un peu plus dans la douleur qu'elle sent venir. Où sont passés tous ces gens ?! Où est passée la garantie de tranquillité qu'elle était venue se trouver ?! Pourquoi ?! Pourquoi l'ont-ils à nouveau abandonnée ?! Elle ne demande rien, jamais, elle subit son quotidien, toujours, et au moment où elle supplie l'univers de lui accorder du répit, celui-ci la crucifie à la manière des martyrs ! POURQUOI ?!

« J'essaye, pourtant... C'est toi qui ne fais pas d'effort.
- P-pardon ! J-je t'en supplie, j-je- t-tu m'as manqué ! Tu m'as manqué, je le jure, je le JURE ! »


L'impression d'un regard scrutateur, accusateur et seul juge.

« Jessica. »

Le ton fait ployer tout le courage de la demoiselle à la manière d'un ouragan.

« Tu sais ce que je pense du mensonge. »

La sensation d'un monde plus sombre encore, d'une chute en direction des ténèbres.

« Tu me déçois. Qu'en dirait ta mère... ? »

Et puis la tasse. Et la noyade. Le bruit d'un bras qu'on lève, l'horrible réalité d'une chaise tirée vers l'arrière, sans doute dans le but de la faire tomber.

« P-pardon ! J-je te promets que je ne mens pas ! J-je t'en supplie ! Papa... ! »


Ce mot lui arrache une gorge déjà bien abîmée et les larmes redoublent. Le cœur n'y est plus et l'âme se fissure. La douleur est trop forte, ce simple mot la détruit un peu plus qu'elle ne l'est déjà et lui fait plus de mal que certains des coups qui vont suivre. Les sanglots déchirent l'air chargé d'horreur et la chaise est tirée, tirée, tirée vers un arrière qui ne vient jamais. Seuls résonnent le désespoir et la haine, cousins par la triste alliance du géniteur et de son enfant.

« Tu vois, Jessica. Les monstres sont toujours là où on ne les attend pas. Personne ne viendra te sauver. » 


To be continued...

code by bat'phanie
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Messages : 67
Emploi : professeure de ballet au Studio Aïda
Sur ton walkman : ella fitzgerald, you don't know what love is
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Mer 21 Fév - 16:14

Spoiler:
 


Funeral
Monsters are real. Ghosts are too. They live inside of us, and sometimes, they win. The Shining
Sa solitude est de courte durée, son salut venant en la personne de Mallory. Jolie et pétillante Mallory, qui cache son mal-être sous un sourire placardé sur ses lèvres. À la moquerie amicale, Kahina répondit par un sourire indulgent et un haussement d’yeux. « Tu ne peux plus te passer de moi, oui ! » murmura-t-elle avec un rire silencieux. « Viens, seulement. Tu as la tête de quelqu'un qui donnerait tout pour ne pas être là. » Et la conversation à peine entamée fut brusquement interrompue par l’entrée du prêtre, qui traîna lentement sa carcasse recroquevillée jusqu’à l’avant de la scène. La jeune femme retint un rire incrédule en remarquant le bref échange de regards acides entre sa grand-mère et l’homme de Dieu. Elle et sa grand-mère étaient la présence subversive dans cette assistance constituée de bonnes familles catholiques du Maine. Kahina était la fille d’un riche parvenu juif américain et d’une fille d’immigrants kabyles, musulmans et accessoirement versés dans les arts divinatoires. Que le sol consacré qu’elles profanaient de leur présence ne soit pas encore spontanément entré en combustion tenait du miracle ; ou pire, de la tolérance religieuse.

Et le prêtre d’entamer sa litanie, et l’assistance de cesser aussitôt de l’écouter. Kahina laissa son regard se promener sur l’assistance, de dos. Ils étaient tous là, sur leur trente-et-un, à venir pleurer une pauvre fille que plus de la moitié n’aimait probablement pas. Elle se surprit à vouloir soudain proposer à Mallory de s’échapper, d’aller manger quelque chose, remuer le temps passé, faire réellement honneur à Amelia Pike. Mais elle n’en eut pas le temps. Un souffle glacé vint effleurer ses boucles brunes. Comment… ? Elle jeta un regard circonspect à la grande porte, à quelques pas de son amie et elle, soigneusement fermée. Alors d’où venait le vent ? Son regard se porta de nouveau sur les gens devant elle, accrochant par mégarde le portrait de la défunte. Elle détestait ces photos, avec ce sourire figé qui hurlait à l’aide et ce regard vide sur papier glacé. Ses hantises d’enfant remontèrent, lui caressant la colonne dans un frisson. Elle chercha soudain du regard sa grand-mère, pour trouver un ancrage, une présence familière. Mais elle n’en eut pas le temps. La pénombre soudain les enveloppa, les bougies se soufflant comme celles d’un gâteau d’anniversaire. Elle se pencha vers Mallory et tenta « Euh, l’ambiance The Shining, c’est voulu, tu crois ? » mais le soupçon de tremolo involontaire dans sa voix brisa cette trait d’humour vain. Son esprit rationnel essayait désespérément de ne pas y voir la manifestation d’autre chose, possibilité que ses vieilles hantises d’enfant nourrissaient avec délice. Le plafond grinça dans une longue plainte, le vent sifflant dans les combles comme une âme déchirée. Était-elle la seule à s’en rendre compte ? Tout le monde semblait conserver un calme olympien qui relevait davantage d’une complète apathie. La poitrine comprimée par une angoisse malsaine, Kahina peina à trouver le réconfort du regard de son amie dans la pénombre.

C’était le vent. C’était forcément le vent. Mais d’où pouvait-il venir, dans une pièce qui semblait fermée ? Une plainte, une porte qui claque, un bruis de fracas qui fit sursauter toute la salle. Le portrait s’était écrasé au sol, poussé par ce vent imaginaire. Kahina sentit son sternum s’enfoncer dans sa poitrine. La chair de poule lui couvrit la peau, et elle aurait juré sentir des doigts lui caresser doucement la bras… ou était-un souffle dans sa nuque ? Une voix, soudain, susurra dans ses oreilles. Kahina ferma les yeux et inspira par saccades. Elle ne pouvait plus faire confiance à ses sens. Le monde était sans dessous-dessous, semblait se retourner sur lui-même et l’enfermer dans la foulée. Instinctivement, elle chercha un contact vrai, quelque chose pour la raccrocher au réel, et sa main trouva celle de Mallory. Mais alors même que cette main serrée dans la sienne aurait dû la ramener sur terre, l’enfer s’ouvrit sous ses pieds.

