Dans la petite ville d'Aster Cove, des choses étranges se passent...

 
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 ALL HAIL THE UNDERDOGS ✘ xander

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MessageSujet: ALL HAIL THE UNDERDOGS ✘ xander   Ven 24 Nov - 1:18


4 NOVEMBRE 1984


J'avais l'air bizarre, un pyrex entre les mains au milieu de la nuit et dans un quartier assez mal famé. Mon plâtre aidait pas trop à tenir le contenant, mais coincé entre mes genoux, ça allait pas tomber.

Le froid de l'automne devenait de plus en plus poignant, l'hiver qui se glissait peu à peu dans la saison de son insidieuse perfidie. J'essayais de cacher mes mains dans les manches de mon imper jaune fluo qui criait dans la pénombre. Ça faisait un moment que j'attendais là, sans que ça me dérange. Les batteries de mon walkman étaient presque pleines, et de toute façon, j'avais besoin de réfléchir. À Vicky, à Scott, à Amelia et Georgie, avec l'impression stressante que ma vie s'arrangeait pour m'étrangler de plus en plus fort. Je savais pas quoi faire, et j'avais l'air un peu pathétique assise contre le sol, mon vélo écrasé à mes côtés. Et le picotement au niveau de mon cou revenait d'entre mes souvenirs, guéri mais toujours étampé dans ma mémoire.

Qu'est-ce que je pouvais bien faire, de toute façon ? Mes tempes me blessaient à force de penser. J'étais dans une boule de fils emmêlés, ça valait pas la peine d'essayer de combattre sans trouver le bout.

Pour régler ce genre de puzzle, faut se distancer. C'est pour ça que j'suis revenue ici, outre ma gratitude.

Je le vis finalement surgir au coin de la rue. Je me redressai, un peu gênée, tentai d'épousseter ma jupe sans catastrophe avec le plat équilibré contre mon torse. J'avais retenu son nom, même si les détails de notre rencontre étaient flous : Xander. Ma mère paniquerait si elle savait où j'étais, et qui je rencontrais. Ses cheveux presque blancs étaient ébouriffés, des piquants métalliques brillaient sur ses habits déchirés ; un punk, une racaille, un danger certain. J'avouais moi-même être assez surprise de mon attitude, et surtout de la sienne quand il m'avait secourue.

"Bonjour," l'accostai-je d'un sourire timide. Hum... Tu te souviens de moi ? Claire ?"

Je manquai échapper le pyrex.

"Ma mère t'as fait une lasagne. Je l'aurais aidée mais j'suis pas très douée."

J'avais fait exprès de me soigner, avant de venir. Je permettais très rarement aux gens de me voir ne serait-ce que démaquillée, et lui il m'avait trouvée en pyjama dans la rue. Queue de cheval, jupe plissée, collants et chaussures cirées ; j'appartenais pas au lieu où je me trouvais.

"Hum... Belle maison," mentis-je. "Roulotte, je veux dire."

Je lui tendis le plat de lasagne de ma main libre.


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MessageSujet: Re: ALL HAIL THE UNDERDOGS ✘ xander   Sam 25 Nov - 23:21


4 NOVEMBRE 1984


Si ma vie présentait un avantage certain, c’était de ne pas être ennuyeuse. Le frisson était toujours présent et je ne savais jamais de quoi serait fait le lendemain. Comme Achille, si on m’avait demandé de choisir entre une vie courte et pleine de gloire et une existence longue mais obscure, je choisirai une courte vie. J’aimais briller, qu’on me voit. J’avais toujours voulu être remarqué. Que ce soit par mon attitude ou par mon style vestimentaire, rien chez moi ne passait inaperçu. J’y veillais avec le plus grand soin.

Je revenais tranquillement du travail. Je venais de terminer mes heures au magasin, plusieurs de mes clients habituels étaient passés. J’avais mis quelques tenues de côté en prévision de ces passages. C’est pour ça que j’étais aussi bon dans mon travail. Et qu’on me filait des pourboires sympathiques. J’étais d’ailleurs tranquillement en train de les recompter avant de les faire disparaitre dans ma poche arrière tandis que j’arrivais à proximité du parc à mobil home ou se trouvait celui que que ma mère avait acheté lorsque mon père nous avait coupé les vivres et qu’elle n’avait plus été en mesure de payer les traites et les intérêts pour la maison. On nous l’avait saisie et l’argent mis de côté pour mes études était parti dans le remboursement de nos dettes, l’achat de ce mobilhome et des besoins de la vie courante. Pas que je souhaitais aller à la fac de toute manière mais bon, cette opportunité m’avait de toute façon été retirée bien tôt. J’avais vite compris (avec l’aide de ma mère) que si je voulais trouver mon chemin dans la vie, je devrais me le créer moi-même.