« Tu avais promis, Kahina » résonna une voix qu’elle ne connaissait que trop bien. Titrit. Les syllabes prononcées en kabyle, la langue de son enfance. Mais au lieu du ton habituel, de cette voix ferme et qui ne souffre pas contestation, ces syllabes avaient été prononcées dans un râle. Tu avais promis. La plainte portait une accusation, lourde et douloureuse, qui s’enfonça dans le cœur tendre de l’enfant qu’elle est redevenue. Elle rouvrit les yeux, soudain, cherchant sa grand-mère, les larmes roulant sur ses joues sans qu’elle en ait conscience. L’ambiance était irréelle. Les gens étaient redevenus immobiles, tous retournés vers la silhouette du prêtre qui se détachait dans la pénombre. « yaya ? » appela-t-elle dans un murmure, comme elle l’avait fait enfant quand les ténèbres de sa chambre devenaient le refuge ses cauchemars. L’appel est susurré en kabyle, la langue de son enfance et de ses ancêtres. Kahina n’était plus. Il ne restait que Nina, l’enfant sage et ses terreurs nocturnes, qui s’endormait le soir dans les bras de son ainée, cherchant la présence protectrice de la matriarche. « Nana Titrit ? » Mais c’est un râle qui lui répondit, un râle émis juste sous ses pieds. Alors Kahina sut, soudain, qu’elle allait devoir baisser les yeux, comme elle le devait le faire enfant. Et la peur lui enfonça la cage thoracique, rendant chaque respiration douloureuse. Rassemblant ce qui lui restait de courage pour faire face à l’abîme, elle baissa le regard. Et un cri silencieux s’étrangla dans sa gorge qui se comprimait sous l’horreur. Elle était là. Pâle et morbide, allongée sur le sol, à ses pieds. Celle à qui elle devait tout, réduite à un cadavre qui se désagrégeait en poussière fine. Kahina voulut bouger, pour l’aider, la tenir, l’accompagner. Mais ses membres semblaient faits de plomb, la clouant sur place. Tout ce qu’elle parvint à faire, c’est broyer plus fort la main de Mallory qu’elle tenaillait toujours dans la sienne. Il ne lui restait que ses larmes et son impuissance, alors que ce corps qui avait représenté pour elle l’incarnation de la tendresse et de l’autorité se désagrégeait en vagues de poussières qui venaient s’échouer sur ses Nike flambant neuves.

Une nausée lui secoua l’œsophage, et elle ravala l’horreur et relevant les yeux. Grossières erreur. Des dizaines de regard vitreux la fixaient. Toute la foule avait braqué leurs yeux d’outre-tombe sur elle. Puis une première larme glissa sur la joue d’une enfant. Ecarlate, épaisse et contre-nature, elle laissa sur la peau pâle une trace bordeaux écœurante. Puis suivirent d’autres. Bientôt les joues de cette foule hostile étaient striées de rouge, tandis que Kahina, la respiration coupée, se plaquait toujours plus au mur dans une tentative vaine de reculer. Et dans l’air vrombit la voix du prêtre, comme une sentence montant des enfers : « Il faut toujours pleurer pour les morts, ma fille. » Et l’appel résonna dans les gorges, la foule scandant en rythme cette sentence maudite, des sillons de sang creusant leurs joues et perlant à l’aune de leur mâchoire. Trouvant la force de tourner la tête, dans une tentative désespérée de trouver ancrage dans cet océan d’horreur, elle arracha sa main dès qu’elle eut croisé le regard de Mallory, aussi pâle que les autres, sa voix murmurant à son oreille ce mantra maudit.

Sortir. Il lui fallait de l’air. Dans les vapeurs hallucinées de ce moment infernal, son cerveau parvint malgré tout à trouver la force d’un raisonnement logique. Serrant les dents à s’en bloquer la mâchoire, elle s’arracha à sa léthargie dans la douleur. Ce qu’elle n’avait pas prévu, c’est qu’au moment où elle fit un douloureux premier pas, piétinant sans s’en rendre compte les cendres éparpillées à ses pieds, toute la foule se leva comme un seul homme.

Oh. Les dieux aient pitié d’elle.

Elle s’immobilisa. Inspira profondément, son sternum hurlant de douleur sous la pression.

Puis s’élança, un cri s’arrachant de ses poumons brûlants alors que ses muscles crispés se forçaient au mouvement. Et la horde fit un pas, puis deux, scandant leur phrase maudite comme une cassette usée.

Ses mains se refermèrent sur les clinches de la double porte, qu’elle poussa et ouvrit dans un claquement. Mais face à elle, là où aurait dû se trouver le hall, il n’y avait que le noir, un néant absolu sans fond et sans toit. Elle fit demi-tour, et la foule s’était de nouveau immobilisée, lui volant le silence de leur mantra incessant. Une solution. Il lui fallait une solution.

Elle tourna la tête. La fenêtre.

Elle se jeta sur le côté, atteignant la fenêtre en trois enjambées, et s’arrima à la poignée. Elle sentit quelqu’un la saisir, et jeta toutes ses forces dans la bataille qu’elle menait avec la poignée. Elle s’énerva, les larmes dévalant ses joues, la peur lui tordant les entrailles. Elle pouvait les entendre derrière elle, chaque pas, chaque mot, chaque respiration. Son cœur battait tellement la chamade qu’elle avait l’impression qu’elle allait s’évanouir à chaque courte inspiration qu’elle prenait.

Finalement, par un miracle qu’elle ne chercha pas à comprendre, la fenêtre céda et le battant s’ouvrit. Elle bascula en arrière, au milieu de la horde qui se referma sur elle, leurs mains tendues, leurs joues baignées de rouge.

Alors elle abandonna, et ferma les yeux. Sur sa peau, elle sentit la caresse de l’air extérieur, un air frais de début de soirée hivernale qui s’engouffrait dans la salle par longues saccades. Le froid la gifla, et elle inspira à grandes goulées l’air glacé, qui dissipa lentement les vapeurs qui embuaient son esprit.

Elle attendit les mains qui viendraient la saisir, l’écharper, l’attirer dans le néant.

Mais rien ne vint. Juste le silence, et l’air frais qui séchait les larmes sur sa peau.

code by bat'phanie

_________________
SUPERNOVA n.f ; mort d'une étoile en une vive lumière
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
avatar
Messages : 386
Emploi : Lycéenne
Sur ton walkman : Serge Gainsbourg et la BO de Starmania
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Jeu 22 Fév - 17:24





La famille O'Leary pouvait être effrayante. Entre la tante briseuse de poignet et les regards assassins des mâles de la tribu, Ange ressemblait au renard séduisant le frêle et précieux poussin. Mais la demoiselle s'en contrefichait bien. Elle était là pour soutenir son amie, c'était tout ce qui comptait. Et bien qu'elles ne se soient pas échangées un seul mot, leurs cœurs battaient à l'unisson. C'est pourquoi, lorsque le prêtre apparut, tu ne baissa pas les yeux, le fixant avec cet air provoquant et empli de cette assurance qui te collait à la peau. Ma belle Ange, tu n'es pas au bout de tes surprises.

Ton attention se reporta rapidement sur le portrait d'Amélia, la voix du prêtre O'Leary sonnant comme une musique angoissante. Son regard te faisait froid dans le dos. Et pourtant, tu n'arrives pas à détacher tes yeux d'elle. Comme si elle te tenait en haleine, qu'elle pétrifiait ton corps au point que tu remarques à peine l'obscurité dans laquelle la salle venait d'être plongée. Un clin d'oeil et l'image d'Amélia meurt une seconde fois. Cette tension s'empare de l'assemblée et tu ne sais plus où poser tes yeux. Respires, Ange. Respires. Tu n'aurais jamais dut fermer les yeux.

« Hey, Ange »

Depuis quand ce miroir est-il ici ? Je suis là, Ange. Tu te souviens de moi, n'est-ce pas ? Isaac. C'est mon vrai nom. Ne détournes pas les yeux, Ange. Tu es restée dans la lumière trop longtemps. C'est à mon tour, maintenant. Tu ne t'en rends pas compte ? Tu n'es qu'une blague, pour eux. Tu n'es qu'une fantaisie passagère. Tu n'es pas réelle.

« Pourquoi tu me caches comme ça ? »

Regardes mon corps. Regardes ton véritable corps. Il est inutile de chercher un moyen de t'échapper. Tu as fui trop longtemps, Ange. Il faut affronter la vérité, maintenant. Tous ces mensonges que je t'ai raconté, toute cette mise en scène. Continues de regarder mon reflet. Ton maquillage, ta perruque, tes vêtements de gamine ne te sauveront pas cette fois. Regardes bien cette peau, regardes bien ces bleus, regardes bien cette partie que tu ne réussiras jamais enlever. Tu es un garçon, Ange. Ne l'oublies jamais.

La jeune fille sent sa gorge se resserrée. Isaac ne m'attendra jamais, qu'elle se dit. Il en est incapable. Il est trop faible. Et pourtant, ton coeur s'accélèrent en voyant ses doigts fins franchir les barrières du miroir. Et le sourire d'Isaac ne fait qu'accentuer la terreur de l'ange.  

« ANGE ! Tu sais que tout le monde me voit quand on te regarde, n'est-ce pas ? »

Tais-toi. Isaac, par pitié, tais-toi. Tout bourdonne autour de toi. Tu n'arrives pas à contrôler ton souffle. Tu deviens folle. Que se passe-t-il ? Tu sens Isaac se rapprocher et tu n'arrives pas à bouger. Tu veux hurler mais aucun son ne veut sortir de ta bouche. Laissez-moi tranquille. Je suis une fille. Je suis une fille. Je suis une fille.

Cette ambiance pesante touche tout le monde mais ton esprit ne s'en rend pas compte. Tu es recroquevillée sur ton siège, les mains tremblantes, le dos courbé. Tu pleures. Tu pleures en silence, essayant de ne pas écouter la voix d'Isaac qui te répète toutes ces atrocités. Comment cela est-ce possible ? Isaac est l'ombre et toi la lumière. Tu es censée être la plus forte. Depuis quand son contrôle est-il devenu aussi grand ? Depuis quand est-il capable d'afficher ce sourire ? Depuis quand est-il aussi fort ?





_________________


Tout se mélange

Je suis en tête-à-tête avec un ange.  
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Messages : 620
Emploi : Lycéenne (senior) et animatrice sur Radio Aster Cove.
Sur ton walkman : Laura Branigan - Self Control
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Jeu 22 Fév - 21:19





HJ : Moi aussi j'ai mis une musique, voilà ! :fire: Elle sera là quand vous arriverez au bon moment, hinhin.

FUNERAL

« Great paté, but I'm gonna have to motor if I wanna be ready for that funeral. »


La porte s’était fermée. Le prêtre s’était avancé. Tout avait commencé, donc, tout était officiel et tout était effrayant. Mais je ne savais pas encore qu’il y aurait plus déprimant qu’un enterrement aujourd’hui. Plus que le portrait triste et innocent d’Amelia qui souriait à la sinistre foule pour me foutre les jetons, et accessoirement des frissons dans le dos. C’était tellement étrange. Je n’avais vraiment pas l’impression d’être chez moi, d’être à Aster Cove, ni même sur la planète Terre. Je me sentais plongée dans une dimension qui m’était inconnue, et pourtant tout y était familier. J’avais hâte que cette sensation passe une fois que nous allions quitter la cérémonie. J’écoutais à peine les paroles de l’homme d’église, comme s’il se trouvait dans un aquarium, loin loin de moi. Mes yeux inquiets passaient du sol au cercueil, du cercueil à la foule, de la foule à ma mère, de ma mère au sol. Je ne savais même pas pourquoi j’étais aussi nerveuse, d’ailleurs je ne me rendais pas compte de mon propre état. J’avais appris à intérioriser beaucoup de choses, c’était sûrement devenu naturel chez moi.