Toujours est-il que je ne m’attendais pas à trouver devant ma porte la fille en pyjama que j’avais retrouvé en facheuse posture quelques jours plus tôt. Enfin, le pyjama en moins. Elle était surtout en meilleure forme. Même si, à repenser à son état de l’autre soir, je ressenti une bouffée de colère intense. Mais en détaillant la jeune fille qui me faisait face, quelque chose me fit oublier ma colère. Elle était différente. Plus apprêtée, plus bourgeoise aussi. Cela aurait du m’intimider mais, je ne savais que trop bien à quel point un statut social pouvait changer rapidement. Je ne m’arrêtais donc jamais à ces considérations. En général je classais les gens en deux catégories : ceux qui pouvaient m’apporter quelque chose et les autres. Mais bizarrement, depuis l’autre soir, Claire semblait avoir ouvert sa propre catégorie. Je n’étais pas vraiment surpris de la voir là. Je savais que nos chemins finiraient par se recroiser. Je ne pensais cependant pas que ce serait aussi rapide. Ni que je la retrouverais devant chez moi. Je lui adressais un grand sourire, pas du tout gêné par la situation.

« Je pourrais difficilement t’oublier, Claire. »

Je ne savais pas vraiment si je devais récupérer le plat chancelant qu’elle tenait dans ses bras. Tous ses trucs de relations courtoises n’avaient jamais vraiment été mon truc. Les gens blessés non plus d’ailleurs. Et encore moins les jeunes premières comme Claire. Mais elle n’était pas aussi lisse qu’on pourrait le croire et c’était sans doute ce qui la rendait intéressante. Alors qu’elle me parlait des lasagnes de sa mère, mon regard s’attarda quelques instants sur sa jupe plissée avant que je détourne rapidement le regard pour attraper le plat de lasagnes. Je ne répondis pas à sa remarque sur ma maison. Ce n’est pas comme s’il y avait grand-chose à dire.

« Je vais les poser à l’intérieur, tu veux entrer ? »

J’avais fait le ménage avant de partir travailler. A moins que ma mère ait eu une nouvelle crise, tout devrait donc être présentable. J’ouvrais dévoilant un intérieur des plus simples. Une pièce principale faisant office de cuisine/salon/séjour ou trônait une télévision fatiguée et un canapé ayant connu des jours meilleurs. C’était sur ce dernier que je passais mes nuits. Ma mère se réservant l’unique chambre. Elle devait d’ailleurs y être enfermée à décuver ou déprimer car elle n’était nulle part en vue.

« T'as vraiment fait tout ce chemin juste pour me remercier ? »


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MessageSujet: Re: ALL HAIL THE UNDERDOGS ✘ xander   Jeu 14 Déc - 18:08


4 NOVEMBRE 1984


Je n'ai pas vraiment le loisir du choix, dans la vie. Le libre-arbitre, tout ça, j'y crois en théorie mais la pratique est plus complexe. Ce serait contre-scientifique d'ignorer la condition humaine ; certains la diraient tragiques, mais je choisis (ici, libre-arbitre présent) de croire que ça nous rend plus beaux. Imparfaits, et d'autant plus près de la perfection. N'est-ce pas Socrate lui-même qui disait "la seule chose que je sache, c'est que je ne sais rien" ? Je n'ai pas choisi d'être où je suis (libre-arbitre absent), admettons. Oui, il s'agit d'une suite de décisions ayant mené à ma situation, mais ignorante aux conséquences, peut-on vraiment attribuer une faute ? Ça, c'est un axiome. Irrationnel serait celui qui démentirait, ici, l'impuissance qui peut accompagner l'existence. Je n'ai pas choisi d'être qui je suis. Mais en suivant Xander, pyrex en main (il est gentil de me le prendre et de sauver ma dignité), jusqu'à l'intérieur de sa roulotte, je choisis d'être un peu meilleure aujourd'hui que je l'ai été hier.