Les coudes sur les genoux, je jouais anxieusement avec mes doigts, sentant l’atmosphère lourde peser sur mon cœur et sur mes épaules. C’était certainement une des pires ambiances dans lesquelles j'avais pu me retrouver, et pourtant j'avais traîné des années avec Mackenzie et Andrew. Et pourtant, j'avais fait l'erreur d'aller au bal de Noël pour leur plus grande jubilation... Shit. J'y repensais. Et mon coeur se serrait une nouvelle fois comme dans un étau. Je serrai mes dents, contractant ma mâchoire. C'était ce qu'ils voulaient. Arrête de leur donner raison... Mais c'était tellement dur. Je finis par relever les yeux sur les bougies, me forçant à penser à autre chose. Bizaremment, les flammes qui dansaient légèrement, entourées de petites vagues de chaleur ronronnantes, m'apaisaient quelque peu. À gauche, à droite, à gauche, un frémissement, à droite, et... bien trop à gauche. Le mouvement m'avait fait relever les sourcils alors que toutes les bougies venaient de s'éteindre d'un seul coup. Puis je finis par les froncer. C'était ultra bizarre, ça... J'essayais de forcer le regard de ma mère pour le croiser mais elle ne semblait avoir rien remarqué et était plutôt absorbée par le discours du prêtre qui n'avait aucun sens à mes oreilles. Mais un vent avait eu l'air de s'être infiltré d'une manière ou d'une autre dans le funérarium, et j'allais presque me mettre à penser que c'était normal, jusqu'à ce que toutes les lumières s'éteignent. Ok, je n'avais pas envie de croire que le mauvais temps avait fait sauter les plombs. L'ambiance était déjà bien trop menaçante comme ça, et un pressentiment commençait à me piquer l'échine. Les yeux grand ouverts dans l'obscurité, j'essayais de capter ce qu'il se passait, et il s'en passait des choses. C'était le genre de moment où vous espérez que rien n'arrive, alors que vous n'êtes absolument pas prêts pour ce qui va suivre. Des bruits retentirent, un claquement, du verre brisé, et tout me fit sursauter alors que je restais paralysée sur mon siège. À l'affut de la suite. Car je savais qu'il y en avait une. J'entendais autre chose depuis tout à l'heure, très très légèrement, et les autres bruits l'avaient couverts, mais une fois le tintamarre fini, je commençais à percevoir ce que c'était. À peu près. (c'est à ce moment que vous pouvez ouvrir le son)

J'entendis un clic dans la direction que j'écoutais. Un clic affreux que je détestai d'office, me redressant raide comme un piquet. Mon coeur battait, mais j'essayais de me forcer de le calmer pour entendre ce qu'il se passait près de moi. Il me semblait entendre un petit rire depuis tout à l'heure mais je n'en étais absolument pas sûre... La peur montait sans que je comprenne pourquoi. Le rire ! Je venais de l'entendre ! Je n'avais pas rêvé. Ce n'était pas un rire amical, ni un rire commun... c'était un rire... Un rire que je n'aimais pas du tout. Je n'osais pas regarder dans sa direction, mais éventuellement je le fis. Quelque chose était proche de ma poitrine, c'était... c'était... Ma bouche s'ouvrit et se déforma sous la terreur. Mes yeux suivirent le prolongement de l'arme pour découvrir qui était mon ravisseur.  Comment avait-il pu être comme ça devant moi, aussi près, sans que je ne me rende compte de rien ? Puis, comme s'il devinait que je venais de penser à lui, il s'avança d'un pas et je pus voir son visage. Mes yeux s'écarquillèrent comme s'ils allaient sortir de leur orbite. Ce sourire... C'était... C'était un rire de clown. Je commençais à trembler légèrement sans pouvoir me contrôler. La peur me prenait aux tripes. Il me regardait avec des yeux fous, des yeux qui allaient faire quelque chose d'horrible. Son maquillage... Du rouge comme du sang étalé autour des lèvres. Je détestais l'effet que ça me faisait. Je détestais ce clown qui hantait mes rêves depuis que j'étais petite. Il me... Il me... je sentais mes mains trembler contre le bois froid. Je n'osais plus bouger. Je jetai un regard sur le côté pour voir si ma mère l'avait vu et tentait de me secourir ou quoi. Mais elle n'était plus là. Personne n'était là. Quoi ?! J'étais seule... avec... avec ce clown... IL AVAIT RI ENCORE, je sursautai cette fois et cela sembla l'amuser. Il ne savait que rire en me regardant les yeux jaune emplis d'une folie meurtrière, ce qui me donna envie de pleurer. Les larmes montaient en piquant mon nez et ma bouche anticipait déjà un rictus de sanglots. Pas lui. Pas lui. Il va me tuer et c'était comme si c'était évident que ce soit lui qui achève ma vie. Son bras se leva à hauteur de mes yeux et je pus voir que le canon visait mon front. Le canon... ce cercle affreux qui me donnait l'impression de plonger dans son vide creux. Halloween. Le monde autour de ce rond mortel vacillait et me donnait le vertige. Il n'avait pas fait exprès. Je ne pouvais pas détacher mes yeux du vide circulaire, m'hypnotisant terriblement. Un dernier rire. Puis la détonation retentit.

J'ai hurlé. C'était la fin. Le bruit de la balle sortant du canon m'avait assourdie et je n'entendais plus qu'un sifflement désagréable, percevant le voile noir de la mort devant mes yeux. Je n'avais même pas entendu mon cri qui avait résonné dans la salle après avoir bondi sous l'effet de tonnerre qu'avait produit mon assassinat. Mais lorsque j'ouvris les yeux, ce n'était pas un noir éternel qui m'attendait. Ni une sorte de paradis que les gens d'ici aimaient prêcher. Non, j'étais revenue ici. Il me fallut quelques secondes pour comprendre que j'étais bel et  bien vivante.
Alors mon rictus revint, et je me mis à pleurer silencieusement, me pliant en deux sur le banc. J'étais complètement sous le choc, et tout ce que je pouvais faire était d'évacuer des larmes d'enfant qui venait d'être réveillé par le plus horrible des bruits de mort. Je sentais les bras de ma mère qui m'entouraient. Elle était revenue. Ils étaient tous revenus. Mais rien ne pouvait stopper mes pleurs muets. J'entendais vaguement ma mère me demandait ce qu'il se passait, paniquée, mais mon ouïe était encore dégradée. Je hoquetais frénétiquement, en ayant eu l'impression d'avoir plongé dans la peur elle-même. Je ne souhaitais cette sensation à personne. Même pas à Andrew ni à Mackenzie.