Je choisis aussi de verrouiller mon vélo en vitesse sur la première chose que je vois qui me semble solide, avant d'entrer. Regards par-dessus mon épaule, et je dois avouer avoir peu confiance en ce quartier.

Plus silencieuse que d'habitude. Je remarque le changement dans mon attitude, dans ma façon d'être. Plus vraie. Un gros éléphant dans la pièce m'aide, on dirait. Il doit me chuchoter à l'oreille comment agir, parce que le sujet est lourd à ignorer. Je me contente de vagues hochements de tête, de sourires. Je ne suis pas dans mon élément. Ça paraît. On pourrait aussi dire que ça ne me déplaît pas.

« C'est... mignon,  » qualifié-je la pièce. Maison.
Habitacle.

On dirait une fillette dans un musée. Évidemment pas dans ses intérêts. Curieuse, néanmoins.

En même temps, je vais pas dire "douillet".

« T'as vraiment fait tout ce chemin juste pour me remercier ? » me surprend-t-il.

J'hésite, balbutie. Maladroite, j'esquive l'évidence.

« On a tous nos hobbies. Les miens consistent à... pédaler dans la ville pour distribuer des lasagnes. Une héroïne moderne.  »

Sourire incertain, mais je m'affirme peu à peu.

« Aster Cove, c'est pas si grand. »

S'ensuit un moment de silence. Je ne sais pas avec quoi le combler. Peut-être de la terre. Ou de la musique. Je gravite un instant au milieu de nulle part, semblant chercher un appui.

« Mais... oui. Je voulais te remercier. Ce...  »

Mes mots se coupent, incapables de décider lequel envoyer en premier. Ce n'est pas courant, les gens qui passent à l'acte ? Qu'ils préfèrent les mouvements mi-assumés qui me mettent en péril, comme cette peste de Jessica ? Ou peut-être, alors, simplement "merci d'avoir été un rempart imprévu entre lui et moi".

« J'ai eu peur de la mort, ce soir-là,  » dis-je d'une désinvolture presque inquiétante.

Suivie d'un "ouuuuuh" parodiant un fantôme.

« Merci,  » je reprends plus sérieusement.


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MessageSujet: Re: ALL HAIL THE UNDERDOGS ✘ xander   Lun 18 Déc - 15:00


4 NOVEMBRE 1984


Croyez-le ou non mais c’était la première fois que je laissais une fille pénétrer chez moi. Enfin, pour être tout à fait franc, il était déjà très rare que qui que ce soit mette les pieds chez moi. Ce n’était pas que j’avais honte de mon mode de vie. Après tout, on faisait ce qu’on pouvait pour survivre. Ou plutôt, je faisais en sorte qu’on survive tous les deux tandis que ma mère faisait de son mieux pour sombrer dans le gin et la déprime.

Tout dans ce mobilhome n’était qu’un autel aux rêves brisés de ma mère. Que ce soit sa photo de reine du bal de promo, son diplôme universitaire avec mention, une photo d’elle et de mon tocard de père dont le verre brisé démontrait du nombre de fois où j’avais essayé de m’en débarrasser. Rien ici n’était à mon image à l’exception d’un casque de moto posé près du canapé et d’une malle ayant connu des jours meilleurs et qui contenait toutes mes possessions. J’avais presque sourit en voyant Claire aussi concernée par la sécurité de son vélo. Personne n’oserait la voler dans le périmètre de ce mobilhome. Les voyous du quartier me prenait pour un grand malade à cause de mes paris. Cela leur forçait une espèce de respect étrange. Mais mieux valait tout de même ne pas perturber ce statuquo chèrement acquis. Même si j’évoluais en marge, il était forcément plus facile de m’identifier à eux qu’à la poupée blonde qui observait curieusement mon intérieur. Clairement, elle n’était pas dans son élément au milieu du patchwork de meubles de designers ayant connu des jours meilleurs et de fournitures récupérées ici ou là. Tout chez nous criait revers de fortune. Aussi, lorsqu’elle utilisa le qualificatif ‘mignon’ je me contentais de hausser un sourcil moqueur avant de l’interroger sur la raison de sa venue.