_________________

    And I'm head over heels
    First time in years to drench your skin in lover's rosy stain. A chance to find the phoenix for the flame. A chance to die, but can we dance into the fire ? That fatal kiss is all we need. Dance into the fire to fatal sounds of broken dreams.+ buckaroo.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
avatar
Messages : 211
Emploi : Ancienne garde-côte actuellement en convalescence après un grave accident de bateau.
Sur ton walkman : The sound of silence de Simon and Garfunkel
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Ven 23 Fév - 13:11

FuneralEvent
Hold my hand. Oh, baby, it's a long way down to the bottom of the river. ( → Bottom of the river ) •••


« Tu n'as pas idée. » Souffla-t-elle

Kahina si familière, qui d'une réponse avait apaisé quelque peu l'agitation qui s'était emparée d'elle. Cela n'avait pas suffit à totalement la rassurer mais c'était assez pour le moment. Mais elle n'avait pas tord, Mallory aurait donné n'importe quoi pour ne pas se trouver ici. A quoi jouaient-ils au juste ? La jeune femme se rappelait d'un vieux souvenir d'enfance, de sa grand-mère à la voix cérémoniale, affirmant que trop pleurer les morts, c'était les retenir et les empêcher de trouver le repos éternel. Avec tous ces éplorés rassemblés ici, ils avaient de quoi retenir une armée de fantômes avec eux. Mal à l'aise, elle n'avait pas vraiment porté son attention sur le discours du prête, laissant son regard vagabonder sur l'assistance.

Aussi faillit-elle ne pas se rendre compte que quelque chose n'allait pas. Au départ ce fut infime, puis ça enfla doucement. Le silence de tombeau qui s'étend dans l'église comme une chape de plomb, les chandelles qui se soufflent. Comme pour se rassurer, elle se glissa un peu plus proche de son amie, sentant la chaleur familière de son épaule contre la sienne et sa voix mal à l'aise qui tentait de dissiper les ténèbres pas un trait d'humour vain.

« Attends, on va bientôt voir débarquer un môme en tricycle. » Souffla-t-elle en ricanant comme pour se rassurer


Et puis tout bascula. Le monde se figea comme un mauvais arrêt sur image dans un film en VHS. Et Mallory eut beau faire des signes, Kahina la fixait le regard vide, comme si elle ne la voyait plus. L'inquiétude la saisit au ventre, une certitude. La même qui la hantait chaque fois qu'elle ouvrait un œil au milieu de la nuit, haletante. Un curieux sentiment de déréalisation. Elle n'avait jamais été vraiment là. Elle n'était jamais vraiment revenue et son souvenir hantait la ville de son enfance comme un esprit à l'abandon. Un vieux jouet qu'on aurait remisé au grenier puis oublié. Elle n'existait pas. Et dans la pénombre de cette église où personne ne faisait plus attention à elle, Mallory eut beau appeler, rien n'y fit.

Puis l'atmosphère changea du tout au tout. Elle le senti dans l'air. Une pointe d'embrun qu'elle n'avait plus entraperçue depuis des mois. Le goût du sel sur ses lèvres entrouvertes dans un cri d'effroi, le bruit du ressac sur une grève invisible et l'odeur du large. Et puis elle s'en vint, montant du sol inexorablement, inlassablement, l'eau s'infiltra de partout et de nulle part à la fois et elle eut beau lutter, Mallory resta prisonnière, les pieds solidement ancrés au sol. Le niveau montait toujours, les hanches, la taille, le cou et elle fut bientôt submergée. Habituellement, c'était toujours le moment où elle se réveillait, hurlement silencieux venant fleurir sur ses lèvres juste avant qu'elle n'ouvre les yeux, tétanisée. Mais cette fois le réveil ne vint pas. Et partout autour d'elle, Mallory vit les corps se mettre à flotter vers la surface, de plus en plus loin au dessus d'elle. Comme ce qui était arrivée. Son corps s'enfonçait dans les profondeurs et on ne la retrouverait jamais. Elle allait mourir. Elle était déjà morte.

Et alors qu'elle se laissait aller aux bras de l'inconscience, son regard accrocha quelque chose, loin au dessus d'elle. L'éclat d'un regard dans l'immensité aqueuse, une silhouette brouillée par les eaux. Et un hurlement de frustration lui échappa. Non. Pas comme ça. Pas maintenant. Elle s'était déjà trouveé là, avait déjà posé son regard sur ce point lumineux à la surface. Et elle s'en était détournée, tout comme elle choisit de se détourner cette fois encore. Pas aujourd'hui. Elle n'avait pas traversé tout cela pour se laisser engloutir une nouvelle fois. La colère lui brûla les entrailles et Mallory se débattit. De toutes ses forces, de toute son âme, ses cris de colère et d'indignation brisant le silence des fonds marins. Et alors, le bruit du verre qui se fissure, vite suivit de celui d'une explosion. Elle ne vit rien mais la jeune femme l'associa sans trop savoir pourquoi au vacarme des vitraux de l'église se brisant dans une pluie de verre multicolore.

Le niveau de l'eau baissa. Doucement, tout doucement. Et Mallory s'effondra au sol, à bout de souffle et le cœur au bord des lèvres. Autour d'elle un nuage de fragments de verre et ses mains zébrées de rouge s'agrippant aux fragment de la vitre qu'elle venait de briser, son sang gouttant placidement le long de ses doigts. Hurlements de terreurs dans l'église. Il n'y avait plus d'eau, pas la moindre trace d'humidité sur ses vêtements désespérément secs. Son regard parcouru l'assistance, détaillant des visages qui n'avaient que faire d'elle. Terreur, désespoir, elle entendit des cris et des pleurs, vit des silhouettes se recroqueviller, d'autres se débattre. Et son regard accrocha un regard familier à quelque spas, tout aussi terrorisé sous le déluge de boucles brunes. Elle aurait voulu appeler à l'aide, se lever, mais elle avait les jambes coupées par la terreur et aucun son ne sorti de sa bouche, si ce n'est celui d'un sanglot déchirant. Un appel à l'aide perdu dans cette cacophonie de larmes et de cris. Mais qui pour entendre ce cri de détresse perdu au milieu de tous les autres ?   
© 2981 12289 0
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Messages : 245
Emploi : professeur d'anglais/théâtre au lycée
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Ven 23 Fév - 19:14