Je l’ai mis mal à l’aise mais je ne cherche pas tout de suite à dissiper cette impression. Quand je ne me cache pas sous des dehors charmants, je sais que je perturbe les gens. Et ça me fait beaucoup rire. J’éclate d’un rire profond et rauque alors qu’elle me sort son histoire abracadabrantesque d’héroïne moderne. Elle reprend néanmoins de l’assurance… pour un bref laps de temps avant de balbutier de nouveau. Je reste silencieux, curieux de voir ou elle veut en venir. Et ses paroles sont bien plus sombre et profondes que ce à quoi je m’attendais de la part de Little Miss Sunshine. Mais, bien sûre, je sais aussi que sa petite vie d’apparence parfaite ne l’est pas tant que ça.

« La plupart des gens ont peur de la mort. Tout le temps. C’est pour ça que nos désirs une fois comblés sont remplacés par d’autres. Parce que tant qu’on coure après un objectif on oublie qu’au final, on finira tous au même endroit. Riches, pauvres, prix nobel et abrutis finis. Le chemin est différent mais le résultat est le même. Alors autant choisir le chemin le moins prise de tête. C’est ma philosophie en tout cas. »

Je haussais les épaules comme pour chasser tout ce blabla philosophique qui masquait qu'en réalité, cette nuit là, j'avais eu une trouille bleue.

« Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut lui courir après. Ce domaine m’est réservé. »

J’avais commencé en la fixant droit dans les yeux. Je ne le dirais jamais à voix haute, c’était sa vie après tout. Mais, à rester avec l’autre abruti, elle courrait droit à sa perte. Elle était suffisamment intelligente pour s’en rendre compte. Un jour, ce type taperait trop fort et je ne serais pas toujours là pour la sauver. Merde, je n’étais même pas sûr d’avoir envie de jouer ce rôle-là. Je n’étais pas le bon copain vers qui on se tourne quand on a un problème. J’étais le type qui mettait les voiles si les choses tournaient à son désavantage tout en cherchant les emmerdes pour le sport partout où il passait. En bref, j’étais un trompe-la-mort mais je n’étais pas sur de vouloir étendre mon pouvoir à la petite blonde. Ni même de le pouvoir d’ailleurs. Mais je l’avais déjà sauvée une fois et, qu’on le veuille ou non l’un comme l’autre, j’étais quelqu’un de foncièrement territorial.

« Je te sers un truc à boire ? Ou tu préfères qu’on mette les voiles avant que ma mère ne se réveille ? »

Je n’avais pas envie qu’elle saisisse la moindre opportunité de prendre la poudre d’escampette. Je blâmais l’ennui mais la compagnie de cette étrange princesse n’était à vrai dire pas déplaisante.



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MessageSujet: Re: ALL HAIL THE UNDERDOGS ✘ xander   Sam 20 Jan - 6:43


4 NOVEMBRE 1984


« Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut lui courir après. Ce domaine m’est réservé. »

Il n'a pas l'air de réaliser tout ce qui se cache derrière ce genre de paroles. Ou que je reconnais les fissures d'une fatigue générale par rapport à l'existence, entre les bols de céréale et la déprime. Je plisse le front, comme pour pousser du regard la coquille d'oeuf fissuré du jeune homme, et peut-être entr'apercevoir ce qui se cache derrière. Et, bleu sur bleu, on se toise dans l'espoir de chacun réussir à comprendre les failles dans nos carapaces.

« Il me semble que pour quelqu'un qui ne veut pas se prendre la tête,  » je relève, « courir après la mort témoigne d'une pensée plus complexe que ça.  »

Un sourire, je lui adresse. J'essaie de me faire réconfortante, oxymore absurde au-dessus de mon os cassé.

« Je veux pas mourir,  » j'ajoute. « Je compte pas mourir. Tu ne devrais pas non plus ; je suis convaincue qu'il y a beaucoup de belles choses qui nous attendent tous, pourvu qu'on ait les tripes de les attraper.  »

Pendant un instant, je vois le ciel là où se trouve Xander. Derrière la peau, j'ai l'impression de craquer la coquille, ou plutôt de voir au-delà de ce que mes sens me le permettent. J'ai l'impression que la liberté, la vraie, est si facile à rejoindre. Tant qu'on soit assez conscient pour la remarquer.

« Je te sers un truc à boire ? Ou tu préfères qu’on mette les voiles avant que ma mère ne se réveille ? »

Je hausse les épaules, pétillante.

« Pourquoi pas les deux ? Je serais ravie de changer d'air. Surprends-moi ! »

J'adopte une expression rêveuse, tentée de fuir un peu plus vers une nouvelle existence pendant que je le peux.


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MessageSujet: Re: ALL HAIL THE UNDERDOGS ✘ xander   Lun 19 Fév - 23:41


4 NOVEMBRE 1984


Deux âmes torturées qui se retrouvaient. Attirés comme les papillons par une forte lumière. Je voulais la fuir autant que mieux la connaître. Pourtant, avec ses allures de fille à papa propre sur elle et de membre des cheerleaders, elle était plutôt le genre de personnes que j’évitais. Oh, quand je le voulais je pouvais graviter parmi le haut du panier lycéen. Ils aimaient ajouter une touche de scandale à leurs soirées en m’invitant. C’est juste que la plupart du temps je les trouvais insipides. Qu’est-ce qu’ils savaient de la dureté de la vie après tout ? J’avais été heureux de quitter le lycée. Sans les honneurs. Je n’avais jamais réussi à m’intégrer au système scolaire. Je maintenais un niveau tout juste passable. Mes professeurs se bornaient à parler d’un potentiel gâché. Mais quel potentiel ? Qu’est-ce qu’ils en savaient après tout. J’étais une calamité. Une erreur et un moyen de pression. Des possibilités gâchées ? Mais c’était l’histoire de ma vie bordel. Mon assurance de façade n’était qu’un moyen de masqué la vacuité de mon existence et mes frasques un moyen de me sentir vivant. Et peut-être, à travers ses grands yeux clairs si perçants, la petite Shepard l’avait-elle compris.

« Mais je suis complexe. Tu t’en rendras vite compte. »

Elle n’avait pas idée du bordel qu’étais ma vie. Elle n’en devinait sans doute que la surface. J’étais ravi d’apprendre qu’elle ne comptait pas mourir.

« La mort ne veut pas s’encombrer avec moi de toute façon. »

Avant même de la chercher je l’avais cotoyé de près. Avec une mère démissionnaire, les moindres gestes du quotidien devenaient dangereux. Un plat oublié dans le four, un megot de cigarettes mal éteint qui commençait à embraser la moquette… tout devenait source de danger. Et pourtant, j’étais toujours là.

De belle choses, hm ? Peut être. Je n’étais pas très exigeant de toute façon. J’évitais de faire des plans sur la comète. Je ne dis pas que je ne ferais pas ce qu’il fat si de bonnes occasions se présentaient mais à quoi bon passer sa vie à les attendre ? Je prenais la vie comme la mort, c’est-à-dire comme elle venait. Je ne me complaisais pas dans les idées noires. Je vivais tout simplement. Comme si chaque jour étais le dernier en souhaitant parfois qu’il le soit et d’en faire le meilleur qui soit. D’ailleurs, cette conversation prenait un tour bien trop sombre à mon gout. Je proposais donc à boire à mon invitée.

Suite à sa réponse, j’ouvrais le petit frigo qui se trouvait dans un coin de la pièce avant de lâcher un soupir exaspéré. Bières, whisky, vodka, gin… il y en avait pour tout les goûts. Je doutais néanmoins que ce soit ce que réclamerait Claire en cet instant. Pas de jus de fruits, pas de coca ou autres sodas. Ma mère avait fait les courses et comme souvent, elle n’avait pensé qu’à elle. Pas de nourriture non plus.

« Bon et bien… Il semblerait qu’on soit à court de diluant. »

J’ouvrais grand la porte pour lui laisser voir à l’intérieur.

« Quelque chose te tente ou tu préfères un verre d’eau ? »

En ce qui me concernait, j’attrapais une bière avant de me servir du coin de la table comme décapsuleur. Elle avait tellement connu des jours meilleurs qu’un peu plus ou un peu moins ne changerait pas grand-chose.

Songeur, j’observais la jeune fille.

« Ou alors on choisit une bouteille et je t’emmène à la crique. »

Il y avait pire pour continuer ma journée qu’une virée sur ma bécane avec une jolie blonde. La crique offrait également le privilège certain d’être assez peu fréquentée. Car je ne doutais pas que la demoiselle ne tenait pas vraiment à ce que tout le monde nous voit.    



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