Je rendais son sourire à River, espérant qu'elle se calme. Si ce n'était pas le cas, aller prendre une bonne bouffée d'air frais dehors faisait aussi du bien. Assis sur mon banc, je regardais les scènes se dérouler autour de moi. Combien de véritable personnes étaient présent parce qu'ils connaissaient vraiment Amélia ? Et non juste pour avoir bonne conscience. Je n'étais pas mieux, je le savais très bien. C'était simplement une de mes élèves parmi tant d'autres. Sinon, et bien je ne savais pas vraiment ce qu'elle faisait de son temps libre. Elle était apprécié et n'avais jamais eu aucun soucis, aucune raison donc d'approfondir quoique se soit à la différence d'Ange ou de Jessica, par exemple.
Je soupirai de soulagement lorsque les portes de l'église se fermèrent enfin. Bon après il y aurait tout le monologue du prêtre à se tartiner. Je sentais que j'allai m'endormir bientôt. C'était tout à fait berçant, et je ne l'écoutais que d'une oreille. Sa voix ne réussissant pas du tout à conquérir mon attention. Me regard se perdait sur le décor puis sur la photo de la défunte. La seule à sourire finalement le propre jour de son enterrement. C'était moi où elle venait de faire un clin d'oeil ? Surement la fatigue. Et pour ne rien arranger au lieu déjà assez sinistre, les bougies venaient de s'éteindre. Ca pouvait arriver. Mais on aurait dit que quelqu'un venait de souhaiter un joyeux anniversaire. Et puis un son étrange venait de se faire entendre. Je préférais encore la brume. Bon sang, les films d'horreurs j'avais déjà dit que ce n'était pas mon truc. Ne pas paniquer. Respire Bart. Respire. Je sursautais lorsque les lumières nous abandonnaient. Mon coeur faisant un triple saut dans ma poitrine. J'allai faire une attaque. Je fermais les yeux, essayant de me focaliser sur moi même. Ce n'était rien.

Je sentais qu'on tirait sur mon manteau et rouvrait les yeux, les baissant pour tomber sur un petit garçon. Il devait même pas avoir cinq ans. Son visage me disait quelque chose. Mais je n'arrivais pas à me souvenir d'où. Peut être le fils d'une de mes voisine ?

« Maman sera malheureuse toute ta vie à cause de toi. »

Pardon ? Qu'est ce que j'avais à voir là dedans ? Avant que je n'ai eu le temps de lui demander qui était sa mère, l'enfant reprenait la parole.

« Pourquoi tu n'as jamais voulu que j'existe ? »

Des larmes commençaient à maquiller ses yeux et moi, je comprenais encore plus de moins en moins ce qui était en train de se passer. Ce petit bout me faisait froid dans le dos et en même temps le voir dans cet état me serrait le coeur.

« Je suis mort, papa ! »

Il avait fini par pleurer, son minois se transformant en une infinie tristesse. Ses cris résonnaient dans l'église et dans mes oreilles. Papa. Mon coeur avait loupé un battement suite à cette appellation. C'était la première fois qu'on m'appelait ainsi. Ce qui était normal vu que je n'avais pas d'enfants...Ce petit ne pouvait pas être de moi, c'était impossible. Et il était mort ? Qu'est ce que ça voulait dire ? Est ce que j'avais loupé quelque chose ? Cette annonce me serrait la gorge, alors que j'ignorais tout de cette sordide histoire. Les larmes s'étaient mises à couler sur mes joues et je m'étais laissé tomber à genoux devant mon fils pour le serrer dans mes bras.

- J'suis désolé...je ne voulais pas...

Bien que je savais au fond de moi que rien de tout ceci n'était réel, j'avais l'impression que le monde s'était écroulé. D'avoir perdu un être. Un sentiment qui s'était renforcé lorsque je ne sentais plus que le vide. A genoux, le visage ravagé par les larmes, je ne pouvais plus qu'être le témoin de ce que je ne serai jamais. Un père.

_________________
I believe in nothing
But the truth in who we are  ✽

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://astercove.forumactif.com/t242-barthou-i-want-to-break-fre
Invité
Invité
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Ven 23 Fév - 22:18

Plus ils se rapprochent de l'église, et plus Aaron souhaite faire demi-tour et décamper. Il n'est pas fait pour ce genre d'événements. Il n'est pas fait pour ce genre d'endroit. Lui, le non baptisé, le blasphème vivant. Celui qui s'attirait les foudres de toutes les commères et de tous les croyants tout simplement car un mec en en robe noire et chauve, qui s'auto-déclarait prêtre, ne lui avait aucunement balancé de l'eau glacée sur le front étant gamin. Il n'en a rien à faire de toutes ces idioties, surtout quand on voit que cela ne change rien aux récents événements, et au mal qui ronge la ville. Amelia Pike. Jeune lycéenne de son état, disparue dans des circonstances bien trop étranges, et dont la mort semble apporter son lot de mystères que les plus cartésiens s'acharnent à dissimuler sous des faux-semblants. Wyatt Barrow. Un pauvre mec que l'on critique et blâme pour tous les maux de cette ville, pour la simple et bonne raison qu'il a la tête de l'emploi, et que c'est le genre de type que tout le monde s'accorde à fuir et à accuser au moindre bémol. Certains sont plus chanceux que d'autres, et certains semblent s'attirer tous les malheurs du monde. Au fond, Aaron ne connaît pas ce type. Et il n'ira pas chercher à prouver son innocence. Mais cette histoire est bien trop louche pour qu'il ait quelque chose à voir dans tout cela. Des disparus qui reviennent soudainement après des mois, des années de silence, comme par miracle ? Une étudiante assassinée mystérieusement ? Et l'on voudrait lui faire croire que tout cela n'a rien d'anormal, que tout va bien dans le meilleur des mondes ? Bullshit. Aaron n'y croit pas une seule seconde.

Leur pas se font léger sur le bitûme, à mesure qu'ils pressent le pas pour mieux rejoindre les lieux. Il peut déjà s'imaginer le scandale et les commérages que cela entraînera. Les Burhnam sont en retard. Cela ne m'étonne en rien avec cette famille. Je vous emmerde, amicalement, Aaron. Le jeune adulte ne s'est jamais soucié de ce que l'on peut bien penser à son sujet, et ce n'est certainement pas des funérailles qui allaient changer la donne. Il regrette simplement qu'une telle tragédie ait eu lieu. Et il aurait préféré qu'une telle tragédie demeure du domaine privé. Au lieu de quoi les journaux s'était emparés de l'affaire en en faisant leur chou gras. Et la pauvre Amelia Pike était passé du statut de disparue, à celle de victime, pour n'être désormais plus qu'une attraction de foire. Il peut bien comprendre le besoin des habitants de lui rendre hommage, mais la plupart sont là pour faire leur langue de vipère bien plus que pour rendre un quelconque hommage. Amelia ne mérite pas ça. Personne ne mérite ça. Mais Aster Cove parvient toujours à faire d'un drame un événement à ne pas manquer. Bande d'hypocrites.

Evidemment, le funérarium se veut plein à craquer quand ses parents et lui pénètrent les lieux. Sa soeur a préféré ne pas venir, grand bien lui en fasse. Des regards curieux pour certains, et désapprobateurs pour la plupart, se pose sur eux, alors qu'une ambiance malaisante plane dans les airs. Il aperçoit des visages familiers, leur adressant un signe de tête léger, discret. Et puis, dans son champ de vision, la seule lumière encore présente dans cette antre du jugement. River. Flanquée de tous les côtés par le reste des O'Leary. Par chance, ou hasard bien fortuneux, les seules places restantes semblent être sur le banc situé derrière eux. Aaron ne se fait pas prier pour venir se placer derrière River, gardant un visage des plus impassibles, prenant soin de snobber tous ceux venant à juger une telle indécence. Qu'ils parlent et chuchotent. Ils sont toujours ignorant du plus grand secret, qui se joue sous leur nez sans même qu'ils ne s'en doutent.

Et puis soudain. Tout part en vrille. Il n'a pas le temps de s'asseoir ou de comprendre ce qu'il se passe que la lumière s'éteint et que des cris jaillissent de toutes parts. Aaron panique, mais pour des raisons bien différentes que ses voisins ou le reste de la salle. Ses parents non plus ne semblent pas comprendre les raisons d'une telle panique, alors que le chaos s'installe peu à peu. Un nouvel événement mystérieux, fantastique, serait-il en train de prendre place en cet instant précis. Cinq secondes de plus, et ils auraient ouvert les portes du cauchemar. Cinq secondes de moins et sans doute eux-aussi auraient-ils été pris de ces hallucinations qui semblent hanter tout le funérarium. Des hurlements de frayeur, des regards vides, mais tout aussi terrorrisés. Des bruits de pas qui s'affolent et en seulement une minute, le funérarium se transforme en véritable assemblée méphistique.

Son attention se reporte bien vite sur River, toutefois. River qui ne semble plus réaliser où elle se trouve. River qui déambule dans les allées comme prise d'une terreur soudaine. Elle n'est pas la seule, loin de là. Mais elle est la seule qui l'intéresse en cet instant précis. Il n'hésite pas une seule seconde en se levant, sans même prévenir ses parents bien trop occupés à gérer les crises alentours pour se soucier de son absence, se dirigeant vers elle à toute vitesse, comme si sa vie dépendait de lui. Il se moque bien des témoins. Il se moque bien de la morale. River a besoin de lui, et il ne compte pas la laisser tomber en cet instant, alors qu'elle n'est pas dans son état normal. La tentation de la prendre dans ses bras est bien trop grande, mais il se contient, l'instant de quelques secondes supplémentaires. Il risquerait de l'effrayer bien plus encore. Lui saisissant les bras avec fermeté mais tendresse, il la regarde droit dans les yeux, avec le plus grand calme dont il est capable. River ? C'est moi Aaron. Tu es en sécurité, rien ne peut te faire de mal, je te le promets. Ses paroles ne vont sans doute rien provoquer de plus qu'un état de panique encore plus grand. Mais il ne perd pas espoir. Il ne peut se le permettre.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Messages : 91
Emploi : Serveuse à l'Aster Clover
Sur ton walkman : Led Zeppelin - Immigrant Song
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   Sam 24 Fév - 0:12

Funeral
ft Everyone
« On ne craint rien tant que la mort, tout ce qui nous en approche nous effraye ; il n'est cependant pas de jour où l'on n'ait des motifs de soupirer après le lendemain. » ▬ Sahl


Le soulagement s'inscrivit sur les traits de Walter, paix de l'âme guerrière que le combat a mortellement blessée, rédemption du damné maintes fois supplicié. Ce visage valait tout l'or du monde. Ce visage valait toute la peur, toutes les disputes, tous les haussements de tons et toute l'impuissance, toute la colère et toute la frustration, tous les doutes et tous les hurlements coincés dans la nuit. Ce visage, c'était la victoire d'une incroyable bataille, la récompense donnée à la force de cet homme mis à genoux par l'existence. Evie adressa un sourire gorgé de reconnaissance à Josh, articulant à son tour un merci avant de mettre une jolie tape à l'arrière du crâne de son amant. Parce que tout de même, parfois, il en méritait.

« Ah oui, mon cœur : t'es con. »

Elle lui tira la langue, toute radieuse pourtant, avant de se remettre en place dans sa chaise. Et si, effectivement, sourire de toutes ses dents au cœur d'un enterrement pouvait sembler bien irrespectueux, la jeune femme s'en moquait éperdument. Il y avait une beauté dans cet instant qu'elle ne se lasserait jamais de contempler, une grandeur dans l'émotion qui transperçait les yeux de son fiancé...  Alors peu importe les interdits, peu importe les circonstances, elle profiterait de l'éphémère, savourerait ce qui mourrait quelques instants plus tard comme on savoure l'eau glacée en plein été. Son emprise sur la main de Walty se resserra. Elle salua Penny d'un rire qu'elle peina à dissimuler en toux, se cachant derrière ses doigts libres pour ne pas s'attirer les foudres de toute la ville.

« Ça passera vite, tu verras. Amélia Pike n'est plus qu'un fantôme pour les hypocrites d'Aster Cove. Lorsqu'ils auront versé toutes les larmes qu'ils ont en réserve pour se donner bonne conscience, ils salueront les parents et partiront d'un même mouvement. »

Elle haussa les épaules, apercevant du coin de l'oeil le prêtre s'approcher du cercueil. Au final, elle ne passait pas un si mauvais moment – ce qui était peut-être précisément le problème en l'occurence – et elle se surprenait même à vouloir étendre cette réunion improvisée. Une étincelle malicieuse s'alluma dans son regard noisette.

« Tant que la cérémonie prend pas trente ans... Je connais même pas une prière et savoir qu'elle dormira sous les ailes du petit Jésus ne m'aidera pas à me rassurer. »

Un silence, puis un murmure, presque inaudible pour ne pas choquer.

« Sinon après, ça vous dirait un burger ? »

Elle avait envie de sortir, au final, de retrouver les amis qui entouraient la vie d'avant, d'avant tout ça et de pouvoir chacun les prendre par la main pour rappeler à Walter combien il était aimé, et pas uniquement par elle. Evie, à cette idée, serra encore plus la main de son amant avant de revêtir son visage de circonstances. La messe allait commencer.


Le prêtre, d'une voix monocorde, laissa une litanie de mots s'échapper d'entre ses lèvres quasi-inexistantes. La jeune femme leva les yeux au plafond et les accrocha aux aspérités du mur, contemplant en silence son ennui. Les paroles l'effleurèrent sans jamais vraiment la toucher, berçant ses discrètes rêveries. Le temps passa, ou peut-être pas, source diffuse et fluctuante de l'esprit perdu.

Un frisson la sortit de sa torpeur. C'était une sensation étrange, inconnue. On eut dit que la température était matérielle, caresse indésirable contre sa peau brusquement dénudée, souffle morbide au sein même de ses entrailles. Ses poils se hérissèrent un à un, ses muscles se rigidifièrent. Evie se sentait soudain hypersensible. Chaque parcelle de son corps s'éveillait au contact du froid reptilien, frémissant entre dégoût et peur. Inexplicable. Étrange. Ce toucher la dérangeait.

Elle se redressa brusquement, agitant ses épaules dans l'espoir de se débarrasser des dernières traces de cette impression. Josh émettrait l'hypothèse d'un fantôme, sans aucun doute. Et peut-être ne serait-elle pas si réfractaire, cette fois. Juste cette fois. Ç’avait été... étrange. Vraiment, vraiment bizarre. Elle se sentait mal à l'aise. Son regard alla chercher ses amis.

Il ne trouva personne.

Autour, il y avait du gris. Du gris partout, couvrant tout comme la neige embrassait ce soir là les branches des arbres dénudés par l'hiver. Du gris encore, là où rien n'eut dû dissimuler les aspérités des murs. Du gris de toute part, pour cacher ce qu'elle ne pouvait plus voir.

Et le froid, toujours.

La gorge de la jeune femme se noua. Elle avait peur, soudain. C'était un sentiment viscéral, inexplicable, un hurlement de son inconscient qui ruait contre les limites qu'elle s'imposait. Elle voulait courir. Elle voulait fuir. Partir. Loin. C'était une envie irrépressible que seule sa main, fermement accrochée à celle de Walter, l'empêchait d'accomplir. Elle tourna presque violemment la tête vers lui.

Lui, son havre de paix, son oasis, son foyer. Lui, son amour, son amant, son meilleur ami. Lui, ses grands yeux doux et ses sourires tendres. Lui, son refuge au cœur de la tempête, son îlot au milieu de la mer. Walter était ce dont elle avait besoin. Toujours. Son cœur, en le voyant, battit un peu moins fort. L'air qu'elle n'avait pas eu conscience de retenir s'échappa d'entre ses lèvres en une légère nappe de fumée.

Walty, Walty, que se passe-t-il ? Pourquoi sommes-nous seuls dans la brume ? Pourquoi n'y a-t-il plus rien ? Plus personne ? Walty, je ne le dis pas normalement mais je crois... Je crois que j'ai peur.

Dire elle ne put. Ses lèvres se mouvèrent sans être accompagnées des sons qui se ruaient pourtant vers elles. Sa bouche s'ouvrit sans jamais prononcer un mot. Ses cordes vocales ne bougèrent même pas. Dans un sursaut d'horreur, Evie réalisa.

Elle était aphone.

Un vent de panique souffla sur ses entrailles. Aphone. Walter était là, mais elle ne pouvait lui parler. Elle ne pouvait rien lui dire, rien lui confier. Et ils étaient seuls dans un océan de néant, un grand rien qui avait tout englouti, et elle ne comprenait pas, et son cœur lui faisait mal à se gonfler ainsi contre sa poitrine. Elle étouffait un peu.

Elle avait besoin de Walter. Elle avait besoin d'une ancre. Elle avait besoin de ses bras. Elle avait besoin, telle une petite fille, d'être rassurée par la présence qui toujours la calmait. Elle voulut s'avancer, se jeter contre celui qui lui promettait toujours que tout irait bien.

Elle n'y parvint jamais.

Ses doigts étaient figés, ses pieds comme collés au sol. Ses membres s'étaient rigidifiés. Son dos s'était bloqué. Ses bras s'étaient coincés. Ses hanches étaient clouées à la chaise. Sa poitrine bougeait à peine. Sa bouche devint pâteuse, sa langue lourde, sa mâchoire crispée à jamais. Ses paupières ne se refermaient pas, son regard irrémédiablement fixé sur Walter, Walter qui la regardait avec la même peur qui ravageait ses entrailles, la même panique qui envahissait sa poitrine et nouait un hurlement muet dans sa gorge.

Elle était prisonnière.


La poupée rousse se tenait droite, les yeux écarquillés par la terreur, incapable de résister aux affres de la vie. La poupée rousse était belle, plus vraie que nature, figée dans la panique d'un monde qui ne lui appartenait plus. Elle était parfaite, ainsi apprêtée, ses lèvres rouges à jamais entrouvertes, sa peau pâle luisant tendrement dans les ténèbres qui se répandaient. Car la brume, dans sa jolie maison, se mouvait enfin.

La poupée rousse put la voir, ombre tortueuse, se désarticuler derrière son fiancé. Elle put la distinguer, forme vaporeuse et vorace, tandis qu'elle s'insinuait parmi eux. Coincée dans l'enveloppe qui entravait son âme, elle put sentir, impuissante, le froid envahir leur espace. Lorsque le pied de Walter disparut dans la pénombre, une larme vagabonde dévala la joue de porcelaine.

Le rêve engloutit la réalité.

Upside. Down.  


©️ Gasmask

_________________

Freedom
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé
MessageSujet: Re: Event#3 - Funeral   

Revenir en haut Aller en bas
 
Event#3 - Funeral
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 3Aller à la page : 1, 2, 3  Suivant
 Sujets similaires
-
» event coupe du monde la semaine prochaine
» [Tori] - Event - A l'Abri des Masques
» Event 5 : Ecriture & Dessin
» Halloween event !!!
» L'event d'halloween sur FR

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Aster Cove :: Quartier Nord :: Rues-
Sauter vers: